07/12/2009

Yves Patrick Delachaux : un flic des Pâquis qui nous veut du bien

P1010415.JPG17h30- Café des Trois Rois- 1m80, épaules larges, une boucle à l’oreille gauche, cheveux courts, yeux bleus, une barbe de quelques jours, un foulard indien jaune-orange safran,un jeans délavé, un sweat  shirt American Eagle, avec son  aigle. Il n’a franchement pas l’air d’un flic, ni même d’un ancien flic.  A un détail près, c’est lui qui commence par me poser une série de questions, vieux réflexe sans doute.  Je sens que ça va être compliqué d’inverser les rôles.

Baroudeur,  féru d'aventure, écrivain avec plusieurs titres à son actif : “Flic de quartier” , “Flic à Bangkok” ,”  Présumé non coupable, des flics contre le racisme” ,  “ Grave Panique” (à paraître). Son premier  ouvrages fait acte de résistance, Présumé non coupable proposera  des solutions.

Il parle de son ancien métier avec toute la passion d’un homme qui s’y est engagé à fond. Non seulement il l’a vécu mais encore pensé, réfléchi, sondé, analysé et  proposé des pistes de réflexion.

1993- Sa première affectation était le feu poste de Pécolat aux Pâquis, pour Yves Patrick Delachaux c’était travailler dans ce quartier ou rien.  Il se souvient comme hier de cette année qui amènera son lot de Kosovars, d’Africains, de Maghrébins. Très vite dans ce melting-pot des nouveaux migrants qu’il apprend à connaître, il optera pour l’approche communautaire.

Avec son chef Alain  Devegney avec qui il apparaîtra dans un documentaire en 2001 “Pas les flics, pas les Noirs, pas les Blancs” ils dénonceront  les pratiques discriminatoires, l’état-major commence à grincer des dents sérieux. Il décryptera les mécanismes de la xénophobie, selon lui la cause en  est souvent la méconnaissance et son corollaire,  la haine.  Mais il va plus loin, sous pression de ses supérieurs, gentiment écarté du terrain, décision-sanction,  il s’inscrira à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, il proposera ensuite des formations interculturelles comme pilote des  programmes d’éthique et droits de l’homme au sein de la police. En 2008, il finira par quitter définitivement la profession. Aujourd’hui, il voyage, écrit, dispense ses formations en Europe.

En parlant il ne mâche pas ses mots, un franc-parler qui n’est pas pour déplaire, il constate que l’approche communautaire n’intéresse pas les politiciens et encore moins la police, on préfère l’approche sécuritaire, marquer une nette distance entre la police et le  terrain, mécaniser, robotiser le métier. Les policiers sont transformés en Robocops :  Rangers, veste skinhead, casquette de base-ball, moto noire, gilet pare-balle toute l’année. On enlève à la police sa fonction primordiale basée aussi sur l’échange et le dialogue, la distance est telle qu’on crée plutôt du désordre que de l’ordre. A quel dessein ?  la sécurité c’est un sacré business, caméras de surveillance, outiller de façon sécuritaire assure des levées de budget surdimensionné. Le fossé entre la population et la police se creuse davantage et finit par mettre tout le monde en danger et sans résultat probant.  Même la police genevoise est entrée dans l’ère Nicolas Sarkozy depuis 2002, la politique sécuritaire à tout prix, à n’importe quel prix et sans résultat spectaculaire qui engendre des dysfonctionnements organisationnels catastrophiques pour tous.
Pour preuve,   aux Pâquis seulement en 2009, on dénombre 7 actions coups de poing, rafles ciblées, parfois jusqu'à 120 personnes interpellées de préférence d’origine africaine pour un seul coupable . Coût de l’opération ?

La police genevoise a tous les signes d'une institution autiste, repliée sur elle-même, même en terme de formation, elle n’a pas voulu joindre les formations romandes. Elle préfère avancer en solo, si seule, si sclérosée, si auto-suffisante, si suffisante…..
Yves Patrick Delachaux pourrait parler des heures durant de cette police qu’il a tant aimée et de vous à moi qu’il continue à adorer, la preuve son prochain livre sortira  le 9 décembre et devinez  le titre  ?

Police, état de crise ? Une réforme nécessaire

Editeur Revue économique et Sociale, signé Yves Patrick Delachaux et Frédéric Maillard, préfacé par David Hiler.

La rencontre d’un flic et d’un manager. Essai politique et scientifique qui  pose un constat et offre des résolutions pragmatiques. Pour eux le principal requis est pluridisciplinaire, la police doit s’ouvrir, la police n’ appartient pas à la police, elle appartient à la cité égalitaire de l’Etat de droit.

Pour en savoir plus

http://www.flicdequartier.ch/