15/07/2011

LES PÂQUIS DANS D'BEAUX DRAPS !

 

draps_seches_N_B_rouge.jpg Ô ! Si les draps pouvaient parler, c'est comme les murs, ils en auraient des choses à raconter, secrets d'alcôves, cris et chuchotements.  Quand l'entreprise Lavotel récupère chaque jour sa tonne et demie de draps sales recueillis auprès des hôtels pâquisards, ce ne sont que   draps roulés en boule, pliés, entortillés,  fripés, froissés comme de vieux visages ridés d'avoir trop vécus. D'autres semblent revenir d'un champ de bataille, lamentables et épuisés par  tant de vains combats. D'autres s'enorgueillissent de leur blancheur virginale encore innocents.  Traces érotiques, traces d'oubli, larges taches sphériques, en continents, en piqueté, moucheté, traînées zigzagantes, zébrant cette blancheur immaculée.  Ces draps qui racontent des vies, suaires de solitude, témoins discrets de tous les crimes et châtiments, de grands vices et de petites vertus.

Mais encore, ce drap mouillé de larmes de Saoudien, ces draps de l'Hôtel Nashville qui ont bu toute la honte amère, celle infinie de s'être fait attraper la main dans le corset de la femme de chambre. A l'étage au-dessus ce sont les mères et soeurs qui versent, elles aussi des larmes d'humiliation et de se plaindre. Pourquoi tant d'histoires pour une femme de ménage camerounaise de 36 ans ?  Vous vous imaginez si en Arabie Saoudite  toutes les femmes de ménage devaient porter plainte, où irait-on ?  On serait obligée de toutes les flageller pour  s'être laissées violées et  puis ensuite parfois, il faudrait encore les condamner à mort. Il ne resterait plus aucune femme de chambre en Arabie Saoudite, elles finiraient toutes à se balancer au bout d'une corde ou lapidées. Mais qui ferait le ménage pour finir  ?

Quartier maudit, ces Pâquis ! C'est bien ce que tente d'expliquer notre étudiant Saoudien de 22 ans. Toute cette chair étalée, ces débordements de tentation,  à chaque coin de rue, un appel irrésistible,  ces poitrines pigeonnantes enserrées dans des corsets en dentelles. Ces mini-jupes si courtes, ces hauts talons si pointus qui résonnent toute la nuit sur le trottoir et qui semblent vous inviter à un autre paradis que celui d'Allah. Un Paradis à portée de main, il suffisait de la tendre cette main pécheresse pour accéder au fruit défendu.

Notre étudiant a succombé en confondant femme de chambre et femme de joie,  belle de jour et belle de nuit. Une confusion qui montre le peu de cas que l'on fait des femmes surtout.

Après les viols de femmes de ménage, l'homme battu au ceinturon par un émirati et surnommé le "Cheikh fouettard", la prostituée tuée par étouffement  avec des draps de rideau à l'Hôtel Intercontinental, meurtre passé sous silence à coups de millions, il y a quelques années seulement. Voilà encore des  draps pourpre, les draps qui portent les couleurs de la honte derrière lesquels il ne reste plus qu'à se cacher    !

 

 

 

 

15/09/2010

15 septembre 2009 - Fatou - Victime de la misère affective

images.jpgLes amies du  bar se passent le téléphone portable et  me montrent la photo de cette belle jeune femme qu'était Fatou;  une gazelle africaine aux épaules délicates, un fin bustier en  soie noire  laisse présager un corps sculptural, un long visage traversé par un large sourire, d'une force et d'une générosité telles,  si contagieuses qui vous incitent, à votre tour,  à lui rendre ce sourire.  Les femmes embrassent l'image, d'autres se signent. Soupirs, larmes aux coins des yeux. Incompréhension, révolte. Le jour de la cérémonie, à la mosquée, la plupart s'étaient cotisées et remirent  une enveloppe d'argent à sa maman, une autre rectifie :"j'ai rien mis dans l'enveloppe mais j'l'ai fait comme chez nous, j'ai préparé le couscous et je  l'ai apporté à la mosquée."  Hochement de tête, silence…….. Comment imaginer que ce client-là,  justement, Jef,   précisément lui, aurait été capable d'une telle violence. Tuer à bout portant Fatou qu'il connaissait et appréciait tant au point de la surnommer affectueusement "Mon bébé". Quel aveuglement subit, quel coup de folie, quel voile tragique devant ses yeux pour ne plus voir celle qu'il aimait tant. Vraiment, ce gars était connu de toutes les hôtesses, un doux, un calme, jamais d'histoire, pas un mot plus élevé qu'un autre. Bon , quelques ardoises qui traînaient un peu, il est vrai.

Oui ! Fatou était une sacrée nana qui s'entendait bien avec tout le monde, courageuse, pondérée, à éviter les histoires, les commérages.  Toujours prête à donner un coup de pouce par-ci par -là.  Avec son sens solide de l'amitié. Elle intervenait avec douceur et fermeté, main de fer dans gant de velours, auprès des clients surchauffés par l'alcool et qui auraient causé quelques soucis si on les avait laissés faire.

A sa mort, on a crié au racisme, les autres copines même les Africaines hochent la tête. Non ! Elle aurait été blanche que ça aurait été la même chose. Réflexion faite,  le gars était plus gravement bourré que gravement raciste. Au poste de police, relâché trop tôt  ? Non, ça n'étonne personne qu'on l'ait  laissé repartir, c'était un calme à qui on aurait donné le bon Dieu sans confession même s' il faut toujours se souvenir du proverbe :"Méfiez-vous de l'eau qui dort!"

Il connaissait les tarifs, donc il n'aurait jamais dû sauter au plafond face à la facture. 1 bouteille,  300 francs, c'est un prix courant et il les pratiquait depuis longtemps les tarifs dans le quartier où il était connu.  Noyer son désespoir au fond d'un verre en soliloquant devant une belle femme qui vous le remplit en vous écoutant patiemment a un prix. Une hôtesse rigole ! On n'a pas fait les études de médecine, mais on est comme des psychiatres, eux prescrivent du Prozac et écoutent et nous on verse le champagne et on les écoute aussi. A tous deux, ils racontent la même chose.  Ou alors, une autre hôtesse surenchérit : "on est carrément des assistantes sociales."   On devrait nous respecter avec le métier qu'on fait. On ne vole personne, on ne fait de mal à personne. Du respect, s'il vous plaît !

Le client , un doux, pourtant  ! Qu'est -ce qui lui a pris ? Qu'est-ce qui l'a rendu fou au point d'en faire un meurtrier, un monstre ? Il paraissait déprimé depuis plusieurs mois, il avait pris du poids. Des anti-dépresseurs mélangés à beaucoup d'alcool ? Allez savoir !

Il a espéré pendant quelques secondes qu'on allait enfin l'aimer  pour lui , il s'est mis à rêver,  enfin arrivé à bon port , ces lumières tamisées rouges,  ce doux cocon lui ont fait  croire, un instant du moins, qu'il était dans un nid douillet à l'abri du monde. Et la facture, trop salée à son goût, le ramène violemment pieds sur terre. Il n'est qu'un client qui doit passer à la caisse. Ivre, il se plaint au commissariat de police, puis la vengeance d'un homme trompé, éjecté du nid si accueillant,  si chaleureux, il va chercher le Magnum de calibre 357, il retourne au bar le "Good Time".  Un coup, des cris, un corps qui s'affale……. Tout est si brumeux, il ne se souvient plus très bien.  Un mal de tête épouvantable, la bouche pâteuse. Merde, j'ai trop bu !  Des images qui défilent rapidement, il a dû voir un mauvais film ou faire un cauchemar. Mais une voix qui semble parvenir d'outre-tombe le ramène  affreusement à une réalité insoutenable :" Vous avez tué une femme à bout portant, elle est morte : elle s'appelait Fatou,  elle avait 34 ans."

Un mal de ventre affreux, un vertige, le navire tangue dangereusement, bateau ivre, le sol se dérobe sous ses pieds, à quoi s'accrocher ?  Bordel, qu'est-ce que j'ai foutu ? " Bébé, je l'ai tuée !!!" -  Mais tout est si confus.....vraiment est-ce encore moi ?

Que la justice fasse son travail et démêle l'écheveau d'une tragédie humaine;  tragédie de la solitude, de la misère affective, de la dépression qui a fait une victime, tuée par un homme qui avait besoin d'être aimé à tout prix, au prix d'une vie !

Fatou  est décédée le 15 septembre 2009, tuée par un client ivre dans le bar Good Time  dans lequel elle travaillait aux Pâquis.

Paix à son âme !

 

Ce drame a eu lieu, il y a exactement un an déjà,  aux Pâquis!

01/05/2010

Onze minutes

default.jpgOnze  minutes est un roman de Paulo Coelho, romancier brésilien et  publié en 2003 . L'histoire se déroule en partie aux Pâquis, principalement à la rue de Berne.   Maria, la jeune héroïne du roman,  est une femme brésilienne du Nordeste qui a vraiment existé sous un autre nom et qu' a rencontrée l'écrivain. "Un ouvrage cru, choquant, difficile" selon l'auteur.

Pourquoi onze  minutes ? Le temps d'une passe.

Maria est une jeune brésilienne dont le premier chagrin d'amour la convainc qu'elle ne trouvera jamais l'amour de sa vie et pense "Que l'amour est une chose terrible qui vous fait souffrir".  Elle préfère partir à l'aventure. Un directeur artistique suisse lui fait miroiter richesse  et fortune, elle passera d'artiste de cabaret à  prostituée à la rue de Berne.  Elle développera une fascination morbide pour le sexe. Mais sépare bien l'âme du corps. Un jeune peintre lui présente la vie sous un autre jour, elle hésite,  le suivre ou repartir au Brésil seule.

Paulo Coelho semble avoir été fasciné par les Pâquis  dans ce roman. Mais dans le fond, la vie n'y vibre pas comme dans la réalité, on n'y retrouve  pas la multiculturalité, le brassage perpétuel, les filles debout dans la rue. Le monde de Maria évolue  dans les bars tamisés, à l'intérieur, elle est cachée  derrière les façades de la bienséance.   Je parcours donc la rue de Berne,  après  avoir lu  "Onze minutes" , Coelho  y mentionne une plaque  " St Jacques de Compostelle", je m'adresse à un policier pour lui demander si on trouve effectivement  cette plaque citée dans le roman. Il s'étonne, il ne l'a jamais vue et  il prévient quand on sait le nombre de "c.........s qu'on peut lire dans la vie, il suffit de lire la Bible!" - J'apprécie en souriant, son grand sens de la critique littéraire, son acolyte s'esclaffe carrément.

Pour finir, j'arrive au bout de la rue de Berne et confirme que le roman n'a pas su donner l'ambiance véritable des Pâquis, et puis ce n'était certainement pas le but recherché par l'auteur.

Par conséquent, à  défaut d'avoir trouvé St Jacques de Compostelle, je me rabats sur un café , certes moins miraculeux, mais plus concret et efficace.  Assise  à une terrasse, je discute avec un jeune Portugais, bien habillé, propre sur lui, il dit être maçon non qualifié et travaillait en Espagne durant des années. Après avoir perdu son boulot,  il tente sa chance en Suisse et dort dans la rue, il espère décrocher un job,  n'importe lequel.  Un autre homme  se joint à notre conversation, et insiste en montrant le Portugais : "lui au moins il a de la chance, il est jeune, j'en connais un autre qui est venu lorsqu'il était mineur, ça fait 30 ans qu'il dort dans la rue et il n'a plus aucun papier à montrer !" -

Je remonte la rue de Berne, les "filles" me lancent un "Olà Madame", je leur rends leurs sourires, tout en pensant à la Maria de Paulo Coelho, la plupart sont sans aucun doute des filles qui sont venues, elles aussi,  nourries de rêves et espèrent comme l'héroïne quitter la rue, se marier, avoir des enfants, éventuellement rentrer chez elles, pleines de cadeaux pour tout le monde.

Et   la question qui tombera inévitablement : Comment était-ce l'Europe ? On imagine, leur réponse laconique et évasive :  très froid !

 

 

 

 

 

09/02/2010

LE BAISE-Ô-MATIC

P1010599.JPG

Rue de Monthoux - Les machines ronronnent dans le lavomatic "Lavseul". Un Chinois farfouille dans des sacs et remplit deux machines à laver de nappes de restaurant et de linges de cuisine, il se râcle la gorge sans discontinuer ou alors carrément, il a un problème respiratoire, on croirait une cheminée encombrée, un bruit rauque saisissant.  Il a dû repérer la niche et se  créer un petit job ainsi,  il fait le tour des resto et propose de laver leur linge ? Moins cher qu'un nettoyage industriel ?

Dans la même rue, les filles qui font le trottoir claquent des dents, des Africaines sont carrément en grosses doudounes hivernales.  La tête entièrement emmitouflée  dans un énorme  capuchon bordé de fourrure. Le client doit sacrément faire preuve d'imagination pour deviner ce qu'il peut bien y avoir là-dessous. Elles tapent des pieds pour se réchauffer.

 

 

P1010603.JPG

A côté, se trouve le Ankara Kebab. Chez Zaza, c'est le nom du patron  que l'on voit  poser sur fond de montagnes d'Anatolie. Une chaîne commerciale privée y diffuse des émissions en turc, principalement de la pub. Tout en mangeant votre kebab, vous découvrez que pour 69 livres turques vous vous soignez les hémorroïdes selon le Dr Gürdal Özen, pour 59 livres vos cheveux passent de blanc à brun foncé  grâce à Molive Gray, et avec V-Pills selon le Dr. Ürolojl, grand spécialiste dans sa rue, vous devenez  très musclé et pour couronner le tout, avec 179 livres turques vous pouvez vous acheter un flingue.

En mangeant un baklava dégoulinant de miel, j'écoute ensuite les variétés turques tout aussi mielleuses, entre deux machines.

 

 

 

P1010600.JPGDe retour au "Lavseul", tandis que les machines tournent et tournent encore, je surveille la mienne en m' assoupissant.   Il fait bon chaud dans cette pièce surchauffée par les grands séchoirs. Gwendolina, une superbe Dominicaine aux jambes longues comme un jour sans pain et surmontées de bottes montantes en cuir, entre rapidement. Elle a un client tout à l'heure, mais elle sait que c'est du genre rapide avec lui, alors elle met le programme "marche rapide" et "essorage"  et promet de revenir chercher son linge aussitôt la passe terminée.  Elle me prie de le surveiller du coin de l'oeil. Elle s'engouffre dans un immeuble aux studios meublés de la rue Charles-Cusin, promoteur de l'horlogerie genevoise  dont le fantôme a dû être transformé en promoteur de la mécanique humaine. Elle revient mettre une deuxième fournée, cette fois-ci elle choisit un programme plus long, le prochain client est, lui par contre, du genre à prendre son temps. Elle sélectionne le programme "dégrossissage" "affinage" et " à cuire" -  60 minutes.

 

Il y a un lien certain entre le lavomatic et  le baise-ô-matic ? A beautiful laundry !

 

13/12/2009

Deale qui peut - Ne me tranchez pas la carotide, s’il vous plaît !


P1010370_1.JPG16h – Avenue des Alpes- En face du restaurant, sur le trottoir opposé, je les observe un moment . Les Zizous algériens boivent leur thé devant le pas de la porte, en tenant leur verre chaud bien serré entre leurs mains. Une bise légère et glaciale les oblige à relever le col de leur manteau bleu marine. Celui qui paraît  être le gérant du burek-kebab est avec eux et un employé du resto à l'intérieur s’active à débarrasser les tables . Ils ne sont que quatre,  c’est le moment de me jeter dans la gueule du loup, sûre de ne pas me faire déchiqueter d'un seul coup de dent.

En m’adressant directement au gérant et en parlant assez fort pour que les deux Zizous m’entendent bien :

- Bonjour ! Je mène une enquête dans le quartier sur les dealers et je m’intéresse aux Zizous. Je pose la question  en ouvrant de grands yeux  innocents : y en a-t-il  en dans le quartier ?

Un des Zizous sourit : Ah bon ! Et pourquoi les Zizous ?

- Parce que j’ai déjà parlé aux Africains de la rue de Zürich .

Le gérant me dit qu’ils se réunissent le soir assez tard dans le quartier, environ une dizaine d’hommes.

Je souhaiterai les rencontrer pour leur parler, je suis plutôt romancière et les témoignages de vie m’intéressent. Mais je vous préviens que cette rencontre se fera sous votre responsabilité . Assurez-vous qu’on ne me tranchera pas la carotide. Vous imaginez, lui dis-je, en désignant ses bureks, le sang d’une pauvre scribe de quartier qui viendrait napper vos jolis bureks au délicat fromage blanc ! Quel scandale ! On vous bouclerait immédiatement votre resto .

Non, non ! je vous rassure vous serez reçue comme une reine, comptez sur moi ! Est-ce que vous êtes de gauche ? Sa question me surprend.  Je ne me suis jamais posée la question, intéressée aux problématiques sociales, sans doute. Pas d'appartenance politique, ni religieuse. Libre-penseuse.

En m’adressant à nouveau aux Zizous :

- Entendre des témoignages de vie, décrire le ciel bleu d’Algérie, les maisons blanches aux volets bleux turquoise, les bougainvilliers flamboyants qui grimpent le long du mur. La traversée, la clandestinité, laisser derrière la famille, les enfants, les parents et atterrir aux Pâquis pour dealer. Voilà ce que je veux entendre !  Savoir qui vous êtes et d’où vous venez ! Un des zizous,  visiblement ému, cligne des yeux.  Il ne s’imaginait pas qu’on remonterait si loin, qu’on irait jusque chez lui dans sa propre maison.

- Oui ! C’est vrai, nous sommes tous des clandestins. Lache-t-il . La drogue tout le monde en consomme ici, les gens sont si misérables, si seuls et avec la crise, ça n'arrange rien, ils ont besoin d'oublier.  Pas besoin de les chercher, ils viennent en demander sans même qu’on leur en propose. Tout le monde carbure à quelque chose.

- Et que se passerait-il si on arrêtait d’écouler de la drogue du jour au lendemain ?

Les deux Zizous rient :

-  La révolution ! Oui, les gens feraient la révolution parce qu'ils seraient en manque et les politiciens n’aiment pas la révolution, alors tout le monde laisse filer.

 

P1010429.JPGA ce moment précis, un ami artiste-peintre s’arrête à notre hauteur et me salue, il s’apprêtait à acheter le journal Hara Kiri au kiosque à journaux d’à côté. Je le présente, il leur serre la main. Il me montre son nouveau pantalon Diesel à 15 poches avec leur zip, acheté sous gare et soldé. “Tu comprends avec toutes les cartes qu’on trimballe, on ne sait plus où les mettre” alors, il les répartit selon : les cartes bancaires,  poches de droite, les cartes de magasin,  poches de gauche. Je souris.

Le gérant me demande mon numéro de portable pour fixer un rendez-vous , il préviendra les Zizous qu’une femme souhaite les rencontrer.

Je refuse :

- Pas nécessaire, prévenez-les, faites courir le bruit, je passerai à l’occasion sans avertir.

Nous repartons avec l’ami artiste, passionné  des épousailles du ciel et du lac qui ne forment plus qu’un sur cette ligne d’horizon effacée par les embruns hivernaux. Au loin, des nuages elliptiques vaporeux entourent le Mont-Blanc : des marshmallows qui tètent le sommet  des montagnes !  Tout est dans la lumière,  me dit-il  : “ c’est le pain et le vin de l’artiste, c’est sa bénédiction !”

01:46 Publié dans Genève | Tags : dealers, zizous, pâquis | Lien permanent | Commentaires (14)

27/11/2009

Deale qui peut - Yallah Zizou !

P1010370.JPGDans le fond, chers internautes,  malgré nos questions et une première approche interactive, nous n’avons même pas débuté notre enquête. Il nous reste les Harragas,  des Zizous en provenance pour la plupart de l'Algérie et du Maroc et c’est pas le plus simple. Ils naviguent entre la rue des Alpes et Place de la Navigation. Décrits par la plupart comme des voyous sans foi ni loi. Spécialistes du vol  à l’arraché, ils n’ont peur de rien, n’attendent rien contrairement aux Africains qui espéraient un titre de séjour, un statut.

On m’a prévenue, les Zizous marocains ? Même les Algériens n’osent pas les approcher ? Tu vas t’y prendre comment ? A la première question, ils te sortent le couteau. Mon point faible, je suis une femme.

Je réfléchis et pense à la stratégie déjà utilisée pour les Rroms à l’époque où je me trouvai en Italie pour les approcher : identifier clairement leur territoire, comprendre la répartition entre les uns et les autres. Les retrouver en territoire neutre, de préférence un bistrot où ils se retrouvent, c’est sûr tout se discute dans les bistrots autour d’un café.  Leur tourner autour pareil à  un phalène en évitant de se brûler les ailes.


Je les ai déjà longuement observés du côté des Eaux-Vives cet été, pour un roman, je les ai observés durant des heures, comment ils traficotent entre Baby-Plage et le Jardin Anglais, où ils boivent leur café. Où ils vendent précisément. Donc, patientons, préparez vos questions, elles doivent être forcément différentes, l’interview prendra effectivement du temps. Ne désespérons pas, nous ferons ensemble un beau reportage. La semaine prochaine, je continue vos mêmes questions auprès de plusieurs autres dealers toujours originaires de Guinée Bissau et Conakry, hauteur rue de Berne et rue de Zürich. Ensuite déplacement vers les Zizous, je sortirai mon grigri de protection.



Voilà le rendu des observations de cet été dans le roman en cours  :

“Serge,  flic à la Brigade des stup en avait déjà assez de cette enquête qui n’offrait rien passionnant ou de singulier. Il les connaissait bien ces filières qui sévissaient en provenance du Maroc et  d’Algérie. Ces “Harragas” quittaient le Maroc, d’où ils fuyaient leur banlieue pourrie de Rabat ou Casablanca au moyen de barques rudimentaires, ils débarquaient en Sardaigne, en Espagne, en Italie, pour la plupart mineurs, ils défiaient la justice, remplissaient les taules européennes sans que l’on sache ce qu’il fallait en faire. Pour eux, ne s’offrait aucune autre issue partir ou crever, alors mieux valait crever après avoir tenté le tout pour le tout.
Et on les sentait prêts à tout, vol à l’arraché, bagarre au couteau, vol de voiture, ils se brûlaient en entier, têtes-brûlées, leur destin se jouait dans l’immédiateté, la vie qui s’annonçait très courte pour eux, se vivait à l’instant, à la seconde et pour le reste : “Inch’allah!” avaient-ils pour habitude de répondre. ............................

Il les voyait régulièrement traîner leurs baskets au bord du lac certains à peine âgés de seize ans. Maillot de foot, basket, portable, ils ressemblaient plutôt à des chats faméliques qu’à des caïds, maigres comme des cure-dents. Ils dealaient dans les toilettes publiques. Les clients, monsieur- et- madame-tout-le-monde, toute catégorie sociale confondue. Les clients ? Quelques junks de bonne famille pour certains avec leur chien tout aussi dopé, le bandana autour du cou à tirer sur une laisse faite de corde banale. Le chien qui tire son maître derrière et qui connaît le lieu exact du rendez-vous. La nuit, les Harragas se faufilent dans les caves des immeubles avoisinants pour y dormir entassés comme des rats sur des matelas de fortune, entortillés dans leur manteau, ou dans des abris publics pour sans domicile fixe, toutes les nuits ils changent de lieu pour ne pas être repérés.

Les flics hésitaient même à les interpeller, parce qu’il aurait fallu tous les arrêter et que les prisons sont surchargées. Et toujours la même rengaine, on les juge, ils disent ne pas avoir de papiers d’identité, les avoir déchirés, racontent être palestiniens ou irakiens, vendent du haschisch et de la marijuana. Ils ramassent soixante jours de prison ferme, se lavent enfin, se reposent, se retapent et sortent libérés bons pour continuer leur business.

Le gars, un Marocain de Casablanca fixait le flic d'un  regard de plomb, ils firent venir un interprète marocain qui avait même peine à le comprendre. Son parler tenait plus du dialecte de la banlieue marocaine que de l’arabe appris à l’école. Il se révélait être incapable de lire un texte dans sa langue, les années d’études obligatoires n’avaient pas été achevées. Analphabète, pauvre, arraché à sa terre par la misère. Serge se disait que lui, le flic n’avait pas à gérer toute la misère du monde...........................(.....)

Mais comme un condamné, Serge  allait jusqu’au bout de son interrogatoire chevillé au désespoir et à la misère de celui qui se tenait en face de lui, presqu’un frère, deux paumés .
Serge buvait  en cachette directement à la bouteille quelques rasades de whisky comme pour se griser immédiatement et engloutir le poids du monde qui lui pesait lourdement sur les épaules. "

22:26 Publié dans Genève | Tags : pâquis | Lien permanent | Commentaires (1)

20/11/2009

Deale qui peut !

images.jpgBillet interactif. Je vous propose de poser vos questions aux dealers via ce blog, le rendez-vous pour l'interview aura lieu demain vraisemblablement auprès de trois jeunes. Ils ont à tout  casser 22 ans maximum. Le premier finit toutes ses phrases par "C'est pas grave!", le deuxième porte des baskets vert pomme, un vert criard comme on en voit nulle part. Le troisième a un visage poupon, je n'ai pas encore décelé de particularité susceptible d'être mentionnée.

Ils me précisent qu'il est inutile de prendre un rendez-vous, ils sont là tous les jours. Quelle confiance en l'avenir ! Ils en ont plus que les employés de France Télécom, en l'occurrence.

Pour la photo à prendre, nous nous sommes mis d'accord, je photographierai les mains ou les chaussures, ou les jambes. Bonjour la photo !!!

Osez poser vos questions, je les leur transmettrai . Staufferies bienvenues !!!!!  Leurs réponses casseront  peut-être quelques préjugés.

 

Je ferai au mieux, mais j'en suis certaine, nous ne resterons pas indifférents à leur point de vue.

23:36 Publié dans Genève | Tags : dealers, pâquis | Lien permanent | Commentaires (12)

11/07/2009

Genève à croquer : à craquer !

166-167 appl.-1.jpg 15h Bains des Pâquis. Titane Lacroix artiste plasticienne et écrivaine et Reynald Aubert dédicacent leur livre  "Genève à croquer". Un petit bijou qu'il fait bon tenir entre ses mains;  d'un doux soyeux, une couverture bleue  qui se décline du bleu clair au bleu roi. On le tourne et le retourne sans relâche, puis on déambule un tantinet rêveur, à travers l'ouvrage,  dans Genève en 7 balades . Serge Bimpage dans la préface de ce  "guide" de 181 pages, le résume si bien -  "ce petit livre est une pierre de lune", "une vraie perle."

Un carnet de voyage aux couleurs de poésie et de sensualité, cette Genève comparée à une friandise délicate et rare qui se déguste lentement au gré des balades, on la savoure, on ne s'en lasse pas de cette aimable douceur. De balade en balade, la balade   histoire : réforme, quais, shopping, culture, international, lac, les balades  valent toutes le détour.

 

Les Pâquis naturellement ont la part belle et ce  sur plusieurs pages  avec ses bains historiques. "Certainement le meilleur endroit de la ville pour un plat du jour sur l'eau à un prix sans concurrence".  On se laisse d'abord séduire par les croquis, puis le texte court et synthétique permet de déambuler le livre ouvert. C'est un peu l'ouvrage "Le Lisbonne de Pessoa",  la ville dans laquelle on vit tous les jours nous est offerte sous un angle nouveau qui nous ravit, nous surprend et on en redemanderait de ces balades, si délicieuses.

Le livre "Genève à croquer en 7 balades" se vend dans toutes les grandes librairies genevoises. Collection INFOLIO de Titane Lacroix et Reynald Aubert.

 

 

 

 

164-165 appl.jpg

 

160-161.jpg

 

 

D'octobre  à avril, laissez-vous tenter  par "les soirées fondues" bien connues des Genevois

168-169appl-1.jpg

23:22 Publié dans Genève | Tags : pâquis | Lien permanent | Commentaires (0)

17/05/2009

Paisible petit air estival en terre pâquisarde !

 

 

P1000313.JPG

22h- L'éléphant du restaurant Bollywood semble surveiller la Place de la Navigation, sur les bancs de jeunes ado mangent leur glace et vous regardent passer comme seuls les ado savent le faire :  "dégoûtés" et qui paraissent vous dire "Pouah, ces adultes, quelle engeance!". Les terrasses sont pleines. Les commerçants, enfin, se sentent compris et épaulés. "Depuis les interventions de la police ça va mieux, c'est tranquille" - Toutefois, avec  un petit bémol  "Avec des flics partout postés pour surveiller les dealers, on ne pourra même plus sortir bourrés des boîtes. A peine éméchés, il faudra souffler dans le ballon. Vous imaginez !  il y aura toujours des dealers et nous, on ne pourra plus se saoûler à souhait, voilà ce qui va se passer" dit une commerçante en hochant la tête, ahurie, les yeux ronds à la perspective de ce nouveau cauchemar qui menace les Pâquis. Les clients vont fuir.

 

P1000314.JPG

 

Du côté des glaces, on fait déjà un quart d'heure de queue. En été, la longue file  varie de   100 à  150 personnes qui peuvent patienter  jusqu'à 40 minutes pour déguster les glaces artisanales. Les deux jeunes filles ave leur tablier rose et leur bonnet blanc tentent de suivre tant bien que mal la cadence.

 

 

 

 

P1000257.JPG

Les couteaux suisses Victorinox sont vendus par des Chinois, ceux-ci sont en général , à l'intérieur du magasin de tabac , très concentrés sur leurs jeux de carte, sept hommes sérieux, ça boit sec et ça joue pour de vrai. On se croirait à Macao dans des tripots clandestins.  Même, selon certains, au resto d'à côté ça dégénère parfois en bagarres. Quelques cris dans la nuit, on essaie de régler ses comptes discrètement de manière honorable sans trop déranger les voisins pour pas donner une mauvaise opinion d'eux. Dans la vitrine, toutes les indications sont en chinois, sur le côté toutefois quelques figurines  et ampoules chinoises de décoration, puis de longs sabres pour rester dans la coutellerie sino-suisse. Quant aux coucous suisses, ils sont vendus plus loin par des Japonais.

P1000310.JPG

P1000308.JPG

 

 

 

 

 

P1000316.JPGDes musiciens rroms déambulent, celui qui paraît être le chef salue  chaleureusement d'un geste de la main les patrons de bistrot et se mettent à jouer. Etrange bastringue,  il ne manquerait plus que l'ours dansant. On dirait qu'ils viennent d'arriver, le plus jeune tient son accordéon sous son bras et tire la valise rouge dans laquelle ils ont mis toutes leurs affaires.  Ils jouent très vite et foncent au bistrot suivant. Pressés d'avoir un peu d'argent pour la chambre d'hôtel ?

 

 

 

Un homme m'accoste avec un suave "bonsoir", je lui balance sur un ton plutôt sympa "trop jeune pour moi, mon vieux!" il me regard ahuri, sort son petit dico français-polonais et tente de trouver la définition exacte de cette étrange phrase-équation.

Des dealers, moins nombreux cette fois-ci,  sont regroupés dans le préau de l'école primaire pour la simple raison qu'il y fait sombre , pas de lumière. Alors ç'est simple, on y avait déjà pensé au Moyen-Age,  éclairer un maximum  les rues. Pour ma part, je mets de bonnes chaussures s'il fallait courir et marche au milieu de la rue et pas sur les trottoirs. Mon sac en bandoulière est à l'intérieur de ma veste, caché.

Direction Tcherga pour le prochain billet.

09:08 Publié dans Genève | Tags : pâquis | Lien permanent | Commentaires (0)

28/04/2009

Cé qu'è lainô pour les dealers des Pâquis !

IMG_0211.jpg


Les Pâquisards en ont assez des dealers qui braillent sous leurs fenêtres, en pleine nuit. Alors chacun fait ce qu'il peut avec ce qu’il a ou ce qu’il n’a plus, à savoir, la paix. L’ultime recours est une pluie d’objets hétéroclites susceptibles de tomber sur la tête des vendeurs de cam.







Cé qu'è lainô version Pâquis


Celui qui est en haut, le maître des batailles
Qui se moque et se rit de la canaille
Et bien fait voir
Qu’il était patron des Pâquisards


Ils sont venus le 12 décembre
Par une nuit aussi noire que d’encre
C’était l’an deux mil huit,
Qu’ils vinrent parler un peu trop tôt


Par une nuit qui était la plus noire,
Ils vinrent ; ce n’était pas pour boire :
C’était pour piller nos maisons,
Et nous tuer, sans aucune raison


Les Pâquisards, qui avaient grand courage,
Firent bien voir qu’ils étaient des braves,
De se battre contre des gens armés
Du menton et jusqu’aux baskets

Ventre Saint-Gris ! »
« Que Genève se soit ainsi laissée prendre !
Las ! Pâquis ne pourra guère la conserver. »

Une Pâquisarde de fort méchante humeur
Leur cria :
"Vous devriez bien avoir de la vergogne
De venir me donner tant de besogne,
Car je m’en vais vous dévêtir tout nus,
Et à tous vous faire montrer le cul. »

Quand ils virent la gente dame
Renverser la marmite bouillante
Certains s’évanouirent et
D’autres s’enfuirent tout rouillés qu’ils étaient.

17:10 Publié dans Associations | Tags : dealers, pâquis, bruit | Lien permanent | Commentaires (1)

08/03/2009

Médecin généraliste aux Pâquis : une blouse blanche bien discrète

P1000064.JPG

 

 





13h 45 Café des Trois Rois , mon stamm de prédilection pour mes entretiens. Enfin, ma blouse blanche qui porte  pour  nom  Dr Fleury a accepté le rendez-vous. Dans le quartier, on me l’a dit et répété, un personnage incontournable et qui ne se  laisse que difficilement contourner.

J’ai un quart d’heure d’avance, je peux me le représenter, à loisir,  à quoi peut-il bien ressembler ? Ce qui est intéressant lorsqu’on doit rencontrer un inconnu, c’est  l’imaginer.  Il est certain qu’à défaut de blouse blanche, il portera une chemise blanche et peut-être un pantalon bleu marine.

Raté ! Il entre dans le bistrot d’un pas léger et décontracté, de taille moyenne,  un air d’ado qui traîne malgré la plus que cinquantaine, une chemise rose sous un pull en laine bleu marine légèrement usé aux coudes, sans doute à force de les poser sur son bureau et écouter longuement les patients,  un jeans délavé.  Ses petites lunettes rondes à fines montures sont posées sur des cheveux légèrement bouclés, comme perdues au milieu des vagues.  Il a des yeux d’un bleu intense, au-dessus desquels trônent des sourcils en broussaille.  Une barbe naissante. Il porte une montre swatch avec sur le bracelet des motifs de  chiens bleus et roses et sur lequel on peut lire “waouf !waouf!” qui vient achever le portrait d’un médecin qui correspondrait plutôt à celui d’un marin du  Grand Nord avec du bleu des mers au fond des yeux.

Il se demande encore hésitant, ce que je peux bien lui vouloir.  “Vous savez un médecin ressemble à un autre médecin et quant à l’homme, il n y a  peut-être pas grand-chose à dire, c’est de l’ordre de la sphère privée.” Il tente gentiment dans un dernier effort timide de me couper  l’herbe sous les pieds. Je l’observe quelques minutes,  je me  sens comme devant  une paroi rocheuse qu’on étudie et  évalue et qu’il  va falloir attaquer, en cherchant les meilleures prises auxquelles se raccrocher.

Aux Pâquis, il y a installé son cabinet presque par hasard,  23 ans déjà. Avec son logement, la régie lui proposa dans la foulée, un cabinet. Depuis il a  gardé son cabinet dans ce quartier et a changé de domicile pour un autre endroit de la ville. Pour lui les Pâquis, c’est la diversité, la multiculturalité, une tolérance qui y  règne bien pâquisarde. Un vrai quartier dans une vraie ville.

Il peut comparer avec d’autres villes, après des études de médecine à l’Université de Genève, il a travaillé à l’hôpital de Sierre et à l’hôpital de  St-Denis à Paris pour sa formation postgraduée qui a duré neuf ans. Chirurgie, neurologie, psychiatrie, gériatrie, médecine interne. Il  a fait le tour des différents services pour sa formation.

Il aime son métier de médecin généraliste qui exige une vraie connaissance de soi aussi, il apprécie soigner des gens dans leur globalité même si parfois c’est très complexe. Mais il sait ce qu’il sait et surtout ce qu’il ne sait pas, il faut être modeste, en empathie avec les autres. L’important c’est de connaître les limites de sa connaissance. Etre accessible, se déplacer pour une consultation évite parfois une hospitalisation, même le dimanche il se déplace auprès de ses patients, parfois très âgés.
Et surtout le métier exige d’écouter les personnes et toujours les croire. Quelqu’un qui vous dit souffrir vous le croyez, vous ne mettez pas en doute ce qu’il dit. Il dit cela en plaçant ses mains l’une contre l’autre  pour bien insister, donner un poids aux mots,  laisser la place aux maux peu importe de la manière dont ils sont exprimés, ils sont là et il faut les entendre.

Ses  passions:  le foot et le vélo, la peinture, le théâtre, la bonne chère.  Il adore cuisiner, il a découvert ses premières recettes de cuisine dans un bouquin de Girardet. Une fois par an, il se rend à vélo à Avignon pour son  Festival, 100 km par jour et qui  lui autorisent quelques arrêts gastronomiques bien mérités. Son  peintre préféré Vermeer : le  jeu subtil d’ombre et de lumière ( l’astronome, le collier de perles, mes tableaux préférés). Vermeer est le peintre qui dépeint méticuleusement les objets les plus insignifiants, tout est transcendé par ces halos lumineux venus d' on ne  sait où, de quel univers, du génie probablement. Pour lui, la peinture permet d’appréhender  les gens différemment. Elle offre d’autres clés de lecture, une autre compréhension des êtres . L’art a le mérite d’inviter à regarder la vie sous un angle nouveau.

La grèves des médecins le 24 mars ? C’est sûr, il fera aussi grève pour soutenir ses confrères parce que la santé , ce n’est pas juste la réduction des coûts et de la comptabilité qui n’est qu’une vision à court terme. On traite les médecins avec bien peu de considération. Une santé de qualité, ça coûte et la santé est un choix de société.

Pour terminer je lui  demande l'autorisation de le  photographier. Mais pourquoi faire ? s’étonne-t-il.  Ben, c’est pour qu’on s'exclame tout content : “Eh ! j’ai vu la tête de mon médecin sur un blog “ et de s’en réjouir .


Dr Fleury en quelques mots :  un indépendant seul maître à bord, un hédoniste fin gourmet et surtout beaucoup d’empathie et comme il le dit si bien  avec une pointe d'humour : “Un homme qui aime Girardet  et le vélo ne peut pas  être complètement mauvais!”

 

19:13 Publié dans Genève | Tags : médecin, pâquis | Lien permanent | Commentaires (7)

02/03/2009

Melting Pot - De l’Ethiopie à la Bretagne

 

Helena.jpg

Carrefour des goûts et des cultures,  creuset des populations, aux Pâquis, la tentation était grande d’appeler son restaurant  Melting Pot. Helena, la voyageuse, ne s'en est pas privée. Elle a repris un restaurant à la rue de la Navigation, l’a décoré de  petites lumières scintillantes un peu partout, de plantes vertes, de miroirs,  de bougies, un  sofa qui invite le voyageur au repos. Doux mélange de saveurs et de couleurs. Le regard  navigue surpris, étonné, interpellé, il s'accroche à une multitude d'objets empreints de poésie et de nostalgie. L’ambiance y est chaleureuse, la patronne dynamique et sympathique, elle a un  mot gentil pour tout le monde.

Helena , c’est un petit bout de femme qui vous ébouriffe la tête  en quelques minutes. Elle est pétillante, son resto, c’est elle tout entière, il est à son image, elle le couve du regard, le surveille. C’est son bébé et elle me propose cette  jolie métaphore, “comme une mère qui allaite, tu ne quittes pas ton enfant, jusqu’à ce qu’il ait suffisamment grandi.” Genevoise d’adoption, elle est née à Addis-Abeba en Ethiopie, a été élevée,  dès l’âge de huit, par sa grand-mère à Asmara en Erythrée. Puis, c’est la guerre, il faut s'enfuir, elle est emmenée au  Soudan, accueillie comme  réfugiée de guerre en Suisse. D’autres séjours après coup, à Milan puis à Chicago la forment et la transforment.

Touche à tout, elle a essayé assistante dentaire, assistante en pharmacie, infirmière, esthéticienne, vendeuse, décoratrice, interprète pour les réfugiés, son baluchon, à chaque nouvelle expérience, s'enrichit.  Enfin, la cuisine l’attire et la happe entièrement. Sa patente de cafetière-restauratrice en poche, Jean-François Schlemmer des Bastions “son idole, son mentor, celui qui lui a donné sa chance “  - note, note, insiste-t-elle - lui tend la perche. Il lui confie la responsabilité du kiosque des Bastions et c’est lui aussi qui lui offrira  la cuisinière pour son restaurant.  Contacts avec les fournisseurs,  gestions des équipes, elle apprend son métier sans perdre de vue qu’elle vise avant tout son indépendance  et espère se mettre à son compte.

Elle travaille chez des crêpiers à Genève, pas très satisfaite, qu'à cela ne tienne, elle part aussitôt en Bretagne apprendre le métier et en reviendra, très fière,  avec un certificat de crêpière. Elle avait d’abord pensé appeler son restaurant “passer composer” parce que chacun crée et imagine sa crêpe ou sa galette ingera, galette en farine de sarrasin qui se mange en Ethiopie et en Erythrée et que l’on garnit de viande et de légume à choix.

Pendant notre entretien, des personnes entrent, Helena les salue, leur sert un café torréfié maison, elle discute, offre généreusement le café, le thé à la citronnelle.  Elle revient s’asseoir en face de moi , toute souriante et je la regarde, reine au milieu de son restaurant ou princesse-nomade qui s’est arrêtée un moment  aux Pâquis, oasis où il fait bon se reposer, avant un autre grand départ pour de nouvelles aventures ?
Helena se résume en trois mots – Déterminée, va jusqu’au bout de ses rêves et adore les gens.

Pour en savoir plus
Melting pot
8, rue de la Navigation
Pâquis

http://www.resto-rang.ch/view_comment.cfm?restono=1552&canton=ge

26/01/2009

Faut pas couper les cheveux en quatre !

 

 

P1000016.JPG

 

 

 

Salon José à la rue de Fribourg, Monsieur José Gilarranz m’attend patiemment en faisant des mots croisés, le journal posé bien ouvert devant lui. Il ôte ses lunettes et me salue. Deux chaises de coiffeur en cuir, un salon lumineux qui donne sur la rue.

Originaire d’Espagne, de Segovia dans la région de Castilla y Leon, il décida de quitter l’Espagne de Franco,  trop dictatorial à son goût, bien qu’il n’ait eu aucun problème particulier.  Lui, s’estimait un homme libre qui n’avait aucune raison de subir ce régime qui ne lui convenait pas.

Donc direction Suisse- Arrivé à Genève, il a des amis au bar Don Quichote à la rue de Berne, après une semaine, ils  lui trouvent un emploi de coiffeur déjà expérimenté à la rue du Stand.
Des fourreurs tenant boutique à côté du salon de coiffure décident de s’étendre et l’achètent. Il perd son emploi.

José , toujours aussi libre opte,  cette fois-ci,  pour se mettre à son compte. Il devient son propre patron à la rue de Fribourg et appose sa belle enseigne blanche ronde, au-dessus de la vitrine et sur laquelle on peut lire : Salon José - c’était en 1965.

Le Français, il l’a appris aux cours du soir de l’Ecole Club Migros. Les Pâquis, c’est son quartier, il y a sa clientèle fidèle depuis plus de 40 ans, composée à 60% d’Espagnols.

Des problèmes dans le quartier ? Pas tant que ça, une fois le personnel du restaurant El Ruedo l’a appelé le soir pour lui annoncer que sa vitrine venait d’être fracassée. Il arrive en courant, une bagarre qui s’est mal terminée et un des deux protagonistes finit sa course, projeté dans la vitrine. Ce n’était pas intentionnel,  insiste-t-il, que voulez-vous voler chez moi ? Des chaises de coiffeur, des peignes  ? – Il hausse les épaules.

Genève c’est ma ville, j’y resterai même après ma retraite, c’est mon pays, un pays cinq étoiles. Lorsque vous êtes au sommet du Salève et que vous voyez la rade scintiller de milliers de lumières , ah ! c’est la plus belle ville du monde. Vous êtes pas d’accord ? C’est unique !

Un client rentre et s’installe dans la chaise de coiffeur. Je demande à prendre une photo tandis que le coiffeur de ses mains expertes fait courir  ciseaux et peigne à toute vitesse. Je m’adresse au client :
- Monsieur, ça ne vous dérange que je photographie Monsieur José entrain de vous coiffer. Sur la photo, on y verra que votre nuque.
- Allez-y, faites seulement, c’est ce qu’il y a de plus beau chez moi. Eclat de rire.

- Monsieur José, quand vous disiez être un homme libre vous entendiez quoi par là, au juste ?

-Faut pas couper les cheveux en quatre, hein  ! Le mot, il faut le prendre comme il vient tout entier.
Un homme libre, c’est un homme qui fait ce qu’il veut dans sa vie et de sa vie, sans pression de nulle part.

Quelqu’un de libre quoi, quelqu’un comme moi !

20:01 Publié dans Genève | Tags : coiffeur, espagnol, pâquis | Lien permanent | Commentaires (3)

10/12/2008

Pâquis - So jazzy !

IMG_0331.JPG

Georges Romanovitch ? 6’000 morceaux de musique, vingt langues chantées dont le swahili, accompagnateur de Brel, de Piaf, Grappelli, Enrico Macias.

Il vous salue d’un baisemain comme peu savent encore le faire, les lèvres n’effleurent pas la main. Elégant dans son costume sombre, une pochette en soie rouge déborde discrète mais bien présente. C’est l’élégance d’autrefois, la patrie de cet artiste né dans une famille de musiciens c'est la terre tout entière. Sa mère était organiste, son père pianiste, sa soeur musicienne et comédienne.

De ses parents nés tous deux à Kiev, Georges garde de sa langue maternelle un “r” qui roule délicieusement au fond de la gorge, puis la deuxième langue anglaise qui mâtine magnifiquement son accent.

Licencié en philosophie, deux années de médecine, toujours avec une partition sous le bras, lui-même est né à Monte-Carlo. De formation musicale classique, il se frottera aux plus grands joueurs de jazz américains. Les plus grandes capitales n’ont plus aucun secret pour lui, tour à tour chef d’orchestre, accompagnateur de Brel. Il vous décrit l’homme comme exigeant aimant son public au point de travailler ses chansons durant trois mois avant la représentation, les répétant des milliers de fois. D’une érudition époustouflante, écorché vif et qui malgré tout s’intéressait tant aux autres. Sa passion du public consistait à lui offrir la perfection. Georges insiste il n’a jamais de sa vie rencontré un homme plus merveilleux que lui.

Georges a aussi tourné dans des films avec Tino Rossi – Naples au baiser de feu – La Belle Meunière de Pagnol toujours avec Tino Rossi et Jacqueline Pagnol.

Un soir, Georges boit un verre au Gabs aux Pâquis, il y rencontre le propriétaire, pianiste de génie qui a joué dans les plus grandes salles telles que Carnégie Hall à New Yord, Palais des Beaux-Arts à Bruxelles, il propose à Georges de venir jouer dans son lounge deux fois par semaine.

Durant l’interview, il se lève et vous chante “Ne me quitte pas “ de Brel puis une chanson d’Aznavour “Les deux guitares” - "Jouez tziganes, jouez pour moi avec plus de flammes !" Il enchaîne avec Gelem, gelem chantée en langue romani, puis une chanson en swahili pour des hôtes africains qui attablés n’en reviennent pas d’entendre cet homme chanter dans leur langue. Russe, hongrois, suédois, le monde défile en chansons.

Ses doigts agiles pour cet homme de 80 ans courent sur les touches, alertes. Une photo en noir et blanc de Coltrane derrière lui.

Georges pourriez-vous vous définir en trois mots : quelques secondes de réflexion puis la réponse fuse directe sans hésitation : Spiritualité, Amour , Musique.

J’aime l’humanité ! Et il ne fait pas semblant, il invite quelqu’un au fond de la salle à chanter et chante avec tout en jouant du piano.

Pour écouter Georges Romanovitch tous les lundi et mardi soir chez Gabs – 12 rue de Zürich

22:56 Publié dans Genève | Tags : jazz, pâquis | Lien permanent | Commentaires (0)

21/11/2008

UN P'TIT AIR VALAISAN AUX PÂQUIS !

IMG_0001.jpg Arrivé à la rue de Fribourg en 1960, il est la mémoire de la rue. Il vous regarde du haut de ses 76 ans, le regard pétillant, des souvenirs pleins la tête. En une heure, il vous brosse un tableau de sa vie de Valaisan débarqué à Genève, le sourire aux lèvres. Chaque minute de vie vécue avec toute l’intensité d’un joyeux accordéoniste. Son accent valaisan se balade dans ses phrases comme par nostalgie des montagnes, des pâturages où il se plaisait à jouer de l’instrument à bouche parmi les vaches, les vignes, les prés. Son père tapissier-décorateur à Dugny, mais vous savez bien le village en-bas d’Ovronnaz insiste-t-il , ben il faudrait bien le connaître puisqu’il y est né ! Evidemment, j’opine de la tête, Dugny en bas de la montagne, c’est évident !

Moi, j’suis un Valaisan qui ai travaillé au barrage de Mauvoisin pour Swissboring, ah bon ! boring en anglais signifie ennuyeux. Il me répond aussitôt :
- En tous les cas, je ne me suis pas ennuyé, j’travaillais en-bas à projeter du ciment, 1 km en-dessous. Mais d’abord, j’étais boulanger-pâtissier, j’ai eu mon CFC à Sion, puis j’ai travaillé à Martigny, Monthey, Vouvry, Moutier. Je dessinais des oiseaux en chocolat sur les tourtes, des oiseaux magnifiques. Puis je suis venu à Genève, avec mon père, on travaillait à Dutruy, pépiniériste à Founex, dans les vignes au greffage sur les ceps de vigne, à préparer les barbus, et là vous oubliiez l’accordéon, les mains, elles tiennent plus rien, trop abîmées ! Il me montre ses pognes pour faire voir comment il n’arrivait plus à replier ses doigts sur les touches en nacre de son instrument.

Lorsque je travaillais chez Zschokke, pendant trois ans, sur les chantiers comme machiniste à conduire le rouleau compresseur, je jouais de l’accordéon pour les ouvriers pendant la pause. Grâce à Azzola Marcel que je rencontrais une fois par mois, pendant dix ans à Paris, j’ai bien appris à jouer, puis il me recomposait ma musique. La musique, je l’ai jouée pour des personnes âgées au Fort-Barreau à Genève, à la Colline aux Oiseaux et même au Palais Mascotte, j'ai fait danser tout le monde, les jeunes, les vieux.

Un petit sourire ! je me souviens lorsque je jouais de l’accordéon au Palais Mascotte. Parfois, je voyais ces dames qui faisaient les poches de ces Messieurs, un peu ivres, les billets de cent francs passaient rapidement de main à main. Devenus soudain aériens, les billet se volatilisaient comme par enchantement dans une poche secrète. Aussitôt chapardés, ils étaient enfouis dans un soutien-gorge à balconnet et évidemment sans que le client s’en aperçoive. Allégé de quelques billets, parfois il beuglait dehors qu'on lui avait fait les poches.
Chut ! Moins de bruit, un peu de respect pour la musique, s’il vous plaît ! criait-on dans la rue.


Mes six enfants sont comme moi, tous musiciens : batteurs, pianistes et les petits-enfants suivent, ils jouent aussi d’un instrument !

48 ans déjà que je suis dans ce quartier. Il a bien changé ! Avant il y a avait un cordonnier puis il est mort. Moi je tenais un magasin de musique à la réception de l’Hôtel Athom, je bouclais en fin de journée et ensuite je filais à Chêne-Bourg, à la rue Peillonnex, m’occuper de ma salle de gym. Vous appelez ça du body-building ! Parfois le même soir, je jouais de l’accordéon à quelque part. Sur ma camionnette, on pouvait voir dessiner mon accordéon et je me promenais un peu partout.

Il me chante une chanson de son répertoire, Impression Tyrolienne, dont voici quelques extraits :

En suivant ce petit chemin de bon matin
si on marche bien
On arrive aussitôt là-haut et de loin
on entend l’écho-o-o-o du pays
C’est le paradis qu’on a choisi avec mon amie
Pour y vivre à deux était heureux
Et le soir en marchant la main dans la main
Parlant de tout et de rien
En chantant un tout p’tit refrain tyrolien..
………………………………………….

Ah oui ! Le quartier a drôlement changé. Maintenant la nuit, il y a des dealers en bas des immeubles qui braillent au-milieu de la nuit, mais attention, on va leur faire des crasses. Ils vont se ramasser des oeufs sur la tête !
Effectivement, sur la porte, on peut y lire un avertissement en caractères gras, rouge :”Il est fortement conseillé à TOUTE PERSONNE n’habitant pas l’immeuble et qui stationne sans motifs devant cette entrée, de se munir de protection (casque, imperméable, parapluie ou autre) afin de se protéger d’éventuelles chutes de projectiles liquides ou solides pouvant provenir d’étages supérieurs !
Ma foi ! On dirait que les Pâquis, c’est un peu le Texas ! me suis-je dit.


Ah ! Non ! je ne quitterai jamais les Pâquis ou seulement les pieds en avant ! En guise de conclusion, il vous regarde avec un sourire généreux, des yeux pleins de malice.


Si vous voulez un petit air d’accordéon :
André Reuse
022 732 27 30