03/12/2009

ALAN HUMEROSE- LE PHOTOGRAPHE-ARTISTE- PISSENLIT

 

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Si on devait vous associer à une fleur ? Il me regarde étonné, derrière ses lunettes rondes, assis en face de moi, il réfléchit quelques secondes croise et décroise ses doigts si vivants qui accompagnent le discours et lâche avec un grand sourire : un pissenlit.

 

Ce pissenlit qui lui fait penser à un œil. Fleur si métaphorique dont le nom latin taraxacum signifie en grec  «celui qui soigne les yeux» . La solarité, la tige de la plante coupée en deux qui devient sifflet tout en laissant un goût étrange dans la bouche, les étamines qui sèment à tous vents et reprises par le Larousse. Et c’est bien lui, l’artiste qui remue, qui sème, qui “solarise”.

 

Après une série d’expositions de travaux menés sur une dizaine d’années, en noir et blanc, une fatigue soudaine, un besoin d’inspiration, Alan Humerose se baladant dans les champs se demande comment les fleurs voient le monde. L’Herbier est sa réponse, le monde vu d’en bas, de dessous une plante. Puis il lui a fallu agrandir un maximum ses prises de vue. Une exposition magnifique composée de 24 images pavoisera le Pont du Mont Blanc, ce fut la première fois que le pont était octroyé à un artiste. Une année plus tard ses drapeaux partaient pavoiser le port de Buenos Aires.

 

 

Né à Courroux dans le Jura, à quelques kilomètres de Delémont, sa maturité en poche, il déménagera à Genève y poursuivre ses études : histoire de l’art, linguistique, photographie de théâtre, dessin. Il se souvient de ses années de cohabitation avec Nicolas Bouvier dans leur atelier des Tours de Carouge, où il se sentait privilégié , avec l’écrivain, d’avoir une chance splendide : celle de prendre le temps de regarder défiler les nuages depuis la terrasse en sachant que c'est ainsi que les élans se prennent.

 

La photo c’est quoi pour vous ? ” Je photographie mon rapport aux choses, c’est un travail poétique. C’est une attention au monde. Ces photos qui nous interpellent et nous obligent à regarder autrement, nous forcent à voir entre les lignes.”

Pour Alan Humerose, la photo n’est pas une histoire de souvenirs, elle ne parle que d’elle-même. La photographie pour lui tient de sa participation au monde, mais il ne faut pas se leurrer «le moment de la prise de vue est aveugle, tout se joue, entre ce que je vois, ce que je crois voir et ce que je saisis. Souvent nous sommes déçus devant nos photos, parce que la photo est toujours décontextualisée, c’est notre rapport affectif qui se joue entre l’instant vécu et l’instant immortalisé. Et avant tout la photo, c’est la lumière, le sujet n’est qu’un prétexte.»

 

Ce rapport au temps est repris différemment à travers l’exposition qui s’est déroulée cette année au Mamco «Les grands centièmes». On a toujours la tête ailleurs. Pour l’artiste, les expressions sont friandes de ces absences : “J’ai la tête ailleurs”- “Je n’en reviens pas “ effectivement il y a des lieux dont on ne revient pas, pour Alan, c’est la Patagonie. « On est quelque part sur la planète et on pense à son amour qu'on a laissé, qui attend, ou peut-être déjà plus. Ou, tout au contraire, on est avec un amour mais l'esprit rêve d'espaces à l'autre bout du monde, qui appellent, ou qui retiennent encore. Alors, tout à coup, on se met à voir le monde, on remarque des choses qu'on ne voyait plus et qui soudain étonnent. On en revient pas! Une scène fugace, un regard tendu ou qui se perd, un décor à contre-jour dans lequel éclatent une sirène, deux bateaux. Une attente dans un carrefour inconnu... »

 

Et «Les Grands Centièmes» soulignent aussi le temps qui en un éclair vous fait basculer, le temps d’un coup de foudre , ou celui de l’accident. Ces centièmes qui nous font vivre le pire ou le meilleur, passer de je suis à j’étais.

Amoureux de musique, Alan Humerose a joué de la guitare , puis toujours fidèle à cette ancienne passion, il ne peut guère travailler sans musique, ses préférées : jazz-rock ou chansons françaises, musiques sud américaines. Le voyage pour lui doit tenir du caprice, comme prendre un scooter pour se rendre en Grèce à une de ses expositions, ainsi le voyage transforme et au fur et à mesure que vous avancez le but du voyage se perd, devient secondaire, «il n’y a plus de destination, mais qu’une direction»

 

Alan Humerose vit depuis 23 aux Pâquis avec sa femme Fabienne et leurs quatre enfants. Selon lui beaucoup de commerces ont disparu au profit des bars. Il ne sent pas d’attaches particulières à ce quartier, mais parfois les bagarres au petit matin entre prostituées attirent son oreille et il retient des perles échangées. Un matin, lors d’une altercation entre prostituées, une petite prostituée latino hurlait à trois grandes nanas apparemment transexuelles «Yo soy una mujer original», des paroles étranges bues par l’aube naissante .

 

 

 

Alan Humerose résumé en quatre mots : Musique, Ecouter (voir c’est écouter, assister au monde) - Lire- Ouvrir les choses (s’ouvrir à elle) .

 

En disant cela, il ouvre large les mains comme pour essaimer les étamines à tous vents du pissenlit…………………………………

 

 

 

 

Photo : auto-portrait Alan Humerose

 

Ses sites

 

http://humerose.com

http://rezo.ch

http://www.uneparjour.org/