04/05/2009

ALAIN BITTAR - UN TRAIT D'UNION ENTRE LES CULTURES


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Alain Bittar est aux Pâquis ce que Avicenne  était à Cordoue;  il insuffle un peu de cet esprit Cordoba teinté de tolérance, de pluralité multiculturelle et de cohabitation pacifique entre les différentes sensibilités politiques, religieuses et culturelles. Dans cette petite Andalousie que représente cette  rue de Fribourg, autrefois, à large majorité hispanophone, un tantinet irrévérencieuse et sur laquelle plane comme un parfum de Méditerranée,   Alain Bittar  avec sa femme Catherine Maurin y tiennent la librairie l’Olivier depuis trente ans, carrefour des lettrés pour juifs, musulmans , chrétiens et agnostiques curieux de découvrir le monde arabe, sa culture, sa musique, ses recettes de cuisine. Lui-même se définit cosmopolite, il exècre les communautarismes. Il expose dans la Galerie de la librairie arabe l’Olivier, un peintre suisse.  Sa  langue pourrait être l’espéranto.

Alain Bittar vous fait penser à un kaléidoscope, à chacune de ses réponse, les prismes de son existence vous offrent la variété infinie des nuances de couleurs, une exploration magique dans un tableau retracé qui va de la Syrie au Liban, de l’Egypte au Soudan, périple qui aboutira à Genève.

Ses deux grands-pères d’origine Syro-libanaise de confession melkite, c’est-à-dire greco-catholique ont émigré en Egypte, puis au Soudan  à l’époque de l’empire ottoman . A la maison on parle français. le jeune Alain à l’âge de 6 ans rejoint un internat à Château-d’Oex où il y restera jusqu’à 12 ans.  Ensuite, direction Genève, le quartier de Sécheron, un quartier populaire dans lequel il se sent immédiatement à l’aise. A travers la Paroisse de la Trinité et le scoutisme il continue à se frotter  avec joie au brassage de population:  Genevois, Fribourgeois, Italiens, Espagnols, Brésiliens. Il accumule les premières expériences professionnelles, moniteur de camps, livreur. A l’âge de 17 ans, membre de Jeunesses etudiantes Catholique (JEC) il s’engage dans l’association “Chrétiens pour la paix.” A Florimont, on voit d’un mauvais oeil,  le jeune élève Bittar, manifester contre la présence de Monseigneur Mamie à Genève. Une broutille offrira le prétexte d’un renvoi de son collège, renvoi qui sera la cause d’ un premier refus de naturalisation.
Qu’à cela ne tienne il passe son bac malgré tout, commence les études à HEI, passe deux ans au Liban à s’intéresser à la cause palestinienne tout  en rêvant ensuite de s’engager pour le CICR. Ce  rêve  ne restera qu’à l’état de  voeu, parce qu’il fallait être suisse et que la nationalité, il ne la possède toujours pas après cinquante ans dans ce pays qui l’a accueilli. Alors, Alain Bittar sourit en regrettant cette politique un tantinet schizophrène;  alors qu’il a dans sa jeunesse fait l’objet de trois refus de naturalisation, il acceptera avec émotion la  Médaille de la Genève reconnaissante que la ville de Genève lui décerne en 2006. Il s’en console un peu et se sent avant tout  profondément genevois. L’absurde dit-il est que la démarche nécessite de devoir fournir un certificat de naissance Egyptien après avoir vécu 50 ans dans le pays .

La création de la librairie ,s’inscrit d’abord dans la recherche de ses propres racines et  depuis, lui offre une belle histoire de rencontres humaines; d’abord établie dans un kiosque tabac-journaux à la rue Schaub, Alain Bittar  s’installera ensuite à la rue de Fribourg. Son meilleur client qui deviendra aussi en quelque sorte son “mentor” est le Cheikh Bouzouzou grand lettré,  qui lui commandera et suggérera des ouvrages, ensuite c’est l’Institut suisse du droit comparé à  Lausanne qui se constituera certainement une des plus grandes bibliothèques du droit arabe au monde en commençant par commander ses livres à la librairie arabe « L’Olivier »..

La sécurité aux Pâquis ? Alain Bittar est au coeur du débat, interviewé, il martèle sans se lasser les mêmes propos. Laisser une petite bande de délinquants, que l’on appele communément “harragas” se comporter en prédateurs,  mettre à mal la diversité et le vivre ensemble , en faisant naître un sentiment d’insécurité diffus au sein de la population fait le lit de l’extrême-droite et permet la surenchère populiste. En l’absence de règles de droit claires qui s’appliqueraient à eux ,ils narguent la police et se sentent invincibles. Les politiciens ont laissé ces gens traficoter au coeur des zones d’habitation populaire, “s’ils s’étaient installés à Champel”, les autorités auraient réagi depuis belle lurette. Principalement cantonnés à la rue de Fribourg, rue de Zürich, rue de Neuchâtel, ils sont devenus des petits caïds qui n’ont peur de rien et de personne. Alain Bittar refuse toute récupération politique, et affirme que c’est juste une affaire de démocratie que de permettre aux citoyens de vivre en paix et en sécurité. Il appelle tous les partis à collaborer au delà de leurs divergences pour trouver une solution.

Alain Bittar rêvait de devenir diplomate, la diplomatie il l’exerce spontanément, trait d’union entre les uns et les autres, il explique, défend, démontre et au bout de tout cela, il vise ce qui a été l’élan de toute une vie : la tolérance, la cohabitation pacifique, la compréhension mutuelle, tout simplement le goût des autres.

07:23 Publié dans Genève | Tags : alain bittar | Lien permanent | Commentaires (0)