18/02/2009

DISCRETE BLOUSE BLANCHE AUX PAQUIS !

 



42-20136923.JPGOn m’a dit quelqu’un à ne pas manquer dans tes portraits, c’est le Dr. XXX, je ne peux pas encore vous donner son nom, je crois qu’il est trop modeste. Un incontournable, et l’ennui,  c’est qu’il ne veut pas  être contourné.

Sa secrétaire me répond très gentille sur un ton affectueux en me parlant de son patron: “ lorsque je lui ai parlé de votre interview, il a éclaté de rire “ comme si c’était la chose la plus improbable que celle d’être interviewé.

Et pourtant dans son quartier, on le cite, on le vante.  Celui qui se déplace, qui va à domicile, qui écoute. Le cabinet ne désemplit pas tout le monde veut s'y rendre. Si quelque chose s’organise dans le quartier, une manifestation, un évènement, il se propose volontiers comme volontaire bénévole.

Ah ! Lorsque je pense que les caisses détruisent le plus beau métier du monde, celui de médecin généraliste, pure folie. A mon avis, tout le quartier des Pâquis va défiler avec les médecins en grève pour soutenir “Leur médecin“ de quartier.


Bref, je réfléchis. … Le nez qui coule, je renifle très fort, en collant bien le thermomètre sur le radiateur, la température monte, monte, il affiche presque 40 °C et en me concentrant un tout petit peu, j’aurai même presque    des frissons…………………………………….........................

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16/02/2009

La Walkyrie de la rue de Berne

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Devant une grande porte imposante en bois massif au deuxième étage d'un immeuble des Pâquis,  on peut lire sur la porte en lettres italiques,   élégantes, le mot  "Elle",  en guise de nom de famille.
J'appuie sur la sonnette, un chien à la voix féroce aboie, ma bouteille du Vin des Filles dans la main gauche - production  artisanale d'humagne  valaisan - je sursaute.  La porte s'ouvre, Myriam me reçoit à bras ouverts, d'une haute stature, des cheveux longs,  plutôt forte, beauté sculpturale.
Entre donc  ma Chérie !  N'aie pas peur du chien,  tandis que le fameux chien, un molosse à la mâchoire puissante n'a qu'une envie, celle  de me bouffer le mollet.

Si tu veux, on va dans ma chambre ! J'ignorai que le métier de journaliste pouvait être si dangereux. Un lieu plutôt cosy, intimiste. Elle m'assied dans un fauteuil en osier joliment peint par elle. Elle s'installe confortablement sur son lit à deux places, face à un miroir. Deux angelots grassouillets en bois,  au dessus du montant du lit,  surveillent attentivement ce qui se déroule sous leurs yeux innocents. Petit coup d'œil circulaire :  peintures et  énormes papillons en tissu très coloré aux murs, des Bouddha, la cage en verre où dorment tranquillement deux pythons vivants, quelques objets annonciateurs;  au bout de la souffrance, le plaisir.

Doucement, je sors mon carnet de notes, puis mon enregistreur, finalement l’appareil photo. Myriam est très à l'aise, moi un petit peu moins. Sur ma droite, une table de massage blanche, des bombes à oxygène, vraisemblablement pour éviter que le client ne meure d'asphyxie en pleine jouissance, surtout si le cœur est fragile, de surcroît.
Hormis splendeurs  et misères des courtisanes de Balzac, je ne connais pas grand-chose sur le sujet et c'est  mieux ainsi . Pas de préjugés, pas de stéréotypes, un regard affranchi de tout jugement.

Née aux Pâquis de père grossiste en vin et liqueur  et d'une mère "faiseuse de chaussures",  Myriam, enfant,  aidait son père à coller les étiquettes sur les bouteilles. Parcours de mannequin, puis de figurantes dans des films, elle a beaucoup aimé le cinéma. Puis les riches amants qui se succèdent tout en l'entretenant, mais ils sont exigeants, jaloux, il faut être en perpétuelle représentation, elle en a marre de cette dépendance, elle préfère la rue et redevenir libre tout en  continuant à mener le train de vie qu'elle aime avec une passion particulière pour les belle voitures. La rue c’est les passants, moi-même je passe, voyageuse, un peu mercenaire car la peur je ne connais pas et dans ce métier, elle n'est pas de mise.

Et le trottoir ça lui plaît, être dehors, regarder la vie, le mouvement, elle parcourt au moins 10 km par jour, par tous les temps et elle n'est jamais tombée malade. Effectivement, elle a l'air sacrément en forme.  Elle met un point d'honneur à être bien vêtue, bien présentable, propre sur elle, évidemment, il y a toujours de mauvaises langues  pour faire  des remarques sur ces seins qu'elle montre. Ben quoi ! me lance-t-elle, tu veux que je les mette où,  derrière mon dos pour les cacher ? En plus, ce sont des vrais.
- Tout le monde me connaît ! se réjouit-elle,  les papis et les mamies qui m'appellent par mon prénom et me saluent, les gens de l'hôtel devant lequel je me trouve,  m'offrent des croissants. Et ça me rend heureuse.
Des enfants elle en a eu, elle lâche très naturellement, on peut être "mère et pute", c'est pas incompatible. Ecrivaine à ses heures, elle estime que les femmes sont dans  les gaufreries nulles de la TV,  soit avocates,  soit dans un pieu et pense qu’elles méritent de  meilleurs rôles, pour ce faire, elle écrit "Les aventurières du Zimbabwe", cinq femmes PDG de multinationale qui se partagent le même homme. Elle avait aussi un quart de page sous la rubrique gastronomie dans  Minuit Plaisir, elle donnait ses recettes de foie gras et signait sous pseudo La Grosse, parce qu'elle l'était et ça l'a fait encore rire.

Tu vois ma chérie !  J'aime mon métier parce que c'est un vrai métier, il faut avoir des compétences sociales : écouter, être patiente, s'intéresser aux autres. Celles qui entrent dans ce métier devraient prendre des cours de maintien, de tenue vestimentaire, de massage, de respect de soi-même, s’imposer une discipline rigoureuse.  On devrait avoir un titre d'assistante sociale avec brevet de sexologie.  On ne fait pas ça à la petite semaine quand j’en vois certaines qui osent sur le banc devant l’église du Temple, je les chasse, comme les dealers et des toxico qui laissent leurs  seringues dans la cour du préau de l’école et que je ramasse pour éviter que les enfants ne jouent avec. Les Pâquis,  c’est mon petit pays et je le défends.

Moi,  j'aime tous mes clients, ils sont tous beaux, je ne fais aucune discrimination, même les handicapés ont droit à l'amour. La seule exception, ce sont les hommes ivres.   Je ne bois pas, je ne me drogue pas, je suis très saine. Et que pourrait-on nous reprocher ? On fait l’amour, pas la guerre.

On nous a affublées d'un nouveau titre "artisanes indépendantes" - je les imagine entrain de bricoler - et rectifie gentiment qu'il s'agirait plutôt d'artistes indépendantes. Et c'est une  artiste, avec son corps comme lieu de  théâtralité et de mise en scène. Elle peint aussi et présente fièrement son œuvre, une magnifique fresque murale qui représente un paysage de bord de mer, une île, un palmier et un seul oiseau. Pourquoi pas deux ? Juste parce qu'il a envie d'être peinard, tout seul,  répond-elle.

Les hommes sont adorables, elle les décrits  avec beaucoup de tendresse.
"Tu sais, ils viennent chercher de l'écoute, de l'attention, se faire câliner. Certaines femmes après avoir mis au monde leurs  enfants ne s'intéressent plus à leur mari, juste des pondeuses qui oublient de rester encore des maîtresses, certaines vont jusqu'à  les maltraiter, les ridiculiser. Alors, ils viennent se consoler. Moi, j'aime tous mes clients, ils me permettent de vivre comme je l'entends et je leur en suis reconnaissante.

Et Grisélidis au Cimetière des Rois ? - C'était une pute sociale au grand cœur, je dis pute parce qu'elle revendiquait  ce titre, c'était une vraie militante, elle mériterait un monument au cimetière des Rois.


Walkyrie ou Victoire de Samothrace des Pâquis, c'est égal. Myriam est une joyeuse qui aime rire, fait rire ses clients avec qui parfois elle pique-nique, elle trouve que c'est un beau métier, elle n'a pas de mac, elle l'a choisi, elle l'assume, le revendique.

Libre, elle voyage , se remarie pour la onzième fois avec un homme jeune et amoureux. Vive la vie !

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15/02/2009

"Les Pâquis, c’est pas une réserve d’Indiens !"

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Une petite litanie trotte dans ma tête  durant le parcours  qui me mène au rendez-vous pris avec Pierre Losio : “Ma p’tite, t’interviewe l’homme et pas le politicien, l’homme et pas le vert, l’homme, l’homme, l’homme.”

Il entre dans le bistrot décontracté : jeans, gabardine bleue, col roulé anthracite, il me salue en me regardant par dessus ses lunettes tenues en équilibre au bout du nez. Je me sens un peu l’insecte observée par un entomologiste concentré, à chacune de mes questions,  de ses yeux marrons foncés,  il vous fixe par dessus ses lunettes pour s’assurer d’avoir bien saisi la question, et purée à vous regarder comme cela, vous vous confortez , ça donne à vos questions l’air d’être presque très intelligentes.

Sans que je m’y attende le moins du moins, dès les premières minutes, ce n'est ni le politicien, ni l’homme qui se présentent. Il  pose sur la table une enveloppe,  en extrait une photo de lui instituteur de  classe primaire aux Pâquis. Inattendu !! j’étais pas prête à ça, j’avale la surprise d’une traite, l’air de rien.

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Il tient entre ses mains une  photo en noir et blanc et passe en revue toute sa classe, sa première volée de 1982  à l’Ecole Centre des Pâquis, il se souvient de  chaque prénom, cite le  métier des parents : Tiens celui-là, il est devenu prof de math à Bogota. Lui, Cédric, il travaille dans le quartier. Les deux jumeaux, aïe, je les confonds toujours.

Oui, c’était un choc, raconte-t-il, instit à l’école des Pervenches de Carouge, il se retrouve aux Pâquis. Il avait l’impression d’avoir débarqué sur la planète Mars, impressionné par le brassage de population, par les flux migratoires :  après les Italiens et les Espagnols il y a longtemps, les Kurdes,les Tamouls, les Balkaniques. Il se souvient des Kurdes qui le jour de la rentrée sont arrivés avec une petite ardoise mais ne sont pas revenus l’après-midi car ils n’étaient pas au courant de l’horaire scolaire ; de la chorale des enfants italophones qu’il animait et qui avait chanté le dimanche matin à la fête des promotions sous le regard embué de larmes des mamans transalpines, si touchées, si reconnaissantes.
Mais, Pierre n’oublie surtout pas de citer ses maîtres de  pédagogie, Célestin Freinet, Jean-Pierre Guignet et Muriel Beer avec qui il a travaillé plusieurs années en duo.Pour clore le chapitre de l’école, il cite François Mauriac, j’ai adoré ce métier parce que “ l’instituteur est celui qui institue l’humanité dans l’homme en devenir »

carnet.jpgEt dans la foulée, il me montre son propre bulletin scolaire de 6 ème, les remarques font sourire et c’est resté tellement lui, du reste, il en a fait une carrière de tout ce qu’on lui reprochait très gentiment :  Babille ! Bavard impénitent ! Pas de questions intempestives ! Pas de football en classe !


L’enseignement, puis la musique qui est là, omniprésente qui le suit pas à pas, en parallèle de ses activités d’instit. Cofondateur du Beau lac de Bâle, de l’AMR, du Festival du Bois de la Bâtie, Pierre comme joueur de  guitare basse. On le voit cheveux longs sur les photos, une casquette vissée sur la tête, un t-shirt sur lequel est inscrit Twist et Patrie.  Puis avec Patrice Mugny, il lance l’association Post Tenebras Rock qui s’est donné pour but de créer un lieu permanent de concerts et de promotion de la musique rock.  Mais finalement, le guitariste avoue préférer par dessus tout le jazz, il joue pour le plaisir dans un quartet de jazz à l’AMR.

L’enfance ?   Un père italien engagé , communiste et qui  se prénommait superbement Germinal ; son oncle Avanti, ça ne s’invente pas. Pierre a grandi pratiquement élevé que par son père seulement. Ils vivaient près du Pont des Acacias dans  l’unique immeuble du quai des Vernets ; derrière l’immeuble un infini terrain vague et d’aventures qui s’étendait jusqu’à la Praille et où vivaient des forains dans leurs roulottes. A l’école on nous traite parfois de bohémiens.
Germinal fut aussi un grand footballeur et grâce à  cela il fut facilement naturalisé suisse, ce qui lui permit de jouer dans l’équipe suisse où il se distingua notamment avec son corner  : mais oui ! Souvenez-vous “Le corner à la Losio.” Il fut champion suisse dans le club Servette.

Mais le fils, rebelle, ne suivra pas les traces de son père qui du reste était très exigeant : Allez, plus de pied gauche, moins de pied droit. Lui, son truc c’est le rugby. Il serait capable d’aller au bout du monde  voir un match de rugby.

Finalement à la politique on y arrive tout doucement, parce que ce n’est pas juste siéger à des commissions, c’est vivre ce que l’on pense au quotidien et c’est bien ce que fait Pierre. Actif aux Pâquis, où il y vit depuis environ quinze ans,  il écoute, il interroge, il boit le café à la boulangerie des Pâquis, chez Graziella et discute avec les clients, les personnes âgées qu’il accompagne parfois dans leurs démarches administratives. Un Vert actif, il contribue à l’augmentation des rues piétonnes dans le quartier en bloquant avec des militants de SURVAP la rue si nécessaire ; tables, chaises, ballons et sirop pour tous.
Quant aux Pâquis, il maintient que ce n’est pas une réserve d’Indiens bien qu’on pourrait vivre en parfaite autarcie, on a tout aux Pâquis, c’est vrai. Mais, il  faut s’ouvrir, sortir de son village, parce que  oui !  les Pâquis, c’est un village où tout le monde se connaît.

Oui, conclut-il, je suis un Vert convaincu, je l’imagine quelques secondes en marronnier, platane, chêne solide au coeur des Pâquis, poumon vert du quartier et  un Vert bien décidé à se représenter au Grand Conseil.

Tu comprends, il faut bien défendre  l’aquarium dans lequel nous nageons tous et à l’allure ou ça va, la qualité de l’eau de l’aquarium,aïo aïo !!!

Pierre n’est pas marié ; il partage sa vie avec sa compagne chinoise, Jacqueline, dont la culture de la vie empreinte de fortes valeurs lui apportent l’équilibre et la sérénité qui lui manquaient, dit-il.


Finalement, j’aurai eu l’instit, le musicien, l’homme et le politicien et surtout par dessus tout  quelqu’un qui continue à distiller beaucoup d’humanité ! Merci l’instit ! C’est vrai, il l’admet , on reste toujours instituteur, toute sa vie  et on s’efforce de continuer à  transmettre de  l’humanité à l’homme .

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30/01/2009

GASHI, VIE GÂCHEE !

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Un grand rouquin d'une quarantaine d'années avec ses béquilles accompagné d'un jeune Africain qui le soutient et qui l'aide à marcher, ils avancent tranquillement dans la rue de Berne en quête d'un bistrot.

 

A les regarder de bien près, image assez touchante, de ce jeune qui soutient l'autre plus âgé ceci m'incite très spontanément à les suivre, discrètement. J'entre au bistrot en même temps qu'eux et m'assieds à la table juste à côté de la leur, avec l'objectif d'en savoir plus sur qui ils sont et d'où ils viennent.

 

Gashi est originaire du Kosovo, cela fait plus de vingt ans qu'il est en Suisse. Arrivé comme saisonnier avec un Permis A, il a travaillé comme maçon sur un chantier. Accident fatal, il tombe de l'échafaudage et se retrouve en partie handicapé. De recours en recours, la guerre entre temps arrive, il reste dans sa ville d'accueil, se retrouve finalement avec un document du Service de la population délivré chaque trois mois et renouvelé ainsi depuis plus de 20 ans Le document précise bien qu'il ne peut pas travailler, ni stage, ni apprentissage.  Il se marie, devient le père de trois enfants, tous nés en Suisse, scolarisés et sans statut puisque le père n'en a pas et que la mère possède celui de requérante depuis plus de dix ans. Comme il a largement participé au renouvellement de la jeunesse d'un pays vieillissant, je lui demande si ce ne serait pas une raison suffisante d' obtenir un vrai permis, peut-être qu'il pourrait poser la question au Service de la population, il sourit.

 

 

Gashi aurait tout donné pour travailler ne serait-ce que deux jours par semaine, rester à l'assistance lui pèse, travailler même un peu pour faire du bien à la tête, comme il dit. Ses mains ne sont pas touchées, il était un bon maçon, l'électricité n'a aucun mystère pour lui.

Bref, il se retourne vers Abdul, et toi Abdul raconte ton histoire, lui lance-t-il.

 

Abdul a 23 ans, il me sourit, il a un visage un peu poupon,  il est originaire du Togo. Il est requérant d'asile depuis 1 an demi. Chaque semaine, plus précisément chaque mercredi,  il doit passer au poste de police pour un relevé d'empreintes digitales, le document attestant de son passage est envoyé à Berne, les fonctionnaires fédéraux renvoient un formulaire qui autorisera le jeune Abdul a prélever 10 francs par jour. Un jour férié, des vacances, un fonctionnaire malade, soit le moindre grain de sable dans la machine administrative infernale et il n'a plus ses 10 francs pour vivre. Donc, ni autorisé à travailler, ni à étudier, il a l'obligation de quitter son foyer de requérants de 7h30 du matin à 17h. Pour tuer le temps, il zone toute la journée, s'engouffre dans  la gare pour se réchauffer.

Son espoir est d'acquérir une formation, un petit boulot au minimum et jouer au foot, il est excellent footballeur, mais aucun club ne peut le recruter en raison de son statut précaire.

 

Tous deux ont quitté leur canton pour la journée, pour se promener et espérant ainsi s'aérer la tête, sortir de la prison administrative qui les faits tourner en rond, en bourriques. Echapper à cette violence administrative, institutionnalisée.

 

Abdul est très déprimé, très fragilisé, on oserait pas le secouer tant il est rempli de larmes. Son  rêve était d'assister à un match de foot ! Gashi, en bon père de famille, aurait tellement voulu le consoler en l'emmenant voir ce match, un vrai. Ils repartent vers la gare, prendre le train qui les ramènera dans ce tunnel sans fin ………………….........................................................

Ah ! J'aurai pas dû le dire, Abdul n'était pas autorisé à quitter le canton, c'est sa cellule. Chut !

 

 

26/01/2009

Faut pas couper les cheveux en quatre !

 

 

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Salon José à la rue de Fribourg, Monsieur José Gilarranz m’attend patiemment en faisant des mots croisés, le journal posé bien ouvert devant lui. Il ôte ses lunettes et me salue. Deux chaises de coiffeur en cuir, un salon lumineux qui donne sur la rue.

Originaire d’Espagne, de Segovia dans la région de Castilla y Leon, il décida de quitter l’Espagne de Franco,  trop dictatorial à son goût, bien qu’il n’ait eu aucun problème particulier.  Lui, s’estimait un homme libre qui n’avait aucune raison de subir ce régime qui ne lui convenait pas.

Donc direction Suisse- Arrivé à Genève, il a des amis au bar Don Quichote à la rue de Berne, après une semaine, ils  lui trouvent un emploi de coiffeur déjà expérimenté à la rue du Stand.
Des fourreurs tenant boutique à côté du salon de coiffure décident de s’étendre et l’achètent. Il perd son emploi.

José , toujours aussi libre opte,  cette fois-ci,  pour se mettre à son compte. Il devient son propre patron à la rue de Fribourg et appose sa belle enseigne blanche ronde, au-dessus de la vitrine et sur laquelle on peut lire : Salon José - c’était en 1965.

Le Français, il l’a appris aux cours du soir de l’Ecole Club Migros. Les Pâquis, c’est son quartier, il y a sa clientèle fidèle depuis plus de 40 ans, composée à 60% d’Espagnols.

Des problèmes dans le quartier ? Pas tant que ça, une fois le personnel du restaurant El Ruedo l’a appelé le soir pour lui annoncer que sa vitrine venait d’être fracassée. Il arrive en courant, une bagarre qui s’est mal terminée et un des deux protagonistes finit sa course, projeté dans la vitrine. Ce n’était pas intentionnel,  insiste-t-il, que voulez-vous voler chez moi ? Des chaises de coiffeur, des peignes  ? – Il hausse les épaules.

Genève c’est ma ville, j’y resterai même après ma retraite, c’est mon pays, un pays cinq étoiles. Lorsque vous êtes au sommet du Salève et que vous voyez la rade scintiller de milliers de lumières , ah ! c’est la plus belle ville du monde. Vous êtes pas d’accord ? C’est unique !

Un client rentre et s’installe dans la chaise de coiffeur. Je demande à prendre une photo tandis que le coiffeur de ses mains expertes fait courir  ciseaux et peigne à toute vitesse. Je m’adresse au client :
- Monsieur, ça ne vous dérange que je photographie Monsieur José entrain de vous coiffer. Sur la photo, on y verra que votre nuque.
- Allez-y, faites seulement, c’est ce qu’il y a de plus beau chez moi. Eclat de rire.

- Monsieur José, quand vous disiez être un homme libre vous entendiez quoi par là, au juste ?

-Faut pas couper les cheveux en quatre, hein  ! Le mot, il faut le prendre comme il vient tout entier.
Un homme libre, c’est un homme qui fait ce qu’il veut dans sa vie et de sa vie, sans pression de nulle part.

Quelqu’un de libre quoi, quelqu’un comme moi !

20:01 Publié dans Genève | Tags : coiffeur, espagnol, pâquis | Lien permanent | Commentaires (3)

EN FAVEUR DES VICTIMES CIVILES A GAZA

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24/01/2009

La classe de “rebelles” de Jean-françois Mabut !




Jolie façon de nous résumer , nous tous les blogueurs qui formons la classe de Jean-François Mabut.

10h – Nous avons fixé rendez-vous au Café des 3 Rois aux Pâquis. Manque de pot, je suis en retard, je l’appelle. Excusez-moi, j’ai écrit ma dernière note sur “Dessine-moi un Rrom”, pas vu le temps passé, j’arrive à peu près vers 10h15- 10h30. Il s'agit juste de faire connaissance.

Je fonce à vive allure, les cheveux en bataille, une jupe enfilée en catastrophe, un collant filé.
Flûte ! Pour une première rencontre, pas de bol. Pendant le trajet, je passe en revue mes interventions, deux trois coups de pied aux camarades par-ci par-là rien de bien méchant. Une note coquine chez Buchs, un clin d’oeil malicieux chez Blondensen pour Victorinox. Le professeur Mabut n’a aucune raison de me coller des mauvais points.

Il est assis au bistrot, je le reconnais immédiatement, un sympathique visage rond, une moustache, mais vraiment comme sur la photo du blog-  un petit carnet bleu devant lui – adorable, minuscule petit carnet ! Nous faisons connaissance, je me présente un peu intimidée. Nous évoquons le succès du blog de la Tribune de Genève. Il me demande quels sont mes autres projets, je lui mentionne rapidement mon essai “trou dans le CV” bientôt publié à Paris et déclare que si Jésus devait aujourd’hui se présenter pour un job, avec ses trous dans le CV, il serait juste bon pour le chômage ou l’assistance publique, et que dire des poètes, des artistes et tous les autres troueurs de CV. Il me regarde un peu surpris et consigne cela dans son petit carnet à rayures fines.

Avec une envie féroce de rire, je lui demande s’il est content de sa classe de “rebelles”, les amoureux de l’écrit, qui se jettent sur le blog juste parce qu’ils ont plein de choses à dire. Ceux qui ont dit trop haut et trop fort ! Les Victor qui se font tirer  l’oreille, les Comité Alerte qui sont formidables et qui ont fait des progrès. Mais dans l’ensemble Mabut est très content de sa classe, il la trouve fantastique, il a presque l’air ému. Evidemment, les premiers de classe, je les citerai pas…….

Je prends mon air de petit pinson égaré sur la branche, fragile volatile et lui dis que les femmes ont de la peine à résister aux méchants coups donnés par les camarades. Quelques femmes  ont tenté de poindre leur nez et ont vite disparu. Il est d’accord, mais dans l’ensemble, il est très satisfait des progrès faits par les uns et les autres .

Mince, j’ai mon interview chez un coiffeur. Monsieur Mabut, vous voulez pas qu’on continue la discussion pendant qu’on vous coupe les cheveux ? – Non merci, ça ira très bien comme ça.

Ouf ! le passage dans le bureau du prof s’est pas trop mal passé. Il range son petit carnet bleu.

Eh ! Les copains, je vous le dis on s’en sort pas trop mal……..




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20:12 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (8)

ODE AUX MENDIANTS

 

Les souvenirs les plus forts de mon enfance sont étroitement liés aux mendiants, aux pauvres, aux colporteurs, aux diseuses de bonne aventure, aux âmes égarées en quête de nulle part.

A Tunis, à l’âge de 6 ans,  accrochée aux barreaux du portail de ma maison qui donnait sur une avenue importante, j’observai attentivement  et avec passion le mouvement chamarré et bruyant de la rue. Au-delà de ma jolie maison blanche aux volets bleus,  du jardin au jasmin grimpant et aux roses embaumantes, commençait le bidonville qui déversait chaque matin son lot de gueux, de miséreux qui déferlaient vers la ville chasser l’aumône, ramasser un bout de pain , quémander.  Le soir,  ils revenaient épuisés, ils se traînaient telle une armée en défaite,  avec un baluchon sur l’épaule plus gros ; les mille et un trésors accumulés tout au long du jour.

Pour certains, ils avaient pris l’habitude de déposer leurs barda devant mon portail, ils s’accroupissaient, sortaient leur mouchoir s’épongeaient le front en soufflant bruyamment, on taillait la bavette et je courai avec joie leur chercher un verre d’eau. Pendant de longues minutes, ils me remerciaient, me bénissaient, me promettaient le meilleur avenir du monde. Ainsi défilaient la marchande d’oeufs, la diseuse de bonne aventure, la journalière qui travaillait chez les Fransaoui, le vendeur de charbon, le vendeur d’oranges avec sa balance et ses deux plateaux dorés sur lesquels il jetait ses poids; magnifique, rutilante au soleil.    Et ce petit monde m’occupait délicieusement toute la matinée.
Un jour, le vendeur de blocs de glace passa avec son chariot surchargé de blocs immenses roulés dans la  sciure pour éviter qu’ils ne fondent trop vite. Il livrait ces blocs que les gens achetaient puis s’empressaient de glisser dans des frigos. Malgré une matinée peu engagée, le soleil tapait déjà très fort, les mulets avançaient péniblement, puis la roue du char sortit  de son essieu dans un fracas épouvantable.  Les blocs de glace glissèrent lentement, inexorablement, et se déversèrent sur l’asphalte brûlant. L’homme s’acharnait sur la roue, criait de l’aide aux passants, pendant ce temps chaque bloc laissait sous lui  une trace d’eau de plus en plus grande. Sous mes yeux d’enfant, je compris qu’un drame se jouait, là,  devant moi. L’homme s’affolait, gesticulait, implorait au ciel sa clémence,  tandis que sa marchandise, toute sa fortune,  disparaissait peu à peu, fondait, jusqu’à ne former plus qu’une immense flaque d’eau.

A la vue de ce spectacle de désolation, il s’assit, prit sa tête dans ses mains et se mit à pleurer. Mon coeur d’enfant souffrait avec lui, je réalisai que la vie d’un pauvre se jouait sur très peu de choses.

Aujourd’hui, adulte, je note  à quel point les mendiants ont contribué à éveiller en moi une humanité généreuse et solaire et c’est le plus beau cadeau qu’ils m’aient offert dans mon existence. Et je chéris cette reconnaissance éternelle et me réjouis de faire l’aumône chaque fois que l’occasion se présente et continue comme je le faisais enfant à bavarder quelques minutes.

Tiens !  La dernière fois,  j’étais assise dans un bistrot des Pâquis, un gars s’approche de moi avec 2 francs 20 dans la main, il me demande un franc de plus pour se commander à boire et aller aux toilettes, c’est urgent,  mais s’ il ne consomme pas, le gérant refusera de le laisser entrer.  Je le taquine : “ Eh ! Mon vieux avec ce système , tu vas aux toilettes combien de fois par jour ? Il rit, vingt fois par jour, c’est la somme qu’il réussit à récolter pour survivre et à le voir chat famélique, on le croit sur parole.

 

“ Le monde souffre de ne pas avoir assez de mendiants pour rappeler aux hommes la douceur d'un geste fraternel.”
Marcel Aymé

23/01/2009

Libre circulation - Dessine moi un Rrom !

 

 

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Mais qui sont donc ces Rroms qui hantent Genève et qui font couler tant d’encre ? Les représentants de Mesemrom sous l’autorité de Dina Bazarbachi (photo) et Doris Leuenberger étaient là, hier, réunis dans la salle du Temple des Pâquis ,  pour décrire ces mendiants et musiciens venus pour la plupart de Aïud, préfecture d’Alba Iulia en Roumanie. Ils viennent d’être renvoyés de Genève, il y a quelques jours seulement, 27 d’entre eux dont 15 hommes, 7 femmes et quatre enfants avec une interdiction d’entrer en Suisse pour  deux ans .

Contrairement aux discours xénophobes, il n’y a pas eu d’augmentation massive d’arrivée de mendiants depuis 2004 selon les dernière statistiques de la police et comparées aux précédentes. Malgré la crainte de l’appel d’air, plus on les aide plus ils viendront est fausse, il y a auto-régulation de cette communauté.

Contrairement à ce qu’on tente de vous faire coire, il n’y a pas de réseau mafieux. S'ils étaient voleurs, ils ne mendieraient pas. Ce sont des mendiants qui tendent le gobelet en espérant une vie meilleure chez eux, une vie digne et décente. Leur objectif est de s’offrir ces conditions de vie. Actuellement, à Aïud, ils dorment tous dans une seule pièce, tirent l’eau du puits, évoluent  dans des conditions de précarité extrêmes. Avec  l’argent récolté, ils espèrent se construire peu à peu une maison digne de porter ce nom et de pouvoir nourrir leurs enfants décemment.

Il est intéressant de constater qu’ils nous étonnent, qu’ils nous surprennent mais nous autant qu’eux. Ils ont même parfois peur de notre attitude hargneuse, chargée de rancoeur, de rage, ils ne comprennent pas forcément notre  haine . Pourquoi eux tous sont renvoyés et pas les autres mendiants, eux tous paient une amende et pas les autres ? On les déclare sans adresse sur le procès-verbal des amendes , alors qu’ils en ont une à Aïud clairement écrite  et identifiable sur leur document d’identité.

Et puis toutes les prestations qui leur sont refusées en plein coeur de l’hiver, ils n’ont pas droit aux abris et sont chassés de sous les ponts au milieu de la nuit , du coup ils vont se réfugier,  éparpillés,  dans les parcs genevois, au nom de la fameuse crainte d'appel d'air.   Par là-même le canton déroge à toute les lois d’aide d’urgence en faveur des plus démunis. Deux poids, deux mesures. Une discrimination bien réelle alors  que la Ville a  ratifié la " Charte Européenne des droits de l’homme dans la Ville".

Autre projet commun et qui mérite notre attention est celui de la construction de bains publics à Aïud pour les Rroms et pour les Roumains qui vivent aussi dans des conditions précaires. Un projet qui coûte 100’000 francs et pour lequel l’association Mesemrom cherche des fonds.
Pour plus de détails sur ce projet

http://www.mesemrom.org/projets.html


Il est important de souligner aussi que la Roumanie s'est engagée dans des programmes d'aide importants et qui s'étaleront sur des années. Etonnamment, aucun de ceux qui poussent des cris  d’effraie n’étaient présents à cette rencontre de découverte des autres, enfin savoir qui  sont ces Rroms et pourquoi ils nous font tant peur, s'offrir enfin l'occasion de casser des clichés bien ancrés.

On leur en veut surtout de nous montrer la misère là sous nos yeux, nous qui sommes si riches, si pleins, si tant de tout !!

 

09:35 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0)

20/01/2009

Rue de Berne - Parfum de scandale

 

 

12h30.  Le petit resto est plein à craquer, le patron s'agite, il invective, donne des ordres, reçoit le client, lui offre  une boule de falafel !  Il soigne sa réputation de meilleur Kebab de Genève et c'est pas surfait.

Sur les murs des photos vieillies de Beyrouth à la grande époque, celle où on la surnommait la Suisse du Moyen-Orient, quelques articles du patron mis dans des cadres sous verre et qui sont la fierté du snack libanais.

 

Les clients sont quasi collés les uns aux autres, je me faufile, me glisse derrière une table à quatre, quelques minutes après deux hommes s'installent à côté de moi. Et évidemment, il faut bien laisser traîner l'oreille tandis que je mange tranquillement mon chawarma en buvant mon ayran épais et onctueux,  fabrication maison.

 

Les deux hommes portent beau malgré la post cinquantaine bien frappée, des manteaux  bleus en laine épaisse, des chaussures Weston, quelques bijoux en or et des montres lourdes au poignet. Ils sont parfumés abondamment, ils annoncent leur arrivée ainsi de manière triomphale à ma petite table. Ils demandent s'ils peuvent s'asseoir et commencent leur conversation en parlant doucement :

 

-         Alors les affaires ?

-         Tiens prends une Kofta, elles sont bonnes !

-         Bof ! Avec la crise

-         C'est surtout les nanas qui emmerdent, t'as beau leur offrir des cadeaux, c'est jamais assez. Elles veulent  toujours davantage.Tiens !   Je lui ai proposé un voyage à Nice, elle a haussé les épaules.

-          Trempe-la bien dans la tahina

-         Sale temps !

-         Et alors ton avocat ?

-         Tu partages une saucisse avec moi ?

-         Il est bien, très fort. Il m'a fait sortir rapidement,  mais ça a coûté bonbon

-         Tu la veux forte ou pas ?

-         Forte, très forte !

-         Et le fric ?

-         Bof, ça va. Ça vient.

-         On commande encore un taboulé et on le partagera ?

-       Comme dans les affaires mon vieux, fifty-fifty. Ok pour  le taboulé .

 

J'adore, ce petit parfum de scandale qui plane sur les meilleurs chawarmas de Genève. Je me lève . Ils  s'excusent :

 

-         Au revoir, on ne vous a pas dérangée ?

-         Pas du tout, pas du tout, bien au contraire.

 

11:17 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (1)

16/01/2009

Une sexagénaire poignardée sur le Quai du Mont-blanc

 

 

Luigi_Lucheni_02.jpgLuigi Lucheni alors âgée de 26 ans voulait à tout prix tuer, achever les grands qui faisaient son malheur, ceux qui étaient la cause de sa misère. L’anarchiste par ce samedi 10 septembre 1898, assassine en lieu et place du Prince d’Orléans qui reporta à la dernière minute son voyage, l’impératrice d’Autriche et reine de Hongrie, épouse de François-Joseph 1 er de Habsbourg, la joliment  dénommée Sissi, cousine du roi de Bavière Louis II de Wittelsbach.
Souvenez-vous du Crépuscule des Dieux, où Visconti nous montre un roi fou, mégalo et qui finira par se suicider.

L’anarchiste se poste donc près de l’Hôtel Beau-Rivage où résidait l’impératrice.  A 15 h,  elle prévoit une promenade en bateau qui devait la mener à Territet pour sa résidence. Alors âgée de 61 ans la dame qui soignait sa neurasthénie meurt  sous la lame effilée et tranchante de Luigi. Après le coup fatal qu’elle prit pour un coup de poing, elle entre toutefois dans le bateau et y perd connaissance. Elle succombera à sa blessure trois heures plus tard. C’est le concierge de la rue des Alpes qui retrouvera l’arme du crime, un couteau au manche en bois fabriqué par Luigi lui-même.
François –Joseph son époux inconsolable , quelques années plus tard,  perdra son neveu assassiné,  à Sarajevo,  d’une manière plus ou moins analogue par un nationaliste serbe, membre de la Main Noire, organisation extrêmiste.

Luigi Lucheni, l’ouvrier italien révolutionnaire sera immédiatement arrêté et emmené et soumis à un interrogatoire au poste de police, situé  à la rue des Entrepôts. Il est fier de son crime, il lui paraît avoir par ce geste contribué à la lutte contre les grands, il se pavane et crie à la cantonnade : » Un Lucheni tue une impératrice, jamais une blanchisseuse ! », il réclame l’échafaud, à la lecture de la sentence, il crie à l'adresse du public « Vive l’anarchie ! Mort à l’aristocratie ! » De là, il sera transféré à la prison genevoise de l’Evêché. Dans sa cellule, il y affichera la photo de Sissi qu’il avait tuée. Les deux avaient en commun une révolte contre l’injustice, tout autant que lui, Sissi ne supportait pas l’oppression. lI entrera dans l’histoire aux côtés des plus grands, son nom est lié dorénavant à celui de Sissi.
Détenu jusqu’en 1909, il apprendra le français en prison et entreprendra d’écrire ses Mémoires sous le titre : »Histoire d’un enfant abandonné à la fin du XIX ème siècle «  - abandonné par sa mère à Paris, simple journalière du village d’Albareto de 18 ans qui le mettra au monde après avoir caché son ventre et sa honte. Recueilli par une institution religieuse St-Antoine, il fut confié à des parents nourriciers à Parme, puis il passera d’une famille d’accueil à une autre , carence affective, privé de repères et d’affection, Luigi découvre à travers les discours propagandistes anarchistes une raison d’être et de se battre. Il sera employé aux chemins de fer italiens, puis on le voit à Trieste sans emploi, finalement maçon à Lausanne.

Un gardien de prison, le gardien-chef Depierraz lui volera ses cahiers, ce qui devait entraîner le suicide de Luigi en 1910, trouvé  pendu par la ceinture dans sa cellule.  Dépossédé de ses cahiers qui donnaient un sens à sa vie,

Luigi lisait beaucoup et la phrase qu’il préférait était celle de Schopenhauer :


« S’il y a un Dieu, je ne voudrais pas être celui-là. »

11:52 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0)

15/01/2009

LIBRE CIRCULATION - LA PEUR MAUVAISE CONSEILLERE!

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22:49 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0)

12/01/2009

Les Pâquis, le plus beau quartier de la République !

Michel.jpgIl a une verve impressionnante, l’art de raconter des histoires, de faire parler les pierres avec toute l’imagination d’un conteur né. Michel Lanfranchi, est né un 24 avril 1928, il a vécu à la Servette puis ensuite a déménagé aux Eaux-Vives et aux Pâquis, quatre ans après son mariage.

On pourrait dire de lui qu'il n'habite pas tout à fait les Pâquis, ce sont les Pâquis qui l’habitent tout entier.

Il vous brosse un tableau vivant sur trois générations qui ont vécu dans ce quartier. Les grands-parents,  cordonnier pour le grand-père et domestique pour la grand-mère, tous deux originaires du Piémont. La tante, élève à l’école ménagère de la rue Zürich et qui reçoit le prix de la meilleure couturière.

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15:55 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0)

21/12/2008

De Cuba libre à Pâquis libres !

Hier soir aux Pâquis, le nez plongé dans ma tequila, je sens le sel crisser sous mes dents, l'acidité du citron agace délicieusement la bouche tandis que je me laisse bercer par la musique Son Cubano qui rappelle les plages cubaines. Mon voisin de table insiste pour engager la conversation, je le fixe quelques secondes et l'invite à me déranger uniquement si l'histoire qui me racontera mérite d'interrompre ma douce rêverie de soleil et de sable chaud.

Relevant avec élégance le défi, lui-même revenant tout juste d'un voyage à Cuba, Baracoa précisément, il me pose la question tout de go : Connaissez-vous Henriette Faber ? je secoue la tête - Non, ça ne me dit rien !

Son récit m'embarquera dans l'aventure d'une des plus grandes pionnères suisses du mouvement féministe.

Cette magnifique aventurière suisse travestie à Cuba, Henriette Faber, chirurgienne lausannoise née au XVIII ème siècle (1791) et qui passionne, artistes, écrivains, réalisateurs cubains. Quasiment inconnue en Suisse et pourtant considérée comme pionnère du mouvement suisse.

Qui était vraiment Henriette Faber devenue Favez ! Jouant à cache-cache avec ses différentes identités, elle étudia à la faculté de médecine de Paris déguisée en homme sous l'identité de Henry Faber, puisque les femmes étaient exclues des études universitaires. Après avoir fini ses études, elle se retrouve toujours déguisée en homme rattachée à la Grande Armée napoléonienne. Faite prisonnière en Espagne, elle y apprendra la langue du pays.

On la voit répparaître à Cuba en 1819, sous le nom de Enrique Favez, nommée capitaine général au poste de médecin légiste à Baracoa. Un autre Suisse, médecin, jaloux de son succès enquêtera sournoisement sur elle. Notre Enrique qui sauve une jeune fille de la mort et qui en sera non seulement profondément reconnaissante, mais s'en entichera aussi et dès lors la harcèlera, jour et nuit. Vaincue par les assiduités de la jeune fille, Enrique finit par renoncer à toute résistance et cédera en épousant Juana, l'orpheline qu'elle a sauvée d'une mort certaine. L'amoureuse transie, enfin devenue épouse de Enrique dénoncera la supercherie vite aperçue dès leur première nuit de noces.
S'ensuivra un procès retentissant comme on en aura peu vu à Cuba et qui défrayera la chronique.


Henriette sera conduite à la prison de Santiago de Cuba, elle nie son sexe féminin, il faudra un examen médico-légal pour la faire avouer.

Devinez ce qu'il advint de notre Henriette ! brisée ? Nenni. Après trois mois d'emprisonnement durant lesquels, elle soumit à rude épreuve ses gardiens en se tailladant les veines et en poussant des cris hystériques, elle fut expulsée de Cuba et de tous les territoires espagnols.

Reprenant ses habits d'hommes, on la retrouvera aux Etats-Unis en Floride, puis à Veracruz sous un autre costume, cette fois-ci, celui de religieuse de St-Vincent-de-Paul, sous le nom de Soeur Marie-Madeleine.

Ravie par cette magnifique épopée racontée avec brio par mon voisin de table, je lui offre un Morito et me commande un Cuba libre en saluant la libération et l'expulsion de Cuba de notre Enrique-Henriette parti-e pour de nouvelles aventures !








11:08 Publié dans Genève | Tags : aventure, cuba, récit | Lien permanent | Commentaires (3)

11/12/2008

Mystère ou Miracle à la rue de Zürich ?

 

 

horloge.JPG

Il se passe des choses bien étranges à la rue de Zürich ! Vous vous souvenez du drame du fou qui avait  tiré sur l'horloge, puis finalement comme épuisée, trop lasse de vivre, elle s'est tout de même arrêtée à 10h29 et voilà pas qu'elle s'est remise en marche sans jamais avoir été réparée. Ressuscitée !

Elle a avancé d'une heure toute seule ! Elle affiche 11h30.

ça tient du miracle ! Et pourtant tout le monde sait que même à Lourdes les miracles ne se produisent plus. Alors pourquoi à la rue de Zürich, on m'a dit que c'est peut-être une souris qui aurait pris les aiguilles pour un toboggan géant ? - L'horloger cantonal ?  Impossible ! Nul dans le canton peut m'indiquer l'endroit où il est supposé travailler, malgré les trente appels d'aujourd'hui. Si quelqu'un le connaît faites-lui signe !  Vous savez  ça arrive fréquemment que des fonctionnaires touchent des salaires sans plus avoir mis leurs pieds au bureau depuis dix ans au moins.

 

Phénomène bien étrange à la rue de Zürich, allez donc constater  par vous-même ! Signe divin ? fantômes égarés perdus dans les méandres du temps ?

 

Brrrrrr!!! Sherlock Holmes aurait adoré, y-a-t-il quelqu'un pour mener l'enquête, un courageux qui ne craint rien, ni personne ?

17:59 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0)