06/04/2009

UN LIVRE SUISSE TRES CONTROVERSE EN ALBANIE ET AUPRES DE LA COMMUNAUTE ALBANAISE MONDIALE


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La dernière bataille en date de Monsieur Astrit Leka  (voir billet précédent) concerne le livre de Jens Oliver Schmitt sur  SKanderbeg dont le vrai nom est Gjergj Kastriot, unificateur de l’Albanie et qui est le symbole de la résistance  albanaise sous l’Empire ottoman au XV- ème  siècle. La statue offerte par SOLIDEST sous l’initiative de son Président  d’Association Leka , se trouve actuellement dans le parc William Rappard au bord du Lac. La biographie par l’historien suisse, Schmitt, du héros  national albanais fait des vagues auprès des intellectuels albanais et de toute la communauté albanaise dans le monde entier. Le mythe du héros est écorné. On doute des sources fiables de l’historien, des interprétations erronées. Même Ismaïl Kadaré s’étonne et parle d’'atteinte à la liberté”. Bref, l’historien subit un tollé. Pourquoi dire que la  carrière du grand “SKanderbeg tient du destin," comme le fait du hasard. Pourquoi ne pas simplement lui reconnaître une aura de héros qui s’est construit comme tel. L’historien parle de vengeance du père comme si le parcours de ce héros n’ était qu’une affaire de règlement personnel. La Confédération par le biais de la DDC a financé à hauteur de 12’000 francs, pour la traduction et les copies à 1’000 exemplaires de cet ouvrage fort controversé et dont on retrouve l’ emblème dans les premières pages du livre.

Astrit Leka n’a jamais pensé que le livre de l’historien suisse Oliver Jens Schmitt écrit sur SKanderbeg ferait l’objet d’une plainte officielle de la part du gouvernement albanais contre la Suisse. Indépendamment du fait que le Président de la République d’Albanie Bamir Topi et le Premier-ministre Sali Berisha ont réagi contre le livre de Schmitt à leur façon. Ils savent bien que dans un pays démocratique , comme l’Albanie et la Suisse chaque citoyen peut écrire et dire librement ce qu’il pense, toujours sans enfreindre les lois en vigueur. Or , Schmitt et son traducteur en Albanie ont publié le livre en question. D’autres ont écrit des livres contre Schmitt, c’est normal. La polémique peut continuer jusqu’à ce que la vérité jaillisse. On est dans le domaine de la science et la culture. "Moi en tant que Albanais et citoyen suisse connaissant bien la mentalité de tous les deux peuples , surtout la susceptibilité de mon peuple envers toute attaque à la figure de notre héros national j’ai voulu prévenir tout malentendu sur la contribution de la Suisse à la publication du livre de Schmitt" , précise Astrit Leka.

"En effet ayant été invité par le Président de l’Albanie pour fêter à la Présidence la fête de l’indépendance ou du drapeau de SKanderbeg, ayant été invité à Bitolie ( Monastir), Skopje et Tetovo pour le centenaire de l’alphabet albanais et à Prishtina pour le quarantième anniversaire des événements de 1968, j’ai eu l’occasion de rencontrer directement presque toutes les personnalités les plus éminentes politiques, scientifiques, culturelles albanaises dans les Balkans. Toutes étaient inquiètes de la publication du livre de Schmitt , qui dénigrait la figure de notre héros national SKanderbeg et après lui le peuple albanais et son histoire qu’il qualifiait fausse et pleine de mythes. N’ayant pas lu le livre de Schmitt, je ne me suis pas prononcé contre lui, dans mes interview à la télévision et à la presse. Rentré en Suisse je me suis intéressé auprès de la Direction du Développement et de la Coopération (DDC) du Département fédéral des Affaires étrangères en leur expliquant qu’ils n’avaient pas bien fait de financer le livre de Schmitt, surtout avec le contenu que les Albanais lui reprochaient. Insatisfait de la réponse je n’ai pas pensé à une mauvaise intention de leur part, mais plutôt d’une distraction. Je me suis  mis à lire et étudier le livre. Ce qui m’a pris beaucoup de temps ( 573 pages !)."

Monsieur Leka a été été interviewé par le journaliste Serge Gumy qui après quoi a écrit un article dans le journal  de Lausanne « 24 heures » sous le  titre « Un livre payé par la Suisse fait scandale en Albanie » .  Il souhaitait  ajouter quelques chose à ce propos sur ce qui figure dans l’article .

" Il est vrai que j’ai été interviewé chez moi par le journaliste Serge Gumy pendant plus de trois heures et jusque tard la  nuit. Le thème de l’interview n’était pas la publication de l’article avec ce titre sensationnel qui attaque injustement la Suisse, donc le Département des affaires étrangères. Moi  j’ai dit au journaliste que c’est le livre de  l’historien suisse Oliver Jens Schmitt qui a fait scandale et c’est lui qui est  responsable de tout ce qu’il a écrit et non pas la Suisse. Il est vrai que l’agence suisse a payé pour la publication du livre en question. Cela peut être arrivé du fait que  la personne suisse qui a donné feu vert pour le payement de ce livre n’ayant  pas pu lire 573 pages du livre de Schmitt, surtout en langue albanaise, qu’il ne connaissait pas, s'est contenté de voir le titre du livre « Scanderbeg », héros national des Albanais et défenseur de la chrétienté de l’Europe. Bien sûr comme fonctionnaire ou employé du Département des Affaires étrangères assigné à travailler avec l’Albanie, il devait savoir que le buste de Scanderbeg était érigé à Genève, par SOLIDEST soutenu par le Conseil d’Etat de Genève. Il devait savoir au moins que Scanderbeg était reconnu et apprécié par de nombreuses et illustres personnalités des siècles suivants. Le pape Nicolas X lui décerna le titre de « champion de la chrétienté, d’autre papes l’ont soutenu. Elisabeth I-ère, Reine d’ Angleterre et d’Irlande, connue pour la plus anticatholique priait pour Scanderbeg catholique. Voltaire écrivit que « si les empereurs grecs ( de Byzance ) avaient été de la trempe de Scanderbeg  l’Empire d’Orient aurait pu être sauvé ». Napoléon, dans ses mémoires qu’il dicta à Saint Hélène, considéra Scanderbeg parmi l’un des quatre plus grands généraux de tous les temps. James Wolf le héros du Québec a qualifié Scanderbeg de « plus grand général de l’histoire à la tête d’une petite armée ». Voilà tout ! Je ne peux pas comprendre le pourquoi de la transformation de mes  propos qu’il m’a attribués pour les avoir dits pendant ces plus de trois 3 heures d’interview . Les voilà :

1.Il m’attribue de lui avoir dit que le livre de Schmitt sur Scanderbeg « est celui d’un Serbe ». C’est faux ça et indigne de moi. J’ai dis que le livre est « celui d’un grand Serbe. Je ne peux pas dire s’il a omis l’adjectif grand par distraction ou exprès pour m’insulter . En effet ayant consacré toute ma vie à la lutte pour la liberté des peuples de leurs droits humains et contre le racisme , il me qualifie de raciste. Moi,durant la Deuxième Guerre mondiale j’ai  croisé les armes avec les peuples de la Yougoslavie, qui comme nous se battaient pour la libération de leur pays contre l’Italie fasciste et l’Allemagne nazie. Nous,  les Albanais nous étions comme les Yougoslaves avec l’alliance Anglo-Soviéto-Américaine. Si j’ai combattu contre l’ethnocide et le génocide exercé par Milosevic. Je ne peux pas diaboliser tout le peuple serbe pour le mal que les dirigeants des gouvernements serbes ont fait aux Albanais. A preuve pour tout ça est le fait que mon docteur de famille à Genève est un suisse d’origine serbe . Et j’ai pleine confiance en lui. Bien que les Assemblées de la Fédération mondiales des  Anciens Combattants depuis Johannesburg, à  Singapour, à Kuala- Lumpur, à Zagreb, à Lisbonne où l’Assemblée ont rejeté tous les projets-résolutions présentés par les délégations yougoslaves contre les Albanais du Kosovo, et cela sous  ma proposition, toutes ces délégations yougoslaves des Anciens combattants ne m’en ont pas voulu. Ils m’ont respecté et ont dîné avec moi. J’ai fait mon devoir pour dire toujours la vérité parce que nous les anciens combattants, nous sommes les plus crédibles quand nous parlons de la guerre. Nous l’avons combattue .

2.Le journaliste m’attribue d’avoir dit « d’être très en colère contre la Suisse , où cet ancien résistant à l’ Italie fasciste durant la Deuxième Guerre mondiale… »  Le fait d’avoir dit d’être en colère avec la Suisse est inventé. Comme  Albanais et ancien combattant antifasciste je ne peux pas être en colère avec la Suisse. Voilà pourquoi

a.Le 7 mai 1995 ayant été invité à Berne à la cérémonie commémorative du cinquantième anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie en Europe, une cérémonie que la Suisse faisait pour la première fois dans 50 ans, j’ai eu l’ occasion d’entendre de la vive voix des conseillers fédéraux, que la Suisse devait la sauvegarde de sa liberté à ceux qui ont battu l’Allemagne nazie. Parmi eux, moi aussi, volontaire à 16 ans, décoré de guerre, ayant quitté le collège à Florence, quand le sort de la guerre n’était pas encore décidé, plus qu’aux ambassadeurs russe ( Staline avait laissé Hitler embraser l’Europe capitaliste, le Pacte Molotof-Ribentrop, et américain présents, dont les pays sont entrés en guerre après avoir été attaqués par les nazi- fascistes et les militaristes japonais. Ce jour-là a été le plus beau jour vécu en Suisse. La Suisse me reconnaissait la contribution personnelle à la sauvegarde de sa liberté

b. La Suisse, pays neutre a été le pays n qui par ses lois a beaucoup aidé les Albanais des Balkans, ceux de l’ Ex-Yougoslavie pour se battre pour leurs droits humains et leur liberté.

c. La Suisse, plutôt le Conseil d’Etat de Genève a soutenu mon projet d’ériger le buste de Scanderbeg à Genève, le premier héros national d’un autre peuple accepté en Suisse. Imaginez-vous, c'était là une occasion de rehausser l'image des Albanais  qui souffrent d'une opinion générale injustement mauvaise à cause de  tous les milliers de jeunes Albanais impliqués dans  des activités illicites.

d. La Suisse ces dernières années a soutenu l’Indépendance du Kosovo, en particulier Mme Calmy Rey. Alors pourquoi Monsieur le journaliste m’a présenté au grand public si ingrat envers la Suisse ? Aucune réaction n'a été décidée, malgré qu’il n’y ait pas eu de plainte jusqu’à présent de la part du Gouvernement Albanais, à ce sujet, de faire part de son mécontentement et de celui des 250 mille Albanais de la Suisse et des millions d’Albanais des communautés de presque tout le monde, auprès de Madame Calmy Rey, puisqu’il est sûr que cette cheffe du Département des Affaires étrangères de la Suisse ne partage pas cette opinion avec l’historien Schmitt. En effet en 1997 ayant été conseillère d’Etat à Genève elle a bien connu Skanderbeg, présenté par le projet de l’association présidé par Monsieur Leka au Conseil d’Etat, pour avoir la permission de lui ériger un buste de bronze. Elle a voté en faveur du buste de Skanderbeg à Genève. Personnellement il a eu l’occasion d’avoir cette confirmation de sa part à Grutli à la fête nationale suisse. C’est là,  qu’il a parlé de Héros mythique des Suisses Guillaume Tel et de Skanderbeg , héros historique des Albanais.

e. Je ne peux pas expliquer la présentation de ma personne aux lecteurs dans cette polémique. Vous avez attribué de l'importance à cette question, vos parlez même de scandale en Albanie. Vous présentez toutes les parties dans cette polémique, l'historien Oliver Schmitt, le porte -parole Andreas Staufer et moi comme ancien résistant de l’Italie fasciste seulement, et pas un résistant aux nazis allemands. Surtout un  ancien conseiller général ( un des 40 membres du comité central) de la Fédération mondiale des anciens combattants où  adhèrent 30 millions de membres dans le monde  entier avec ces dizaines de milliers de généraux qui font l’honneur de leur pays. Vous avez vu que j’a honoré la Suisse aussi qui ne reconnaît pas les anciens combattants, mais a apprécié mes interventions pour faire connaître les  projets de la Suisse sur le mines antipersonnel, la démocratisation des armées…Le journaliste aurait rendue plus intéressante la polémique s’il avait reconnu ma charge d’ancien collaborateur de l'Institut des sciences d’Albanie, qu’il avait eu l’occasion de découvrir chez moi.

f. le journaliste a arraché une idée qui pourrait être intime personnelle et passagère chez le porte-parole du DFAE comme quoi « Il faut un débat sur ces sujets. Le passé a jusqu’à présent été complètement mythifié dans la région »,bien qu’il a souligné, à juste titre que la Suisse ne joue pas  Les  maîtresses d’histoire ». Pour moi le journalist a piégé le porte-parole de DFAE que je considère personne objective et prudente. Dommage. Le journaliste par l’affirmation qu’il a arraché au porte-parole que « le DFAE n’avait pas enregistré aucune plainte officielle » fait du scandale Schmitt un objet d’échanges de notes ce que la DFAE et le Gouvernement albanais n’avaient aucune intention de faire.

A cette occasion Monsieur Leka a remercié Madame Calmy Rey au nom de tous les Albanais pour le soutien que la Suisse et personnellement elle, ont donnée à l’indépendance du Kosovo. Il y a quelque mois, Monsieur Leka a rencontré Madame Calmy Rey à Zurich à l’occasion de l’arrivée du Président du Kosovo Fatmir Sejdiu pour la déposition d’une plaque de remerciement à la Suisse de la part des Albanais duKosovo, pour l’aide que la Suisse a donné aux Albanais. Ce jour-là on a parlé de SKanderbeg et Madame Calmy Rey n’avait pas changé d’avis sur SKanderbeg. Elle a accepté aussi une grande photo murale du buste de SKanderbeg à Genève. Il est vrai que la rumeur court parmi tous les Albanais que l’historien suisse Oliver Jens Schmitt aurait touché des fonds serbes pour faire ce travail de sape sur la grande épopée albanaise. Ce livre déplore Monsieur Leka est un  livre “d’un grand Serbe” , c’est-à-dire que même le pire des ennemis serbes n’aurait pas fait mieux.

Mais Monsieur Leka  ne voudrait pas soutenir cette rumeur d’historien En effet,  Schmitt dans son livre, a cité plus de 227 fois le livre de Radonic, que lui-même nous présente comme  grand-serbe. Imaginez-vous combien de pages de Radonic doivent avoir place dans le livre de Schmitt. Et savoir que Radonic est connu dans les milieux scientifiques comme la personne qui a  volé les résultats des recherches scientifique du grand Professeur Croate Milan Suflaj, tué d’une manière barbare par  la police serbe en 1931, pour faire disparaître ses découvertes qui parlaient en faveur des Albanais dans les Balkans. Pour M.Leka , Schmitt, est un jeune historien qui a voulu devenir fameux au moins auprès des ennemis traditionnels des Albanais et aussi fameux auprès des Albanais. Mais chez ces derniers pour la sélection des documents pour pouvoir les interpréter en faveur de sa thèse anti-albanaise, sans se soucier de devenir plusieurs fois ridicule. Schmitt prétend se baser sur un document important qui prouve que toute l’épopée héroïque de Skanderbeg a pour motif  sa vengeance contre le Sultan qui lui aurait tué son père. Ce qui n’a jamais été prouvé historiquement. Il promet de montrer  ce document au public, qu'on attend toujours, car il ne l’a jamais fait. Moi, pour ma part j’ai trouvé le soi- disant document important de 1454 dans les archives du Duc Francesco Sforza de Milan. J’ai accompagné mes interview de presse et de télévision avec ce document sur lequel s'est basé Schmitt pour présenter dans 35 pages de son livre SKanderbeg, un vil vengeur hamlétien et pas un noble et héroïque combattant pour la liberté de son peuple.

          
                                     

 

05/04/2009

Astrit Leka - 70 ans d’engagement pour la liberté, les droits de l’homme et la démocratie

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Astrit Leka est un intellectuel albanais qui a derrière lui 70 ans de vie active, un combat perpétuel pour la liberté des peuples, les droits de l’homme et la démocratie. Juste le 4 avril 1939, à l'âge de 14 ans, élève du Lycée Français il s’est inscrit volontaire pour combattre  l’agression fasciste de l’Albanie par l’armée de Mussolini, mais non admis à cause de son jeune l’âge, son frère , lui, à 16 ans le sera.
En 1941, à 16 ans,  il quitte le collège à Florence pour rentrer en Albanie et s’engager dans la Lutte nationale de Libération contre l’occupation fasciste et celle nazie allemande. Il a bien combattu dans les brigades partisanes et surtout comme un des chefs les plus fameux des guérillas en Albanie. Il a participé à plus de 44 actions de guerre. Sa résistance prenait des formes bien particulières comme celle en 1943 d’envahir les entrepôts de la banque nationale de Durrës. Non pas pour y voler de l’argent, mais mettre main basse sur la laine rare et chère à l’époque entreposée par les Allemands comme matière première stratégique pour affronter le froid sur le front russe. Cette action a protégé 15 mille partisans albanais durant l’hiver rigoureux de 1943-44. Par la suite,  le circulaire du Général, baron Von Thüngen, commandant des Forces allemandes d’occupation en Albanie exigera l’arrestation de « Alarik », le nom de guerre de Astrit Leka. Ce commandant des opérations pouvait se targuer d’avoir mené des opérations de grande envergure en Albanie y compris le Kosovo, la Macédoine alors sous occupation bulgare,le Monténégro et même la Serbie.

La commission du concours du meilleur livre publié à l’occasion du quarantième anniversaire de la fondation du Parti communiste d’Albanie a conféré l’unique prix à un drame publié par le grand artiste albanais Ndrek Luca ayant comme sujet un des exploits de guerre que Astrit Leka avait réalisé, mais qui juste a cet anniversaire continuait à purger une peine d’ennemi du peuple.

A la libération, décoré de guerre, ayant reçu le prix d’un des meilleurs bacheliers d’Albanie en 1945, il ne s’est pas coulé dans le moule communiste sous l’ère Enver Hodja, son ancien professeur qui connaissait bien son élève et son compagnon courageux de résistance qu’il retrouvera opposé
à lui. Après 12 ans d’études universitaires et ces trois diplômes obtenus sans jamais fréquenter les cours, il devait travailler pour assurer le pain quotidien ayant été exproprié de tout, et  le comble, également à son son père,  illustre juriste à qui on ne permettait pas d’exercer sa profession. Il ne se résoudra jamais à plier sous la férule communiste. Persécuté, et même déclaré “ennemi du peuple”, pour n’avoir pas été soumis à faire une autocritique suivant l’exemple de quelques recteurs chinois d’alors, on lui a attribué d’avoir mené  une « activité hostile » en 1967, durant l’imitation de la révolution culturelle chinoise en Albanie en 1967.
Il ne se soumet pas. Selon le code pénal on devait le condamner à plus de 20 ans de prison ferme ou le décapiter.  Enver Hoxha et les autres dirigeants d’Albanie ses anciens compagnons de guerre, connaissant bien ses convictions anticommunistes et sachant bien qu’il n’aspirait pas à prendre leur place, comme d’autres qu’ils avaient déjà décapités, lui ont commué la peine aux travaux forcés, éloigné de tout travail intellectuel, pour toute la vie. Les autorités ont toléré de le laisser donner des leçons privées en français, italien, espagnol et portugais. Leurs fils ayant été ses étudiants. Cela lui a permis de survivre dans ce régime aberrant pendant 23 ans.

Monsieur Leka ne prétend pas  avoir enfreint les lois de la dictature communiste. D’ailleurs il aurait été le premier à être exécuté, parce qu’il avait donné des preuves  d'homme d'action et de courage. Il reconnait n’avoir pas obéi en  réécrivant l’histoire comme les communistes l’on dictée, durant la période où il travaillait comme collaborateur scientifique de l’Institut des Sciences d’Albanie (1947-1954), dit le plus ancien historien diplômé d’Albanie encore en vie. En 1990,  l’Albanie communiste veut donner des signes de libération après la décapitation du couple Ceaucescu. On délivre un passeport à Leka, qui à l’âge 65 ans malgré son complexe naturel d'infériorité de l’intellectuel enfermé durant un demi siècle dans un pays cloisonné comme l’Albanie et qui a osé défier les intellectuels de l’Ouest. Une folie ! Après un périple aux USA, au Canada et dans plusieurs pays de l’Europe, Leka décide de venir vivre en Suisse, à Genève, précisément aux Pâquis  en 1990.
Il remercie le Doyen de la Faculté de Justice à la New-York University le Prof. Greenberger, qui lui a offert le poste de bibliographe, grâce aux langues qu’il possédait et que le régime communiste n’avait pu les lui arracher de son cerveau. En Suisse il remercie le Prof. Hans Meier, Recteur de l’Université de Fribourg qui l’a apprécié le premier en 1991. En effet après une collaboration il lui a écrit : « Vos connaissances, vos grandes activités, ainsi que votre personnalité font que notre Université serait honoré de pouvoir s’attacher à vos service… ». Le Secrétaire d’ Etat pour la science et la recherche le Prof. H. Ursprung après l’avoir connu lui recommande d’écrire son nom comme référence dans chaque lettre adressée aux autorités suisses. Un grand merci doit aller aussi à lui, précise Monsieur Leka. En effet ce sont eux qui l' ont encouragé à  continuer de consacrer les années de vie qui lui restaient, à la liberté, à la paix et aux droits des peuples de tout le monde, surtout à Genève internationale.

Comme première activité, il a fondé,  à Genève,  l’Association Internationale de Solidarité pour le Développement des Pays de l’Est, SOLIDEST, grâce au soutien d’importantes personnalités des ONG Suisses et Internationales, de parlementaires de Genève et des membres du Conseil d’Etat qui ont soutenu ses projets lancés vers les Pays de l’Est .
Toute cette intense activité déployée en Suisse, un pays démocratique, pour Leka, un étranger ce qui n’a pas été si facile pour lui, bien au contraire. Leka remercie la Suisse de ne lui avoir jamais entravé ses activités en faveur de la liberté des peuples et surtout des Albanais des Balkans, mais reproche à une partie des autorités suisses le mauvais traitement de son dossier personnel. A cela il donne une explication . Les attaques faites contre lui par les forces ouvertes et obscures qui étaient contre la cause des droits de l’homme et surtout la liberté des Albanais de tout joug national. Et aussi l’activité illicite de milliers de jeunes albanais qui les ont déshonorés. On a mis injustement tous  les Albanais dans le même sac. Je pense qu’ici il faut chercher une dose de xénophobie et de racisme. Dommage!
Monsieur Leka, toujours combatif a demandé à l’ancien chef du Département de justice et police Monsieur Christophe Blocher de nettoyer cette bureaucratie et  la pourriture de son Département concernant  le traitement de son dossier. Voilà la réponse : « Le Département de justice et police confirme que ni votre probité ni la valeur de votre engagement politique en faveur de la paix, des droits humains ne sont mis en cause ». Merci ,trop tard dit Monsieur Leka. Le Président de la Confédération Samuel Schmid écrit à Monsieur Leka : « Votre combat, votre ténacité vous font honneur. Des erreurs d’appréciation auraient été commises à votre encontre. Je vous soutiens .»
La cheffe du Département des Affaires étrangères écrit à Monsieur Leka : « Votre engagement au sein de la Fédération Mondiale des Anciens Combattants pour soutenir le processus de paix au Proche Orient ,dans le cadre de l’Initiative de Genève et apprécié .»

Malgré ses 84 ans, Astrit Leka a déjà parcouru tous les continents, du sud au nord. Dans ces Forums, Congrès, Assemblées, colloques, symposiums etc. il s’est entretenu avec des dizaines de Présidents du monde, des dizaines de Premier-ministres, des centaines de ministres et de députés du monde entier. Bien sûr avec plus d’intérêt pour des personnalités scientifiques et culturelles et des Prix Nobel pour renforcer l’efficacité son activité pour la liberté, la paix et une meilleure connaissances entre les peuples durant ces 70 ans de vie active et tourmentée, qu’il présentera bien documentée dans ces mémoires qui paraîtront prochainement, " si je ne les emporte dans la tombe comme plusieurs de mes compagnons d’autrefois " , ajoute Monsieur Leka en souriant.

En 2003 Monsieur Leka a été assigné conseiller général de la Fédération Mondiale des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, à Johannesburg à l’Assemblée générale de La FMAC-Paris, avec 30 millions d’adhérents. En 2006 il a été élu Vice-Président de la Confédération européenne des Anciens Combattants et victimes de Guerre, CEAC-Paris. Son pays l’Albanie démocratique, a reconnu ces mérites de guerre et son opposition au communisme après la débâcle  du régime communiste. Des dizaines d’articles écrits par les plus prestigieux journaux des dizaines d’émissions télévisées, des livres écrits sur sa vie, une procédure entamée pour lui conférer le doctorat honoris causa font partie de cette réhabilitation morale de cette personnalité qui ne s’est pas soumise durant plus de 50 ans aux souffrances subies.

Monsieur Astrit LEKA un des premiers volontaires de la Deuxième Guerre mondiale encore en vie a été décoré durant la rencontre des Anciens Combattants de l’Est et de l’Ouest en mai 2005, où il a eu l’honneur de parler au nom de la Délégation de la Fédération mondiale à la réunion académique.  Il a été décoré lors de la rencontre des Anciens Combattants de l’Europe à  Prague en 2006.Il a été décoré par l’Argentine en 2007 . Et finalement l’Albanie a conféré deux décorations, dont un ordre d’or par son   « ennemi du peuple » d’autrefois. Monsieur Leka, qui n’a jamais porté  les 3 décorations de la Deuxième Guerre mondiale en Albanie durant le régime communiste peut les porter, aujourd’hui,  après 60 ans avec celles du 21-ème  siècle et les futures à venir, en cours.

 

01/04/2009

UN INFILTRE AUX PÂQUIS

 

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12h30- rendez-vous à la rue de Berne. Il me repère d'un coup d'oeil, avant même que je ne l'aie vu. A l'issue du film, Dirty Money, je lui avais demandé de pouvoir le rencontrer aux Pâquis, parce qu'il le connaît, ô combien, ce quartier,  avec ses hôtels cinq étoiles. Les enquêtes sous couverture à réserver une chambre sous un faux-nom, une fausse identité, la filature idéale qui pouvait durer des jours, voire des semaines et qui lui permettait d'infiltrer les réseaux mafieux.

A l'issue de la projection, je l'ai vu se lever de son fauteuil de ciné, les yeux pleins de larmes. Il ne s’en cache pas, ce film, cette histoire, son histoire l’a beaucoup touché.

Fausto Cattaneo dit “Tato” pour les intimes revoit son histoire dans "Dirty Money - L’infiltré"  inspiré de son livre “Comment j’ai infiltré les cartels de la drogue”. Dans la réalité, l’ex-commissaire de la police tessinoise et de la police fédérale suite à une enquête sous couverture s’est retrouvé lâché de tous, contraint de se retirer.

Son livre autobiographique est fort, l’ex-infiltré est devant le lac de Lugano prêt à se tirer une balle dans la tête, dépressif, seul, isolé, il veut s’arracher la vie comme on s’arracherait une dent qui vous fait horriblement souffrir. Et une rage salutaire le secoue, l’attrape à la gorge, la colère monte et il renonce pour se battre. De cette lutte salutaire,  d’un homme décidé à dire la vérité, il renaîtra de ses cendres.

Il n’y a pas de crime organisé sans institutions qui le soutiennent et le protègent. Spécialiste de la drogue, il a  frayé  non seulement avec  la drogue, mais les armes, le terrorisme, côtoyé les agents secrets de la CIA, du Mossad, des agents hors contrôle, et au sommet de tout cela,  qui tirent les ficelles ? De riches industriels, des politiciens qui manoeuvrent à l’envi.

Il en connaît un bout sur les manipulations, il a vu “Mâadâame !” à l’oeuvre, à savoir Carla del Ponte, celle dont le manteau de dalmatien représente pour chaque tâche, un flic écrasé, un piédestal de plus pour sa carrière, procureure au Tessin puis parachutée à Berne, pour les services rendus.  Elle protège les filières mafieuses, couvre Gianfranco Cotti, patron de la Fimo qui reçoit des fonds de la drogue. Elle cache, fausse l’information, le commissaire découvre le pot aux roses, elle le traite de “fou” , l’écarte, l’isole. Le juge Giovanni Falcone, pire ennemi de la Cosa Nostra, arrivera aux mêmes constatations que lui, le nez sur la même piste, ils se retrouvent,  face à face,  avec des  conclusions  identiques : blanchiment d’argent sale, l’argent de la drogue qui part de la Sicile, du navire Big John, 600 kg de cocaïne, et dont l'argent de la vente sera acheminé jusqu'en Suisse par des mules qui passent par la montagne, et le déposent sur des comptes suisses, ceux de la Fimo.
Même ses meilleurs amis le lâcheront. Quelques journalistes le soutiennent, il écrit 2’000 pages d’une traite, d’un soufflle pour décrire les mécanismes, l'infiltration avec la peur aux tripes, cette peur qui ne vous lâche jamais et qu'il faut maîtriser, des histoires moins sensationnelles plus personnelles et finalement, une maison d’édition et pas des moindres,  Albin Michel,  publiera son histoire.
Assis en face de moi au bistrot, il ne me lâche plus des yeux pour raconter la vie d’infiltré. Jusque dans les moindres détails tout doit être crédible. Du travail d’équipe, certes, mais savoir être seul avec peu de moyens dans le fond. La Suisse, ce n’est pas comme les Etats-Unis où tout le bénéfice de la drogue saisie retourne dans la lutte contre la drogue. Hôtels, bureaux de changes, autant de couvertures parfaites pour les policiers qui travaillent dans des conditions optimales avec un maximum de moyens.

Tato après sa mise en retraite forcée entamera son master en criminologie sur “Emploi légal des agents undercover” puis il fera un peu de bénévolat ce qui lui vaudra le surnom affectueux de Padre Pio par Izabel, son épouse.

Il prépare une deuxième publication sur une enquête qui part du Mato Grosso et qui aboutit à Genève, l’argent posé inévitablement sur les comptes suisses, des réseaux qui le mèneront aussi, jusqu'aux Pâquis. Le titre prometteur “Jusqu’où nous pouvons arriver” fait la démonstration du réseau influent du crime organisé qui touche les sphères les plus influentes, des personnages de haut niveau : Tous mouillés !
Homme de justice, il a aimé son métier et puis dans le fond, un flic reste toujours un flic, un curieux qui aime comprendre ce qu'il voit.  Si c’était à refaire, il recommencerait sans hésiter . Et il est fier de pouvoir se promener la tête haute, il n’a rien à se reprocher. Il ne regrette rien !

Et allez ! Il  ne peut pas s'en empêcher, c'est un homme d'équipe, un petit mot pour la Sûreté genevoise.  Selon lui. ils  font un sacré bon boulot. Les gars, ils sont géniaux.  Les collègues de Genève ? Excellents professionnels !

30/03/2009

CESSONS DE MASSACRER NOS JEUNES !

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ILS SONT NOTRE FUTUR !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Samedi après-midi, deux jeunes éméchés sur un banc, ils se font un bottelon à deux, à coup de canettes de bière, ils noient leurs interrogations au fond d'un verre, leurs questions sans réponses, qui finissent par flotter tels ces cachets effervescents qui disparaîssent dans un magmas indéfinissabe, à la surface de l'eau. Les adultes ont de moins en moins de réponses à leur offrir, il est certain. Ils sont si jeunes. Je m'arrête,  sur un ton,  un tant soit peu maternel, je les interpelle.  Ensuite, assise à leurs côtés, j'engage la conversation, ils ont vraiment des choses à dire, ils les disent brefs, courts, avec leurs mots à eux, un vocabulaire qui leur appartient, une pointe d'angoisse au fond des yeux.  Et l'un et l'autre, racontent les démarches qu'ils entament pour  trouver leur job d'été. A l'école, ça va couci-couça, cahin-caha.Un,  avait pour habitude de pousser les chariots à l'aéroport en été, mais depuis plus d'un an,   l'aéroport n'engage plus de jeunes, la direction de l'aéroport a préféré les remplacer par des pièces de deux francs. Beaucoup plus rentable.

L'autre travaillait, il y a deux ans, pour la voirie dans le cadre des fêtes de Genève, mais là aussi, c'est délégué à une entreprise sous-traitante qui n'engage que très peu de jeunes. Alors, ils ne savent plus très bien. De toutes les façons, ils ne partiront pas en vacances, trop pauvres, les parents font des ménages. Ils erreront sans but durant tout l'été.

Voilà, c'est simple, la conclusion est cruelle, il y a  de moins en moins de jobs d'été, c'était la belle occasion de permettre aux jeunes de se frotter au monde du travail,  d'acquérir de l' expérience professionnelle, de développer un peu de savoir-faire et beaucoup de savoir-être. Des petits boulots qui faisaient office de prévention contre la violence, contre la vaine errance. On n'y pense plus aux jeunes, les places sont de plus en plus rares. Ce qui est devenu très important c'est de montrer surtout les chiffres glorieux de la Ville, du Canton.  Exhiber des chiffres, des bénéfices,  au détriment des jeunes qui ne savent plus très bien ce qu'on attend d'eux, on leur impose de plus en plus de formation pour moins de places formatrices, on exige plus en plus d'expérience professionnelle alors qu'on ne peut même plus leur proposer le moindre boulot ou du moins qu'on ne veut plus leur proposer. Les statistiques des hospitalisations en clinique psychiatrique  révèlent  des  patients de plus en plus jeunes. C'est un constat, les jeunes souffrent.

Alors, ils sont là, à boire, à revoir inlassablement leur CV sans plus savoir où l'envoyer, quelle déprime ! Je leur propose un coup de main, sans illusion, c'est très difficile. Qu'avons-nous fait pour les amener là ? L'aéroport devrait, du moins en été, offrir des jobs, ces fameux chariots à pousser qui ont fait des générations de bienheureux. Nous avons tous un jour ou l'autre, travailler dans une usine, un magasin, un aéroport en été. Les Fêtes de Genève devraient aussi leur offrir l'occasion de s'occuper durant les périodes festives où l'argent rentre à flot. La Ville, l'Etat, les Communes devraient s'organiser pour les proposer des boulots d'été par milliers et aux grandes entreprises de suivre le mouvement. Par exemple, Rolex n'engage pratiquement que des frontaliers, donc les enfants des frontaliers en été et en quantité réduite à sa plus simple expression.  La boucle est bouclée.

Pensons-y aux jeunes, ils sont notre futur. Leur champ de vision, en ces temps d'incertitude,  n'est qu'une série de points d'interrogation laissés sans réponses. Des points de suspension ad infinitum. Que les politiciens s'organisent, anticipent, prévoient les budgets en conséquence  au lieu de se targuer d'avoir fait des bénéfices sur le dos des gens! Attitude mortifère, favoriser la rentabilité contre la vie en devenir.

 

Un ancien billet qui reste d'actualité.

Chariots inhumains à l'aéroport

La lettre du jour | Pour rebondir sur le courrier du lecteur en lien avec les chariots payants de l'aéroport, j'aimerais ajouter que non seulement on rend la vie impossible aux usagers qui en arrivant en Suisse n'ont pas les deux francs pour le chariot, mais pire c'est un job d'été, voire un job tout court en moins pour les jeunes. Pousser les chariots à l'aéroport pour les jeunes en «retard d'éclosion», qui s'occupaient en attendant de mûrir ou pour le job alimentaire, était devenu une institution bien genevoise.


| 14.04.2008 | 00:01

Pour rebondir sur le courrier du lecteur en lien avec les chariots payants de l'aéroport, j'aimerais ajouter que non seulement on rend la vie impossible aux usagers qui en arrivant en Suisse n'ont pas les deux francs pour le chariot, mais pire c'est un job d'été, voire un job tout court en moins pour les jeunes.
Pousser les chariots à l'aéroport pour les jeunes en «retard d'éclosion», qui s'occupaient en attendant de mûrir ou pour le job alimentaire, était devenu une institution bien genevoise.
Ce sont encore et toujours les jeunes qui font les frais des petites économies misérables d'un technocrate qui pense avoir trouvé la solution pour réduire les frais. Economies de bout de ficelle, parce que les jeunes inoccupés en été auraient aussi pour quelques-uns tendance à faire des bêtises alors qu'ils ne demanderaient qu'à travailler.
Non aux chariots payants, non à la réduction des coûts au détriment de notre jeunesse.
Assez! Assez de cette politique sournoise qui ne tient plus compte des humains!

Djemâa Chraïti

( lors de la parution de ce courrier,   une erreur s'est glissée dans la signature  qui avait été attribuée par mégarde à quelqu'un d'autre)

 

Crédit photo Djemâa Chraïti

 

 

28/03/2009

JACQUES BERTHET - PHOTOGRAPHE-POETE

 

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10 h – Place de la Navigation, le marché attire acheteurs et badauds, un petit air printanier réjouit enfin les  coeurs. Je grimpe les deux étages d’un immeuble ancien, la porte en bois s’ouvre large comme des bras ouverts. Jacques m’invite dans son bureau, je m’affale dans un sofa profond. Le regard est affolé, il se promène et  tente de saisir toutes les richesses accumulées du voyageur, du photographe et du  poète. Des livres sur le désert, des ouvrages sur la nature, des photos de deux Tibétains. Encore d’autres  grandes  photos contre le mur :  les entrailles du Cern , un enchevêtrement de fils électriques de toutes les couleurs, puis à côté,  un olivier millénaire, arbre torturé au large tronc.  Ce lieu pourrait tout aussi bien être celui d’un écrivain, des  livres sur la table : Moby Dick, Yasmin Khadra. Un carnet de notes.

Jacques saisit au vol tout ce qui est bon à prendre, il transforme, adapte, s’adapte. Les SMS lui font aimer les haïkus, cette poésie japonaise, courte et fulgurante, qui nous rappelle l’évanescence des choses, cet instant sans ego qui est saisi sur le vif comme une photo volée et qui suggère l’instantanéité du moment, l‘éphémère immortalisé, arraché en plein vol.  L’image est infime en rapport aux mots, l’image est descriptive tandis que le mot révèle l’âme  en profondeur. Alors,  oubliez les cartes postales ! En guise de  lettres, ce sera un haïku que vous recevrez sur votre portable et qui dira :
“Entre les effluves de menthe
Et le vacarme des cigales
un  colosse”

Ce colosse est assurément un  olivier centenaire ou millénaire. Sur les traces des oliviers depuis  trois ans,  à parcourir tout le pourtour de la Méditerranée, la Grèce, l’Espagne, l’Italie. Jacques est amoureux de ces arbres qui lui offrent soit un spectacle de  flamenco, soit le conciliabule des sages. L’anthropomorphisme de ces arbres l’ont véritablement subjugué. On croirait des personnages de contes, pour le photographe,  ils sont métaphysiques.

Les voyages de Jacques s’organisent autour d’un thème, les herbes dans les pays du Nord dans ces landes sauvages balayées par le vent. Parce que dans ses photos, le vent est tout aussi présent que la lumière, le vent  ploie les herbes, on croirait l’entendre siffler, il interfère dans la prise d’images, parfois ami, parfois ennemi.  Jacques partira en Thaïlande, à Bangok, pour une exposition de photos sur le végétal et l’architecture.
Mais il se passionne tout autant pour ces migrants qu’il a photographiés aux Pâquis. On les voit sourire à l’attention du photographe, enfin ils existent à travers son objectif. Jacques raconte la joie de ce  Kurde irakien, de cette Equatorienne,  de ce Pakistanais, de cette Erythréenne dont il me montre les portraits. Sans statut légal, requérants, commerçants. Dans leurs plus beaux atours, ils se présentent fiers,  ces tranches de vie merveilleuses qui se racontent au détour d’une photo. Certains les ont agrandies et affichées dans leur magasin .

Oui, c’est vrai ! Ils sont très beaux !  On sent la relation de confiance qu’a réussi à établir Jacques avec ses sujets. Il aimerait tant continuer ce travail de ceux et celles qui font les Pâquis, de ceux et celles qui font Genève. Selon lui, ils ont apporté non seulemement le brassage multiculturel, ce qui implique qu’ils apportent  au-delà de  leur culture,aussi leur nourriture, leurs épices, leur langue.  Nous sommes tout imprégnés de ce qu’ils nous offrent. Cette exposition, selon Jacques,  mériterait d’être achevée en collaboration avec d’autres artistes, photographes, poètes. On ne se lassera jamais de raconter les autres.


Les Pâquis, Jacques y vit depuis 25 ans, il a vu et vécu les changements, tout au long de ces années, il est vrai que  selon lui, le quartier  a bien changé, on s’y sent assurément moins en sécurité.  Il quitte souvent le  quartier pour ses voyages et surtout pour des marches. Ces longues marches dans le désert entre Tamanrasset et Janet, à marcher des jours entiers sur du plat ou escalader les montagnes de l’Atlas. Vivre avec les Berbères, dormir à la belle étoile, se frotter aux joies de la vie frugale. Marcher, c’est aussi vivre un  voyage intérieur, en solitaire, se ressourcer , en quête de spiritualité.

Il est là assis dans son fauteuil à balayer le monde d’un geste ample  son regard est celui des grands voyageurs, on y voit des contrées, des paysages, des oliviers. Et le haïku qu’il a choisi pour  la première page de son site lui convient à merveille : “ Rien qui ne m’appartienne – sinon la paix du coeur et la fraîcheur de l’air.”

Vous pouvez voir l’exposition de Jacques Berthet à la pinacothèque des Eaux-vives et ce jusqu’au 5 avril ( 7 rue de Montchoisy)ouverture mercredi et vendredi de 16h à 19h- jeudi de 16h à 20h et samedi de 11h à18h- Brunch de clôture- dimanche 5 avril dès 11h.

 

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son site http://www.jacques-berthet.net/

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27/03/2009

Une marguerite perdue dans la ville

 

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Brassens aurait aimé, il a consacré quelques belles lignes à cette fleur dont on arrache un à un les pétales, avec un je t’aime, un peu, beaucoup, passionnément….. La marguerite est tombée, si singulière, trois pétales de scandale, la frivole, fleur qui vole,  fleur volée, si légère. Fleur, peuchère…..


Une performance, ou un larcin inachevé ?  Un caddy dans lequel repose un vieux pantalon, puis cette marguerite qui nargue , son oeil jaune soleil vous regarde, ou vous le regardez, on ne sait plus très bien……….

Poésie urbaine,  au petit matin

25/03/2009

Ni baston, ni Couchepin aux Bastions !

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En ma qualité de patiente soutenant la manifestation des médecins, j'y étais. Tiens surprise ! je croise le pédiatre qui me demande des nouvelles des enfants. Et puis imaginez, en plein coeur des Bastions,  au milieu de l'allée d'arbres, je tombe sur  mon allergologue.  Je lui tends la main et lui demande vu qu'il a analysé et constaté que j'étais allergique au frêne s'il y en a. Il observe longuement les arbres - il doit se dire purée la colle- une sacrée envie de rire me chatouille le ventre, évidemment meilleur médecin que botaniste, il hausse les épaules, il n'en sait rien.

 

Une ambiance bonne enfant, malgré la colère perceptible, les slogans sont drôles dont un que j'ai retenu "Le médecin chez moi, le Valais pour toi !"

Espérons que Couchepin ait entendu la rumeur s'élever de la base, il propose un table ronde, osons croire qu'il en sortira quelque chose hormis faire tourner les tables et que ce n'est pas juste une façon de gagner du temps.

08:11 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0)

24/03/2009

La grève des médecins- Notre "barrage contre le Pacifique"

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Les médecins sont les premiers à ressentir sur le terrain les dysfonctionnements, ils sont les premiers à constater les effets d'une politique délétère. Et nous le savons tous, toutes les politiques d'exclusion, toutes les atteintes aux acquis de la société civile commencent par la santé, puis viennent ensuite les prestations sociales, puis enfin la culture. Dès lors,  sont révélées au grand jour les prémisses d'un Etat qui sacrifie ce qui nous est le plus cher au nom de la sacro-sainte économie et de la rentabilité. Nous constaterons, alors, qu'il est trop tard, nous réaliserons avec dépit et amertume qu'il aurait fallu s'opposer plus tôt.

 

Donc, nous n'avons pas d'autre choix que celui de faire front commun avec les médecins, ils sont notre "barrage contre le  Pacifique" avant la noyade finale de tous nos acquis sociaux.

Soutenons-les ! Participons activement à la manifestation.

23/03/2009

Presque tous sauvés !

 

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(suite du billet précédent)


8h ce matin, me voilà devant  la maison  La Croisette sur la route de  Vernier, l'ancienne demeure a été  récemment incendiée, elle accueillait des requérants d'asile pris en charge par l'Agora . Un malheur ne vient jamais seul, d'abord l'expulsion pour laisser Ikéa s'implanter suivie d'un sinistre causé par une main criminelle, sans doute.

Tout est calme, le soleil brille, le jardin est baigné de lumière, des pâquerettes fleurissent, les oiseaux chantent. Les volets sont entrouverts, j’entre en marchant prudemment, une odeur âcre de fumée empuante l’air ,  des sans-abris ont dû passer la nuit dans les pièces nues, ça sent l’urine, une chaussure de femme, un bas qui traîne. Pas un bruit. L’atmosphère est lugubre, tout est si sombre, si noir à 'intérieur.
Je visite les pièces du rez-de-chaussée presque entièrement dévastées par le feu, spectacle de désolation. Un geste criminel, sans aucun doute, une vitre a été cassée puis quelqu’un de mal intentionné a bouté le feu. Le piano est calciné, les murs sont noircis par la fumée, les tapisseries sous l’effet de la chaleur se sont décollées, elle penchent tristement comme les prises  le long du mur. Heureusement que les pompiers sont vite intervenus, le feu a été rapidement maîtrisé, sauvant du coup la bibliothèque.

Nous montons avec les deux aumôniers, Pierre Dürrenmatt et Véronique Egger,  au premier étage de l’ancienne maison. Les livres “enfumés” sont alignés; sages, imperturbables, immuables, endeuillés par cette légère suie noir qu'ils arborent comme un costume de deuil. Nous les  ramassons, un par un, les fourrons dans  nos cabas dont un d’Ikéa, le grand cabas bleu en plastique , ce serait presque amusant dans d’autres circonstances. Mais, c’est bien la maison suédoise qui viendra s’implanter à cet endroit. Les doigts noircissent. Il faut choisir ceux qui sont en bon état, voire récupérables. Certains ne méritent pas trop d’attention, par exemple trois volumes  sur “sorcellerie et occultisme”, je les jette par terre, ils resteront à  cet endroit à ensorceler les suivants, adorateurs du veau d’or.  J’en ramasse une trentaine, des bénévoles, dans le courant de la matinée,  viendront en chercher d’autres, à ramener chez elles pour les dépoussiérer, les désenfumer et les nettoyer.


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Avec notre chargement, lourd, encombrant, il faut redescendre l’escalier étroit et raide,  inutile de s’accrocher à la rampe, elle est à moitié détruite, totalement calcinée.

Avant de repartir, je prends une photo des deux aumôniers et leur pose la question suivante : “ça doit vous paraître étrange de quitter cet endroit après tant d’années pour laisser place à un magasin de meubles ?”

 

 

P1000071.JPGIls répondent par un sourire, ils ont encore tant à faire, les requérants sont là, ils faut s’en occuper. Alors,  les états d’âme, ce sera pour une autre fois.

Les livres sauvés et nettoyés  offerts par l'Agora rejoindront l’Espace solidaire du Temple des Pâquis pour de nouvelles aventures. Sur les 1’000, nous en avons récupéré une bonne partie.

Ainsi va la vie …………………………………………….........................................................................................................

22/03/2009

Nous les sauverons tous !

Dans un silence sépulcral, adieu les rires des enfants, adieu les chuchotements, adieu les bavardages dans toutes les langues, ils sont là serrés, les uns contre les autres, seuls dans cet espace déserté, isolés dans cet univers de désolation où les habitants semblent avoir été chassés et n'auraient eu que si peu de temps pour s'enfuir, ce qui expliquerait cet état de dévastation qui vous serre le coeur.   La grande maison vide de tout habitant a un je-ne-sais-quoi de fantômatique. Dans un froid glacial, à  l’heure de poltron-minet, un craquement soudain, un bruit inattendu, puis une chaleur intense qui croît de seconde en seconde, des flammes qui semblent courir, en une sarabande  endiablée, et dévorent tout sur leur passage.

Comme le destin des hommes, celui des livres est parfois tout aussi contrarié. Brûlés, censurés, autodafés, interdits de publication, les bouquins racontent aussi leur histoire et connaissent des périples de vie tout aussi intense que celle des plus grands héros.

5h30 du matin, les pompiers sont arrivés à temps pour éviter à la bibliothèque multiculturelle de l’Agora de partir en fumée. Mais les 1’000 livres,  témoins discrets sont dorénavant tout enfumés, noirs de suie. Un autre drame les guette, la pelleteuse destructrice et papivore d’Ikéa, parce la direction du magasin suédois a assez attendu, alors maintenant il faut rentabiliser le plus tôt possible.  Saccager, détruire, procéder à l’explosion de  l’ancienne aumônerie qui partira dans un nuage de poussière, huit ans d’accueil des requérants, effacés à la dynamite . Ces derniers, les premiers avant les livres ont déménagé dans le centre des requérants déboutés des Tattes.

Alors voilà, il ne nous restera plus qu’à nous pointer avec nos sacs cabas, y entasser des livres par dizaines; les aspirer, les épousseter, les "désenfumer", les nettoyer avec un chiffon humide et puis ils déménageront au Temples des Pâquis,  offerts par l’Agora à l’Association espace solidaire des Pâquis, sigle ESP  comme espoir vraisemblablement.

Ces 1'000 bouquins  feront assurément la joie des petits et des grands. Souhaitons leur d’offrir beaucoup de bonheur dans leur nouveau quartier.

 

Et si quelqu'un a envie de participer au sauvetage des livres c'est lundi matin, 23 mars  de 8h à 10h à l'Agora, rte de Vernier,  Maison de la Croisette. Il s'agit de les embarquer, de les nettoyer et de les ramener au Temple des Pâquis pour l'association Espace solidaire des Pâquis.

Pour l'opération sauvetage de la bibliothèque multiculturelle de l'Agora, vous pouvez soit envoyer un email ou téléphoner avant de vous y rendre.

tél: 076.323.62.21

16/03/2009

Le professeur de français de Lénine

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Alexandre Lambert m’attend dans son  bureau baigné de lumière, sis au 6 ème étage de la rue de Monthoux. Un historien qui s’est découvert une passion pour l’histoire très tôt, comme dans les romans, il farfouillait dans le grenier de ses parents à Winthertur et dans la malle imposante, un carnet bleu attire son attention. D'une écriture régulière et serrée,  ce sont les mémoires de l’arrière-grand-père Jacques Alexis Lambert, il y consignait ses souvenirs de professeur de français de Lénine et de sa période russe.

Alexandre de langue maternelle suisse-allemande, l'arrière-petit-fils, déchiffrera peu à peu ce trésor de souvenirs, en fera son thème de mémoire puis il faudra encore vingt ans pour qu’un ouvrage soit publié.

A travers cet opuscule, qui sera très probablement aussi publié en russe par l’édition des Suisses dans le Monde, c’est la saga des Suisses à l’étranger qui rappelle les grands mouvements migratoires des Suisses en quête de subsistance. Précepteurs, enseignants, gouvernantes, cuisiniers, ils partaient conquérir le monde. La Russie tsariste attirait notamment les Suisses. En 1884, Jacques Alexis, Neuchâtelois,  s’embarque pour la ville de Simbirsk pour y enseigner le français au lycée où le jeune Lénine (Vladimir Oulianov de son vrai nom) suivra ses cours en 1889.
Il se souvient d’un jeune élève brillant décrit comme :”talentueux, il avait fondé un groupe de lecture marxiste avec quelques-uns de ses camarades”.


On y décrit avec force détails, le jeune élève Oulianov surnommé le “tsar-communiste” par son enseignant sur qui pourtant il lui faudra compter pour quitter le pays après l’instauration du régime révolutionnaire  par son ex-élève et qui depuis le Kremlin, à Moscou,  dirige le pays. La guerre fait rage, sur les conseils de Lénine, l’enseignant contacte le ministre des affaires étrangères, Tchitchérine, qui lui suggère de quitter le pays par le nord-ouest, mais le front polonais le contraint d’opter pour une autre solution, il quittera le pays par la Mer Noire, transitera par Marseille pour enfin regagner Genève.






Alexandre Lambert_Fils de Victor Lambert_2004_IUHEI.jpgAlexandre Lambert  pourrait durant des heures raconter cette saga magnifique. Intarissable, il mentionne les relations privilégiées que la Suisse entretenait avec la Russie et rappelle que la Russie et les Russes sont à 90% dans l’Europe et que nous devrions reconstruire et créer de nouveaux ponts avec ce pays, maintenant que le rideau de fer est tombé.

Alexandre, après des études d’histoire à l’Université de Zürich, obtiendra un doctorat en relations internationales à HEI. Il est directeur académique et professeur à la School for International Training, institut universitaire américain sis à la rue de Monthoux. Il enseigne aussi les relations internationales à la Geneva School of Diplomacy and International Relations, un autre institut universitaire privé basé au Château de Penthes.

Etonnamment, Alexandre qui se trouve donc enseignant aux Pâquis fait référence au fils du célèbre arrière-grand-père de Russie, Nicolas Lambert qui après des études de théologie à Genève oeuvrera comme pasteur protestant aux Pâquis.

Décidément, se pourrait-il aussi qu’on hérite dans nos gènes de la mémoire des lieux ? 

Pour rencontrer l’auteur rendez-vous au Domaine de Penthes, Musée, dimanche 17 mai 2009, à 14h30 avec en sus dégustation de thé russe et programme-cadre débutant vers 11:30 - 18, chemin de l’Impératrice, 1292 Pregny.

14/03/2009

UN GRAND LEADER DE L’OPPOSITION TUNISIENNE AUX PÂQUIS

 

 

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Il y a des jours où c’est comme ça, on se dit que les grandes rencontres sont prédestinées. Mon interview sur le professeur de français, d'origine neuchâteloise,  de Lénine vient de s’achever. Je suis au feu rouge,  à l’angle de la rue de Berne, rue des Alpes, entrain d’attendre qu’il passe au vert. Sur ma droite, je reconnais un ami accompagné d’une grande figure de la classe politique tunisienne, leader de l’opposition, Dr Mustafa Ben Jaafar. Nous nous arrêtons quelques minutes, nous discutons, je regarde avec admiration cet homme militant de la première heure et engagé depuis toujours et qui sans relâche continue à défendre les vraies valeurs démocratiques.

Contrairement à certains qui font plus “allégeance au parti qu’opposition”. Dr Mustafa Ben Jaafar représente le  vrai parti d’opposition . Néo- destourien, issu d’une famille nationaliste, il s’engage très tôt dans le parti néo-destour qu’il quittera en 1970 pour un parti démocratique tunisien. Président du parti Forum Démocratique pour le travail et les libertés en Tunisie, il est membre de l'internationale socialiste.

Ce grand leader a été invité à donner conférences et interviews à Genève:  à la maison de quartier des Pâquis,  à Léman Bleu , au journal le Temps. De manière calme et posée, il retrace les années de Bourguiba et enchaîne sur celles de Ben Ali, il brosse un portrait de la situation économique politique et sociale de la Tunisie.

“On espérait une ouverture dès le 7 novembre 1987 avec l’arrivée au pouvoir  de Ben Ali, déception,  depuis lors il sert son parti et non  le peuple tunisien." Opposition bafouée, libertés fondamentales et  liberté d'expression entravées.  A s’exprimer si ouvertement risque-t-il pour sa vie demande Décaillet, Dr Ben Jaafar répond laconique : “Si je risque quelque chose, ce n’est pas mon affaire.”
Développement économique  contre liberté individuelle. L’Exception Tunisienne et son pluralisme de façade,  en réalité ni débat ni  liberté d’expression. On aurait espérer de vraies institutions démocratiques, mais la responsabilité du peuple est aussi de porter son choix
sur une élite dirigeante dont la culture serait ouverte au débat démocratique. Bâtir un avenir commun. Quant au soutien de l’Europe ? Parlons plutôt de compromission.


La situation du bassin minier de Gafsa en est pour preuve de ce  muselage de l’opinion, de la répression à l’encontre d’une population qui ne demande que du travail.  Syndicalistes emprisonnés, région bouclée, nul ne sort ou entre sans être contrôlé et interrogé, aucun journaliste étranger n’a été admis durant les manifestations de révolte. Silence ! On tue.
Tout commence le 5 janvier 2008,  dans cette région d’une pauvreté extrême, dont la seule infrastructure est une ligne ferroviaire servant au transport des phosphates, dont la Tunisie est le 4ème producteur mondial. Ce jour-là, des jeunes chômeurs diplômés en quête d’un emploi contestent la validité du concours d’embauche ouvert par la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), principal employeur de la région. C’est le début d’un mouvement de protestation et de solidarité qui va en s’amplifiant de mois en mois, malgré la répression policière musclée et en dépit des vagues d’arrestations de manifestants et de dirigeants syndicaux. La révocation, au cours de l’été,  par le chef de l’Etat tunisien Ben Ali de plusieurs notables et son engagement d’améliorer la situation économique de la population du bassin minier de Gafsa, encore à l’état de promesses, ne suffisent pas à rétablir le calme.  

Mais tout le monde sait que cette région du Sud connaît depuis toujours une capacité de résistance sans précédent, elle est le foyer des grands mouvements de résistance avec pour modèle Lazhar Chraïti, entre autres, héros de la résistance nationale, lui-même ancien mineur dans les mines de phosphate.   La seule issue possible à cet important mouvement de contestation légitime sera le dialogue.

38 dirigeants syndicalistes sont condamnés jusqu’à 12 ans de prison pour “association de malfaiteurs.” On leur reproche de “ternir l’image de marque de la Tunisie de Ben Ali !”

Image que Ben Ali détériore à l'envi,  il s’en charge bien tout seul et peut largement compter sur ses proches qui y participent activement à entamer sa  réputation déjà bien fragile.  Corruption, vols,  souvenez-vous de l’affaire de yachts  volés par les neveux de l’épouse du président et dont l’ un des yachts appartenait à Bruno Roger patron de la banque d’affaire Lazard ami de Jaques Chirac et de Nicolas Sarkozy. Ben Ali ne semble plus être à même de répondre à l’urgence exprimée par la population de Gafsa minée par le chômage ainsi que celle du  pays tout entier. Il paraît tout aussi incapable de faire cesser le pillage, le chantage et les malversations de toutes sortes de son entourage proche qu’il finit lui-même par craindre. Ceci nous laisse songeurs, mais qui dirige donc la Tunisie, aujourd'hui, pour autant qu'on puisse appeler cela diriger  ?

Enfin, espérons que  les élections amèneront  le vrai changement, tant promis et toujours attendu,  et ce  mené par un vrai leader charismatique.

Dr Mustafa Ben Jaafar futur président de la Tunisie ? Son parti pense sérieusement à le présenter comme candidat, souhaitons-lui ainsi bonne chance contre celui qui remporte habituellement les élections à 99, 99% des voix, ce qui permet à certains qui ne manquent pas d'humour de  surnommer  Ben Ali, Ben à vie .

Djemâa Chraïti

(ci en-haut sur la photo)

08/03/2009

Médecin généraliste aux Pâquis : une blouse blanche bien discrète

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13h 45 Café des Trois Rois , mon stamm de prédilection pour mes entretiens. Enfin, ma blouse blanche qui porte  pour  nom  Dr Fleury a accepté le rendez-vous. Dans le quartier, on me l’a dit et répété, un personnage incontournable et qui ne se  laisse que difficilement contourner.

J’ai un quart d’heure d’avance, je peux me le représenter, à loisir,  à quoi peut-il bien ressembler ? Ce qui est intéressant lorsqu’on doit rencontrer un inconnu, c’est  l’imaginer.  Il est certain qu’à défaut de blouse blanche, il portera une chemise blanche et peut-être un pantalon bleu marine.

Raté ! Il entre dans le bistrot d’un pas léger et décontracté, de taille moyenne,  un air d’ado qui traîne malgré la plus que cinquantaine, une chemise rose sous un pull en laine bleu marine légèrement usé aux coudes, sans doute à force de les poser sur son bureau et écouter longuement les patients,  un jeans délavé.  Ses petites lunettes rondes à fines montures sont posées sur des cheveux légèrement bouclés, comme perdues au milieu des vagues.  Il a des yeux d’un bleu intense, au-dessus desquels trônent des sourcils en broussaille.  Une barbe naissante. Il porte une montre swatch avec sur le bracelet des motifs de  chiens bleus et roses et sur lequel on peut lire “waouf !waouf!” qui vient achever le portrait d’un médecin qui correspondrait plutôt à celui d’un marin du  Grand Nord avec du bleu des mers au fond des yeux.

Il se demande encore hésitant, ce que je peux bien lui vouloir.  “Vous savez un médecin ressemble à un autre médecin et quant à l’homme, il n y a  peut-être pas grand-chose à dire, c’est de l’ordre de la sphère privée.” Il tente gentiment dans un dernier effort timide de me couper  l’herbe sous les pieds. Je l’observe quelques minutes,  je me  sens comme devant  une paroi rocheuse qu’on étudie et  évalue et qu’il  va falloir attaquer, en cherchant les meilleures prises auxquelles se raccrocher.

Aux Pâquis, il y a installé son cabinet presque par hasard,  23 ans déjà. Avec son logement, la régie lui proposa dans la foulée, un cabinet. Depuis il a  gardé son cabinet dans ce quartier et a changé de domicile pour un autre endroit de la ville. Pour lui les Pâquis, c’est la diversité, la multiculturalité, une tolérance qui y  règne bien pâquisarde. Un vrai quartier dans une vraie ville.

Il peut comparer avec d’autres villes, après des études de médecine à l’Université de Genève, il a travaillé à l’hôpital de Sierre et à l’hôpital de  St-Denis à Paris pour sa formation postgraduée qui a duré neuf ans. Chirurgie, neurologie, psychiatrie, gériatrie, médecine interne. Il  a fait le tour des différents services pour sa formation.

Il aime son métier de médecin généraliste qui exige une vraie connaissance de soi aussi, il apprécie soigner des gens dans leur globalité même si parfois c’est très complexe. Mais il sait ce qu’il sait et surtout ce qu’il ne sait pas, il faut être modeste, en empathie avec les autres. L’important c’est de connaître les limites de sa connaissance. Etre accessible, se déplacer pour une consultation évite parfois une hospitalisation, même le dimanche il se déplace auprès de ses patients, parfois très âgés.
Et surtout le métier exige d’écouter les personnes et toujours les croire. Quelqu’un qui vous dit souffrir vous le croyez, vous ne mettez pas en doute ce qu’il dit. Il dit cela en plaçant ses mains l’une contre l’autre  pour bien insister, donner un poids aux mots,  laisser la place aux maux peu importe de la manière dont ils sont exprimés, ils sont là et il faut les entendre.

Ses  passions:  le foot et le vélo, la peinture, le théâtre, la bonne chère.  Il adore cuisiner, il a découvert ses premières recettes de cuisine dans un bouquin de Girardet. Une fois par an, il se rend à vélo à Avignon pour son  Festival, 100 km par jour et qui  lui autorisent quelques arrêts gastronomiques bien mérités. Son  peintre préféré Vermeer : le  jeu subtil d’ombre et de lumière ( l’astronome, le collier de perles, mes tableaux préférés). Vermeer est le peintre qui dépeint méticuleusement les objets les plus insignifiants, tout est transcendé par ces halos lumineux venus d' on ne  sait où, de quel univers, du génie probablement. Pour lui, la peinture permet d’appréhender  les gens différemment. Elle offre d’autres clés de lecture, une autre compréhension des êtres . L’art a le mérite d’inviter à regarder la vie sous un angle nouveau.

La grèves des médecins le 24 mars ? C’est sûr, il fera aussi grève pour soutenir ses confrères parce que la santé , ce n’est pas juste la réduction des coûts et de la comptabilité qui n’est qu’une vision à court terme. On traite les médecins avec bien peu de considération. Une santé de qualité, ça coûte et la santé est un choix de société.

Pour terminer je lui  demande l'autorisation de le  photographier. Mais pourquoi faire ? s’étonne-t-il.  Ben, c’est pour qu’on s'exclame tout content : “Eh ! j’ai vu la tête de mon médecin sur un blog “ et de s’en réjouir .


Dr Fleury en quelques mots :  un indépendant seul maître à bord, un hédoniste fin gourmet et surtout beaucoup d’empathie et comme il le dit si bien  avec une pointe d'humour : “Un homme qui aime Girardet  et le vélo ne peut pas  être complètement mauvais!”

 

19:13 Publié dans Genève | Tags : médecin, pâquis | Lien permanent | Commentaires (7)

02/03/2009

Melting Pot - De l’Ethiopie à la Bretagne

 

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Carrefour des goûts et des cultures,  creuset des populations, aux Pâquis, la tentation était grande d’appeler son restaurant  Melting Pot. Helena, la voyageuse, ne s'en est pas privée. Elle a repris un restaurant à la rue de la Navigation, l’a décoré de  petites lumières scintillantes un peu partout, de plantes vertes, de miroirs,  de bougies, un  sofa qui invite le voyageur au repos. Doux mélange de saveurs et de couleurs. Le regard  navigue surpris, étonné, interpellé, il s'accroche à une multitude d'objets empreints de poésie et de nostalgie. L’ambiance y est chaleureuse, la patronne dynamique et sympathique, elle a un  mot gentil pour tout le monde.

Helena , c’est un petit bout de femme qui vous ébouriffe la tête  en quelques minutes. Elle est pétillante, son resto, c’est elle tout entière, il est à son image, elle le couve du regard, le surveille. C’est son bébé et elle me propose cette  jolie métaphore, “comme une mère qui allaite, tu ne quittes pas ton enfant, jusqu’à ce qu’il ait suffisamment grandi.” Genevoise d’adoption, elle est née à Addis-Abeba en Ethiopie, a été élevée,  dès l’âge de huit, par sa grand-mère à Asmara en Erythrée. Puis, c’est la guerre, il faut s'enfuir, elle est emmenée au  Soudan, accueillie comme  réfugiée de guerre en Suisse. D’autres séjours après coup, à Milan puis à Chicago la forment et la transforment.

Touche à tout, elle a essayé assistante dentaire, assistante en pharmacie, infirmière, esthéticienne, vendeuse, décoratrice, interprète pour les réfugiés, son baluchon, à chaque nouvelle expérience, s'enrichit.  Enfin, la cuisine l’attire et la happe entièrement. Sa patente de cafetière-restauratrice en poche, Jean-François Schlemmer des Bastions “son idole, son mentor, celui qui lui a donné sa chance “  - note, note, insiste-t-elle - lui tend la perche. Il lui confie la responsabilité du kiosque des Bastions et c’est lui aussi qui lui offrira  la cuisinière pour son restaurant.  Contacts avec les fournisseurs,  gestions des équipes, elle apprend son métier sans perdre de vue qu’elle vise avant tout son indépendance  et espère se mettre à son compte.

Elle travaille chez des crêpiers à Genève, pas très satisfaite, qu'à cela ne tienne, elle part aussitôt en Bretagne apprendre le métier et en reviendra, très fière,  avec un certificat de crêpière. Elle avait d’abord pensé appeler son restaurant “passer composer” parce que chacun crée et imagine sa crêpe ou sa galette ingera, galette en farine de sarrasin qui se mange en Ethiopie et en Erythrée et que l’on garnit de viande et de légume à choix.

Pendant notre entretien, des personnes entrent, Helena les salue, leur sert un café torréfié maison, elle discute, offre généreusement le café, le thé à la citronnelle.  Elle revient s’asseoir en face de moi , toute souriante et je la regarde, reine au milieu de son restaurant ou princesse-nomade qui s’est arrêtée un moment  aux Pâquis, oasis où il fait bon se reposer, avant un autre grand départ pour de nouvelles aventures ?
Helena se résume en trois mots – Déterminée, va jusqu’au bout de ses rêves et adore les gens.

Pour en savoir plus
Melting pot
8, rue de la Navigation
Pâquis

http://www.resto-rang.ch/view_comment.cfm?restono=1552&canton=ge

21/02/2009

Coeur piétonnier aux Pâquis

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15:21 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0)