12/05/2010

REGARDS CROISES DE GENEVE ET D'AILLEURS

 

MERCREDI 12 MAI 2010 à 19h30

REGARDS CROISES DE GENEVE ET D'AILLEURS


L'IMPACT DES NOUVELLES TECHNOLOGIES MEDIATIQUES ET DE COMMUNICATION (FACEBOOK - TWITTER)

SUR LES SOCIETES



5 Blogueurs (dont votre humble serviteuse) chercheurs, illustrateurs et journalistes se pencheront sur la question de l'impact des nouvelles technologies médiatiques et de communications sur les sociétés moyen-orientales et européennes

Intervenants:

- Maya Zankoul, Illustratrice et designer graphique, auteure du blog et du livre Amalgam http://www.mayazankoul.com , viendra de Beyrouth
- Paola Salwan, Co-fondatrice du blog Café Thawra et co-administratrice du réseau Women and Work
- Joseph Daher, Blogger et Chercheur
- Djemâa Chraïti, Blogueuse et Auteure, http://paquis.blog.tdg.ch/
- Jean-François Mabut, Journaliste, Blogueur, Directeur de la Plateforme blog de la Tribune de Genève

Une verrée amicale aura lieu après le débat.


à la LIBRAIRIE ARABE "L'OLIVIER"

19h30

5 rue de Fribourg - 1201 GENEVE

 

01/05/2010

Onze minutes

default.jpgOnze  minutes est un roman de Paulo Coelho, romancier brésilien et  publié en 2003 . L'histoire se déroule en partie aux Pâquis, principalement à la rue de Berne.   Maria, la jeune héroïne du roman,  est une femme brésilienne du Nordeste qui a vraiment existé sous un autre nom et qu' a rencontrée l'écrivain. "Un ouvrage cru, choquant, difficile" selon l'auteur.

Pourquoi onze  minutes ? Le temps d'une passe.

Maria est une jeune brésilienne dont le premier chagrin d'amour la convainc qu'elle ne trouvera jamais l'amour de sa vie et pense "Que l'amour est une chose terrible qui vous fait souffrir".  Elle préfère partir à l'aventure. Un directeur artistique suisse lui fait miroiter richesse  et fortune, elle passera d'artiste de cabaret à  prostituée à la rue de Berne.  Elle développera une fascination morbide pour le sexe. Mais sépare bien l'âme du corps. Un jeune peintre lui présente la vie sous un autre jour, elle hésite,  le suivre ou repartir au Brésil seule.

Paulo Coelho semble avoir été fasciné par les Pâquis  dans ce roman. Mais dans le fond, la vie n'y vibre pas comme dans la réalité, on n'y retrouve  pas la multiculturalité, le brassage perpétuel, les filles debout dans la rue. Le monde de Maria évolue  dans les bars tamisés, à l'intérieur, elle est cachée  derrière les façades de la bienséance.   Je parcours donc la rue de Berne,  après  avoir lu  "Onze minutes" , Coelho  y mentionne une plaque  " St Jacques de Compostelle", je m'adresse à un policier pour lui demander si on trouve effectivement  cette plaque citée dans le roman. Il s'étonne, il ne l'a jamais vue et  il prévient quand on sait le nombre de "c.........s qu'on peut lire dans la vie, il suffit de lire la Bible!" - J'apprécie en souriant, son grand sens de la critique littéraire, son acolyte s'esclaffe carrément.

Pour finir, j'arrive au bout de la rue de Berne et confirme que le roman n'a pas su donner l'ambiance véritable des Pâquis, et puis ce n'était certainement pas le but recherché par l'auteur.

Par conséquent, à  défaut d'avoir trouvé St Jacques de Compostelle, je me rabats sur un café , certes moins miraculeux, mais plus concret et efficace.  Assise  à une terrasse, je discute avec un jeune Portugais, bien habillé, propre sur lui, il dit être maçon non qualifié et travaillait en Espagne durant des années. Après avoir perdu son boulot,  il tente sa chance en Suisse et dort dans la rue, il espère décrocher un job,  n'importe lequel.  Un autre homme  se joint à notre conversation, et insiste en montrant le Portugais : "lui au moins il a de la chance, il est jeune, j'en connais un autre qui est venu lorsqu'il était mineur, ça fait 30 ans qu'il dort dans la rue et il n'a plus aucun papier à montrer !" -

Je remonte la rue de Berne, les "filles" me lancent un "Olà Madame", je leur rends leurs sourires, tout en pensant à la Maria de Paulo Coelho, la plupart sont sans aucun doute des filles qui sont venues, elles aussi,  nourries de rêves et espèrent comme l'héroïne quitter la rue, se marier, avoir des enfants, éventuellement rentrer chez elles, pleines de cadeaux pour tout le monde.

Et   la question qui tombera inévitablement : Comment était-ce l'Europe ? On imagine, leur réponse laconique et évasive :  très froid !

 

 

 

 

 

09/02/2010

LE BAISE-Ô-MATIC

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Rue de Monthoux - Les machines ronronnent dans le lavomatic "Lavseul". Un Chinois farfouille dans des sacs et remplit deux machines à laver de nappes de restaurant et de linges de cuisine, il se râcle la gorge sans discontinuer ou alors carrément, il a un problème respiratoire, on croirait une cheminée encombrée, un bruit rauque saisissant.  Il a dû repérer la niche et se  créer un petit job ainsi,  il fait le tour des resto et propose de laver leur linge ? Moins cher qu'un nettoyage industriel ?

Dans la même rue, les filles qui font le trottoir claquent des dents, des Africaines sont carrément en grosses doudounes hivernales.  La tête entièrement emmitouflée  dans un énorme  capuchon bordé de fourrure. Le client doit sacrément faire preuve d'imagination pour deviner ce qu'il peut bien y avoir là-dessous. Elles tapent des pieds pour se réchauffer.

 

 

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A côté, se trouve le Ankara Kebab. Chez Zaza, c'est le nom du patron  que l'on voit  poser sur fond de montagnes d'Anatolie. Une chaîne commerciale privée y diffuse des émissions en turc, principalement de la pub. Tout en mangeant votre kebab, vous découvrez que pour 69 livres turques vous vous soignez les hémorroïdes selon le Dr Gürdal Özen, pour 59 livres vos cheveux passent de blanc à brun foncé  grâce à Molive Gray, et avec V-Pills selon le Dr. Ürolojl, grand spécialiste dans sa rue, vous devenez  très musclé et pour couronner le tout, avec 179 livres turques vous pouvez vous acheter un flingue.

En mangeant un baklava dégoulinant de miel, j'écoute ensuite les variétés turques tout aussi mielleuses, entre deux machines.

 

 

 

P1010600.JPGDe retour au "Lavseul", tandis que les machines tournent et tournent encore, je surveille la mienne en m' assoupissant.   Il fait bon chaud dans cette pièce surchauffée par les grands séchoirs. Gwendolina, une superbe Dominicaine aux jambes longues comme un jour sans pain et surmontées de bottes montantes en cuir, entre rapidement. Elle a un client tout à l'heure, mais elle sait que c'est du genre rapide avec lui, alors elle met le programme "marche rapide" et "essorage"  et promet de revenir chercher son linge aussitôt la passe terminée.  Elle me prie de le surveiller du coin de l'oeil. Elle s'engouffre dans un immeuble aux studios meublés de la rue Charles-Cusin, promoteur de l'horlogerie genevoise  dont le fantôme a dû être transformé en promoteur de la mécanique humaine. Elle revient mettre une deuxième fournée, cette fois-ci elle choisit un programme plus long, le prochain client est, lui par contre, du genre à prendre son temps. Elle sélectionne le programme "dégrossissage" "affinage" et " à cuire" -  60 minutes.

 

Il y a un lien certain entre le lavomatic et  le baise-ô-matic ? A beautiful laundry !

 

23/12/2009

MAX KÜN LE POETE ET SON CHANT DE NOËL

 

CHANT DE NOEL

 Vole! - mon chant de Noël!

Allume tous les coeurs!

Visite les malades -

Apporte le bonheur!
Va vers les gens dans les huttes!
Là - où la misère règne!
Disperse leurs souffrances -
Soulage leurs peines!
Entre dans toutes les maisons!
Traverse les routes, les quais,
Et dit à chacun;
Il n'y a pas Noël -
Sans la paix !

18/12/2009

Deale qui peut - Du gourbis aux Pâquis

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22h – Les températures hivernales frisent – 2 degrés. J’ai hésité entre les baskets pour prendre mes jambes à mon cou ou les chaussures de ville, j’opte pour des bottes à talons plats. J ’entre en saluant très fort:  “Que la paix soit sur vous !” , ils répondent d’une seule voix. Ils sont une dizaine entassés dans le resto burek-kebab, ils sont âgés pour la plupart de 25 à 32 ans maximum, et semblent issus de milieux très pauvres. J’imagine les gourbis d’Algérie, tous entassés dans une même pièce avec 25% de chômage chez les jeunes, lorsqu’on pense à la richesse du pays, entre le pétrole et le gaz, mais cette richesse selon l’adage populaire n’est pas destinée au peuple.

Les pupilles de certains en disent long, sombres et agrandies sur des mirages. Un long échalas à moitié assis sur un tabouret haut, n'a plus que deux ou trois dents, longues et brunes, rescapées d'un probable carnage,  elles bougent à chaque fois qu'il ouvre la bouche.  Les deux employés du resto s’activent à enfourner les lamelles de viande dans la pita ronde. A l’intérieur, il fait chaud, la promiscuité aidant.

Je me présente  brièvement, auteure, ils demandent à voir aussitôt ce que j’écris , je m'y attendais, du coup, j’extrais de mon sac une affichette qui présente mon premier roman “Les clandestins de ma grand-mère”- résultat d’un an d’enquête sur les travailleurs de l’ombre clandestins colombiens à Genève. Ils sont rassurés. Non pas de camera cachée, non pas de photos sans votre accord  ! J’insiste là-dessus.

Curieux, un des jeunes Algérien s’enquiert de savoir ce qu’ils ont à y gagner. J’hésite et réponds à être connu,  peut-être. Il hausse les épaules, l’air de dire que ça ne le nourrira pas.

Ils se mettent à parler tous en même temps, le ton monte très vite. Certains veulent parler,  d'autres pas, les seconds empêchent les premiers de s'exprimer.  L’employé devient très nerveux, il insiste en disant que le gérant n’est pas là, qu'il est préférable de remettre cette rencontre à une autre fois.  L’ambiance est électrique.

En sortant, un homme à l'écharpe motif "Burberry" lâche en désignant de la tête mon carnet de notes : "écris que l’Algérie a été volée, mise à sac par les colons !  On est venu nous chercher et bien nous voici."  Je précise qu’il s’agissait de Français et pas de Suisses, pour lui c’est tout du pareil au même . Les pauvres exploités d’un côté, les riches qui exploitent de l’autre.

Un jeune plaisante, il cherche à se marier, je lui dis ne pas être une agente matrimoniale. Les Zizous ce sont les Marocains, eux ce sont les Algériens, à ne pas confondre. Ils disent cela d’un ton méprisant.

L’employé suffoque, il est stressé, il m’invite à revenir en présence du gérant. “Laissez-nous travailler !”. Il a peur que ça tourne mal, personnellement, je trouve les conditions difficiles. Ils entrent et sortent rapidement, je parle en ayant l'oeil rivé vers la porte. Deux autres m'invitent à m'asseoir à leur table pour discuter, les plus âgés les dissuadent.

Je promets de revenir “Inch’Allah” selon l’expression usuelle.

 

 

 

 

 

 

 

23:42 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (21)

13/12/2009

Deale qui peut - Ne me tranchez pas la carotide, s’il vous plaît !


P1010370_1.JPG16h – Avenue des Alpes- En face du restaurant, sur le trottoir opposé, je les observe un moment . Les Zizous algériens boivent leur thé devant le pas de la porte, en tenant leur verre chaud bien serré entre leurs mains. Une bise légère et glaciale les oblige à relever le col de leur manteau bleu marine. Celui qui paraît  être le gérant du burek-kebab est avec eux et un employé du resto à l'intérieur s’active à débarrasser les tables . Ils ne sont que quatre,  c’est le moment de me jeter dans la gueule du loup, sûre de ne pas me faire déchiqueter d'un seul coup de dent.

En m’adressant directement au gérant et en parlant assez fort pour que les deux Zizous m’entendent bien :

- Bonjour ! Je mène une enquête dans le quartier sur les dealers et je m’intéresse aux Zizous. Je pose la question  en ouvrant de grands yeux  innocents : y en a-t-il  en dans le quartier ?

Un des Zizous sourit : Ah bon ! Et pourquoi les Zizous ?

- Parce que j’ai déjà parlé aux Africains de la rue de Zürich .

Le gérant me dit qu’ils se réunissent le soir assez tard dans le quartier, environ une dizaine d’hommes.

Je souhaiterai les rencontrer pour leur parler, je suis plutôt romancière et les témoignages de vie m’intéressent. Mais je vous préviens que cette rencontre se fera sous votre responsabilité . Assurez-vous qu’on ne me tranchera pas la carotide. Vous imaginez, lui dis-je, en désignant ses bureks, le sang d’une pauvre scribe de quartier qui viendrait napper vos jolis bureks au délicat fromage blanc ! Quel scandale ! On vous bouclerait immédiatement votre resto .

Non, non ! je vous rassure vous serez reçue comme une reine, comptez sur moi ! Est-ce que vous êtes de gauche ? Sa question me surprend.  Je ne me suis jamais posée la question, intéressée aux problématiques sociales, sans doute. Pas d'appartenance politique, ni religieuse. Libre-penseuse.

En m’adressant à nouveau aux Zizous :

- Entendre des témoignages de vie, décrire le ciel bleu d’Algérie, les maisons blanches aux volets bleux turquoise, les bougainvilliers flamboyants qui grimpent le long du mur. La traversée, la clandestinité, laisser derrière la famille, les enfants, les parents et atterrir aux Pâquis pour dealer. Voilà ce que je veux entendre !  Savoir qui vous êtes et d’où vous venez ! Un des zizous,  visiblement ému, cligne des yeux.  Il ne s’imaginait pas qu’on remonterait si loin, qu’on irait jusque chez lui dans sa propre maison.

- Oui ! C’est vrai, nous sommes tous des clandestins. Lache-t-il . La drogue tout le monde en consomme ici, les gens sont si misérables, si seuls et avec la crise, ça n'arrange rien, ils ont besoin d'oublier.  Pas besoin de les chercher, ils viennent en demander sans même qu’on leur en propose. Tout le monde carbure à quelque chose.

- Et que se passerait-il si on arrêtait d’écouler de la drogue du jour au lendemain ?

Les deux Zizous rient :

-  La révolution ! Oui, les gens feraient la révolution parce qu'ils seraient en manque et les politiciens n’aiment pas la révolution, alors tout le monde laisse filer.

 

P1010429.JPGA ce moment précis, un ami artiste-peintre s’arrête à notre hauteur et me salue, il s’apprêtait à acheter le journal Hara Kiri au kiosque à journaux d’à côté. Je le présente, il leur serre la main. Il me montre son nouveau pantalon Diesel à 15 poches avec leur zip, acheté sous gare et soldé. “Tu comprends avec toutes les cartes qu’on trimballe, on ne sait plus où les mettre” alors, il les répartit selon : les cartes bancaires,  poches de droite, les cartes de magasin,  poches de gauche. Je souris.

Le gérant me demande mon numéro de portable pour fixer un rendez-vous , il préviendra les Zizous qu’une femme souhaite les rencontrer.

Je refuse :

- Pas nécessaire, prévenez-les, faites courir le bruit, je passerai à l’occasion sans avertir.

Nous repartons avec l’ami artiste, passionné  des épousailles du ciel et du lac qui ne forment plus qu’un sur cette ligne d’horizon effacée par les embruns hivernaux. Au loin, des nuages elliptiques vaporeux entourent le Mont-Blanc : des marshmallows qui tètent le sommet  des montagnes !  Tout est dans la lumière,  me dit-il  : “ c’est le pain et le vin de l’artiste, c’est sa bénédiction !”

01:46 Publié dans Genève | Tags : dealers, zizous, pâquis | Lien permanent | Commentaires (14)

11/12/2009

LES CONTEMPLATIVES DE KATHARINE

 

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Katharine Dominice pose sur vous un regard tranquille, si profond. Cette belle jeune femme qui paraît fragile et dont le visage s’empourpre superbement au fil de la conversation: une phrase, un mot qui la touche, tandis qu’en arrière-fond, on pressent  cette résistance qui se devine à peine et qui lui confère une force magnifique;  celle d’aller jusqu’au bout de ses rêves.

Cette ancienne Pâquisarde,  suisse d’origine américaine, s’est intéressée au cinéma dès l’âge de 15 ans, attirée d’abord par l’écriture, elle trouve l’exercice trop solitaire. La magie du film "les Ailes du Désir" puis la relation entre réalisateur et ingénieur du son dans "Lisbon Story", deux films de Wim Wenders qui la passionnent. Elle se rend compte qu'on peut raconter une histoire en images et de manière très personnelle. Aussitôt, elle achète  une caméra et filme ses camarades d’école. Plus tard, elle peaufine son art avec un stage à New York où elle apprendra à tourner,  en noir et blanc,  au moyen d’une caméra 16 mm et  se parfait avec une formation de quatre ans en Belgique, à l’Institut des Arts de Diffusion (IAD), option réalisation cinéma. De retour en Suisse, elle travaille comme assistante de production et découvre le métier sous un autre angle.

 

 

Un mois de vacances au Japon à loger, entre autres,  dans les monastères et observer les moines bouddhistes aller et venir dans un silence sépulcral persuade la réalisatrice que dans les monastères,  en Suisse, il doit aussi y avoir quelque chose à découvrir.

Chercher le sens de cette vie monacale, la découvrir et nous la présenter à travers un film documentaire qu’il fallait avoir le courage de réaliser. Inviter le spectateur à entrer dans cet univers feutré si loin du monde, se demander comment vit-on, aujourd'hui, la vie monastique, tel est le défi relevé par Katharine. Bel exercice, courageux dans cette ère du zapping et de la vitesse et qu’elle a réussi avec talent.

FrontalNonnes équipe.jpgUne lettre du projet en poche, elle se rend en personne au Monastère de la Visitation à Fribourg, au parloir, elle explique son intention. La mère supérieure contrairement à toute attente, très simplement l’invite à partager, durant trois jours, leur vie de moniales. Une expérience forte, à se retrouver seule en face de soi-même, dans un décor épuré. De culture protestante, elle découvre un catholicisme qui la confronte à ses propres valeurs. Convaincue, elle mènera son projet jusqu’à la réalisation du documentaire tourné dans trois monastères différents.

Une caméra discrète, non intrusive, à l’image de la réalisatrice, qui nous ouvre les portes du renoncement, de la prière et du silence. Une vie ponctuée par des rituels précis, des prières, des moments de vie en communauté. Une communauté qui connaît aussi parfois ses tensions, ses instants de solidarité. Les témoignages des soeurs nous émeuvent par leur sincérité et leur engagement sur toute une vie, un choix véritable avec ses moments de doute. On découvre l’organisation d’une vie qui pour elles est empreinte de liberté même recluses entre quatre murs, car le chemin intérieur, la quête d’absolu offrent des horizons infinis.

A l’issue de la projection, on ne peut que s’interroger sur ses propres choix de sens à la vie , ou ses non-choix, sur sa propre quête existentielle. Comment se manifeste-t-elle dans cette frénésie, dans cette fureur et ce bruit dans lesquels nous évoluons?

La réalisatrice suggère une réponse par les biais d’ images longuement arrêtées sur des paysages vallonnés , des ciels chamarrés, des jardins aux couleurs éclatantes, des rais de lumière magiques. Une petite voix intérieure timide mais persistante, nous souffle  : "la beauté est sans doute aussi une réponse à la quête d’asbolu, elle donne un sens à la vie,  elle est une expérience aussi intime que la foi."

 

Depuis le 9 décembre au cinéma Bio à Carouge et aux Galeries à Lausanne.

Séance spéciale du documentaire "Soeurs" de Katharine Dominice en présence de l'équipe le lundi 14 décembre à 18h45 au cinéma Bio
Dès le 16 décembre à Delémont
Depuis le 2 décembre à Fribourg (Rex)

Janvier en Valais


 

http://www.soeurs-lefilm.ch/la_realisatrice_biofilmographie.php?page=3

07/12/2009

Yves Patrick Delachaux : un flic des Pâquis qui nous veut du bien

P1010415.JPG17h30- Café des Trois Rois- 1m80, épaules larges, une boucle à l’oreille gauche, cheveux courts, yeux bleus, une barbe de quelques jours, un foulard indien jaune-orange safran,un jeans délavé, un sweat  shirt American Eagle, avec son  aigle. Il n’a franchement pas l’air d’un flic, ni même d’un ancien flic.  A un détail près, c’est lui qui commence par me poser une série de questions, vieux réflexe sans doute.  Je sens que ça va être compliqué d’inverser les rôles.

Baroudeur,  féru d'aventure, écrivain avec plusieurs titres à son actif : “Flic de quartier” , “Flic à Bangkok” ,”  Présumé non coupable, des flics contre le racisme” ,  “ Grave Panique” (à paraître). Son premier  ouvrages fait acte de résistance, Présumé non coupable proposera  des solutions.

Il parle de son ancien métier avec toute la passion d’un homme qui s’y est engagé à fond. Non seulement il l’a vécu mais encore pensé, réfléchi, sondé, analysé et  proposé des pistes de réflexion.

1993- Sa première affectation était le feu poste de Pécolat aux Pâquis, pour Yves Patrick Delachaux c’était travailler dans ce quartier ou rien.  Il se souvient comme hier de cette année qui amènera son lot de Kosovars, d’Africains, de Maghrébins. Très vite dans ce melting-pot des nouveaux migrants qu’il apprend à connaître, il optera pour l’approche communautaire.

Avec son chef Alain  Devegney avec qui il apparaîtra dans un documentaire en 2001 “Pas les flics, pas les Noirs, pas les Blancs” ils dénonceront  les pratiques discriminatoires, l’état-major commence à grincer des dents sérieux. Il décryptera les mécanismes de la xénophobie, selon lui la cause en  est souvent la méconnaissance et son corollaire,  la haine.  Mais il va plus loin, sous pression de ses supérieurs, gentiment écarté du terrain, décision-sanction,  il s’inscrira à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, il proposera ensuite des formations interculturelles comme pilote des  programmes d’éthique et droits de l’homme au sein de la police. En 2008, il finira par quitter définitivement la profession. Aujourd’hui, il voyage, écrit, dispense ses formations en Europe.

En parlant il ne mâche pas ses mots, un franc-parler qui n’est pas pour déplaire, il constate que l’approche communautaire n’intéresse pas les politiciens et encore moins la police, on préfère l’approche sécuritaire, marquer une nette distance entre la police et le  terrain, mécaniser, robotiser le métier. Les policiers sont transformés en Robocops :  Rangers, veste skinhead, casquette de base-ball, moto noire, gilet pare-balle toute l’année. On enlève à la police sa fonction primordiale basée aussi sur l’échange et le dialogue, la distance est telle qu’on crée plutôt du désordre que de l’ordre. A quel dessein ?  la sécurité c’est un sacré business, caméras de surveillance, outiller de façon sécuritaire assure des levées de budget surdimensionné. Le fossé entre la population et la police se creuse davantage et finit par mettre tout le monde en danger et sans résultat probant.  Même la police genevoise est entrée dans l’ère Nicolas Sarkozy depuis 2002, la politique sécuritaire à tout prix, à n’importe quel prix et sans résultat spectaculaire qui engendre des dysfonctionnements organisationnels catastrophiques pour tous.
Pour preuve,   aux Pâquis seulement en 2009, on dénombre 7 actions coups de poing, rafles ciblées, parfois jusqu'à 120 personnes interpellées de préférence d’origine africaine pour un seul coupable . Coût de l’opération ?

La police genevoise a tous les signes d'une institution autiste, repliée sur elle-même, même en terme de formation, elle n’a pas voulu joindre les formations romandes. Elle préfère avancer en solo, si seule, si sclérosée, si auto-suffisante, si suffisante…..
Yves Patrick Delachaux pourrait parler des heures durant de cette police qu’il a tant aimée et de vous à moi qu’il continue à adorer, la preuve son prochain livre sortira  le 9 décembre et devinez  le titre  ?

Police, état de crise ? Une réforme nécessaire

Editeur Revue économique et Sociale, signé Yves Patrick Delachaux et Frédéric Maillard, préfacé par David Hiler.

La rencontre d’un flic et d’un manager. Essai politique et scientifique qui  pose un constat et offre des résolutions pragmatiques. Pour eux le principal requis est pluridisciplinaire, la police doit s’ouvrir, la police n’ appartient pas à la police, elle appartient à la cité égalitaire de l’Etat de droit.

Pour en savoir plus

http://www.flicdequartier.ch/

03/12/2009

ALAN HUMEROSE- LE PHOTOGRAPHE-ARTISTE- PISSENLIT

 

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Si on devait vous associer à une fleur ? Il me regarde étonné, derrière ses lunettes rondes, assis en face de moi, il réfléchit quelques secondes croise et décroise ses doigts si vivants qui accompagnent le discours et lâche avec un grand sourire : un pissenlit.

 

Ce pissenlit qui lui fait penser à un œil. Fleur si métaphorique dont le nom latin taraxacum signifie en grec  «celui qui soigne les yeux» . La solarité, la tige de la plante coupée en deux qui devient sifflet tout en laissant un goût étrange dans la bouche, les étamines qui sèment à tous vents et reprises par le Larousse. Et c’est bien lui, l’artiste qui remue, qui sème, qui “solarise”.

 

Après une série d’expositions de travaux menés sur une dizaine d’années, en noir et blanc, une fatigue soudaine, un besoin d’inspiration, Alan Humerose se baladant dans les champs se demande comment les fleurs voient le monde. L’Herbier est sa réponse, le monde vu d’en bas, de dessous une plante. Puis il lui a fallu agrandir un maximum ses prises de vue. Une exposition magnifique composée de 24 images pavoisera le Pont du Mont Blanc, ce fut la première fois que le pont était octroyé à un artiste. Une année plus tard ses drapeaux partaient pavoiser le port de Buenos Aires.

 

 

Né à Courroux dans le Jura, à quelques kilomètres de Delémont, sa maturité en poche, il déménagera à Genève y poursuivre ses études : histoire de l’art, linguistique, photographie de théâtre, dessin. Il se souvient de ses années de cohabitation avec Nicolas Bouvier dans leur atelier des Tours de Carouge, où il se sentait privilégié , avec l’écrivain, d’avoir une chance splendide : celle de prendre le temps de regarder défiler les nuages depuis la terrasse en sachant que c'est ainsi que les élans se prennent.

 

La photo c’est quoi pour vous ? ” Je photographie mon rapport aux choses, c’est un travail poétique. C’est une attention au monde. Ces photos qui nous interpellent et nous obligent à regarder autrement, nous forcent à voir entre les lignes.”

Pour Alan Humerose, la photo n’est pas une histoire de souvenirs, elle ne parle que d’elle-même. La photographie pour lui tient de sa participation au monde, mais il ne faut pas se leurrer «le moment de la prise de vue est aveugle, tout se joue, entre ce que je vois, ce que je crois voir et ce que je saisis. Souvent nous sommes déçus devant nos photos, parce que la photo est toujours décontextualisée, c’est notre rapport affectif qui se joue entre l’instant vécu et l’instant immortalisé. Et avant tout la photo, c’est la lumière, le sujet n’est qu’un prétexte.»

 

Ce rapport au temps est repris différemment à travers l’exposition qui s’est déroulée cette année au Mamco «Les grands centièmes». On a toujours la tête ailleurs. Pour l’artiste, les expressions sont friandes de ces absences : “J’ai la tête ailleurs”- “Je n’en reviens pas “ effectivement il y a des lieux dont on ne revient pas, pour Alan, c’est la Patagonie. « On est quelque part sur la planète et on pense à son amour qu'on a laissé, qui attend, ou peut-être déjà plus. Ou, tout au contraire, on est avec un amour mais l'esprit rêve d'espaces à l'autre bout du monde, qui appellent, ou qui retiennent encore. Alors, tout à coup, on se met à voir le monde, on remarque des choses qu'on ne voyait plus et qui soudain étonnent. On en revient pas! Une scène fugace, un regard tendu ou qui se perd, un décor à contre-jour dans lequel éclatent une sirène, deux bateaux. Une attente dans un carrefour inconnu... »

 

Et «Les Grands Centièmes» soulignent aussi le temps qui en un éclair vous fait basculer, le temps d’un coup de foudre , ou celui de l’accident. Ces centièmes qui nous font vivre le pire ou le meilleur, passer de je suis à j’étais.

Amoureux de musique, Alan Humerose a joué de la guitare , puis toujours fidèle à cette ancienne passion, il ne peut guère travailler sans musique, ses préférées : jazz-rock ou chansons françaises, musiques sud américaines. Le voyage pour lui doit tenir du caprice, comme prendre un scooter pour se rendre en Grèce à une de ses expositions, ainsi le voyage transforme et au fur et à mesure que vous avancez le but du voyage se perd, devient secondaire, «il n’y a plus de destination, mais qu’une direction»

 

Alan Humerose vit depuis 23 aux Pâquis avec sa femme Fabienne et leurs quatre enfants. Selon lui beaucoup de commerces ont disparu au profit des bars. Il ne sent pas d’attaches particulières à ce quartier, mais parfois les bagarres au petit matin entre prostituées attirent son oreille et il retient des perles échangées. Un matin, lors d’une altercation entre prostituées, une petite prostituée latino hurlait à trois grandes nanas apparemment transexuelles «Yo soy una mujer original», des paroles étranges bues par l’aube naissante .

 

 

 

Alan Humerose résumé en quatre mots : Musique, Ecouter (voir c’est écouter, assister au monde) - Lire- Ouvrir les choses (s’ouvrir à elle) .

 

En disant cela, il ouvre large les mains comme pour essaimer les étamines à tous vents du pissenlit…………………………………

 

 

 

 

Photo : auto-portrait Alan Humerose

 

Ses sites

 

http://humerose.com

http://rezo.ch

http://www.uneparjour.org/

28/11/2009

Deale qui peut - Les balafrés


jack_error_1074880153_balafre_003.jpg19h - Rue des Alpes – Premier repérage dans  un petit resto à burek-kebab, une petite salle longiligne, trois tables, au fond du bouiboui un groupe d’hommes. Trapus et costauds, pour sûr ce sont des Algériens, les Marocains sont plus fins, plus longilignes, plus maigres et assurément plus jeunes.  Un homme  se tient debout devant les autres en grande conversation avec sa casquette faux Vuitton sur la tête,  un sac en bandoulière tout aussi faux Vuitton, certainement achetés dans un marché italien comme celui de Ventimiglia en Italie, transformé en passoire à clandestins pour la France, le vendredi, jour du marché.

Leurs visages montrent de longues balafres, traces de bagarres au couteau. Non, il ne connaissent pas la petite castagne après une nuit agitée,  c’est leur vie qu’ils jouent à chaque bagarre, pour un centimètre de trotttoir gagné. Rivée devant la vitrine des tapis Avakian, j’observe les motifs des tapis en soie persans tout en gardant un oeil fixé sur les entrées et sorties du bistrot.

Nom d’un chien ! A voir tous ces balafrés assis autour de la table, je comprends que nous n’avons plus affaire aux petits dealers africains revendeurs de camelote mais qu’on a passé le cran supérieur , celui du grand banditisme, filière lyonnaise, marseillaise, italienne?  Ils ne ressemblent pas à des Harragas fraîchement débarqués. Un de leur  gars, le plus jeune, fait les cent pas devant le Café Vaudois, quelques minutes,  puis il repart. Ils bougent tous très vite et ne restent jamais au même endroit plus de cinq minutes.

La chose donc se corse, la stratégie est à revoir.  Approcher le gérant prochainement durant la journée pour lui faire savoir que je souhaiterai parler à ces gaillards, voir comment il réagit, distiller par son biais l’information, les prévenir qu’un de ces quatre sans crier gare, je me pointerai avec pour  seules armes mon stylo et mon carnet de notes, arborant mes lunettes de maîtresse d’école, un de mes bouquins sous le bras, une romancière intrigue plus qu’une journaliste qui peut faire  franchement peur.
Tout le monde rêve d’entrer dans un bouquin et goûter à la postérité, surtout lorsqu’on a des vies si écourtées, hâchées menues au bout d'une lame,  de bandits de grand chemin, ces pirates des temps modernes qui font la traversée de l’Europe en passant d'une prison à l'autre.

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27/11/2009

Deale qui peut - Yallah Zizou !

P1010370.JPGDans le fond, chers internautes,  malgré nos questions et une première approche interactive, nous n’avons même pas débuté notre enquête. Il nous reste les Harragas,  des Zizous en provenance pour la plupart de l'Algérie et du Maroc et c’est pas le plus simple. Ils naviguent entre la rue des Alpes et Place de la Navigation. Décrits par la plupart comme des voyous sans foi ni loi. Spécialistes du vol  à l’arraché, ils n’ont peur de rien, n’attendent rien contrairement aux Africains qui espéraient un titre de séjour, un statut.

On m’a prévenue, les Zizous marocains ? Même les Algériens n’osent pas les approcher ? Tu vas t’y prendre comment ? A la première question, ils te sortent le couteau. Mon point faible, je suis une femme.

Je réfléchis et pense à la stratégie déjà utilisée pour les Rroms à l’époque où je me trouvai en Italie pour les approcher : identifier clairement leur territoire, comprendre la répartition entre les uns et les autres. Les retrouver en territoire neutre, de préférence un bistrot où ils se retrouvent, c’est sûr tout se discute dans les bistrots autour d’un café.  Leur tourner autour pareil à  un phalène en évitant de se brûler les ailes.


Je les ai déjà longuement observés du côté des Eaux-Vives cet été, pour un roman, je les ai observés durant des heures, comment ils traficotent entre Baby-Plage et le Jardin Anglais, où ils boivent leur café. Où ils vendent précisément. Donc, patientons, préparez vos questions, elles doivent être forcément différentes, l’interview prendra effectivement du temps. Ne désespérons pas, nous ferons ensemble un beau reportage. La semaine prochaine, je continue vos mêmes questions auprès de plusieurs autres dealers toujours originaires de Guinée Bissau et Conakry, hauteur rue de Berne et rue de Zürich. Ensuite déplacement vers les Zizous, je sortirai mon grigri de protection.



Voilà le rendu des observations de cet été dans le roman en cours  :

“Serge,  flic à la Brigade des stup en avait déjà assez de cette enquête qui n’offrait rien passionnant ou de singulier. Il les connaissait bien ces filières qui sévissaient en provenance du Maroc et  d’Algérie. Ces “Harragas” quittaient le Maroc, d’où ils fuyaient leur banlieue pourrie de Rabat ou Casablanca au moyen de barques rudimentaires, ils débarquaient en Sardaigne, en Espagne, en Italie, pour la plupart mineurs, ils défiaient la justice, remplissaient les taules européennes sans que l’on sache ce qu’il fallait en faire. Pour eux, ne s’offrait aucune autre issue partir ou crever, alors mieux valait crever après avoir tenté le tout pour le tout.
Et on les sentait prêts à tout, vol à l’arraché, bagarre au couteau, vol de voiture, ils se brûlaient en entier, têtes-brûlées, leur destin se jouait dans l’immédiateté, la vie qui s’annonçait très courte pour eux, se vivait à l’instant, à la seconde et pour le reste : “Inch’allah!” avaient-ils pour habitude de répondre. ............................

Il les voyait régulièrement traîner leurs baskets au bord du lac certains à peine âgés de seize ans. Maillot de foot, basket, portable, ils ressemblaient plutôt à des chats faméliques qu’à des caïds, maigres comme des cure-dents. Ils dealaient dans les toilettes publiques. Les clients, monsieur- et- madame-tout-le-monde, toute catégorie sociale confondue. Les clients ? Quelques junks de bonne famille pour certains avec leur chien tout aussi dopé, le bandana autour du cou à tirer sur une laisse faite de corde banale. Le chien qui tire son maître derrière et qui connaît le lieu exact du rendez-vous. La nuit, les Harragas se faufilent dans les caves des immeubles avoisinants pour y dormir entassés comme des rats sur des matelas de fortune, entortillés dans leur manteau, ou dans des abris publics pour sans domicile fixe, toutes les nuits ils changent de lieu pour ne pas être repérés.

Les flics hésitaient même à les interpeller, parce qu’il aurait fallu tous les arrêter et que les prisons sont surchargées. Et toujours la même rengaine, on les juge, ils disent ne pas avoir de papiers d’identité, les avoir déchirés, racontent être palestiniens ou irakiens, vendent du haschisch et de la marijuana. Ils ramassent soixante jours de prison ferme, se lavent enfin, se reposent, se retapent et sortent libérés bons pour continuer leur business.

Le gars, un Marocain de Casablanca fixait le flic d'un  regard de plomb, ils firent venir un interprète marocain qui avait même peine à le comprendre. Son parler tenait plus du dialecte de la banlieue marocaine que de l’arabe appris à l’école. Il se révélait être incapable de lire un texte dans sa langue, les années d’études obligatoires n’avaient pas été achevées. Analphabète, pauvre, arraché à sa terre par la misère. Serge se disait que lui, le flic n’avait pas à gérer toute la misère du monde...........................(.....)

Mais comme un condamné, Serge  allait jusqu’au bout de son interrogatoire chevillé au désespoir et à la misère de celui qui se tenait en face de lui, presqu’un frère, deux paumés .
Serge buvait  en cachette directement à la bouteille quelques rasades de whisky comme pour se griser immédiatement et engloutir le poids du monde qui lui pesait lourdement sur les épaules. "

22:26 Publié dans Genève | Tags : pâquis | Lien permanent | Commentaires (1)

21/11/2009

Deale qui peut (suite)

 

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Sacrée fricasse. Vos questions répertoriées sur mon blog sont retranscrites sur une feuille glissée dans ma sacoche. Emmitouflée sous une cape et mon béret à pois blancs bien vissé sur la tête, j’ai les mains moites, c’est bien vrai: pas rassurée pour deux sous. Derrière la baie vitrée du Café des Trois Rois, j’observe un moment les dealers, de loin,  et ne vois pas les trois que je souhaitais interviewer. Peu importe, je bois un cortado sucré et me lance du haut de mes 1m58, le coeur battant, vers deux grands gars qui battent le pavé en attendant les  clients, à la hauteur de la rue de Zürich.

Je me présente, appareil et carnet planqués, un stylo derrière l’oreille. On peut discuter un peu ? Celui qui parle le mieux le français, me regarde en me demandant si ce n’est pas « Caméra cachée ». Non ! J’ouvre mon sac et lui montre mon appareil photo. J’explique les conditions de l’interview et je mentionne aussi vos questions. Ils sont étonnés qu'on s'intéresse de savoir qui ils sont en réalité.

Originaires de Guinée Bissau et de Conakry, ils sont des requérants déboutés, des NEM , non entrée en matière, ils ont entre 20 et 25 ans, à leur arrivée, ils étaient mineurs et avaient 15 ou 16 ans. Ils ont pratiquement tous séjournés en prison, un mois ou deux. Leurs papiers périmés, Permis N, pour la plupart rappellent qu’ils avaient entrepris des démarches pour obtenir une situation légale.  Dorénavant, ils se situent  dans l’angle mort du rétroviseur ; déboutés,  pas repartis chez eux.  Sans droits, sans aides sociales.

Ils rêvent tous d’un boulot, « Si tu m’en donnes un tout de suite, je le prends immédiatement. L'usine, la restauration, la plonge, les chantiers:  on prend tout ce qui passe. Même s’il faut se lever à 5h du matin." Un des deux, a été détenteur, d’un Permis B, après son divorce et certainement aussi après un ennui avec la justice, son permis lui a été retiré, cependant, il est resté. « Je suis prêt à signer un contrat, si on me donne du travail, je ne resterai plus à dealer et si on m’attrape encore aux Pâquis, on pourra alors me renvoyer chez moi, je jure de signer ça ! »

« Bien sûr qu’on a honte, qui peut être fier de vendre de la drogue, on sait bien que c’est mal. Nous sommes plusieurs à avoir décidé de ne pas dealer dans le préau de l’école, pas devant les enfants, mais certains y vont quand même ». Les trottoirs sont zones réservées, négociées par avance. Chacun défend son carré. Ils vendent en général de l’herbe.

« Les policiers font leur travail, ils ne font qu’appliquer des lois qui ne sont pas toujours justes, ils exécutent, ce sont des exécutants. Certains sont bons et très gentils, d’autres très mauvais, xénophobes et violents, ils te traitent de sales négros et quand tu leur dis qu’il ne faut pas te traiter avec violence, qu'ils n'ont pas le droit, ils te répondent : «  c’est pas toi qui vas me dire ce que je dois faire ! «  Mais le jeune homme dit être sûr d’avoir des droits, mais il ne les connaît pas précisément.

« La prison est plutôt agréable lorsqu’on vit dans les caves et qu’on reste tout le temps dehors, on a tout ce dont on a besoin, sauf la liberté, donc une prison, ça reste la prison. »

Entre temps, ils sont plusieurs à se joindre à notre conversation, je leur serre la main, me colle contre une barrière pour ne pas avoir quelqu’un derrière mon dos et ne pas voir ce qui se passe derrière moi.

Ils sont assez solidaires et se dépannent pour manger parfois, l’argent ne rentre pas toujours, pas suffisamment. Ils disent ne pas en envoyer chez eux, mais l’utilisent juste pour subsister. Certaines rumeurs dans le quartier courent, comme quoi ils cacheraient leur argent dans des cachettes, telles sous une pierre, derrière une fontaine, des liasses planquées dans la nature.

Deviennent-ils riches, se construisent-ils des villas dans leur pays ? Ils ne connaissent personnellement pas de gens comme ça, mais ils doutent qu’on puisse devenir riche avec seulement le business de l’herbe. Ça permet juste de vivre et encore pas toujours.

On vous accuse de profiter du système ! « La Suisse profite aussi des pays pauvres, quant à nous, nous sommes jetés dans la rue sans moyens de subsistance. Et contrairement aux Marocains qui sont près de  l'Hôtel Terminus, on ne vole personne, on n’arrache pas les sacs des dames. Nous ne sommes pas des voleurs ! »

Celui qui parle le mieux, « Sylla » , aurait rêvé de devenir politicien. Il semble être apprécié de ses compatriotes, il s’exprime bien. Entrer en politique pour défendre des causes justes, pour qu’il n’y ait plus de pauvres dans son pays, pour faire cesser les guerres. Souhaiterait-il représenter son groupe et parler à des politiciens genevois ? « Les politiciens d'ici connaissent très bien nos problèmes, on peut continuer à parler longtemps, ce qu’il faut c’est agir. «

« Non, il n’y a pas d’avenir dans la rue, c’est temporaire, c’est trop dur de vivre comme ça. Il n’y a pas de projets, pas de futur."

Que feriez-vous si vous pouviez vivre sans travailler ? Inimaginable, c’est, inconcevable, « je ne pourrais pas vivre sans travailler » , le rêve consiste d’abord à survivre, il n’y a pas d’autre rêve que celui de subsister.

« Le froid arrive, on espère s’en sortir, cette fois encore. »

18:29 Publié dans Genève | Tags : dealers | Lien permanent | Commentaires (19)

20/11/2009

Deale qui peut !

images.jpgBillet interactif. Je vous propose de poser vos questions aux dealers via ce blog, le rendez-vous pour l'interview aura lieu demain vraisemblablement auprès de trois jeunes. Ils ont à tout  casser 22 ans maximum. Le premier finit toutes ses phrases par "C'est pas grave!", le deuxième porte des baskets vert pomme, un vert criard comme on en voit nulle part. Le troisième a un visage poupon, je n'ai pas encore décelé de particularité susceptible d'être mentionnée.

Ils me précisent qu'il est inutile de prendre un rendez-vous, ils sont là tous les jours. Quelle confiance en l'avenir ! Ils en ont plus que les employés de France Télécom, en l'occurrence.

Pour la photo à prendre, nous nous sommes mis d'accord, je photographierai les mains ou les chaussures, ou les jambes. Bonjour la photo !!!

Osez poser vos questions, je les leur transmettrai . Staufferies bienvenues !!!!!  Leurs réponses casseront  peut-être quelques préjugés.

 

Je ferai au mieux, mais j'en suis certaine, nous ne resterons pas indifférents à leur point de vue.

23:36 Publié dans Genève | Tags : dealers, pâquis | Lien permanent | Commentaires (12)

18/11/2009

LA LETTRE DE NORMA - AVEC ACCENT ^


images-1.jpgA l’Espace Solidaire des Pâquis, il y a une porte ouverte a l’apprentissage et a l’intégration. C’est un endroit ou nous pouvons recevoir la connaissance élémentaire de la langue française, entures par un groupe de personnes de grande qualité humaine qui s’attelle a la tache de manière désintéressée.

C’est un endroit dédire a chacun d’entre nous qui du fait de ne pas parler la langue, avons des difficultés a nous intégrer a la société.

Ici, nous partageons des moments agréables comme : lire, déguster des plats typique de chaque pays, accéder au téléphone et a Internet, échanger des idées et des coutumes.

Nous recevons également des cours  de forme individuelle ou en groupe. Il y a en plus des cours de couture de broderie ; sans oublier ni mettre de cote le plus jeune gui viennent ici pour une aide aux devoirs scolaires.

L’engagement que nous avons pu constate dans chacune des personnes présentes ici nous donne le sentiment qu’on s’occupe de nous et qu’on le sentiment qu’on nous écoute. Nous souhaiterions vraiment nous faire connaitre des autre personnes ayant les menés besoins, qu’il sache que nous existons, que nous sommes ici et que nous pensons que cela nous donne l’opportunité de nous exprimer et de nous ouvrier. Nous marchons pour que l’intégration soit pleine.

Nous faisons la cordiale intension a toutes les personnes qui d’une manière ou d’une autre souhaitent collaborer ou s’unir a notre groupe, sachant que l’union fait la force.

Une fois encore, nous souhaitons exprimer notre énorme gratitude a chaque personne du groupe-

Une grand MERCI a tous.

Norma est d'origine équatorienne,  diplômée de  mathématiques et de physique, elle a quarante ans et apprend le français à l’Espace Solidaire des Pâquis, cours prodigués par des bénévoles. Elle a deux enfants, un resté en Equateur et le second plus jeune  l’accompagne.

BRAVO NORMA ! Bel effort de communication et bravo à l’équipe de bénévoles.

 

pour en savoir plus :

http://paquis.blog.tdg.ch/archive/2009/10/28/bureau-citoy...

17/11/2009

La diplomatie mondiale passe par les Pâquis


P1010367.JPG La Fondation Diplo Foundation sise aux Pâquis fait désormais partie des “10 qui changent le monde de l’Internet et de la politique” selon le  Forum mondial de l’électronique qui vient de lui remettre un prix en octobre dernier. Son fondateur Jovan Kurbalija (prononcer Kurbalia) est spécialisé dans la formation à distance des représentants  des pays émergents et compte plus d’un millier d’anciens élèves.

Assis dans son fauteuil,  Jovan Kurbalija vous regarde droit dans les yeux de ses yeux couleur noisette, tout en souriant et prêt à s’enthousiasmer, cet homme qui défend avec conviction l’intelligence émotionnelle.  Je  le photographie, il rit en se frottant un crâne chauve, je le rassure,  Boris Cyrulnik, le fameux pédopsychiatre,  lui–même l’est  et maintient que les  femmes adorent ça, la  plupart des  bébés  sont souvent chauves et pourtant  si   adorables, on n’a qu’une seule envie,
celle de leur caresser la tête !    Jovan Kurbalija s’exprime avec aisance dans un anglais
parfait (ce qui m’arrange moins pour mon entretien!)

Diplomate yougoslave jusqu’en 1991, docteur en droit international de  l’Université de Belgrade,  Jovan Kurbalija  poursuivit ses études à Malte, à l’Académie Méditerranéenne d’études de  la diplomatie,  un programme  financé par la DDC. A l’issue de  l’année, son pays la Yougoslavie devait disparaître. Il  décida donc depoursuivre  ses études grâce à  sa bourse suisse.

En 2002, la Suisse initiatrice du Diplo Foundation avec Malte décida d’ouvrir aussi un bureau à Genève et Jovan Kurbalija assure le relais, à Genève, lieu idéal, si proche  des organisations internationales et des ONG du monde entier. 25 personnes  travaillent dans le monde en réseau internet pour Diplo Foundation. Le but  étant  d’adapter  la diplomatie et les relations internationales de type classique aux nouvelles technologies de l'information. Du Congrès de Vienne (1815), centre de la diplomatie européenne au XIX ème siècle, il fallut songer à donner à la diplomatie un essor nouveau adapté aux changements en phase avec l’émergence de la société d’information. Car la diplomatie est assurément d’abord une affaire de communication, de négociation et d’échanges impliquant, aujourd’hui,  les citoyens  et non plus essentiellement les gouvernements comme autrefois.

Les pays émergents peuvent enfin se joindre au concert des nations et s’asseoir autour de la table des grands grâce à  l’internet. Participer  aux décisions importantes, mieux comprendre et analyser les défis de la globalisation grâce à ces cours à distance par Internet. A l’issue du cours,  les participants se rencontrent lors de meetings à Genève auprès des Nations Unies durant lesquels on les aide à appréhender dans les meilleures conditions, un environnement de travail relativement nouveau pour certains,  car rien ne vaut et remplace le contact direct. 

Entre deux avions, entre deux conférences, dans une des grandes villes du monde, ce féru voyageur s’enthousiasme pour les Pâquis  qui représentent, selon lui,  le monde en miniature, un intense petit condensé de la planète  :  riches dans de beaux hôtels, pauvres aux rêves brisés,  « de la salade mixte » au « melting pot » des cultures, organisations internationales.

Lui-même vivant aux Eaux-Vives emprunte fréquemment la Mouette et traverse à pied le quartier des Pâquis en observant  ces gens du monde entier, de tous les âges, des magasins africains, des restaurants asiatiques ; lorsqu’il voit  les belles de jour de  nationalités si différentes,  il pense qu’entre le plus vieux métier du monde  et la diplomatie il peut  y avoir un lien commun :  les deux plus anciennes vocations aussi bien que  passions  du monde ont  besoin de défendre le statut et  l'importance de leur métier et leur assise dans la société d’aujourd’hui.

Et Genève, selon Jovan Kurbalija, haut lieu des rencontres internationales, devrait devenir aussi le centre de la diplomatie mondiale via la création d'un musée interactif qui permettrait de se nourrir aux sources du passé pour mieux se projeter dans l’avenir. Ce musée accueillerait les délégations, les touristes, les enfants des écoles qui seraient très tôt initiés aux règles de la diplomatie et la solution pacifique des différends. Car la seule alternative à guerre c'est la diplomatie, l’art du compromis et enjeu essentiel de la paix à inculquer très tôt.


Et le compromis est plus courageux que la guerre car il faut être plus brave pour  accepter un compromis. 

Pour en savoir plus :


www.diplomacy.edu