12/11/2010

ROSETTE, la douce mémoire d'une maîtresse d'école aux Pâquis

 

P1030504.JPGCela faisait deux ans que nous nous courions après, je la taquine et la nomme la "femme aux semelles de vent", chaque fois que nous devions nous rencontrer elle devait partir.  Finalement, elle est là devant moi, petite et menue, toute pétillante de vie. Un léger maquillage pour ce grand rendez-vous tant attendu.

Rosette Roy est née dans les années 20,  à Genève. Elle se souvient comme hier de sa première classe à l'Ecole des Pâquis où elle y enseigna durant quatre ans,  en 2 ème enfantine et en 1 ère primaire. Elle se souvient d'un quartier plutôt pauvre et défavorisé, la plupart de ses élèves, des enfants suisses avaient des  parents ouvriers, ou chômeurs.

Avec émotion, elle cite son blâme.  Le jour de l'inauguration de la Migros des Pâquis, place de la Navigation, ballons et glaces  étaient distribués gratuitement aux enfants. Ni une, ni deux, elle emmène sa classe de 28 élèves profiter des festivités. Les commerçants porteront plainte à l'encontre de la maîtresse qu'ils soupçonnaient de vouloir faire la  publicité du nouveau magasin. Mais un blâme heureusement léger comme une glace à la vanille qu'elle voulait tant offrir à ses élèves démunis.

Elle habitait Grand-Pré,  derrière la gare,  chaque matin elle empruntait le chemin qui l'amenait à la rue de Neuchâtel. Et elle ne peut s'empêcher avec une affection indéfectible de parler d'Edouard, ce petit élève si intelligent dont la mère travaillait à la  Biscuiterie Pertuiset et qui selon l'enfant, tout bouleversé,  trouvait que sa mère se  brûlait trop souvent les doigts. Un élève attentionné, qui de la rue de Fribourg à celle de Neuchâtel cherchait dans les poubelles (elles étaient entreposées à l'époque à même les trottoirs) des fleurs à ramener à sa maîtresse. Pour rien au monde, elle ne les aurait jetées même si parfois elles ne sentaient plus très bon. Un jour Edouard, s'absente, elle passe sous ses fenêtres, il était assis sur le rebord, elle l'interpelle :"Alors mon Edouard, tu ne viens pa  à l'école  ?" - pour réponse  : "Maîtresse, mes chaussures sont chez les cordonnier !" - Ah! Il était si sensible et si intelligent. Lors des cérémonies funèbres qui se déroulaient au Temple des Pâquis droit sous les fenêtres de l'école, elle autorisait les enfants à regarder par la fenêtre et Edouard, très philosophe, du haut de ses 6 ans, soupirait en disant "C'est la vie !" . La veille des grandes vacances, il lui apporta un paquet de brises de biscuit, les ratés de la biscuiterie que sa maman était autorisée à prendre et qu'il lui offrait généreusement.  En classe, Rosette avait installé le gramophone à pavillon, elle mettait des disques et toute la classe chantait, Edouard lui apporta "Le tango bleu". Qu'est-il devenu ce brillant petit garçon ? se demande-t-elle.

C'est vrai qu'elle leur donnait beaucoup de chaleur, de bonne humeur et de compréhension, ils venaient se confier à elle, parler de leurs soucis. Mais elle a aussi tant reçu. Aujourd'hui, c'est difficile d'être enseignant, on n'a plus comme autrefois les parents avec soi. Les enseignants se sentaient soutenus par les parents, on faisait corps avec eux pour la meilleure éducation possible de leurs enfants. Les temps ont changé.

Trente ans d'enseignement, trente belle années durant lesquelle Rosette a adoré son métier. Elle continue à lire beaucoup, à s'intéresser à tout ce qui se passe autour d'elle, à faire des mots croisés et fléchés  et puis elle me tend un article signé Dominique Poncet pour la mort de son époux Antoine Roy et qui le cite : "Quelle est la différence entre un cafetier restaurateur et un conseiller d'Etat ? La réponse est simple. Le premier, on lui demande un certificat de capacité pour exercer sa profession." Rosette éclate de rire, un petit rire cristallin, elle n'a rien perdu de son jeune enthousiasme.

Elle fut aussi la maîtresse du petit Massimo Lorenzi à l'école Micheli-du-Crest et qui dépassait bien de deux têtes ses camarades et qui s'exprimait déjà si bien. Tous devenus adultes, pères et mères de famille, parfois ils la croisent et ne peuvent s'empêcher d'embrasser leur maîtresse d'école comme autrefois lorsqu'ils étaient petits.

 

 

09/11/2010

"ON STERILISE BIEN LES PIGEONS"

poste-pigeon.jpgIl est assis face à moi, une grosse chaîne épaisse en or qui repose sur une poitrine velue,   des bagues à presque chaque doigt, des petits doigts boudinés impatients qui tapotent sur la table.  Des lunettes styles Ray-Ban, rondes et sombres, il a plutôt l'air d'un "Parrain" à la Marlon Brando version Pâquis, c'est-à-dire moins hollywoodien plutôt petit et trapu,  qu'un père de famille avec ses 11 enfants.

"Plonge tes yeux dans les miens, et dis-moi franchement ce que tu vois ?" demande-t-il en hochant la tête. "Des lacs de souffrances, des rivières de larmes, voilà ce que tu découvriras au fond de mes yeux." Et il me les montre, les lunettes dorénavant rivées sur le bout du nez. En effet, sous les yeux, des poches, des valises énormes, des balluchons remplis d'eau, ceci certainement causé par des successions de nuits blanches arrosées  de pleurs d'enfant, mais surtout, à mon avis,  arrosées de whisky, tout ceci dû à  des années de travail dans les bars pâquisards , à servir, boire  et contrôler le travail des hôtesses qui sans le savoir contribuaient elles aussi à nourrir cette nombreuse progéniture.

Oh ! Elles auront bien participé, à leur manière, à assurer la relève du patron. Parfois même, celui-ci leur proposait en riant soit un baby-sitting pour les petits chez lui  ou pour les grands au bar, c'était au choix.

Certaines hôtesses aimaient bien donner un coup de pouce,  de temps en temps. Elles s'habillaient en conséquence pour ne pas avoir l'air trop délurées devant la maman des enfants qui,  elle,  portait le voile.  Elles tiraient sur leur mini-jupe pour les ramener le plus près possible vers les genoux et alors là c'est le string qui dépassait un peu, tant bien que mal, elles finissaient par avoir presque l'air décentes. Dans tous les cas, les enfants n'y voyaient que du feu et s'amusaient à voir un défilé de belles femmes de toutes les couleurs et avec des accents de toutes sortes.  Et quelques années plus tard,  les plus grands garçons devenus adolescents, ça devenait difficile d'envoyer des hôtesses pour le baby-sitting,  c'était plus très sain quoi, ils les regardaient étrangement avec un intérêt soutenu !

Très jeune on l'avait marié à sa cousine et sur les recommandations maternelles, ô combien suivies et appliquées à la lettre, il a assuré la descendance, finalement il ne pouvait plus s'en empêcher, chaque année, il y en avait un ou une en route.

"22 ans de Pampers et la fin de cette période ça se fête n'est-ce pas ?" J'acquiesce, en pensant songeuse que ça doit représenter des tonnes de couches, et des litres de lait, en poudre, puis en berlingots, sans compter le coût de tout ça. Ca représente des rayons et des rayons  d'un méga supermarché américain.

Il se penche vers moi, d'un air blessé. "Tu sais quand je fais les courses, la voisine elle entr'ouvre la porte et me demande si j'ai fait des courses pour plusieurs mois, alors qu'elle sait que les achats ne sont que pour une semaine! Elle se moque ouvertement, tandis que je remplis l'ascenseur de 10 cabas pleins à craquer. Et même, une fois j'ai reçu un courrier anonyme qui précisait qu'on stérilise bien les pigeons et que je pourrais en prendre de la graine ! Quelle cruauté !".  Des larmes surgissent tandis qu'il me raconte toutes ces moqueries et toutes ces vexations.

"Un pigeon, voilà à quoi on me compare,  à un pigeon ! Est-ce que j'ai l'air d'un pigeon moi ?". Il hoche la tête d'un air las, se soulève péniblement de sa chaise comme s'il portait toute la misère du monde sur ses épaules larges et s'en retourne à ses fourneaux, il a lâché le bar depuis plusieurs années pour des döner kebap, ça devenait trop dur de travailler la nuit avec les enfants qui grandissent. "Un pigeon ?Moi, un pigeon? Je suis sûr que les pigeons, eux, ont une vie  meilleure que la mienne !

 

05/11/2010

"FREEDOM AFRICA"

400_F_2076139_TJpDEFGHnfYZaSyqMtGmnAg3wogZjb.jpgAu coeur de la nuit noire, les caves aux Pâquis se transforment en dortoirs clandestins. Quelques matelas épars et éventrés sont jetés à même le sol. Ombres furtives et fantomatiques, ombres faméliques qui s’allongent et se rapetissent sur les murs à la lueur d’une torche, grésillement de cigarettes dans la nuit qui se meuvent pareilles à des lucioles. Dans cette ambiance méphistophélique tout n’est plus que chuchotements et murmures,  parfois un cri suivi d’un juron, on a marché dans l’obscurité sur un corps profondément endormi.

Une odeur de poulet grillé et cuit sur un brasero improvisé embaume la cave, un fumet tenace alourdit l’air déjà pesant et rappelle les restes d’un repas avalé à toute vitesse. Les plumes les plus légères du poulet sauvagement déplumé volètent et apparaissent comme des taches blanches dans le faisceau lumineux. Après avoir apaisé une faim sauvage, une pointe de mauvaise conscience surgit et tiraille les six gars qui logent là.

Le propriétaire de la poule “Freedom Africa” va surgir d’une minute à l’autre. De la tribu Manjak, on le surnomme Madou. Il avait fait tout le voyage depuis la Guinée Bissau avec cette poule qu’on lui avait offerte avant son départ, un marabout l’avait préparée au sacrifice en priant pour qu’il arrive sans encombre en Europe.

Et depuis, il ne parvenait à se résigner  à la sacrifier, au fur et à mesure du voyage périlleux, il avait fini par s’y attacher, tout en l’empêchant de faire du bruit,  il en avait fait sa confidente, il lui racontait ses espoirs , il lui avait même donné un nom : “Freedom Africa” et lui disait: “ Tu verras, on restera en Europe, on économisera et on reviendra libérer notre Afrique de la pauvreté et de la corruption. La poule le regardait de ses yeux ronds, rouges et oranges, elle paraissait cligner des yeux comme si elle acquiesçait aux discours futuristes de Madou et elle plus que quiconque avait besoin de savoir qu'elle y reviendrait en Afrique. Nous connaissons tous le destin si éphémère et improbable des poules.  Ses compagnons de cave se moquaient de lui, menaçaient de la lui bouffer, il rétorquait que personne n’oserait le faire. Eux tous savait ce qu’elle représentait pour lui, c’était son espoir de revenir un jour en Afrique avec les poches pleines d’argent comme il le lui avait promis.

Ce soir, “Freedom Africa” n’est plus. Lorsque Madou entre dans la cave à tâtons, l’odeur de poulet grillé l’alerte, un silence coupable et pesant , une ambiance à couper au couteau le prépare au pire.  Le plus courageux lui tend une cuisse de la bête :”On t’en a gardé un peu”- Madou retient ses sanglots, il arrache la cuisse à son acolyte et mord dans la viande, rageur, désespéré, voilà l’Afrique, pense-t-il un misérable morceau de viande qu’on s’arrache dans la nuit noire. Un pote lui tapote sur l’épaule affectueux : “Tu verras, tu finiras par l’oublier, ta “Freedom Africa!” , il fallait bien se nourrir pour pas crever de faim."

23/10/2010

« APRÈS MINUIT À GENÈVE »

 

En octobre 1922, Albert Cohen nous offre un texte iconoclaste qui paraît dans la Nouvelle Revue Française. Une soirée  « déjantée » à Genève serait le terme moderne  pour décrire un lieu interlope fréquenté par des personnages loufoques ; excentriques, décalés.  On pourrait aisément imaginer un night-club aux Pâquis,  le lendemain de la création de la Société des Nations, délégués internationaux , entraîneuses , noctambules  se rencontrent . Allemands, Japonais, Russes, Italienne, les prémices de la Genève internationale sont présentes dans ce night-club si bien décrit qu'on croirait entendre la musique de l'orchestre surchauffé.

Une Genève qui sous la plume du narrateur vibre de vie,  orchestre soufflant sur les danseurs qui houlent, le violon à voix aigüe honteuse, l'enrouement du banjo qui s'ennuie et crachote des dents de nègre .

Pauline,  la fille du jardinier est devenue putain, Prospero le blond tuberculeux relève sa mèche,  il porte un costume de cow-boy. Le Camarade  Secrétaire Altovsky, de la Section Propagande Ouest danse en smoking exact avec la fille de Lord B, le bolchevik aux frisons bleus finira dans  une baignoire de verre y délasser sa nudité  violette en lisant l'Action Française. Une ex-prêtresse du feu, la Brahmina Apollonia Grete Danilowa. Une femme très bien . Directrice de l'Institut Psychanalytique de Plastique Eurythmique à Lucerne vante les mérites de ses élèves, jeunes filles de la bonne société, Eurythmiciennes à la chaste et solide croupe germanique.

Le narrateur lui-même sera ramené à son Hôtel Beau Rivage , ivre,  emmené par l'auto sur ses seins bleus qui  s'essouffle en pulsations feutrées.

En 1922 s'amusait-on davantage  à Genève ou est-ce l'auteur qui par son talent  l'anime d'une vie intense et si présente ? En 2010 sommes-nous capables d'un tel brassage que celui décrit par Cohen ? Dans son tableau décoiffant, même une salutiste parviendra à se joindre à eux,  en milieu de soirée, pour  sauver ses frères en perdition, tandis qu'un chambellan du tsar devenu plongeur à l'hôtel Beau Rivage se mêle aux noceurs.

A l'heure où à Genève, on demande des lieux de fête, ce texte offre un intérêt marquant, un écho tout particulier. Et  si Genève manquait simplement d'imagination et de talent pour transformer les moindres lieux en magnifiques bacchanales où les genres se mêlent pour mieux s'enrichir ?

 

 

Albert Cohen

Mort de Charlot

Suivi de PROJECTIONS OU APRÈS-MINUIT A GENÈVE ET CHER ORIENT

Edition Les Belles Lettres 2003

 

 

 

20/10/2010

Des cygnes et des cygnes (3)

Il est Algérien d'Annaba, il est tous les jours aux Pâquis, il en donne sur demande, il les tend, les cache dans sa poche ou derrière son dos. Ils le surveillent, le cherchent, le fouillent, le lui piquent en douce.  A votre avis il fait quoi  aux Pâquis ?

 

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L'HOMME QUI MURMURAIT A L'OREILLE DES CYGNES ! IL LES NOURRIT, PARFOIS MET LE PAIN DANS SA BOUCHE ET LES CYGNES VIENNENT LE LUI PIQUER SANS CRAINTE .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

17/10/2010

BONNETEAU- UNE ARNAQUE VIEILLE COMME LE MONDE

 

LeBonneteur.gifSamedi 15h15, angle rue du Mont-Blanc, François-Bonivard, proche de la gare Dorcière, ils sont environ 8, probablement originaires des Balkans.  Je me poste au feu rouge, de l'autre côté de la rue et les observe. Ils sont trois  qui surveillent et alertent si la police se pointe, un homme  qui joue et 4 qui font semblant de jouer avec lui dont deux sont des femmes. L'argent circule vite des uns aux autres et revient à la case départ pour être rejoué et faire croire qu'on gagne.  Un autre alpague les passants de façon presqu'un peu brutale pour les inciter à s'intéresser à leur jeu, en l'occurrence, un gars tire le manteau d'une femme accompagnée d'une enfant, toutes deux prennent peur et s'éloignent précipitamment.  On retrouve la composition classique du teneur et de quatre barons qui constitue cette équipe, 5 au maximum à jouer.

 

En 1875, en France, on se lamentait de ne pouvoir mettre fin à ces jeux de bonneteurs  dans la Gazette des Tribunes

(bonneteurs - se dit des filous qui à  force de civilités, tâchaient d'attirer les gens pour leur gagner leur argent ) bonniments, bonneteau ça tourne autour du mensonge et de la tricherie.  Bref, ça sent le roussi déjà au Moyen-Âge.

 

 

 

 

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Une arnaque vieille comme le monde, on la voit apparaîtredéjà au début du XIV ième siècle et telle qu'elle nous estcontée en vieux français et appelée "Jeu de Banque" qui évoluera et deviendra jeu du Bonneteau ou Jeu des trois brèmes.  En conclusion, tant qu'il y aura des gens âpres aux gains, il y aura des jeux de Bonneteau, les premiers  nourrissant les seconds :  Pour ceux qui n'ont pas le courage de lire le texte jusqu'au bout sachez qu'on punissait aussi autrefois, torture pour obtenir les confessions des coupables,  condamnés au pilori   et bannissement  du royaume, s'il en restait du moins quelque chose à bannir après tortures.

 

"Charles VI par la grâce de Dieu Roy de France, savoir faisons à tous présens et à venir : nous avons receu humble supplication de Colin Charles, de Montdobleau en l'Eveschié de Chartres, povre jeune varlet non marié, aide de maçon, agié de XXIIII ans ou environ, contenant que, comme lui accompaignié de VI autres compaignons en allant esbatant par-dessus le Pont-Neuf à Paris, un an a ou environ, eust encontré deux marchands du pays de Bretaigne. A l'un desquels l'un des copaignons fist entendre qu'il avoit frans à cheval et gros tournois d'argent qu'il vouloit vendre et lui demanda s'il les vouloit acheter, disant qu'il les veneroit et qu'ilz alassent en la taverne Bonne, et il les monstreroit et donroit la pièce d'iceulx francs pour XVI solz parisis. Et se lesdit marchand se repartoit, il seroit quitte pour paier ; et telement il et ses compaignons ennorterent ledit marchand qu'il ala avec eulx et quant ilz furent en la taverne et orent bleu, tantost l'un desdits compaignons attaigny unes quantitées de papier pour jouer et firent ledit suppliant et ses compaignons jouer ledit marchant, lequel par la séduction d'iceulx joua à deviner quelle carte l'en toucheroit. Combien que, quant il jouoit pour néant, il gaignast pour ce que on lui avoit monstré à quel saing celle qu'il devoit prendre estoit pardehors signée. Maiz ilz ne lui avoient pas monstré qu'il en y avoit deux, signées à un saing, et à un seul cop par enviz et renviz à chacune carte tirée comme ordonné l'avoient, et d'un chacun consentement perdit ledit marchant vint-deux éscuz pour ce qu'il ne print pas celle que monstré lui avoit esté à l'endroit signée de painture à façon de roses, maiz la pareille au doz signée comme dit est. Pour lequel fait ledit Colin et autre de sa compaignie furent tantost aprés prinz et emprisonnez en nostre Chastelet de Paris. Et pour ce qu'il se trouve que c'estoit fait par manière de abusements et déception, ledit suppliant fu trés durement questionnez et, enfin sa confession oye, fu condemné à estre miz au pillory et y fu miz, et banni de nostre Rayaume à tousjours, et n'y oseroit jamais converser sanz nostre grace [...].

 

 

Source : http://www.arcane-magazine.com/Archives/LeBonneteau/LeBon...

 

15/09/2010

15 septembre 2009 - Fatou - Victime de la misère affective

images.jpgLes amies du  bar se passent le téléphone portable et  me montrent la photo de cette belle jeune femme qu'était Fatou;  une gazelle africaine aux épaules délicates, un fin bustier en  soie noire  laisse présager un corps sculptural, un long visage traversé par un large sourire, d'une force et d'une générosité telles,  si contagieuses qui vous incitent, à votre tour,  à lui rendre ce sourire.  Les femmes embrassent l'image, d'autres se signent. Soupirs, larmes aux coins des yeux. Incompréhension, révolte. Le jour de la cérémonie, à la mosquée, la plupart s'étaient cotisées et remirent  une enveloppe d'argent à sa maman, une autre rectifie :"j'ai rien mis dans l'enveloppe mais j'l'ai fait comme chez nous, j'ai préparé le couscous et je  l'ai apporté à la mosquée."  Hochement de tête, silence…….. Comment imaginer que ce client-là,  justement, Jef,   précisément lui, aurait été capable d'une telle violence. Tuer à bout portant Fatou qu'il connaissait et appréciait tant au point de la surnommer affectueusement "Mon bébé". Quel aveuglement subit, quel coup de folie, quel voile tragique devant ses yeux pour ne plus voir celle qu'il aimait tant. Vraiment, ce gars était connu de toutes les hôtesses, un doux, un calme, jamais d'histoire, pas un mot plus élevé qu'un autre. Bon , quelques ardoises qui traînaient un peu, il est vrai.

Oui ! Fatou était une sacrée nana qui s'entendait bien avec tout le monde, courageuse, pondérée, à éviter les histoires, les commérages.  Toujours prête à donner un coup de pouce par-ci par -là.  Avec son sens solide de l'amitié. Elle intervenait avec douceur et fermeté, main de fer dans gant de velours, auprès des clients surchauffés par l'alcool et qui auraient causé quelques soucis si on les avait laissés faire.

A sa mort, on a crié au racisme, les autres copines même les Africaines hochent la tête. Non ! Elle aurait été blanche que ça aurait été la même chose. Réflexion faite,  le gars était plus gravement bourré que gravement raciste. Au poste de police, relâché trop tôt  ? Non, ça n'étonne personne qu'on l'ait  laissé repartir, c'était un calme à qui on aurait donné le bon Dieu sans confession même s' il faut toujours se souvenir du proverbe :"Méfiez-vous de l'eau qui dort!"

Il connaissait les tarifs, donc il n'aurait jamais dû sauter au plafond face à la facture. 1 bouteille,  300 francs, c'est un prix courant et il les pratiquait depuis longtemps les tarifs dans le quartier où il était connu.  Noyer son désespoir au fond d'un verre en soliloquant devant une belle femme qui vous le remplit en vous écoutant patiemment a un prix. Une hôtesse rigole ! On n'a pas fait les études de médecine, mais on est comme des psychiatres, eux prescrivent du Prozac et écoutent et nous on verse le champagne et on les écoute aussi. A tous deux, ils racontent la même chose.  Ou alors, une autre hôtesse surenchérit : "on est carrément des assistantes sociales."   On devrait nous respecter avec le métier qu'on fait. On ne vole personne, on ne fait de mal à personne. Du respect, s'il vous plaît !

Le client , un doux, pourtant  ! Qu'est -ce qui lui a pris ? Qu'est-ce qui l'a rendu fou au point d'en faire un meurtrier, un monstre ? Il paraissait déprimé depuis plusieurs mois, il avait pris du poids. Des anti-dépresseurs mélangés à beaucoup d'alcool ? Allez savoir !

Il a espéré pendant quelques secondes qu'on allait enfin l'aimer  pour lui , il s'est mis à rêver,  enfin arrivé à bon port , ces lumières tamisées rouges,  ce doux cocon lui ont fait  croire, un instant du moins, qu'il était dans un nid douillet à l'abri du monde. Et la facture, trop salée à son goût, le ramène violemment pieds sur terre. Il n'est qu'un client qui doit passer à la caisse. Ivre, il se plaint au commissariat de police, puis la vengeance d'un homme trompé, éjecté du nid si accueillant,  si chaleureux, il va chercher le Magnum de calibre 357, il retourne au bar le "Good Time".  Un coup, des cris, un corps qui s'affale……. Tout est si brumeux, il ne se souvient plus très bien.  Un mal de tête épouvantable, la bouche pâteuse. Merde, j'ai trop bu !  Des images qui défilent rapidement, il a dû voir un mauvais film ou faire un cauchemar. Mais une voix qui semble parvenir d'outre-tombe le ramène  affreusement à une réalité insoutenable :" Vous avez tué une femme à bout portant, elle est morte : elle s'appelait Fatou,  elle avait 34 ans."

Un mal de ventre affreux, un vertige, le navire tangue dangereusement, bateau ivre, le sol se dérobe sous ses pieds, à quoi s'accrocher ?  Bordel, qu'est-ce que j'ai foutu ? " Bébé, je l'ai tuée !!!" -  Mais tout est si confus.....vraiment est-ce encore moi ?

Que la justice fasse son travail et démêle l'écheveau d'une tragédie humaine;  tragédie de la solitude, de la misère affective, de la dépression qui a fait une victime, tuée par un homme qui avait besoin d'être aimé à tout prix, au prix d'une vie !

Fatou  est décédée le 15 septembre 2009, tuée par un client ivre dans le bar Good Time  dans lequel elle travaillait aux Pâquis.

Paix à son âme !

 

Ce drame a eu lieu, il y a exactement un an déjà,  aux Pâquis!

28/07/2010

Le voleur d'ombres (suite)

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Une voix hésitante au bout du fil, lasse et fatiguée : "Madame, c'est moi, vous savez, j'étais à l'hôpital, tout seul, sans personne!" - Qu'espères-tu mon ami, cela fait un an que tu dors sous les ponts par tous les temps, qu'en un an tu n'as pas réussi à gagner un franc pour te nourrir !  Rentre chez toi, c'est ce que tu as de mieux à faire ! insisté-je.

 Long soupir....... "Je n'ai même pas remboursé le passeur qui m'a fait venir en Europe et je n'ai plus d'argent pour rentrer"  me répond-il.

Le rêve européen d'un Burkinabe qui se transforme en cauchemar !  Je revois son visage souriant, sa bonté naturelle, il est si bon et si sage que ce sont les dealers qui le nourrissent, il leur fait office de père à ces gamins paumés.  Collés les uns aux autres dans les caves glacées en hiver, ils se partagent le pain de la misère. Au-dessus de leur tête, c'est la richesse, les plats trop riches au point qu'il faut finir par s'imposer des régimes amaigrissants. Cette nourriture abondante  qu'on mange trop souvent en solitaire, de façon mécanique,  devant un écran de TV, à se goinfrer pour oublier la solitude. Si  Dieu existe, il doit avoir  honte d'avoir crée un monde si injuste.

Ce n'est pas faute d'avoir essayé, il s'était trouvé un job à l'essai :  s'occuper de chevaux. Pendant une journée, il devait en prendre soin. Il traînait les seaux, d'un rythme lent et tranquille, si tranquille que les chevaux piaffaient dangereusement d'impatience au point d'exploser leur box. Il a été congédié après quelques heures. Il me dit tout ceci sans bien réaliser ce qu'on attend au juste de lui. Je le lui ai dit et décrit : Vitesse et Performance. Ces mots ne veulent rien dire pour lui, ils sonnent creux comme une calebasse vide.

Mon ami rentre chez toi ! Vous n'aurez qu'un pain à partager, mais  vous le romprez en famille, ta femme et enfants te regarderont en souriant, au moins tu existeras pour eux.  Ici, tu n'es qu'une ombre qui marche dans  l'ombre des autres dans cette ville si riche où on ne partage pas grand-chose, où on s'empiffre à s'éclater la panse, où on consomme à outrance par ennui.

Une voix qui n'est plus qu'un filet ténu au bout du fil :"C'est vrai, vous avez raison, mieux vaut rentrer que de mourir seul, gelé,   sur un trottoir  sous les regards indifférents des passants  !"

 

17/07/2010

GRANDEUR ET DECADENCE DES PÂQUIS

 

limousine.jpgDevant l'enseigne d'un grand hôtel 5 étoiles, je converse avec un portier tandis que les longues limousines noires aux vitres teintées freinent silencieusement. Des femmes du Golfe avec leurs enfants en descendent chargées de paquets livrés par les plus  grandes marques, l'une d'entre elles sans même me regarder et tout en me confondant avec une de ses nombreuses domestiques philippinos me les tend. Sans broncher, je la suis,  chargée comme un mulet,  j'adresse un clin d'oeil discret et entendu au portier. La femme m'ordonne de les lui déposer à la réception, je m'exécute et disparais aussitôt.

Ces femmes ne doivent pas  avoir la vie rose, elles sont confinées dans leur chambre d'hôtel tandis que les hommes ont déjà fait venir et installé maîtresses et courtisanes dans les hôtels à proximité. Les plus belles filles ont voyagé tous frais payés en première classe  et viennent des pays de l'Est ou du Maroc. Les autres, moins jolies,  se déplacent à leurs frais et viennent tenter leur chance en s'entassant dans des hôtels bon marché.  Il est vrai  qu'une nuit payée à 5'000 francs ça n'arrive pas tous les jours. La journée, les moins chanceuses, se reposent côté femmes, aux Bains des Pâquis et montrent leur épilation totale en rigolant et toraillant tant et plus , la voix déjà éraillée par le trop de whisky,    tandis que les courtisanes font du shopping, se déplacent dans les grandes bijouteries pour se faire payer  bijoux, habits de grande marque  et salons de beauté aux frais du prince.

Les Pâquis sont devenus un lit géant;   un quartier  dorénavant transformé en cour des miracles des mille  et une nuit version décadente. Entremetteurs, chauffeurs, portiers, gogo girls,  la cour des borgnes, des bouffons, des fous du roi,  où tout ce petit monde s'agite et s'agglutine autour des portefeuilles généreux. Un service par-ci, un tuyau par-là, des billets qui passent rapidement d'une main à l'autre. Parmi les services exigés, les portiers sont obligés de répéter qu'on ne trouve pas d'enfants à louer pour une nuit , pour cela il faut aller ailleurs,   au Maroc peut-être.  Quelques chèques seront,  sans doute dans la prodigalité déferlante,  libellés à l'attention de quelque  organisme religieux pour remercier Allah d'avoir rendu la terre si généreuse en nymphes et éphèbes.

La nuit venue, une fois les femmes casées avec leurs enfants et accompagnées de leurs esclaves, les hommes disparaissent jusqu'à l'aube. Madame, allongée paresseusement sur son lit exige un massage  de la fluette philippino.   En sentant avec volupté les menues petites mains,  aller et venir,  sur son corps trop généreux, par petits coups de langue délicats, elle entame le sucre fin d'un loukhoum  au parfum de rose. Un goût de rose flétrie ô combien amer. La femme se souvient avec délice des oeillades langoureuses jetées dans le rétroviseur au nouveau chauffeur, Jean-Louis,  qui a les yeux bleus comme la mer. Elle frissonne à l'idée de rajouter un trait de khôl sous ses yeux pour lancer son regard de braise,  incandescent, demain, et farfouiller dans le petit miroir de la limousine pour engloutir encore une fois ce bleu intense qui rappelle les grands larges.

Elle ordonne à sa domestique en soupirant  : "masse plus haut, entre les cuisses, je sens une certaine tension, là,  justement !"

 

 

 

08/07/2010

MAIS QUE FAIT LA POLICE ? - LE BALLON DE JESSICA

police.jpgPlace de la Navigation-  Un accident s'est produit , une  dame en  mobylette vient de se faire heurter par une voiture. Elle est assise par terre son casque à la main, très pâle, quatre policiers assurent le service d'ordre. Les enfants courent tout autour de nous. Un jeune raconte la scène :"Une meuf vient d'être renversée!" - Je rectifie :"On dit une dame !"

Quatre ou cinq enfants âgés d'environ 10 et 12 ans, s'adressent au policier qui se trouve être près de la voiture de police.  "Monsieur, on jouait au ballon, c'est le ballon de Jessica et on y tient beaucoup, il est tombé sur un balcon et un Monsieur refuse de nous le rendre.". Qu'à cela ne tienne, dès l'ambulance partie, le policier et un collègue à lui se dirigent tous deux vers la rue du Léman pour repêcher le ballon chez le voisin obtus.

Petit attroupement devant l'immeuble de la rue piétonne. On imagine qu'ils sonnent sans réponse, se rendent chez la voisine, une vieille dame, qui ouvre sa porte et laisse entrer les deux hommes en uniforme, un des deux  enjambe sa fenêtre et longe le mur qui mène sur le balcon en question où se trouve être le ballon des enfants:  tout ceci sous les applaudissements fougueux des enfants et des badauds. Pendant ce temps, une jeune femme assez mignonne et surtout rigolote me laboure de son coude les côtes : "Non,  mais regardez-moi ça, on s'en met plein les mirettes, n'est-il pas mignon avec ses jolies petites fesses rondes et ses épaules carrées ?"- Elle désigne le policier que l'on voit de dos. Je ris aux éclats. Un enfant me décrit le voisin acariâtre :" un grand gars qui a une crête sur la tête, c'est peut-être même un dealer, rajoute-t-il. Alors j'imagine sa tête en voyant un policier sur son balcon !

Il récupère le ballon, le lance aux enfants qui hurlent de joie. La vieille dame sous les applaudissements nous renvoie un salut à la façon Duchesse de Windsor,  digne et fière, capeline en moins.  Elle est toute petite, toute mignonne dans l'embrasure  de sa fenêtre et surtout ravie d'être au coeur de l'épisode du ballon.

 

Voilà ce qu'on appelle une police de proximité !

 

* Photo prise du portable de ZARA - merci pour ta photo !

 

 

23/06/2010

Le voleur d'ombres

ombre+chinoise.jpgCela fait des mois qu'il dort dans la rue, se cache, cherche du travail. Du matin au soir, il cherche un boulot, n'importe quoi pour enfin parvenir à se mettre quelque chose sous la dent. Le ciel africain n'est plus qu'un vieux souvenir, la terre rouge remplacée par l'asphalte noire glissante sous un ciel gris qui lâche ses larmes à grosses gouttes et qui donne envie de pleurer.  Il a grelotté, par un hiver impitoyable, dans les caves humides de vieux immeubles, parfois planqué,  sous un pont,  emmitouflé dans un vieux manteau miteux.  Même pas dealer. Au rêve européen,  il y croit dur comme fer.  Il a certainement payé cher pour arriver jusqu'à Genève et finir aux Pâquis.

Il est costaud comme un roc, un large sourire lui fend le visage, un rien le fait éclater de rire. On se demande où il va pêcher sa bonne humeur. Sa recette ? Un espoir têtu et tenace, l'espoir fou de se faire une place au soleil, lui aussi.

C'est vrai, quelle injustice, se lamenteront certains,   le sacré gars, quel culot, il respire notre air sans avoir payé un sous d'impôt, il s'en met plein les poumons et à l'oeil. Ombre fugitive, dans l'ombre de notre quotidien, il rase les murs.  Je  lui explique longuement que son air désinvolte, sa lenteur débonnaire lui jouera des tours. Style baobab avec cette langueur qui lui coule dans les veines, planté dans le décor hyperactif genevois,  je le préviens, ça le fera pas ici , même pas pour la plonge à 2 francs  de l'heure  dans un resto. Tout en mimant, je lui explique : "tu comprends, si tu laves des assiettes et des casseroles, faut pas faire semblant, il faut t'imaginer être comme une machine et travailler le plus vite possible, tac! tac! tac! Oui, mon vieux comme un malade, on verra la sueur couler de ton front, tu seras essouflé, tu auras des palpitations cardiaques dans une chaleur épouvantable d'une cuisine surchauffée et on pensera combien tu es  efficace et rapide  !"

Finalement, je lui conseille de retourner en Afrique, c'est plus sûr pour son avenir , il ne tiendra pas, à son rythme à lui.  Il rit et termine par un joyeux : "Madame, grosssse bizzze, grosssse bizzzzzze! Vous êtes vraiment trop gentille !!!

 

06/06/2010

UN DIMANCHE POUR LA PAIX

Comme Haykel et Micheline, je me suis aussi promenée du côté de l'exposition photo et des stands de Making Peace qui célébrait le centenaire du Prix Nobel de la paix attribué en 1910 au Bureau international de la paix, à Genève.

L'exposition photo sur les Quais Wilson se tiendra jusqu'au 4 juillet 2010

 

" La paix est rarement refusée aux pacifiques" alors pacifions aujourd'hui et tous les autres jours de l'année et sans relâche :

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Parenthèse environnementale.  Une poule d'eau blessée à la patte gauche, à la hauteur des Bains des Pâquis, n'arrive plus à nager, on craint qu'elle se noie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Philippe Rohner de l'association Mamajah se propose de la sauver, il dit s'y connaître en "sauvetage de canards". Pour finir, la poule d'eau  s'éloignera pour ne pas être prise.

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L'EQUIPE DE L'ASSOCIATION MAMAJAH QUI A MONTE LES TENTES POUR MAKING PEACE SUR LE QUAI WILSON ET LE DÔME A LA PLACE DES NATIONS SE REPOSE ENTRE DEUX DEMONTAGES DE TENTES.

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PHILIPPE ROHNER ET JAKY ROLAND


DIT

JAK AND PHIL

ET QUI MONTENT CES MAGNIFIQUES TENTES REALISEE QU'AVEC DES MATERIAUX ECOLO
















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21/05/2010

Dialogues, blogs : médialogues de RSR

Encore et toujours tout savoir sur les blogs et pourquoi on blogue. Une émission à laquelle j’ai participé ce matin sur Médialogues RSR. ch, podcast de ce jour 21 mai 2010.

Une nouvelle  occasion de vous exprimer sur le sujet  et surtout de démontrer que nous ne sommes pas - nous autres blogueurs- des autistes rivés derrière nos écrans et acharnés sur nos claviers mais bien des acteurs impliqués dans les réseaux sociaux et dans la vie, des 4X4 tous terrains en quelque sorte pollution en moins, bien que, bien que........

http://www.rsr.ch/la-1ere/medialogues/

“Regard explicatif et critique sur le traitement de l'actualité dans les médias: TV, radio, presse écrite, internet, principalement en Suisse mais aussi parfois en France ou ailleurs.

Le background, les enjeux médiatiques, décryptés avec les journalistes concernés, des experts en médias, des spécialistes du domaine traité ou des personnes directement concernées par le traitement médiatique dont il est question.

Mise en valeur d’enquêtes originales, d'analyses, de reportages, d'interviews hors du commun.

Médialogues est également présent sur Twitter”

15/05/2010

Un banquier sans boa

boa-plumes-rose-vif-2-metres-[1].jpgIl tournoie inlassablement en se tenant à la barre centrale en acier de la petite estrade d'une boîte de nuit à la rue de Berne, scène sur laquelle ces demoiselles habituellement s'effeuillent, mais ce coup-ci c'est un banquier qui tourne, tourne comme pour oublier la crise, les boni incriminés, pour oublier qu'on le traite maintenant de voleur et de menteur. Il karaoke en faisant semblant de chanter et en se trémoussant.

Son visage cachet d'aspirine est rond et blanc, petit et trapu, ni angle, ni pointe, tout n'est que  rondeur chez lui, pour le résumer : une pièce de 5 francs !  Un crâne légèrement chauve et sur lequel les filles passent et repassent leurs mains, elles se souviennent alors pour certaines du doux crâne de leur  propre enfant avant la pousse des cheveux. Sa chemise à moitié hors du pantalon laisse apparaître un ventre généreux, la cravate défaite, il la brandit pareille à un boa rose. Il n'y a encore que des femmes dans le bar, il est trop tôt, les filles rigolent, je tiens mon carnet de notes et inscris ce que me raconte une Ukrainienne, finalement, il s'affale à côté de moi, salement éméché, bebelotant, légèrement en sueur, des auréoles  immenses sous les bras de sa chemise.   La musique est très forte, il m'hurle quelque chose dans les oreilles, je suis affolée, très rapidement deux filles l'entraînent derrière un paravent d'où ne proviennent plus que gloussements et soupirs, une bouteille de champagne est débouchonnée, le volume musical baisse.

On l'imagine à son tour  être vidé de  ses poches, se laisser piller, emberlificoter, tromper, mener en bourrique, trainer par le bout du nez. Sans le savoir, il est passé de l'autre côté, celui de ceux qui raquent quoiqu'il advienne. Il découvre allongé sur un sofa velours rouge, lle goût des comptes vidés de ses clients, les subprimés, les supprimés de la liste noire, pour la liste rouge ad aeternam.

Et lundi, net et propre derrière son bureau, tiré à quatre épingles; la cravate droite comme un i, lorsqu'on lui mentionnera la crise, il aura un hochement de tête sincère, il sait ce que signifie lui, partager avec les plus pauvres et avec les pauvresses surtout. La chemise profondément rentrée dans le pantalon sur un ventre proéminent avec une légère gueule de bois et quelques Alka Seltzer dans la poche, il hochera de la tête compatissant, il précise ne pas soutenir une ONG à but humanitaire mais disons presque, une fois par semaine, il participe à la redistribution des richesses Nord-Sud. La dame avec qui il parlera acquiescera du chef en soulignant : " c'est bon de connaître des banquiers encore généreux et qui font du bien autour d'eux !"

 

13/05/2010

POUR QUOI ET POUR QUI UN BLOG ?

 

P1010849.jpgSans trop me poser de questions, je me suis lancée dans cette aventure, il y a deux ans. Rêvassant dans les rues des Pâquis, j'imaginai créer un bureau d'écrivain bénévole, songeant qu'il était  de notre devoir de donner une voix et une plume à ceux qui n'ont pas la chance d'en avoir.

Finalement, un ami m'a suggéré de développer un projet en collaboration avec l'Espace Solidaire des Pâquis, de retour de Londres, je leur proposai la création d'un Bureau Citoyen sur le modèle anglais et qui consistait à venir en aide à toute personne pour tout type de requête: correspondance, CV, aide administrative, etc.  L'idée est retenue, réalisée et adaptée au contexte genevois, aujourd'hui ce ne sont pas moins de 1'200 personnes par mois qui ont recours à cet espace solidaire.

En parallèle, souvent fourrée aux Pâquis et grande admiratrice de Naguib Mahfouz et de son  "Impasse des deux Palais ou du "Passage des Miracles", je pensais que ce quartier se prêterait bien à une saga. Un quartier avec ses courtisanes, ses dealers, ses homosexuels, ses  flics, ses philosophes,  poètes et photographes, ses hôtels chics et ses bouges, ce flot continu de  touristes issus du monde entier. Soit, sous mes yeux, tout un matériau pour un roman où le vice fraie avec la grandeur, destins croisés et contrariés,  autant de tableaux juxtaposés peut-être dans une seule et unique rue ? Celle de  la rue de Berne.

Mais encore ! Le goût d'écrire, le goût des autres, aimer raconter. Et avec ce regret de ne pas savoir peindre, alors par défaut, je décris avec minutie et beaucoup de couleurs le monde qui nous entoure et m'accroche aux paroles de ceux qui me racontent des histoires, tandis qu'ils parlent, ils mettent sans le savoir en branle un processus artistique, des paysages qui défilent, des bruits, des ambiances, l'imaginaire prend son envol irrésistiblement. J'accroche à leurs mots des ailes.

Le blog reste un espace citoyen, très proche du terrain, il raconte l'histoire de la rue et parfois s'en fait l'écho, un regard libre, désintéressé, animé essentiellement par le plaisir d'écrire et de raconter une histoire avec talent et passion ou du moins de tout faire pour.