20/02/2012

Eros malmené

P1040730 2.JPGEros ou Cupidon chez les Romains, la pauvre divinité de l'Amour a mal résisté au temps. Considéré comme Dieu créateur de toute chose, puisque nous sommes quoiqu'on en dise et quoiqu'en disent  les bégueules tous issus d'un acte érotique, dit acte d'amour. Sans lui, nous ne serions pas là à disserter sur l'Eros, l'Amour, la Passion, la Beauté, puisqu'Eros est présumé dans la mythologie être fils d'Aphrodite ou de Vénus.

* Cette filiation n'est pas inutile à rappeler, elle est même essentielle, la passion et le désir  débouchent sur la Beauté, (Αφροδιτη), Aphrodite est bien déesse du désir, de la beauté, de la procréation, mais encore, elle couvre tous les  champs qui s'étendent de l'amour céleste (Ourania), au vulgaire (Pandémos), du mariage (Nymphidia), ou des courtisanes (Hétaïra), la déesse marine (Pontia), ou la déesse victorieuse (Nikêphoros). Bref, elle est multiple comme devrait l'être l'amour.

 

P1040732.JPGDepuis l'ère grecque et sa tradition mythologique, la religion est passée par là et Dieu seul  connaît l'étendue des dégâts sans vouloir en rajouter sur les déviations de toutes sortes. Les religions à force de contraindre Eros aboutissent  à créer des monstres sournois et hideux, à force de réduire Eros a quelque chose de sale, de vil, l'associant à tout prix à un péché vénal. Bref, Eros aux mille figures  doit être  réduit à sa plus simple expression, celle de la reproduction.  Les déesses de l'Amour, les prêtresses et prêtres du désir  sont devenus des « sales putains » que l'on fustige, méprise, maltraite tout en les taxant sans sourciller.  L'Eros enseveli sous la couche de la pudibonderie et de la bondieuserie malsaine a crée un monstre : l 'hypocrisie, hydre monstrueux qui a permis de créer une industrie du sexe monstrueuse où courtisans et courtisanes, fils et filles d'Eros ne sont plus que du papier hygiénique, vite consommés bons à jeter.

 

P1040727.JPG

Voilà à quoi la pudibonderie a réduit le plus ancien métier du monde, celui qui dans certains pays était associé à un art sublime.

J'ai croisé des Geishas à Kyoto qui déambulaient pareilles à des reines sublimes.  Elles faisaient tournoyer leur ombrelle en marchant à petits pas menus, fardées de poudre de riz blanc, la lèvre inférieure rouge carmin, la séduction portée à l'art sublime où tous les talents sont réunis pour séduire et sans pour autant consommer l'acte d'amour.  Les Geishas ne sont pas des prostituées, mais ceci pour rappeler que la séduction est un art en soi.

 

 

P1040733.JPGFaudra-t-il rendre à la prostitution ses lettres de noblesses, ce métier cité dans tous les ouvrages religieux et qui marque sa présence dans les textes sacrés ? L'accepter comme un vrai métier évitera toutes les dérives, les formes d'esclavage à  Genève même où on prostitue des jeunes filles sur la banquette arrière de la voiture pour 50 francs et cela sans protection. On a réduit Eros à la chose la plus vulgaire qui soit en laissant les vulgaires reprendre un marché qui autrefois appartenaient aux Dieux de l'Amour et de la Beauté, marché prolifique où la pornographie a largement empiété sur l'érotisme et à ne pas confondre. Les professionnels de l'Amour devraient être traités avec le plus grand respect et s'ils continuent à pratiquer leur métier c'est bien parce qu'il y a de la demande  issue de toute classe sociale confondue.

Une exposition aux Bains des Pâquis qui a eu lieu entre le 1 er et 25 décembre, toutes cabines ouvertes et  organisée par l'ASPASIE, un effeuillage érotique  qui donne à réfléchir.

http://www.aspasie.ch/

 

 

P1040734.JPG
P1040735.JPG
P1040736.JPG

P1040740.JPG

 

 

*source http://mythologica.fr/grec/aphrodite.htm

 

repris sur mon blog http://tangalle.hautetfort.com/

 

13/02/2012

La Perle du Lac ou le "Titanic" qui a évité l'iceberg

 

P1040743.JPGLe nom du capitaine  Lamarche Gérard qui en l'occurrence, lui, contrairement à celui que je nommerai pas, n'a pas quitté le navire devant l'obstacle. Certains diront même « Têtu comme un Auvergnat » pour celui qui  vient du Cantal. D'ailleurs, le capitaine Lamarche a pris les commandes avec son équipe qui pour la plupart ont  gardé leur  poste malgré vents et marée.

 

Pour mémoire,  la fin du bail de l'ancien gérant se terminait en août 2011, celui-ci s'en va.  Le bâtiment appartient à la Ville de Genève qui envisageait des travaux importants. L'équipe qui reste se dit qu'il ne faut pas courber l'échine devant cette décision et entame des négociations, âpres parfois,  pour éviter de tous se retrouver chômeurs.  Les 15 personnes qui restent décident de continuer malgré tout à travailler et se constituent en Association des anciens employés de la Perle du Lac, à sa  tête un comptable et le directeur actuel qui  gèlent plusieurs  postes comme le garçon de buffet à l'année, d'autres partent à la retraite, le voiturier, lui, le plus ancien reste et  devient multitâche. Appuyés par la Ville de Genève qui les a écoutés et entendus et avec l'appui du  Syndicat Unia, tous ensemble ils trouvent une solution à travers  la création de l'Association.

Ainsi, ils décident de garder ouvert La Perle du Lac pendant les fêtes de Noël et réouvrent dès novembre. L'équipe s'organise, la hiérarchie est maintenue, ils  investissent  de leur  propre argent pour payer les fournisseurs, certains, du reste,  parmi  eux se montrent généreux et donnent un coup de pouce. Entre membres de l'équipe, ils décident de qui doit être payé en priorité ; les  pères et mères de famille avec charge d'enfant. Les autres patientent. Heureusement, il y aura des clients.

Certains ont 20 ans de maison, la nouvelle direction recomposée  continue à collaborer avec l'Association Actifs qui soutient l'intégration de personnes déficientes.

P1040776.JPGMais au-delà de l'intégration de ces personnes, c'est une équipe diverse composée de femmes, d'hommes, de jeunes, de plus âgés, multiculturelle. Plusieurs nationalités plusieurs profils qui tirent  tous à la même corde. Voilà un cas d'école, ces histoires qui nous bouleversent et nous démontrent comment un groupe d'hommes et de femmes n'ont pas laissé le sort s'acharner sur eux.

Ils réussissent à garder le même standard, la même qualité de service, une carte plus accessible avec des menus de midi  à 23 francs. Un repreneur, selon mes sources personnelles ont mentionné un nom,  Monsieur Henrion de l'Alsacienne d'Annemasse,  il est prévu qu'il reprenne la direction de  l'établissement après les travaux et a promis  de tous les engager.

 

Le prochain gros iceberg à l'horizon et qu'il faudra encore éviter, des travaux qui risquent fort de tous les mettre au chômage durant une période relativement longue. Mais bon ! Monsieur Lamarche, se dit que l'équipe au complet pourrait durant ce temps s'activer ailleurs. Du reste, il souligne la polyvalence qui est nécessaire dans ces circonstances, parfois au buffet, parfois à la plonge, lui-même, n'hésite pas à mettre la main à la pâte. Dans le fond du regard, une sérénité à toute épreuve pour lui c'est une belle aventure humaine et professionnelle, une façon de remettre l'humain au centre !

 

P1040750.JPGJe les observe, durant un moment,  s'activer et  préparer l'arrivée des clients, à l'heure du  déjeûner  ;  ils marchent fièrement, préparent les tables, il y a en eux une assurance superbe qui souligne qu'on peut aussi faire un sort au destin et que c'est pas toujours le sort qui s'acharne sur nous.

Oui ! sans conteste, on a envie de les suivre dans cette belle aventure humaine qui nous offre un exemple exceptionnel dont on a besoin pour remonter le moral des troupes de travailleurs démoralisés. Ces hommes et ces femmes méritent toute notre admiration et notre respect

 

BRAVO A L'EQUIPE DE LA PERLE DU LAC, GENEVE EST FIERE DE VOUS  !


 

 

 

 

01/10/2011

LE POLY DES PÂQUIS

 

Activités denses aujourd'hui aux Pâquis sur la Place de la Navigation , la journée de tous les engagements, sur le front du logement avec les "automnales  de l'immobilier"la SURVAP a sorti les grands moyens, musique, stand, panneaux, coupures de presse. Une association des habitants des Pâquis qui existe depuis 1990 et qui a pour but de permettre des rencontres et des échanges sur des questions qui les concernent au quotidien. Celles du logement tiennent le haut le pavé.

 

 

Pour illustrer un monopoly du logement !

 

P1040276.JPG

 

 

P1040278.JPG
P1040279.JPG

 

P1040280.JPG

 

P1040281.JPG

 

P1040282.JPG

 

P1040286.JPG

 

 

P1040271.JPG

 

P1040275.JPG

 

 

CÔTES BAINS DES PÂQUIS LES FEMMES SOCIALISTES S'ACTIVENT

AVEC MARIA ROTH-BERNASCONI ET FRANCOISE JOLIAT

 

IL VA FALLOIR QUE LES FEMMES PORTENT  LA MOUSTACHE POUR AVOIR LE MÊME SALAIRE QUE LES HOMMES ?

 

P1040294.JPG
P1040298.JPG

 

L'INEGALITE, UN MYTHE ?!

 

 

P1040293.JPG

 

 

29/09/2011

LA VIE AU FOND D'UN VERRE

avxbejj8.jpgElle est régulièrement assise derrière une table, la tête dodelinante au-dessus d'un verre, peu importe dans quels  bistrots des Pâquis, elle est partout la même, elle affiche cette image douloureuse d'une lente descente aux enfers.  Un compagnon d'infortune parfois l'accompagne. L'homme porte un chapeau très bas sur les yeux qui lui cache presque tout le visage.   Ils ne se disent rien, muets l'un en face de l'autre, happés par leur breuvage tout entiers. Ils partagent un même destin à coups de lampées.  Ils boivent leur silence en hochant la tête, les mots ont fui, engloutis dans l'alcool, un profond mutisme à peine dérangé par la succion du liquide qui est leur seul langage réduit à un bruit d'aspiration qui tisse un lien entre eux deux.

Aujourd'hui, il fait beau, elle porte une belle jupe orange, en passant je lui souris, elle m'autorise à la photographier, par pudeur, je ne mettrai pas la photo. Mais je l'ai vue, tenter de bomber légèrement le torse, d'esquisser avec ses dernières forces un sourire si lent à venir. Elle fixe l'objectif à travers ses yeux embrumés, de grands yeux voilés par la déchéance. Elle n'a plus d'âge, l'alcool a même effacé le temps sur ce visage boursouflé aux lourdes valises sous les yeux, son seul bagage qu'elle porte comme un fardeau. Un visage qui paraissait beau et lumineux avant, il y a si longtemps.

Sa tête retombe comme si cela lui avait coûté un effort énorme, ses lèvres si proches du verre de vin blanc, semblent converser avec lui , dernier témoin d'un vie à la dérive qui  s'est échouée  au bord de ce rivage, une vie enlisée au fond d'un verre.

La voilà bue son existence, noyée dans ces ballons de blanc qui s'accumulent du matin jusqu'au soir, un restaurateur généreux lui rajoute d'emblée sans qu'elle le demande une bouteille d'eau. Mais la bouteille reste pleine, elle ne l'a même pas remarquée.

Elle tend l'oreille, presque collée contre le verre,  elle écoute le clapotis de ces rivage à elle, ceux  d'un autre temps, celui où elle admirait le vert des palmiers penchés sur l'eau bleue cristalline de son île lointaine, arbres majestueux doucement balayés par la brise marine, elle rêvait alors d'une vie ailleurs. Ses yeux neufs encore attirés par ces horizons   chargés de promesse. Elle continue au fond de son verre à regarder le temps qui a passé depuis ces espoirs d'antan. Elle sombre au fond d'un Océan de solitude, aspirée par les abysses éthyliques, ivresse des profondeurs.

L'alcool l'a bue tout entière, d'un seul trait,  il ne lui reste plus que cette fébrilité dans un  dernier espoir d'en boire encore un autre, un ultime avant le prochain. Un dernier pour la route si longue, si chahotique d'une vie qui a touché le fond de l'abîme, un long chemin où tout a été abandonné au bord de la route.

 

 

26/09/2011

La chronique d'un quartier

peinture-pot-2.jpgPour ceux qui souhaiteraient se lancer, je ne sais pas si ma chronique des Pâquis peut être prise en exemple, mais je vais partager avec ceux qui le souhaiteraient quelques réflexions sur la façon de s'y prendre.

On aborde un quartier avec la même curiosité que si l'on se trouvait au bout du monde, l'effet de nouveauté, un regard neuf à chaque fois renouvelé. Un regard fatigué ou d'habitué use l'étonnement devant un fait anodin ou non. Et finalement tout parle, même la devanture d'un magasin, à rue de Monthoux j'observai des Indiens qui vendent des produits alimentaires russes avec un poster de Noël et le tout écrit en cyrillique. Rien que ça raconte déjà une histoire.

Puis, chaque fois que je me rends aux Pâquis c'est comme aller à la pêche, je ne sais jamais si j'en tirerais quelque chose. Il y a de la patience à avoir, traîner son oreille, appareil photo et carnet de notes cachés au fond du sac. Il faut arriver dans un endroit public de façon quasi inaperçue, plus légère que la bise, un souffle. Ou traîner sur un banc, boire un café dans un  bistrot et prendre son temps à observer, à s'approprier les lieux.

Quand les gens vous accostent, vous discutez tranquillement avec eux, vous ne savez jamais ce qu'ils vont vous raconter, une anecdote, un fait divers, un souvenir. Il se pourrait que vous tombiez sur un sujet intéressant. Petits figures comme personnages en vue, il est important de les écouter avec la même attention. La mémoire des anciens même si elle est parfois défaillante offre un bon aperçu historique du quartier, de ses changements.  Et dès que vous sentez que ça tire sur la ligne, ce n'est pas le moment de partir.  Vous hameçonnez avec  les comment, pourquoi, quand, mais encore, dites-en plus. Un maximum de détails permettra de bien retranscrire la note, en temps voulu.

 

Et quand par hasard ce que vous entendez mérite d'être noté, vous demandez si vous pouvez transcrire les propos entendus, puis éventuellement à la fin vous sortez l'appareil photo. Ce sont des choses qui font peur, car ceux qui sont en face savent  que l'on va immortaliser leurs propos ou leurs images. Donc, gestes lents, pas de précipitation.

 

Maintenant, il ne reste plus qu'à noter. Dans le fond, il est toujours important de se souvenir que le lecteur ne connaît pas les lieux, ni le visage de l'interlocuteur, ni le temps qui fait au moment ou vous écrivez. . Alors ne soyez pas avare de détails, Il faut planter, le décor, poser les personnages, décrire une ambiance et ne pas trop s'éloigner du ton sur lequel les gens parlent, avec leurs mots à eux.  Bref, peindre un tableau et dessiner les personnages avec précision et rendre de façon la plus juste possible l'âme d'un quartier.  Chaque quartier a aussi une architecture particulière, un peu de description ne mange pas de pain.

Voilà un peu les ingrédients, rien de bien original j'imagine, il suffit ensuite de bien touiller ! Un brin d'humour et d'impertinence rehausse  un peu la sauce et l'assaisonne avec délicatesse.

Et surtout avoir très très envie de raconter une histoire !

A vos plumes-pinceaux ! Si j'avais dû m'intéresser à d'autres quartiers, assurément ce sont les quartiers de St-Jean, Eaux-Vives, Thônex proche de la France plutôt côté douane  Moillesulaz qui auraient retenu mon attention. Il y a une activité particulière qui se prête bien au coup d'oeil.  Le flot des gens, les valises, les contrôles.......... L'aspect quartier-frontière avec cette dynamique du passage d'un point à l'autre.  

 

 

 

25/09/2011

Les Pâquis sont dans la rue (1)

 

Dimanche 25, comme hier, le soleil est toujours au rendez-vous avec ce beau sourire en ouverture !

 

P1040243.JPG
P1040251.JPG

 

P1040256.JPG

 

 

 

P1040253.JPG

 

 

LES JEUNES DE LA BOÎTE A BOULOT AIDENT AU TRI DES DECHETS
P1040237.JPG

 

LA POLICE MUNICIPALE RECRUTE. IL FAUT UN BON SENS DE LA COMMUNICATION, DE LA PATIENCE, GARDER SON SANG-FROID DEVANT LE SANG CHAUD !

 

P1040248.JPG

 

P1040252.JPG

 

 

 

P1040250.JPG

 

 

 

 

 

 

P1040254.JPG
P1040257.JPG

 

P1040264.JPG
P1040263.JPG

 

P1040239.JPG

 

 

 

 

P1040259.JPG
P1040261.JPG
P1040232.JPG

 

P1040258.JPG

 

 

 

Les Pâquis sont dans la rue

 


P1040130.JPGLes rues des Pâquis étaient transformées aujourd'hui en immenses vide-greniers, étalages d'habits, de chaussures de livres. On chine, farfouille, négocie, papote  sous un soleil encore estival, dans une ambiance bon enfant, on pouvait déambuler tranquillement en admirant des objets hétéroclites.

 

 

 

 

 

P1040138.JPGJ'ai rencontré Myriam Lonfat, éminente représentante de la gauche combative, ancienne députée au Grand Conseil, candidate au Conseil National sur la liste 20. Elle vend du cake au fenouil pour boucler ses fins de mois. Ancienne aide-soignante son diplôme de la Croix-Rouge de 1977 n'est plus reconnu, impossible à son âge de trouver un job et quand on paie un loyer de 1'840 francs et qu'on en reçoit que 1'647 francs  de l'Hospice, il faut bien trouver un moyen pour s'en sortir pour tenir encore quatre  longues années avant la retraite. Consciente de partager le même sort que de nombreux autres seniors, elle défendra naturellement leur droit au  travail  et celui des jeunes. Et juste se demander ce dont les citoyens ont besoin. La politique c'est beaucoup de pragmatisme. Etre élue aussi au moins pour recevoir un peu de reconnaissance.

Elle songe à écrire sous le titre  "Devenir sans avenir", le titre d'un futur blog à la Tribune de Genève aussi ? Son surnom Shoshana en hébreu, qui signifie Rose. Pourquoi ce nom pour celle qui est d'origine valaisanne, c'est une autre longue histoire.

 

P1040139.JPG Son  cake au fenouil et au bâton de cannelle est excellent. Elle est la seule à Genève à préparer des cakes au légume sucrés, à l'exception des poireaux. Un Colombien, ancien maire à Bogota, lui en commande une tranche. Il raconte comment grâce à l'aide de l'Ambassade suisse de Bogota il a réussi à quitter le pays où il était menacé de mort par les cartels de la drogue, lorsqu'il a voulu faire le ménage.

 

 

 

 

P1040134.JPG
P1040131.JPG
P1040132.JPG

P1040136.JPG

 

P1040142.JPG

 

 

P1040141.JPG

 

 

P1040143.JPG

 

P1040144.JPG

 

 

 

 

20/08/2011

« Quand la concierge pète un câble, elle fait sauter les plombs ! »

174886_217411464945882_1773528_n.jpgRendez-vous à Charles Cusin, cet après-midi pour la  visite d'un studio. Devant l'immeuble d'à-côté, des filles attendent sur des chaises hautes, leurs jambes girafesques sont impressionnantes. Les cheveux longs et blonds ajoutent une touche finale à ce tableau longiligne. Un autre monsieur attend avec moi de visiter l'appartement. Il travaillait anciennement au César Ritz de Paris. Notre spécialiste en restauration sans le savoir travaillait déjà un peu en Suisse,  César Ritz était un Haut-Valaisan à l'origine, né en 1850, dans une famille de bergers.  L'homme à la délicatesse exquise  vient de  trouver  un travail à Genève dans un hôtel de luxe. Son air déférent et ses bonnes manières tachent dans ce décor un tant soit peu déglingué. Nous sommes accueillis par une charmante dame qui quitte pour plus grand ailleurs.

Les voisins naturellement sont bruyants nous explique-t-elle . Effectivement, une musique à plein tube dans la cour intérieure coule à flot dans les oreilles.  Ce sont des Brésiliens, elle doit appeller fréquemment la police. Des prostituées dans l'immeuble ? Juste une au deuxième qui est très calme et travaille discrètement.  Un quartier dangereux ? Non , pas spécialement, elle porte soit un sac à dos, sois un sac en bandoulière. Elle n'a jamais eu personnellement de problèmes, ni n'a jamais été volée en deux ans. Une autre femme me le confirmera, en 27 ans, elle n'a jamais eu de difficultés particulières en terme de sécurité.

Et puis si  vraiment la musique est infernale au milieu de la nuit, c'est simple parfois la concierge pète un câble et fait sauter les plombs, l'affaire est réglée ! Tout le monde au dodo. Devant la fenêtre, les murs d'un immeuble imposants.  Bon si j'avais prévu d'écrire un livre sur le goulag de Soljenitsyne, ça passerait encore. Les conditions seraient réunies en terme d'enfermement.

Le Français me lâche finalement devant l'immeuble après notre visite :  « Vous savez, moi, je n'ai pas quitté la banlieue française, pour un Barbès, ou un Pigalle version genevoise. Et vous savez les ennuis arrivent rapidement. Imaginez que quelqu'un vous glisse de la drogue dans la boîte aux lettres et vous dénonce à la police. Allez prouver que ce n'est pas vous ! "  J'en reste muette, bouche bée, quelle imagination débordante !

Tiens,  c'est qui ce Charles Cusin ? me demande-t-il. Un poète, un artiste  ? Je lui remets les pendules à l'heure. Non! Ni l'un, ni l'autre, c'est  un horloger arrivé en 1574 à Genève. Accusé de vol dans son pays. Il travaillera à Genève pour la réparation de l'horloge du Molard, sans terminer son travail,  il prendra la poudre  d'escampette vers l'Italie. Les autorités genevoises se rabattront sur son mobilier pour se rembourser de l'avance faite pour la commande inachevée.

Notre spécialiste en restauration hoche la tête d'un air pensif, il tient un plan de Genève : « Barbès made in Genève ce n'est  pas  pour moi !" conclut-il.  Il pointe son doigt sur l'avenue de France. Pur hasard ou acte manqué. Comme une envie de repartir ?

 

17/08/2011

EN FLÂNANT AUX PÂQUIS

CONTENU-Les-Paquis-se-mettent-au-Vert-1.jpgPromenade toute pâquisarde et bon enfant. L'ambiance est verte et estivale. Place de la Navigation, assis sur les bancs on mange précautionneusement  sa glace en évitant d'en mettre partout,  tandis que les enfants jouent.  Devant l'Hôtel Edelweiss, les cuisiniers prennent un peu le soleil appuyés contre une voiture en fumant une cigarette. Ils se préparent au menu Suississime pour les touristes de ce soir. Raclette et fondue sur fond de yodle. Heureusement qu'il y a de l'air conditionné dans le chalet montagnard du sous-sol !

A la boulangerie portugaise rue de Zürich, on boit de la bière en mangeant des lupins "Os tremoços" très appréciés à l'apéro.   Une expo devant l'Espace solidaire donne la parole aux habitants pour Nathan, les Pâquis c'est l'endroit où on retrouve toujours ses copains pour jouer. Le jardin du Temple s'est mis au vert dans le cadre du programme d'animations estivales proposé aux habitants et invite à profiter des tables et chaises longues.

Les dealers de  la rue de Zürich sont fidèles au poste. Pas de bonneteau vers la gare Dorcière, quelques hommes, fatigués de jouer au chat et à la souris avec la police,   sont allongés sous les arbres de la Place des Alpes  à bonnimenter en attendant le bus  pour repartir  Dieu sait où !

De nombreux baigneurs ont terminé leur journée plage, ils remontent les rues avec serviette  de plage et chaise pliante, quelques coups de soleil sur le bout du nez.

Des Africains se donnent rendez-vous à la rue de Berne devant le Salon de coiffure qui propose "Tresses africaines"- on destresse en palabrant et en riant.

Côté belles de jour,  tenue estivale de rigueur, short, et éventail pour se rafraîchir en attendant le client que la canicule semble refroidir.

Je m'atttendais à un déploiement de "petits bleus", mais je n'ai vu que deux voitures de police  qui passent et repassent lentement.

 

RAS (rien à signaler !)

 

 

 

 

05/08/2011

Bonnie and Clyde bis - "Comment j'ai buggé"

images.jpegY a des jours où ça démarre mal, où on ferait mieux de rester au pieu sans bouger, même pas lever le petit doigt, carrément faire le mort. Mon chat Caillou avec ses beaux yeux pers méritait de jouer, alors j'ai décidé de lui acheter un pistolet à billes. Il s'amusait comme un fou à essayer de les attraper au vol. On riait comme des tordues avec ma copine.

Un soir, j'invite une amie à manger de la tartiflette qu'il fallait arroser généreusement de blanc. Pour finir, la tartiflette, elle l'a jamais vu le blanc, c'est nous qui l'avons bu , direct, d'une seule lampée . Un peu gaie, je prends le pistolet factice, je fonce dans la rue, j'emprunte  la parallèle, puis c'est arrivé comme ça, aussi bien que dans les films.   Je l'ai pointé sur le postier en lui criant de me refiler  500 balles et des timbres. Il m'a remis le tout sans broncher, j'ai senti un plaisir immense, une joie indescriptible. Dare-dare, je suis repartie en courant, me suis allongée dans mon lit pour une ronflette encore un peu pompette.

L'épicière Aïcha, qui a l'épicerie juste en bas de l'immeuble,  m'appelle en hurlant dans la cage d'escaliers , "Eh ! ma petite,  la rue est quadrillée par la  BGB - la Brigade du Grand Banditisme - , ils sont nombreux,  ils ont bouclé tout le quartier ! ".  Il manquait plus que les tanks et les hélicoptères. - Merde !  Je regarde le chat qui est peinard dans son coin, lui,  il l'attend le pistolet pour s'amuser avec ses billes qui vont partout. Le jouet va me coûter cher. Oh là, là !  Je le sens et ce mal de crâne qui me fend la tête.

Un monstre boum, un bruit de fracas. Les flics défoncent la porte, me menottent et embarquent le jouet et le sac de billes. Caillou,  tout félin, se met debout sur ses pattes.  Chic ! Il y a un tas de monde qui vient jouer avec lui. Il les voit repartir avec ses billes et son  flingue en plastique, il en a les yeux tout ronds.  Caillou, penaud, reste pétrifié; Sphinx de pierre face à ces bipèdes déconcertants.

La juge en repassant le film me demande si c'est bien moi,  je hausse les épaules en répondant d'un ton laconique  :"On dirait bien que c'est moi, y a comme un pt'it  air de ressemblance !"- Elle n'aime pas les plaisantines, elle signe ma sentence, intraitable  : au clou ! Trois mois à glander, heureusement qu'il y a la plume, je la sors à tout va;  j'écris pour les unes, pour les autres. .......

Putain ! La tartiflette elle aurait eu meilleur goût,  si j'y avais mis du vin blanc.

C'est Sarah installée à la table ronde du bistrot des Trois Rois qui me raconte cette histoire, avec ses cheveux courts, son air de garçon un tantinet voyou, elle a la voix  rauque, les clopes pour sûr.

Elle rigole un brin gênée et  ajoute en soupirant  :  la vie,  c'est pas un carrousel géant !

 

 

 

15/07/2011

LES PÂQUIS DANS D'BEAUX DRAPS !

 

draps_seches_N_B_rouge.jpg Ô ! Si les draps pouvaient parler, c'est comme les murs, ils en auraient des choses à raconter, secrets d'alcôves, cris et chuchotements.  Quand l'entreprise Lavotel récupère chaque jour sa tonne et demie de draps sales recueillis auprès des hôtels pâquisards, ce ne sont que   draps roulés en boule, pliés, entortillés,  fripés, froissés comme de vieux visages ridés d'avoir trop vécus. D'autres semblent revenir d'un champ de bataille, lamentables et épuisés par  tant de vains combats. D'autres s'enorgueillissent de leur blancheur virginale encore innocents.  Traces érotiques, traces d'oubli, larges taches sphériques, en continents, en piqueté, moucheté, traînées zigzagantes, zébrant cette blancheur immaculée.  Ces draps qui racontent des vies, suaires de solitude, témoins discrets de tous les crimes et châtiments, de grands vices et de petites vertus.

Mais encore, ce drap mouillé de larmes de Saoudien, ces draps de l'Hôtel Nashville qui ont bu toute la honte amère, celle infinie de s'être fait attraper la main dans le corset de la femme de chambre. A l'étage au-dessus ce sont les mères et soeurs qui versent, elles aussi des larmes d'humiliation et de se plaindre. Pourquoi tant d'histoires pour une femme de ménage camerounaise de 36 ans ?  Vous vous imaginez si en Arabie Saoudite  toutes les femmes de ménage devaient porter plainte, où irait-on ?  On serait obligée de toutes les flageller pour  s'être laissées violées et  puis ensuite parfois, il faudrait encore les condamner à mort. Il ne resterait plus aucune femme de chambre en Arabie Saoudite, elles finiraient toutes à se balancer au bout d'une corde ou lapidées. Mais qui ferait le ménage pour finir  ?

Quartier maudit, ces Pâquis ! C'est bien ce que tente d'expliquer notre étudiant Saoudien de 22 ans. Toute cette chair étalée, ces débordements de tentation,  à chaque coin de rue, un appel irrésistible,  ces poitrines pigeonnantes enserrées dans des corsets en dentelles. Ces mini-jupes si courtes, ces hauts talons si pointus qui résonnent toute la nuit sur le trottoir et qui semblent vous inviter à un autre paradis que celui d'Allah. Un Paradis à portée de main, il suffisait de la tendre cette main pécheresse pour accéder au fruit défendu.

Notre étudiant a succombé en confondant femme de chambre et femme de joie,  belle de jour et belle de nuit. Une confusion qui montre le peu de cas que l'on fait des femmes surtout.

Après les viols de femmes de ménage, l'homme battu au ceinturon par un émirati et surnommé le "Cheikh fouettard", la prostituée tuée par étouffement  avec des draps de rideau à l'Hôtel Intercontinental, meurtre passé sous silence à coups de millions, il y a quelques années seulement. Voilà encore des  draps pourpre, les draps qui portent les couleurs de la honte derrière lesquels il ne reste plus qu'à se cacher    !

 

 

 

 

05/02/2011

Les fontaines aux mille bouches

P1030541.JPGElles gargouillent, glougloutent, clapotent, ruissellent, bruissent, froufroutent, pétillent, crachouillent, crachotent, babillent délicieusement, autant de verbes  pour ces doux sons que nous procurent les fontaines.  A force de pédaler par ce soleil quasi printanier, j'ai fini par en dénicher quelques unes aux Pâquis. Place de la Navigation, cloîtrée dans sa guérite en bois,  sanglée, camisolée en attendant la fin de l'hiver, elle aurait presque l'air misérable devant une autre belle fontaine imposante et trônante sur la place, elle se console,  elle au moins se trouve être  à hauteur d'homme, si près, si généreuse, à offrir à tout va et à tout venant son eau cristalline.

 

 

 

 

 

 

P1030545.JPGRue de Monthoux, en voilà une autre, jetée sur le trottoir, réduite  au silence, pas une goutte,  mais une longue biographie.  Elle se trouve devant le restaurant "la Peniche" avec son bar en forme de bateau et ses fresques murales qui montrent le port de Peniche au Portugal, premier port de pêche,  et en face, un autre  bistrot "In Vino Veritas"  et la fontaine de répondre "In Aqua  sanitas".  Elle peine à se faire sa place depuis le départ des deux poissonniers italiens qui se trouvaient être là depuis quarante deux ans, elle en a certainement vu défiler des poissons qu'on rafraîchissait à l'eau de sa fontaine par les grandes chaleurs.   Joao Luis Mariano, (Non ! me rassure-t-il,  je ne sais pa chanter !) se plaint que les services de la Ville ont changé la fontaine de disposition, autrefois, tournée du côté de la rue, au moins il y avait  le caniveau pour réceptionner l'eau,  maintenant elle a été disposée, côté trottoir et parfois lorsque les premiers gels hivernaux arrivent , avant la coupure  d'eau, ça se transforme en patinoire et avec un verre dans le nez "Boum ! Badamoum, les quatre fers en l'air fait mal au derrière  !"

La coupure d'eau, en hiver  ? Pour Jean, habitué des lieux c'est un désastre, Il ne peut plus rajouter de l'eau dans son petit pichet jaune pour le Pastis :"parce vous savez l'eau de la fontaine, il n'y a rien de tel pour rallonger le pastis", je dévisage le gérant qui d'un regard indulgent  lui lance en riant  :   "mon eau est tout aussi bonne, c'est p'têtre bien la même, mais bon c'est comme ça, à chacun ses petites manies !"

 

P1030551.JPGLes moineaux aussi y trouvent leur compte, par ordre de préséance,  les moineaux d'abord , puis un merle et finalement un pigeon qui après avoir fait le vide autour de lui  s'abreuve, tout à son aise, les moineaux l'observent à distance raisonnable et attendent patiemment de pouvoir s'approcher du point d'eau. Puis un chien,  pataud à souhait, écarte tous les volatiles et boit goulûment par grandes et rapides lappées bruyantes.

 

Imaginer ces bornes-fontaines en fonte avec leur lion qui crache de l'eau, tout ce qu'elles voient au quotidien, elles-mêmes aux Pâquis semblent lancer des oeillades aux passants et invitent  toutes ces bouches assoiffées à venir  se désaltérer : la bouche vermeille de Carmen,  la bouche édentée de Mario,  les soiffards du petit matin qui,  tous bistrots fermés,  se rabattent tristement sur  l'eau en se penchant dangereusement, voilà pas que la fontaine tangue, clandestins désargentés, voyageurs égarés,  dealers postés au coin de la rue, toutes ces bouches avides de fraîcheur pour apaiser la soif,  jouissance furtive, plaisir si éphémère et d'autant plus  délicieux. Fontaine de jouvence ?  Au-delà du mythe, il y a quelque chose de juvénile à  boire à l'eau de la fontaine, geste ancestral,  tandis que les enfants s'amusent à gicler les petits copains au retour de l'école.

Ecoutez donc  le doux froufrou de ces fontaines, gardiennes de la mémoire, elles chuchotent discrètes, les histoires d'un quartier depuis plus d'un siècle.

 

 

 

20/12/2010

Hôtel Beau-Rivage - Si les murs avaient des oreilles et surtout des yeux

488559[1].jpg Bonne nouvelle, une partie de ma  chronique pâquisarde est enfin prête  à basculer dans le prochain roman.

Mon personnage principal, un juif Marocain,  exilé de Tétouan et vivant à Paris  s'apprête à acheter un immeuble aux Pâquis, il  loge à l'Hôtel Beau-Rivage dans la chambre 317 en attendant de finaliser la vente.  Celle-là même où on aura retrouvé le corps de Uwe Barschel, allongé dans la baignoire tout habillé, mort  un 11 octobre 1987. Suicide par overdose de médicaments ? Expertises, contre-expertises, dorénavant la thèse du meurtre nous dirige vers les agents du Mossad. Victor Ostrovsky, ancien agent du Mossad,  nous donne sa version des faits, le dernier rapport toxicologique va dans le même sens.  La devise de ce dernier : « Au moyen de la tromperie, tu feras la guerre » . Effectivement, Uwe Barschel est contacté par  un mystérieux correspondant qui avait des révélations à lui faire et  fixe un rendez-vous au Président du Land allemand de Schleswig Holstein. En arrière-fond de la baignoire pleine du cadavre, la presse annoncera entre autres motifs, un contrat non honoré de vente de sous-marins à l'Afrique du Sud. Selon Ostrovsky dans son livre Secret Files: Mossad. "Le sale boulot du service secret israëlien".  Barschel été assassiné parce qu'il savait tout sur le commerce des armes secrètes entre Israël et l' Iran.

Le 10 septembre 1898,   Sissi Impératrice, autre drame qui se déroule aussi à l'Hôtel Beau-Rivage,  meurt dans sa suite "royale" que j'ai visitée récemment avec vue sur le Mont-Blanc et le Jet d'eau,  installé depuis 1891 au bout de la jetée des Eaux-Vives et que l'impératrice voyait  assurément depuis sont  lit à baldaquin. Le coup de couteau porté par Luigi Luccheni, anarchiste lui sera fatal, reçu en lieu et place du duc d'Orléans qui devait changer son itinéraire et emploi du temps à la dernière minute. Peu importe, Luigi veut casser de la "tête couronnée" il se rabat sur Sissi, qui sort incognito au bras de sa gouvernante Hongroise, elle prévoit une promenade en bateau, heurtée violemment, elle croit avoir reçu un coup de poing, tandis que la lame du meurtrier l'a touchée sous le sein. Montée, à bord du bateau, elle sera  ramenée à l'Hôtel où elle mourra, une heure plus tard.

Et voilà, deux drames  qu'on pourra mettre, côte à côte, dans les cauchemars de mon personnage durant lesquels il voit Sissi raconter son assassinat à Barschel tandis que lui-même lui raconte comment s'est assurément déroulée sa propre mort travestie en suicide. Mon héros en se réveillant trouve que la fondue mangée la veille à dû lui peser sur l'estomac. Tiens !  Il se souvient même d'avoir rêvé de Albert Cohen qui fréquentait aussi assidûment l'Hôtel Beau-Rivage.

Ah! Si les murs avaient des oreilles et surtout des yeux ! Que de surprises, que de révélations!

19/12/2010

DES ELEPHANTS SOUS HAUTE SURVEILLANCE !

 

1299519035.JPG13h- Tout en commandant, l'agneau tandoori,  les lentilles au curry accompagnés d'un nan nature et d'un chai à boire , je m'enquiers de l'affaire des éléphants sauvagement détruits du restaurant Bollywood. Souvenez-vous que le dernier pachyderme qui trônait à la Place de la Navigation avait  été démembré et décapité, dans la nuit du 1 er août 2010, quelques jours seulement après la destruction du premier.

Des éléphants qui pèsaient entre 400 et 500 kilos, ils devaient donc être nombreux, les vandales, pour à chaque fois les déplacer. Qu'à cela ne tienne, Ravinder Singh, a passé commande en Inde pour fabriquer de nouveaux pachydermes en bois. Des mois de labeur, puis le long voyage en bateau qui nous ramènera les mammifères géants dès mars-avril, saison de l'ouverture de la terrasse.

Le serveur avec une sincère tristesse - on sent toute l'incompréhension  quant à cet acte gratuit de destruction -  m'annonce qu'il y aura cette fois-ci des caméras de surveillance, une demande d'autorisation a été déposée dans ce sens.  Non pas tant pour surveiller les dealers, les prostituées, les faux joueurs d'accordéon ou les vrais voleurs, mais bien pour contrôler les éléphants afin que plus rien ne leur arrive, cette fois-ci.

Parce qu'un éléphant ça trompe énormément dans un paysage pâquisard.  Sans défense, impassible à observer le monde l'oeil mi-clos,  les oreils en évantail, on entendra le barrissement vengeur trompeter dans la nuit.

 

15/11/2010

RUE DU ZÜRICH - UNE RESSUSCITEE

 

P1030499.JPG"Elle était là digne, droite et fière dans les premières lueurs grises de l'aube, témoin silencieuse de la rue de Zürich quant un passant aviné sans raison aucune lui tira dessus. Il la visa longuement, voyant trouble,  tout éméché qu'il était , pourtant  il la toucha de plein fouet, en plein milieu, le coup résonna dans la rue déserte, un son  lugubre resta suspendu quelques secondes dans l'air.

Un geste gratuit, sans raison, inexplicable, elle ne faisait même pas de bruit. Un de ces gestes insensés dont la littérature raffole et qui sème le trouble. L'acte gratuit qui échappe à toute logique humaine  !"

Le geste d'un fou insensé qui d'un coup de fusil rageur, en 2001, rendit l'horloge de Temple des Pâquis muette, elle agonisera jusqu' à 10h29, heure à laquelle elle cessera de vivre. Et voilà pas que c'est Noël avant Noël,  l'horloger des horloges publiques de Genève, Pierre-André Lüthi a reçu pour  mission de la Ville de Genève de remettre l'horloge en marche.

 

P1030530.JPGP1030532.JPGJe monte au clocher avec lui et constate que Swisscom a équipé la flèche de celui-ci d'un relais de téléphonie mobile. Qui ose croire encore que Dieu n'est pas branché,  relié en direct? Des armoires plastifiées qui choquent à côté de l'horloge datant de la fin du XIX ème siècle avec ses deux cloches et son marteau, sa merveilleuse mécanique et ses poids pesants.

 

 

 

 

P1030537.JPGPierre-André Lüthi vérifie le mouvement mécanique et fait la liaison avec le cadran qui indique l'heure. Il pose l'ampoule pour l'éclairage. Il est passionné par son métier, grâce à lui les carillons de la cathédrale de St Pierre seront les deuxièmes plus importants du pays, ils passeront de 17 à 35 après ceux de l'Abbaye de St Maurice avec ses 45 carillons.

 

Reste à savoir si la plus grosse  cloche du Temple des Pâquis sonnera les heures , et si oui comment ?  Toutes les heures sur 24 heures, toutes les heures et les demi-heures uniquement. De 6 h du matin à 22 heures ?  J'imagine le quartier tout entier prêt à se  "beyrouthiser" en quelques jours. Les camps du non, du oui, les retranchés.  Les résistances farouches, les pétitions qui fuseront pareilles à des bombes. Après les dealers, l'insécurité, voilà pas venu le temps des cloches.

Les enfants de l'école qui,  eux,  sagement attendront la cloche sonner l'heure de leur libération. Les prostituées qui n'auront plus besoin en plein "coitum perfectum" de leur client de regarder l'heure sur le portable ou la montre pour voir si le temps de la passe n'a pas généreusement débordé, elles écouteront la cloche qui dit oui, qui dit non, qui dit je vous attends et d'annoncer, à leur tour :"Au suivant !" et même ne serait-ce que pour la sentir si proche  de Dieu et leur rappeler qu'Il voit tout, même les petits travers des hommes,  si bas, si profonds.    Les clients des hôtels avoisinants qui dégusteront la cloche du Temple avec leur café, les  touristes japonais vont adorer, ce sera si typique, so swiss after the coucou  clock and the chocolate ! Le directeur en guise d'excuses , se confondra en mille courbettes en sussurant d'une voix suave et mielleuse, un sourire forcé aux lèvres :  "Que voulez-vous ? Même Dieu fait sa publicité, on ne va pas l'en empêcher, n'est-ce pas ? "

Et notre cloche qui sonnera, impassible, de sa hauteur céleste faisant résonner  un doux et régulier battement  rappelant aux humains leur condition si humaine, "DING !DONG!DING!DONG! ....... le temps passe, il est vain de fuir, il nous rattrape !