30/10/2012

Wanted : drapeau suisse

get_attachment.jpgCe qui ne plie pas casse; on a pu le constater avec les fortes rafales de vent, le mât des Bains des Pâquis , datant de 1930, n'a pas résisté à la tempête de dimanche et s'est échoué sur la jetée en un épouvantable fracas. Il avait déjà subi les foudres d'un orage en août 2012.
Les deux drapeaux quant à eux,  du Canton de Genève et Suisse, arborant d'habitude fièrement leurs couleurs et flottant et claquant allègrement dans le bleu du ciel,  se sont envolés . Le drapeau Suisse a carrément disparu, arraché par la bise noire, englouti qui sait, à jamais.
 
Fin tragique d'un symbole héroïque faisant frémir d'horreur, tout amoureux de  nobles  emblèmes. Certains y verront même un signe funeste; annonciateur de grand trouble, le lac transformé en Union Européenne et le drapeau suisse noyé dans cette masse ? Qui sait comment l'imagination fébrile des uns et des autres interprétera ce fâcheux incident auquel on pourrait donner moult interprétations.  Si quelqu'un par quelque heureux hasard devait le retrouver; il le ramènera, alors investi d'un profond sentiment national, le torse bombé,  aux objets trouvés,  en déclarant avec dignité : "Je ramène la Nation au bercail!"
 
Hélas ! La nature est plus forte que les symboles. Un craquement sourd, une vacillation hésitante puis un fracas assourdissant. Un drapeau n'est plus rien dans la tourmente, il devient plus léger qu'un fétu de paille,  une métaphore qui interpelle, à l'heure, où tout semble chaos et fureur.
 
Ce que l'on croyait si solide, si bien bâti, un témoin de l'histoire, cède à la première pression, ce qui nous ramène à dire, qu'il faut sans cesse revoir les fondations, revenir aux racines profondes que rien ne peut  ni ébranler, ni troubler.
 
 Une image intéressante qui incite à la réflexion.  
 
 

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Un grand merci pour ces photos  à Bruno Toffano, la suite des photos  sur son blog Tribune de Genève

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Pour découvrir mon site  http://www.djemaachraiti.ch

 

26/08/2012

BOIRE LA TASSE

get_attachment-2.php.jpegQuiconque a un bu une tasse de chocolat résiste à une journée de voyage, dixit Goethe aussitôt mis en pratique,  à l’aube,  aux Bains des Pâquis  qui nous offrent « La Tasse ».  Un spectacle musical  qui met en scène l’arôme du café, le goût du thé, l’amertume du chocolat. Un café grec/turc si bien décrit par les Turcs . Le café doit être noir comme l’enfer, fort comme la mort et doux comme l’amour.

Un petit serré, un long brun, un fort mais suave, un bien charpenté franc du collier. Un au goût flatteur,  un petit rond et charnu au goût de cannelle, un petit à la puissance corsée. La même chose garçon, encore un ! Une tasse de café naturellement ! 


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Etienne Privat: chant; Julien Paillard: accordéon; Luis Alberte, Jacques Vincenti, Philippe Clerc: saxophone; Jean-Luc Riesen: contrebasse; Lorena Parini: percussion


Un grand merci pour ces photos à Bruno Toffano, la suite des photos  sur son site récemment lancé sous les blogs de la Tribune de Genève

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23/08/2012

Monument Brunswick – Un square, un banc,... le temps qui passe

get_attachment-9.php.jpegMarbre de Vérone et pierre de Carrare d’un rose tendre pour le tombeau de celui qui n’a connu que l’exil, le duc Charle II. Cette architecture cistercienne est composée  d’un élégant mausolée  gothique entourée d’une balustrade en marbre. Construit dans un carré paisible où bruissent les fontaines et fleurissent les nostalgies tressées d'épines et de roses, tandis que les lions surveillent en admirant le lac, le cénotaphe du duc au-dessus duquel trône un baldaquin;  couleur bleu roi piqueté d’étoiles et bercé par des anges. Arcs trilobés et moulurés soutiennent les colonnes. 

Que d’effort insensé  pour redonner à la mort,  une touche poétique, en la drapant gracieusement dans un linceul de marbre;  une tentative désespérée de donner au sommeil éternel, le visage d’un sensible humanisme. Le tout exacerbe la nostalgie;  il ne reste de tout cet éclat fantaisiste que le mouvement souple du drapé pour faire oublier la raideur de la pierre, austère comme la mort. Mais la mort, elle,  quoi qu'on fasse gardera  éternellement  la dureté de la pierre.



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get_attachment-6.php.jpegDans un square sur un banc 

 Il y a le temps

 Le temps qui passe

 Qui vous appelle

 Ni ne l’écouter

 Ni s’arrêter

 


Faire comme si on ne le voyait pas

 Comme si on ne l’entendait pas

 Passer et presser le pas

 Si vous vous asseyez

 Vous verrez le temps

 Qui vous fige

 Et vous regardez les enfants qui jouent

 Les oiseaux qui volent

 Comme le temps a passé

 (inspiré du poème de Jacques Prévert)

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 Photos Bruno Toffano pour tout contact toffano.bruno@gmail.com

 

 

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22/08/2012

Chaud......Chaud........Chaud

 On a l'air un peu nigaud

Sur son vélo

Quand il fait chaud

Un brin rougeaud

Les plus finauds

Le posent

Pour un peu d'eau 

 

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 Photos Bruno Toffano pour tout contact toffano.bruno@gmail.com

 

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09/02/2010

LE BAISE-Ô-MATIC

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Rue de Monthoux - Les machines ronronnent dans le lavomatic "Lavseul". Un Chinois farfouille dans des sacs et remplit deux machines à laver de nappes de restaurant et de linges de cuisine, il se râcle la gorge sans discontinuer ou alors carrément, il a un problème respiratoire, on croirait une cheminée encombrée, un bruit rauque saisissant.  Il a dû repérer la niche et se  créer un petit job ainsi,  il fait le tour des resto et propose de laver leur linge ? Moins cher qu'un nettoyage industriel ?

Dans la même rue, les filles qui font le trottoir claquent des dents, des Africaines sont carrément en grosses doudounes hivernales.  La tête entièrement emmitouflée  dans un énorme  capuchon bordé de fourrure. Le client doit sacrément faire preuve d'imagination pour deviner ce qu'il peut bien y avoir là-dessous. Elles tapent des pieds pour se réchauffer.

 

 

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A côté, se trouve le Ankara Kebab. Chez Zaza, c'est le nom du patron  que l'on voit  poser sur fond de montagnes d'Anatolie. Une chaîne commerciale privée y diffuse des émissions en turc, principalement de la pub. Tout en mangeant votre kebab, vous découvrez que pour 69 livres turques vous vous soignez les hémorroïdes selon le Dr Gürdal Özen, pour 59 livres vos cheveux passent de blanc à brun foncé  grâce à Molive Gray, et avec V-Pills selon le Dr. Ürolojl, grand spécialiste dans sa rue, vous devenez  très musclé et pour couronner le tout, avec 179 livres turques vous pouvez vous acheter un flingue.

En mangeant un baklava dégoulinant de miel, j'écoute ensuite les variétés turques tout aussi mielleuses, entre deux machines.

 

 

 

P1010600.JPGDe retour au "Lavseul", tandis que les machines tournent et tournent encore, je surveille la mienne en m' assoupissant.   Il fait bon chaud dans cette pièce surchauffée par les grands séchoirs. Gwendolina, une superbe Dominicaine aux jambes longues comme un jour sans pain et surmontées de bottes montantes en cuir, entre rapidement. Elle a un client tout à l'heure, mais elle sait que c'est du genre rapide avec lui, alors elle met le programme "marche rapide" et "essorage"  et promet de revenir chercher son linge aussitôt la passe terminée.  Elle me prie de le surveiller du coin de l'oeil. Elle s'engouffre dans un immeuble aux studios meublés de la rue Charles-Cusin, promoteur de l'horlogerie genevoise  dont le fantôme a dû être transformé en promoteur de la mécanique humaine. Elle revient mettre une deuxième fournée, cette fois-ci elle choisit un programme plus long, le prochain client est, lui par contre, du genre à prendre son temps. Elle sélectionne le programme "dégrossissage" "affinage" et " à cuire" -  60 minutes.

 

Il y a un lien certain entre le lavomatic et  le baise-ô-matic ? A beautiful laundry !

 

18/12/2009

Deale qui peut - Du gourbis aux Pâquis

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22h – Les températures hivernales frisent – 2 degrés. J’ai hésité entre les baskets pour prendre mes jambes à mon cou ou les chaussures de ville, j’opte pour des bottes à talons plats. J ’entre en saluant très fort:  “Que la paix soit sur vous !” , ils répondent d’une seule voix. Ils sont une dizaine entassés dans le resto burek-kebab, ils sont âgés pour la plupart de 25 à 32 ans maximum, et semblent issus de milieux très pauvres. J’imagine les gourbis d’Algérie, tous entassés dans une même pièce avec 25% de chômage chez les jeunes, lorsqu’on pense à la richesse du pays, entre le pétrole et le gaz, mais cette richesse selon l’adage populaire n’est pas destinée au peuple.

Les pupilles de certains en disent long, sombres et agrandies sur des mirages. Un long échalas à moitié assis sur un tabouret haut, n'a plus que deux ou trois dents, longues et brunes, rescapées d'un probable carnage,  elles bougent à chaque fois qu'il ouvre la bouche.  Les deux employés du resto s’activent à enfourner les lamelles de viande dans la pita ronde. A l’intérieur, il fait chaud, la promiscuité aidant.

Je me présente  brièvement, auteure, ils demandent à voir aussitôt ce que j’écris , je m'y attendais, du coup, j’extrais de mon sac une affichette qui présente mon premier roman “Les clandestins de ma grand-mère”- résultat d’un an d’enquête sur les travailleurs de l’ombre clandestins colombiens à Genève. Ils sont rassurés. Non pas de camera cachée, non pas de photos sans votre accord  ! J’insiste là-dessus.

Curieux, un des jeunes Algérien s’enquiert de savoir ce qu’ils ont à y gagner. J’hésite et réponds à être connu,  peut-être. Il hausse les épaules, l’air de dire que ça ne le nourrira pas.

Ils se mettent à parler tous en même temps, le ton monte très vite. Certains veulent parler,  d'autres pas, les seconds empêchent les premiers de s'exprimer.  L’employé devient très nerveux, il insiste en disant que le gérant n’est pas là, qu'il est préférable de remettre cette rencontre à une autre fois.  L’ambiance est électrique.

En sortant, un homme à l'écharpe motif "Burberry" lâche en désignant de la tête mon carnet de notes : "écris que l’Algérie a été volée, mise à sac par les colons !  On est venu nous chercher et bien nous voici."  Je précise qu’il s’agissait de Français et pas de Suisses, pour lui c’est tout du pareil au même . Les pauvres exploités d’un côté, les riches qui exploitent de l’autre.

Un jeune plaisante, il cherche à se marier, je lui dis ne pas être une agente matrimoniale. Les Zizous ce sont les Marocains, eux ce sont les Algériens, à ne pas confondre. Ils disent cela d’un ton méprisant.

L’employé suffoque, il est stressé, il m’invite à revenir en présence du gérant. “Laissez-nous travailler !”. Il a peur que ça tourne mal, personnellement, je trouve les conditions difficiles. Ils entrent et sortent rapidement, je parle en ayant l'oeil rivé vers la porte. Deux autres m'invitent à m'asseoir à leur table pour discuter, les plus âgés les dissuadent.

Je promets de revenir “Inch’Allah” selon l’expression usuelle.

 

 

 

 

 

 

 

23:42 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (21)

13/12/2009

Deale qui peut - Ne me tranchez pas la carotide, s’il vous plaît !


P1010370_1.JPG16h – Avenue des Alpes- En face du restaurant, sur le trottoir opposé, je les observe un moment . Les Zizous algériens boivent leur thé devant le pas de la porte, en tenant leur verre chaud bien serré entre leurs mains. Une bise légère et glaciale les oblige à relever le col de leur manteau bleu marine. Celui qui paraît  être le gérant du burek-kebab est avec eux et un employé du resto à l'intérieur s’active à débarrasser les tables . Ils ne sont que quatre,  c’est le moment de me jeter dans la gueule du loup, sûre de ne pas me faire déchiqueter d'un seul coup de dent.

En m’adressant directement au gérant et en parlant assez fort pour que les deux Zizous m’entendent bien :

- Bonjour ! Je mène une enquête dans le quartier sur les dealers et je m’intéresse aux Zizous. Je pose la question  en ouvrant de grands yeux  innocents : y en a-t-il  en dans le quartier ?

Un des Zizous sourit : Ah bon ! Et pourquoi les Zizous ?

- Parce que j’ai déjà parlé aux Africains de la rue de Zürich .

Le gérant me dit qu’ils se réunissent le soir assez tard dans le quartier, environ une dizaine d’hommes.

Je souhaiterai les rencontrer pour leur parler, je suis plutôt romancière et les témoignages de vie m’intéressent. Mais je vous préviens que cette rencontre se fera sous votre responsabilité . Assurez-vous qu’on ne me tranchera pas la carotide. Vous imaginez, lui dis-je, en désignant ses bureks, le sang d’une pauvre scribe de quartier qui viendrait napper vos jolis bureks au délicat fromage blanc ! Quel scandale ! On vous bouclerait immédiatement votre resto .

Non, non ! je vous rassure vous serez reçue comme une reine, comptez sur moi ! Est-ce que vous êtes de gauche ? Sa question me surprend.  Je ne me suis jamais posée la question, intéressée aux problématiques sociales, sans doute. Pas d'appartenance politique, ni religieuse. Libre-penseuse.

En m’adressant à nouveau aux Zizous :

- Entendre des témoignages de vie, décrire le ciel bleu d’Algérie, les maisons blanches aux volets bleux turquoise, les bougainvilliers flamboyants qui grimpent le long du mur. La traversée, la clandestinité, laisser derrière la famille, les enfants, les parents et atterrir aux Pâquis pour dealer. Voilà ce que je veux entendre !  Savoir qui vous êtes et d’où vous venez ! Un des zizous,  visiblement ému, cligne des yeux.  Il ne s’imaginait pas qu’on remonterait si loin, qu’on irait jusque chez lui dans sa propre maison.

- Oui ! C’est vrai, nous sommes tous des clandestins. Lache-t-il . La drogue tout le monde en consomme ici, les gens sont si misérables, si seuls et avec la crise, ça n'arrange rien, ils ont besoin d'oublier.  Pas besoin de les chercher, ils viennent en demander sans même qu’on leur en propose. Tout le monde carbure à quelque chose.

- Et que se passerait-il si on arrêtait d’écouler de la drogue du jour au lendemain ?

Les deux Zizous rient :

-  La révolution ! Oui, les gens feraient la révolution parce qu'ils seraient en manque et les politiciens n’aiment pas la révolution, alors tout le monde laisse filer.

 

P1010429.JPGA ce moment précis, un ami artiste-peintre s’arrête à notre hauteur et me salue, il s’apprêtait à acheter le journal Hara Kiri au kiosque à journaux d’à côté. Je le présente, il leur serre la main. Il me montre son nouveau pantalon Diesel à 15 poches avec leur zip, acheté sous gare et soldé. “Tu comprends avec toutes les cartes qu’on trimballe, on ne sait plus où les mettre” alors, il les répartit selon : les cartes bancaires,  poches de droite, les cartes de magasin,  poches de gauche. Je souris.

Le gérant me demande mon numéro de portable pour fixer un rendez-vous , il préviendra les Zizous qu’une femme souhaite les rencontrer.

Je refuse :

- Pas nécessaire, prévenez-les, faites courir le bruit, je passerai à l’occasion sans avertir.

Nous repartons avec l’ami artiste, passionné  des épousailles du ciel et du lac qui ne forment plus qu’un sur cette ligne d’horizon effacée par les embruns hivernaux. Au loin, des nuages elliptiques vaporeux entourent le Mont-Blanc : des marshmallows qui tètent le sommet  des montagnes !  Tout est dans la lumière,  me dit-il  : “ c’est le pain et le vin de l’artiste, c’est sa bénédiction !”

01:46 Publié dans Genève | Tags : dealers, zizous, pâquis | Lien permanent | Commentaires (14)

07/12/2009

Yves Patrick Delachaux : un flic des Pâquis qui nous veut du bien

P1010415.JPG17h30- Café des Trois Rois- 1m80, épaules larges, une boucle à l’oreille gauche, cheveux courts, yeux bleus, une barbe de quelques jours, un foulard indien jaune-orange safran,un jeans délavé, un sweat  shirt American Eagle, avec son  aigle. Il n’a franchement pas l’air d’un flic, ni même d’un ancien flic.  A un détail près, c’est lui qui commence par me poser une série de questions, vieux réflexe sans doute.  Je sens que ça va être compliqué d’inverser les rôles.

Baroudeur,  féru d'aventure, écrivain avec plusieurs titres à son actif : “Flic de quartier” , “Flic à Bangkok” ,”  Présumé non coupable, des flics contre le racisme” ,  “ Grave Panique” (à paraître). Son premier  ouvrages fait acte de résistance, Présumé non coupable proposera  des solutions.

Il parle de son ancien métier avec toute la passion d’un homme qui s’y est engagé à fond. Non seulement il l’a vécu mais encore pensé, réfléchi, sondé, analysé et  proposé des pistes de réflexion.

1993- Sa première affectation était le feu poste de Pécolat aux Pâquis, pour Yves Patrick Delachaux c’était travailler dans ce quartier ou rien.  Il se souvient comme hier de cette année qui amènera son lot de Kosovars, d’Africains, de Maghrébins. Très vite dans ce melting-pot des nouveaux migrants qu’il apprend à connaître, il optera pour l’approche communautaire.

Avec son chef Alain  Devegney avec qui il apparaîtra dans un documentaire en 2001 “Pas les flics, pas les Noirs, pas les Blancs” ils dénonceront  les pratiques discriminatoires, l’état-major commence à grincer des dents sérieux. Il décryptera les mécanismes de la xénophobie, selon lui la cause en  est souvent la méconnaissance et son corollaire,  la haine.  Mais il va plus loin, sous pression de ses supérieurs, gentiment écarté du terrain, décision-sanction,  il s’inscrira à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, il proposera ensuite des formations interculturelles comme pilote des  programmes d’éthique et droits de l’homme au sein de la police. En 2008, il finira par quitter définitivement la profession. Aujourd’hui, il voyage, écrit, dispense ses formations en Europe.

En parlant il ne mâche pas ses mots, un franc-parler qui n’est pas pour déplaire, il constate que l’approche communautaire n’intéresse pas les politiciens et encore moins la police, on préfère l’approche sécuritaire, marquer une nette distance entre la police et le  terrain, mécaniser, robotiser le métier. Les policiers sont transformés en Robocops :  Rangers, veste skinhead, casquette de base-ball, moto noire, gilet pare-balle toute l’année. On enlève à la police sa fonction primordiale basée aussi sur l’échange et le dialogue, la distance est telle qu’on crée plutôt du désordre que de l’ordre. A quel dessein ?  la sécurité c’est un sacré business, caméras de surveillance, outiller de façon sécuritaire assure des levées de budget surdimensionné. Le fossé entre la population et la police se creuse davantage et finit par mettre tout le monde en danger et sans résultat probant.  Même la police genevoise est entrée dans l’ère Nicolas Sarkozy depuis 2002, la politique sécuritaire à tout prix, à n’importe quel prix et sans résultat spectaculaire qui engendre des dysfonctionnements organisationnels catastrophiques pour tous.
Pour preuve,   aux Pâquis seulement en 2009, on dénombre 7 actions coups de poing, rafles ciblées, parfois jusqu'à 120 personnes interpellées de préférence d’origine africaine pour un seul coupable . Coût de l’opération ?

La police genevoise a tous les signes d'une institution autiste, repliée sur elle-même, même en terme de formation, elle n’a pas voulu joindre les formations romandes. Elle préfère avancer en solo, si seule, si sclérosée, si auto-suffisante, si suffisante…..
Yves Patrick Delachaux pourrait parler des heures durant de cette police qu’il a tant aimée et de vous à moi qu’il continue à adorer, la preuve son prochain livre sortira  le 9 décembre et devinez  le titre  ?

Police, état de crise ? Une réforme nécessaire

Editeur Revue économique et Sociale, signé Yves Patrick Delachaux et Frédéric Maillard, préfacé par David Hiler.

La rencontre d’un flic et d’un manager. Essai politique et scientifique qui  pose un constat et offre des résolutions pragmatiques. Pour eux le principal requis est pluridisciplinaire, la police doit s’ouvrir, la police n’ appartient pas à la police, elle appartient à la cité égalitaire de l’Etat de droit.

Pour en savoir plus

http://www.flicdequartier.ch/

28/11/2009

Deale qui peut - Les balafrés


jack_error_1074880153_balafre_003.jpg19h - Rue des Alpes – Premier repérage dans  un petit resto à burek-kebab, une petite salle longiligne, trois tables, au fond du bouiboui un groupe d’hommes. Trapus et costauds, pour sûr ce sont des Algériens, les Marocains sont plus fins, plus longilignes, plus maigres et assurément plus jeunes.  Un homme  se tient debout devant les autres en grande conversation avec sa casquette faux Vuitton sur la tête,  un sac en bandoulière tout aussi faux Vuitton, certainement achetés dans un marché italien comme celui de Ventimiglia en Italie, transformé en passoire à clandestins pour la France, le vendredi, jour du marché.

Leurs visages montrent de longues balafres, traces de bagarres au couteau. Non, il ne connaissent pas la petite castagne après une nuit agitée,  c’est leur vie qu’ils jouent à chaque bagarre, pour un centimètre de trotttoir gagné. Rivée devant la vitrine des tapis Avakian, j’observe les motifs des tapis en soie persans tout en gardant un oeil fixé sur les entrées et sorties du bistrot.

Nom d’un chien ! A voir tous ces balafrés assis autour de la table, je comprends que nous n’avons plus affaire aux petits dealers africains revendeurs de camelote mais qu’on a passé le cran supérieur , celui du grand banditisme, filière lyonnaise, marseillaise, italienne?  Ils ne ressemblent pas à des Harragas fraîchement débarqués. Un de leur  gars, le plus jeune, fait les cent pas devant le Café Vaudois, quelques minutes,  puis il repart. Ils bougent tous très vite et ne restent jamais au même endroit plus de cinq minutes.

La chose donc se corse, la stratégie est à revoir.  Approcher le gérant prochainement durant la journée pour lui faire savoir que je souhaiterai parler à ces gaillards, voir comment il réagit, distiller par son biais l’information, les prévenir qu’un de ces quatre sans crier gare, je me pointerai avec pour  seules armes mon stylo et mon carnet de notes, arborant mes lunettes de maîtresse d’école, un de mes bouquins sous le bras, une romancière intrigue plus qu’une journaliste qui peut faire  franchement peur.
Tout le monde rêve d’entrer dans un bouquin et goûter à la postérité, surtout lorsqu’on a des vies si écourtées, hâchées menues au bout d'une lame,  de bandits de grand chemin, ces pirates des temps modernes qui font la traversée de l’Europe en passant d'une prison à l'autre.

22:06 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (4)

27/11/2009

Deale qui peut - Yallah Zizou !

P1010370.JPGDans le fond, chers internautes,  malgré nos questions et une première approche interactive, nous n’avons même pas débuté notre enquête. Il nous reste les Harragas,  des Zizous en provenance pour la plupart de l'Algérie et du Maroc et c’est pas le plus simple. Ils naviguent entre la rue des Alpes et Place de la Navigation. Décrits par la plupart comme des voyous sans foi ni loi. Spécialistes du vol  à l’arraché, ils n’ont peur de rien, n’attendent rien contrairement aux Africains qui espéraient un titre de séjour, un statut.

On m’a prévenue, les Zizous marocains ? Même les Algériens n’osent pas les approcher ? Tu vas t’y prendre comment ? A la première question, ils te sortent le couteau. Mon point faible, je suis une femme.

Je réfléchis et pense à la stratégie déjà utilisée pour les Rroms à l’époque où je me trouvai en Italie pour les approcher : identifier clairement leur territoire, comprendre la répartition entre les uns et les autres. Les retrouver en territoire neutre, de préférence un bistrot où ils se retrouvent, c’est sûr tout se discute dans les bistrots autour d’un café.  Leur tourner autour pareil à  un phalène en évitant de se brûler les ailes.


Je les ai déjà longuement observés du côté des Eaux-Vives cet été, pour un roman, je les ai observés durant des heures, comment ils traficotent entre Baby-Plage et le Jardin Anglais, où ils boivent leur café. Où ils vendent précisément. Donc, patientons, préparez vos questions, elles doivent être forcément différentes, l’interview prendra effectivement du temps. Ne désespérons pas, nous ferons ensemble un beau reportage. La semaine prochaine, je continue vos mêmes questions auprès de plusieurs autres dealers toujours originaires de Guinée Bissau et Conakry, hauteur rue de Berne et rue de Zürich. Ensuite déplacement vers les Zizous, je sortirai mon grigri de protection.



Voilà le rendu des observations de cet été dans le roman en cours  :

“Serge,  flic à la Brigade des stup en avait déjà assez de cette enquête qui n’offrait rien passionnant ou de singulier. Il les connaissait bien ces filières qui sévissaient en provenance du Maroc et  d’Algérie. Ces “Harragas” quittaient le Maroc, d’où ils fuyaient leur banlieue pourrie de Rabat ou Casablanca au moyen de barques rudimentaires, ils débarquaient en Sardaigne, en Espagne, en Italie, pour la plupart mineurs, ils défiaient la justice, remplissaient les taules européennes sans que l’on sache ce qu’il fallait en faire. Pour eux, ne s’offrait aucune autre issue partir ou crever, alors mieux valait crever après avoir tenté le tout pour le tout.
Et on les sentait prêts à tout, vol à l’arraché, bagarre au couteau, vol de voiture, ils se brûlaient en entier, têtes-brûlées, leur destin se jouait dans l’immédiateté, la vie qui s’annonçait très courte pour eux, se vivait à l’instant, à la seconde et pour le reste : “Inch’allah!” avaient-ils pour habitude de répondre. ............................

Il les voyait régulièrement traîner leurs baskets au bord du lac certains à peine âgés de seize ans. Maillot de foot, basket, portable, ils ressemblaient plutôt à des chats faméliques qu’à des caïds, maigres comme des cure-dents. Ils dealaient dans les toilettes publiques. Les clients, monsieur- et- madame-tout-le-monde, toute catégorie sociale confondue. Les clients ? Quelques junks de bonne famille pour certains avec leur chien tout aussi dopé, le bandana autour du cou à tirer sur une laisse faite de corde banale. Le chien qui tire son maître derrière et qui connaît le lieu exact du rendez-vous. La nuit, les Harragas se faufilent dans les caves des immeubles avoisinants pour y dormir entassés comme des rats sur des matelas de fortune, entortillés dans leur manteau, ou dans des abris publics pour sans domicile fixe, toutes les nuits ils changent de lieu pour ne pas être repérés.

Les flics hésitaient même à les interpeller, parce qu’il aurait fallu tous les arrêter et que les prisons sont surchargées. Et toujours la même rengaine, on les juge, ils disent ne pas avoir de papiers d’identité, les avoir déchirés, racontent être palestiniens ou irakiens, vendent du haschisch et de la marijuana. Ils ramassent soixante jours de prison ferme, se lavent enfin, se reposent, se retapent et sortent libérés bons pour continuer leur business.

Le gars, un Marocain de Casablanca fixait le flic d'un  regard de plomb, ils firent venir un interprète marocain qui avait même peine à le comprendre. Son parler tenait plus du dialecte de la banlieue marocaine que de l’arabe appris à l’école. Il se révélait être incapable de lire un texte dans sa langue, les années d’études obligatoires n’avaient pas été achevées. Analphabète, pauvre, arraché à sa terre par la misère. Serge se disait que lui, le flic n’avait pas à gérer toute la misère du monde...........................(.....)

Mais comme un condamné, Serge  allait jusqu’au bout de son interrogatoire chevillé au désespoir et à la misère de celui qui se tenait en face de lui, presqu’un frère, deux paumés .
Serge buvait  en cachette directement à la bouteille quelques rasades de whisky comme pour se griser immédiatement et engloutir le poids du monde qui lui pesait lourdement sur les épaules. "

22:26 Publié dans Genève | Tags : pâquis | Lien permanent | Commentaires (1)

21/11/2009

Deale qui peut (suite)

 

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Sacrée fricasse. Vos questions répertoriées sur mon blog sont retranscrites sur une feuille glissée dans ma sacoche. Emmitouflée sous une cape et mon béret à pois blancs bien vissé sur la tête, j’ai les mains moites, c’est bien vrai: pas rassurée pour deux sous. Derrière la baie vitrée du Café des Trois Rois, j’observe un moment les dealers, de loin,  et ne vois pas les trois que je souhaitais interviewer. Peu importe, je bois un cortado sucré et me lance du haut de mes 1m58, le coeur battant, vers deux grands gars qui battent le pavé en attendant les  clients, à la hauteur de la rue de Zürich.

Je me présente, appareil et carnet planqués, un stylo derrière l’oreille. On peut discuter un peu ? Celui qui parle le mieux le français, me regarde en me demandant si ce n’est pas « Caméra cachée ». Non ! J’ouvre mon sac et lui montre mon appareil photo. J’explique les conditions de l’interview et je mentionne aussi vos questions. Ils sont étonnés qu'on s'intéresse de savoir qui ils sont en réalité.

Originaires de Guinée Bissau et de Conakry, ils sont des requérants déboutés, des NEM , non entrée en matière, ils ont entre 20 et 25 ans, à leur arrivée, ils étaient mineurs et avaient 15 ou 16 ans. Ils ont pratiquement tous séjournés en prison, un mois ou deux. Leurs papiers périmés, Permis N, pour la plupart rappellent qu’ils avaient entrepris des démarches pour obtenir une situation légale.  Dorénavant, ils se situent  dans l’angle mort du rétroviseur ; déboutés,  pas repartis chez eux.  Sans droits, sans aides sociales.

Ils rêvent tous d’un boulot, « Si tu m’en donnes un tout de suite, je le prends immédiatement. L'usine, la restauration, la plonge, les chantiers:  on prend tout ce qui passe. Même s’il faut se lever à 5h du matin." Un des deux, a été détenteur, d’un Permis B, après son divorce et certainement aussi après un ennui avec la justice, son permis lui a été retiré, cependant, il est resté. « Je suis prêt à signer un contrat, si on me donne du travail, je ne resterai plus à dealer et si on m’attrape encore aux Pâquis, on pourra alors me renvoyer chez moi, je jure de signer ça ! »

« Bien sûr qu’on a honte, qui peut être fier de vendre de la drogue, on sait bien que c’est mal. Nous sommes plusieurs à avoir décidé de ne pas dealer dans le préau de l’école, pas devant les enfants, mais certains y vont quand même ». Les trottoirs sont zones réservées, négociées par avance. Chacun défend son carré. Ils vendent en général de l’herbe.

« Les policiers font leur travail, ils ne font qu’appliquer des lois qui ne sont pas toujours justes, ils exécutent, ce sont des exécutants. Certains sont bons et très gentils, d’autres très mauvais, xénophobes et violents, ils te traitent de sales négros et quand tu leur dis qu’il ne faut pas te traiter avec violence, qu'ils n'ont pas le droit, ils te répondent : «  c’est pas toi qui vas me dire ce que je dois faire ! «  Mais le jeune homme dit être sûr d’avoir des droits, mais il ne les connaît pas précisément.

« La prison est plutôt agréable lorsqu’on vit dans les caves et qu’on reste tout le temps dehors, on a tout ce dont on a besoin, sauf la liberté, donc une prison, ça reste la prison. »

Entre temps, ils sont plusieurs à se joindre à notre conversation, je leur serre la main, me colle contre une barrière pour ne pas avoir quelqu’un derrière mon dos et ne pas voir ce qui se passe derrière moi.

Ils sont assez solidaires et se dépannent pour manger parfois, l’argent ne rentre pas toujours, pas suffisamment. Ils disent ne pas en envoyer chez eux, mais l’utilisent juste pour subsister. Certaines rumeurs dans le quartier courent, comme quoi ils cacheraient leur argent dans des cachettes, telles sous une pierre, derrière une fontaine, des liasses planquées dans la nature.

Deviennent-ils riches, se construisent-ils des villas dans leur pays ? Ils ne connaissent personnellement pas de gens comme ça, mais ils doutent qu’on puisse devenir riche avec seulement le business de l’herbe. Ça permet juste de vivre et encore pas toujours.

On vous accuse de profiter du système ! « La Suisse profite aussi des pays pauvres, quant à nous, nous sommes jetés dans la rue sans moyens de subsistance. Et contrairement aux Marocains qui sont près de  l'Hôtel Terminus, on ne vole personne, on n’arrache pas les sacs des dames. Nous ne sommes pas des voleurs ! »

Celui qui parle le mieux, « Sylla » , aurait rêvé de devenir politicien. Il semble être apprécié de ses compatriotes, il s’exprime bien. Entrer en politique pour défendre des causes justes, pour qu’il n’y ait plus de pauvres dans son pays, pour faire cesser les guerres. Souhaiterait-il représenter son groupe et parler à des politiciens genevois ? « Les politiciens d'ici connaissent très bien nos problèmes, on peut continuer à parler longtemps, ce qu’il faut c’est agir. «

« Non, il n’y a pas d’avenir dans la rue, c’est temporaire, c’est trop dur de vivre comme ça. Il n’y a pas de projets, pas de futur."

Que feriez-vous si vous pouviez vivre sans travailler ? Inimaginable, c’est, inconcevable, « je ne pourrais pas vivre sans travailler » , le rêve consiste d’abord à survivre, il n’y a pas d’autre rêve que celui de subsister.

« Le froid arrive, on espère s’en sortir, cette fois encore. »

18:29 Publié dans Genève | Tags : dealers | Lien permanent | Commentaires (19)

20/11/2009

Deale qui peut !

images.jpgBillet interactif. Je vous propose de poser vos questions aux dealers via ce blog, le rendez-vous pour l'interview aura lieu demain vraisemblablement auprès de trois jeunes. Ils ont à tout  casser 22 ans maximum. Le premier finit toutes ses phrases par "C'est pas grave!", le deuxième porte des baskets vert pomme, un vert criard comme on en voit nulle part. Le troisième a un visage poupon, je n'ai pas encore décelé de particularité susceptible d'être mentionnée.

Ils me précisent qu'il est inutile de prendre un rendez-vous, ils sont là tous les jours. Quelle confiance en l'avenir ! Ils en ont plus que les employés de France Télécom, en l'occurrence.

Pour la photo à prendre, nous nous sommes mis d'accord, je photographierai les mains ou les chaussures, ou les jambes. Bonjour la photo !!!

Osez poser vos questions, je les leur transmettrai . Staufferies bienvenues !!!!!  Leurs réponses casseront  peut-être quelques préjugés.

 

Je ferai au mieux, mais j'en suis certaine, nous ne resterons pas indifférents à leur point de vue.

23:36 Publié dans Genève | Tags : dealers, pâquis | Lien permanent | Commentaires (12)

17/11/2009

La diplomatie mondiale passe par les Pâquis


P1010367.JPG La Fondation Diplo Foundation sise aux Pâquis fait désormais partie des “10 qui changent le monde de l’Internet et de la politique” selon le  Forum mondial de l’électronique qui vient de lui remettre un prix en octobre dernier. Son fondateur Jovan Kurbalija (prononcer Kurbalia) est spécialisé dans la formation à distance des représentants  des pays émergents et compte plus d’un millier d’anciens élèves.

Assis dans son fauteuil,  Jovan Kurbalija vous regarde droit dans les yeux de ses yeux couleur noisette, tout en souriant et prêt à s’enthousiasmer, cet homme qui défend avec conviction l’intelligence émotionnelle.  Je  le photographie, il rit en se frottant un crâne chauve, je le rassure,  Boris Cyrulnik, le fameux pédopsychiatre,  lui–même l’est  et maintient que les  femmes adorent ça, la  plupart des  bébés  sont souvent chauves et pourtant  si   adorables, on n’a qu’une seule envie,
celle de leur caresser la tête !    Jovan Kurbalija s’exprime avec aisance dans un anglais
parfait (ce qui m’arrange moins pour mon entretien!)

Diplomate yougoslave jusqu’en 1991, docteur en droit international de  l’Université de Belgrade,  Jovan Kurbalija  poursuivit ses études à Malte, à l’Académie Méditerranéenne d’études de  la diplomatie,  un programme  financé par la DDC. A l’issue de  l’année, son pays la Yougoslavie devait disparaître. Il  décida donc depoursuivre  ses études grâce à  sa bourse suisse.

En 2002, la Suisse initiatrice du Diplo Foundation avec Malte décida d’ouvrir aussi un bureau à Genève et Jovan Kurbalija assure le relais, à Genève, lieu idéal, si proche  des organisations internationales et des ONG du monde entier. 25 personnes  travaillent dans le monde en réseau internet pour Diplo Foundation. Le but  étant  d’adapter  la diplomatie et les relations internationales de type classique aux nouvelles technologies de l'information. Du Congrès de Vienne (1815), centre de la diplomatie européenne au XIX ème siècle, il fallut songer à donner à la diplomatie un essor nouveau adapté aux changements en phase avec l’émergence de la société d’information. Car la diplomatie est assurément d’abord une affaire de communication, de négociation et d’échanges impliquant, aujourd’hui,  les citoyens  et non plus essentiellement les gouvernements comme autrefois.

Les pays émergents peuvent enfin se joindre au concert des nations et s’asseoir autour de la table des grands grâce à  l’internet. Participer  aux décisions importantes, mieux comprendre et analyser les défis de la globalisation grâce à ces cours à distance par Internet. A l’issue du cours,  les participants se rencontrent lors de meetings à Genève auprès des Nations Unies durant lesquels on les aide à appréhender dans les meilleures conditions, un environnement de travail relativement nouveau pour certains,  car rien ne vaut et remplace le contact direct. 

Entre deux avions, entre deux conférences, dans une des grandes villes du monde, ce féru voyageur s’enthousiasme pour les Pâquis  qui représentent, selon lui,  le monde en miniature, un intense petit condensé de la planète  :  riches dans de beaux hôtels, pauvres aux rêves brisés,  « de la salade mixte » au « melting pot » des cultures, organisations internationales.

Lui-même vivant aux Eaux-Vives emprunte fréquemment la Mouette et traverse à pied le quartier des Pâquis en observant  ces gens du monde entier, de tous les âges, des magasins africains, des restaurants asiatiques ; lorsqu’il voit  les belles de jour de  nationalités si différentes,  il pense qu’entre le plus vieux métier du monde  et la diplomatie il peut  y avoir un lien commun :  les deux plus anciennes vocations aussi bien que  passions  du monde ont  besoin de défendre le statut et  l'importance de leur métier et leur assise dans la société d’aujourd’hui.

Et Genève, selon Jovan Kurbalija, haut lieu des rencontres internationales, devrait devenir aussi le centre de la diplomatie mondiale via la création d'un musée interactif qui permettrait de se nourrir aux sources du passé pour mieux se projeter dans l’avenir. Ce musée accueillerait les délégations, les touristes, les enfants des écoles qui seraient très tôt initiés aux règles de la diplomatie et la solution pacifique des différends. Car la seule alternative à guerre c'est la diplomatie, l’art du compromis et enjeu essentiel de la paix à inculquer très tôt.


Et le compromis est plus courageux que la guerre car il faut être plus brave pour  accepter un compromis. 

Pour en savoir plus :


www.diplomacy.edu

 

11/07/2009

Genève à croquer : à craquer !

166-167 appl.-1.jpg 15h Bains des Pâquis. Titane Lacroix artiste plasticienne et écrivaine et Reynald Aubert dédicacent leur livre  "Genève à croquer". Un petit bijou qu'il fait bon tenir entre ses mains;  d'un doux soyeux, une couverture bleue  qui se décline du bleu clair au bleu roi. On le tourne et le retourne sans relâche, puis on déambule un tantinet rêveur, à travers l'ouvrage,  dans Genève en 7 balades . Serge Bimpage dans la préface de ce  "guide" de 181 pages, le résume si bien -  "ce petit livre est une pierre de lune", "une vraie perle."

Un carnet de voyage aux couleurs de poésie et de sensualité, cette Genève comparée à une friandise délicate et rare qui se déguste lentement au gré des balades, on la savoure, on ne s'en lasse pas de cette aimable douceur. De balade en balade, la balade   histoire : réforme, quais, shopping, culture, international, lac, les balades  valent toutes le détour.

 

Les Pâquis naturellement ont la part belle et ce  sur plusieurs pages  avec ses bains historiques. "Certainement le meilleur endroit de la ville pour un plat du jour sur l'eau à un prix sans concurrence".  On se laisse d'abord séduire par les croquis, puis le texte court et synthétique permet de déambuler le livre ouvert. C'est un peu l'ouvrage "Le Lisbonne de Pessoa",  la ville dans laquelle on vit tous les jours nous est offerte sous un angle nouveau qui nous ravit, nous surprend et on en redemanderait de ces balades, si délicieuses.

Le livre "Genève à croquer en 7 balades" se vend dans toutes les grandes librairies genevoises. Collection INFOLIO de Titane Lacroix et Reynald Aubert.

 

 

 

 

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D'octobre  à avril, laissez-vous tenter  par "les soirées fondues" bien connues des Genevois

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23:22 Publié dans Genève | Tags : pâquis | Lien permanent | Commentaires (0)

04/07/2009

Superwoman a gagné ! Enfin la paix aux Pâquis

623417335.JPG Enfin la paix est de retour. Monica, superwoman,  semble avoir gagné son pari. A coup de descentes de police, d'interpellations, de contrôles, les bandes qui sévissaient se sont peu à peu désintégrées, fondues dans le moule. Les hors-la-loi qui semaient la terreur en bandes n'ont pas résisté aux descentes musclées. Les commerçants  et les habitants respirent, moins de vols, moins de violence, moins de peur, on déambule confiant, la paix est enfin de retour, les Pâquis ne sont plus un lieu de non-droit.  Quelle chance !

Alors, je sais qu'à Genève, nous ne sommes pas enclins à féliciter et encore moins une femme. Mais osons applaudir, ça ne mange pas de pain et je dis Bravo Monica, bien joué !

Mince, je viens de glisser sur une pomme au risque de me fouler la cheville. C'est la pomme à Stauffer ! Celle qui vient après les vendanges, dévorée de l'intérieur par un vers sournois, mais  que ceci ne nous enlève pas notre joie de retrouver un quartier paisible où il fait si bon y vivre.

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