05/04/2009

Astrit Leka - 70 ans d’engagement pour la liberté, les droits de l’homme et la démocratie

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Astrit Leka est un intellectuel albanais qui a derrière lui 70 ans de vie active, un combat perpétuel pour la liberté des peuples, les droits de l’homme et la démocratie. Juste le 4 avril 1939, à l'âge de 14 ans, élève du Lycée Français il s’est inscrit volontaire pour combattre  l’agression fasciste de l’Albanie par l’armée de Mussolini, mais non admis à cause de son jeune l’âge, son frère , lui, à 16 ans le sera.
En 1941, à 16 ans,  il quitte le collège à Florence pour rentrer en Albanie et s’engager dans la Lutte nationale de Libération contre l’occupation fasciste et celle nazie allemande. Il a bien combattu dans les brigades partisanes et surtout comme un des chefs les plus fameux des guérillas en Albanie. Il a participé à plus de 44 actions de guerre. Sa résistance prenait des formes bien particulières comme celle en 1943 d’envahir les entrepôts de la banque nationale de Durrës. Non pas pour y voler de l’argent, mais mettre main basse sur la laine rare et chère à l’époque entreposée par les Allemands comme matière première stratégique pour affronter le froid sur le front russe. Cette action a protégé 15 mille partisans albanais durant l’hiver rigoureux de 1943-44. Par la suite,  le circulaire du Général, baron Von Thüngen, commandant des Forces allemandes d’occupation en Albanie exigera l’arrestation de « Alarik », le nom de guerre de Astrit Leka. Ce commandant des opérations pouvait se targuer d’avoir mené des opérations de grande envergure en Albanie y compris le Kosovo, la Macédoine alors sous occupation bulgare,le Monténégro et même la Serbie.

La commission du concours du meilleur livre publié à l’occasion du quarantième anniversaire de la fondation du Parti communiste d’Albanie a conféré l’unique prix à un drame publié par le grand artiste albanais Ndrek Luca ayant comme sujet un des exploits de guerre que Astrit Leka avait réalisé, mais qui juste a cet anniversaire continuait à purger une peine d’ennemi du peuple.

A la libération, décoré de guerre, ayant reçu le prix d’un des meilleurs bacheliers d’Albanie en 1945, il ne s’est pas coulé dans le moule communiste sous l’ère Enver Hodja, son ancien professeur qui connaissait bien son élève et son compagnon courageux de résistance qu’il retrouvera opposé
à lui. Après 12 ans d’études universitaires et ces trois diplômes obtenus sans jamais fréquenter les cours, il devait travailler pour assurer le pain quotidien ayant été exproprié de tout, et  le comble, également à son son père,  illustre juriste à qui on ne permettait pas d’exercer sa profession. Il ne se résoudra jamais à plier sous la férule communiste. Persécuté, et même déclaré “ennemi du peuple”, pour n’avoir pas été soumis à faire une autocritique suivant l’exemple de quelques recteurs chinois d’alors, on lui a attribué d’avoir mené  une « activité hostile » en 1967, durant l’imitation de la révolution culturelle chinoise en Albanie en 1967.
Il ne se soumet pas. Selon le code pénal on devait le condamner à plus de 20 ans de prison ferme ou le décapiter.  Enver Hoxha et les autres dirigeants d’Albanie ses anciens compagnons de guerre, connaissant bien ses convictions anticommunistes et sachant bien qu’il n’aspirait pas à prendre leur place, comme d’autres qu’ils avaient déjà décapités, lui ont commué la peine aux travaux forcés, éloigné de tout travail intellectuel, pour toute la vie. Les autorités ont toléré de le laisser donner des leçons privées en français, italien, espagnol et portugais. Leurs fils ayant été ses étudiants. Cela lui a permis de survivre dans ce régime aberrant pendant 23 ans.

Monsieur Leka ne prétend pas  avoir enfreint les lois de la dictature communiste. D’ailleurs il aurait été le premier à être exécuté, parce qu’il avait donné des preuves  d'homme d'action et de courage. Il reconnait n’avoir pas obéi en  réécrivant l’histoire comme les communistes l’on dictée, durant la période où il travaillait comme collaborateur scientifique de l’Institut des Sciences d’Albanie (1947-1954), dit le plus ancien historien diplômé d’Albanie encore en vie. En 1990,  l’Albanie communiste veut donner des signes de libération après la décapitation du couple Ceaucescu. On délivre un passeport à Leka, qui à l’âge 65 ans malgré son complexe naturel d'infériorité de l’intellectuel enfermé durant un demi siècle dans un pays cloisonné comme l’Albanie et qui a osé défier les intellectuels de l’Ouest. Une folie ! Après un périple aux USA, au Canada et dans plusieurs pays de l’Europe, Leka décide de venir vivre en Suisse, à Genève, précisément aux Pâquis  en 1990.
Il remercie le Doyen de la Faculté de Justice à la New-York University le Prof. Greenberger, qui lui a offert le poste de bibliographe, grâce aux langues qu’il possédait et que le régime communiste n’avait pu les lui arracher de son cerveau. En Suisse il remercie le Prof. Hans Meier, Recteur de l’Université de Fribourg qui l’a apprécié le premier en 1991. En effet après une collaboration il lui a écrit : « Vos connaissances, vos grandes activités, ainsi que votre personnalité font que notre Université serait honoré de pouvoir s’attacher à vos service… ». Le Secrétaire d’ Etat pour la science et la recherche le Prof. H. Ursprung après l’avoir connu lui recommande d’écrire son nom comme référence dans chaque lettre adressée aux autorités suisses. Un grand merci doit aller aussi à lui, précise Monsieur Leka. En effet ce sont eux qui l' ont encouragé à  continuer de consacrer les années de vie qui lui restaient, à la liberté, à la paix et aux droits des peuples de tout le monde, surtout à Genève internationale.

Comme première activité, il a fondé,  à Genève,  l’Association Internationale de Solidarité pour le Développement des Pays de l’Est, SOLIDEST, grâce au soutien d’importantes personnalités des ONG Suisses et Internationales, de parlementaires de Genève et des membres du Conseil d’Etat qui ont soutenu ses projets lancés vers les Pays de l’Est .
Toute cette intense activité déployée en Suisse, un pays démocratique, pour Leka, un étranger ce qui n’a pas été si facile pour lui, bien au contraire. Leka remercie la Suisse de ne lui avoir jamais entravé ses activités en faveur de la liberté des peuples et surtout des Albanais des Balkans, mais reproche à une partie des autorités suisses le mauvais traitement de son dossier personnel. A cela il donne une explication . Les attaques faites contre lui par les forces ouvertes et obscures qui étaient contre la cause des droits de l’homme et surtout la liberté des Albanais de tout joug national. Et aussi l’activité illicite de milliers de jeunes albanais qui les ont déshonorés. On a mis injustement tous  les Albanais dans le même sac. Je pense qu’ici il faut chercher une dose de xénophobie et de racisme. Dommage!
Monsieur Leka, toujours combatif a demandé à l’ancien chef du Département de justice et police Monsieur Christophe Blocher de nettoyer cette bureaucratie et  la pourriture de son Département concernant  le traitement de son dossier. Voilà la réponse : « Le Département de justice et police confirme que ni votre probité ni la valeur de votre engagement politique en faveur de la paix, des droits humains ne sont mis en cause ». Merci ,trop tard dit Monsieur Leka. Le Président de la Confédération Samuel Schmid écrit à Monsieur Leka : « Votre combat, votre ténacité vous font honneur. Des erreurs d’appréciation auraient été commises à votre encontre. Je vous soutiens .»
La cheffe du Département des Affaires étrangères écrit à Monsieur Leka : « Votre engagement au sein de la Fédération Mondiale des Anciens Combattants pour soutenir le processus de paix au Proche Orient ,dans le cadre de l’Initiative de Genève et apprécié .»

Malgré ses 84 ans, Astrit Leka a déjà parcouru tous les continents, du sud au nord. Dans ces Forums, Congrès, Assemblées, colloques, symposiums etc. il s’est entretenu avec des dizaines de Présidents du monde, des dizaines de Premier-ministres, des centaines de ministres et de députés du monde entier. Bien sûr avec plus d’intérêt pour des personnalités scientifiques et culturelles et des Prix Nobel pour renforcer l’efficacité son activité pour la liberté, la paix et une meilleure connaissances entre les peuples durant ces 70 ans de vie active et tourmentée, qu’il présentera bien documentée dans ces mémoires qui paraîtront prochainement, " si je ne les emporte dans la tombe comme plusieurs de mes compagnons d’autrefois " , ajoute Monsieur Leka en souriant.

En 2003 Monsieur Leka a été assigné conseiller général de la Fédération Mondiale des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, à Johannesburg à l’Assemblée générale de La FMAC-Paris, avec 30 millions d’adhérents. En 2006 il a été élu Vice-Président de la Confédération européenne des Anciens Combattants et victimes de Guerre, CEAC-Paris. Son pays l’Albanie démocratique, a reconnu ces mérites de guerre et son opposition au communisme après la débâcle  du régime communiste. Des dizaines d’articles écrits par les plus prestigieux journaux des dizaines d’émissions télévisées, des livres écrits sur sa vie, une procédure entamée pour lui conférer le doctorat honoris causa font partie de cette réhabilitation morale de cette personnalité qui ne s’est pas soumise durant plus de 50 ans aux souffrances subies.

Monsieur Astrit LEKA un des premiers volontaires de la Deuxième Guerre mondiale encore en vie a été décoré durant la rencontre des Anciens Combattants de l’Est et de l’Ouest en mai 2005, où il a eu l’honneur de parler au nom de la Délégation de la Fédération mondiale à la réunion académique.  Il a été décoré lors de la rencontre des Anciens Combattants de l’Europe à  Prague en 2006.Il a été décoré par l’Argentine en 2007 . Et finalement l’Albanie a conféré deux décorations, dont un ordre d’or par son   « ennemi du peuple » d’autrefois. Monsieur Leka, qui n’a jamais porté  les 3 décorations de la Deuxième Guerre mondiale en Albanie durant le régime communiste peut les porter, aujourd’hui,  après 60 ans avec celles du 21-ème  siècle et les futures à venir, en cours.

 

01/04/2009

UN INFILTRE AUX PÂQUIS

 

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12h30- rendez-vous à la rue de Berne. Il me repère d'un coup d'oeil, avant même que je ne l'aie vu. A l'issue du film, Dirty Money, je lui avais demandé de pouvoir le rencontrer aux Pâquis, parce qu'il le connaît, ô combien, ce quartier,  avec ses hôtels cinq étoiles. Les enquêtes sous couverture à réserver une chambre sous un faux-nom, une fausse identité, la filature idéale qui pouvait durer des jours, voire des semaines et qui lui permettait d'infiltrer les réseaux mafieux.

A l'issue de la projection, je l'ai vu se lever de son fauteuil de ciné, les yeux pleins de larmes. Il ne s’en cache pas, ce film, cette histoire, son histoire l’a beaucoup touché.

Fausto Cattaneo dit “Tato” pour les intimes revoit son histoire dans "Dirty Money - L’infiltré"  inspiré de son livre “Comment j’ai infiltré les cartels de la drogue”. Dans la réalité, l’ex-commissaire de la police tessinoise et de la police fédérale suite à une enquête sous couverture s’est retrouvé lâché de tous, contraint de se retirer.

Son livre autobiographique est fort, l’ex-infiltré est devant le lac de Lugano prêt à se tirer une balle dans la tête, dépressif, seul, isolé, il veut s’arracher la vie comme on s’arracherait une dent qui vous fait horriblement souffrir. Et une rage salutaire le secoue, l’attrape à la gorge, la colère monte et il renonce pour se battre. De cette lutte salutaire,  d’un homme décidé à dire la vérité, il renaîtra de ses cendres.

Il n’y a pas de crime organisé sans institutions qui le soutiennent et le protègent. Spécialiste de la drogue, il a  frayé  non seulement avec  la drogue, mais les armes, le terrorisme, côtoyé les agents secrets de la CIA, du Mossad, des agents hors contrôle, et au sommet de tout cela,  qui tirent les ficelles ? De riches industriels, des politiciens qui manoeuvrent à l’envi.

Il en connaît un bout sur les manipulations, il a vu “Mâadâame !” à l’oeuvre, à savoir Carla del Ponte, celle dont le manteau de dalmatien représente pour chaque tâche, un flic écrasé, un piédestal de plus pour sa carrière, procureure au Tessin puis parachutée à Berne, pour les services rendus.  Elle protège les filières mafieuses, couvre Gianfranco Cotti, patron de la Fimo qui reçoit des fonds de la drogue. Elle cache, fausse l’information, le commissaire découvre le pot aux roses, elle le traite de “fou” , l’écarte, l’isole. Le juge Giovanni Falcone, pire ennemi de la Cosa Nostra, arrivera aux mêmes constatations que lui, le nez sur la même piste, ils se retrouvent,  face à face,  avec des  conclusions  identiques : blanchiment d’argent sale, l’argent de la drogue qui part de la Sicile, du navire Big John, 600 kg de cocaïne, et dont l'argent de la vente sera acheminé jusqu'en Suisse par des mules qui passent par la montagne, et le déposent sur des comptes suisses, ceux de la Fimo.
Même ses meilleurs amis le lâcheront. Quelques journalistes le soutiennent, il écrit 2’000 pages d’une traite, d’un soufflle pour décrire les mécanismes, l'infiltration avec la peur aux tripes, cette peur qui ne vous lâche jamais et qu'il faut maîtriser, des histoires moins sensationnelles plus personnelles et finalement, une maison d’édition et pas des moindres,  Albin Michel,  publiera son histoire.
Assis en face de moi au bistrot, il ne me lâche plus des yeux pour raconter la vie d’infiltré. Jusque dans les moindres détails tout doit être crédible. Du travail d’équipe, certes, mais savoir être seul avec peu de moyens dans le fond. La Suisse, ce n’est pas comme les Etats-Unis où tout le bénéfice de la drogue saisie retourne dans la lutte contre la drogue. Hôtels, bureaux de changes, autant de couvertures parfaites pour les policiers qui travaillent dans des conditions optimales avec un maximum de moyens.

Tato après sa mise en retraite forcée entamera son master en criminologie sur “Emploi légal des agents undercover” puis il fera un peu de bénévolat ce qui lui vaudra le surnom affectueux de Padre Pio par Izabel, son épouse.

Il prépare une deuxième publication sur une enquête qui part du Mato Grosso et qui aboutit à Genève, l’argent posé inévitablement sur les comptes suisses, des réseaux qui le mèneront aussi, jusqu'aux Pâquis. Le titre prometteur “Jusqu’où nous pouvons arriver” fait la démonstration du réseau influent du crime organisé qui touche les sphères les plus influentes, des personnages de haut niveau : Tous mouillés !
Homme de justice, il a aimé son métier et puis dans le fond, un flic reste toujours un flic, un curieux qui aime comprendre ce qu'il voit.  Si c’était à refaire, il recommencerait sans hésiter . Et il est fier de pouvoir se promener la tête haute, il n’a rien à se reprocher. Il ne regrette rien !

Et allez ! Il  ne peut pas s'en empêcher, c'est un homme d'équipe, un petit mot pour la Sûreté genevoise.  Selon lui. ils  font un sacré bon boulot. Les gars, ils sont géniaux.  Les collègues de Genève ? Excellents professionnels !

28/03/2009

JACQUES BERTHET - PHOTOGRAPHE-POETE

 

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10 h – Place de la Navigation, le marché attire acheteurs et badauds, un petit air printanier réjouit enfin les  coeurs. Je grimpe les deux étages d’un immeuble ancien, la porte en bois s’ouvre large comme des bras ouverts. Jacques m’invite dans son bureau, je m’affale dans un sofa profond. Le regard est affolé, il se promène et  tente de saisir toutes les richesses accumulées du voyageur, du photographe et du  poète. Des livres sur le désert, des ouvrages sur la nature, des photos de deux Tibétains. Encore d’autres  grandes  photos contre le mur :  les entrailles du Cern , un enchevêtrement de fils électriques de toutes les couleurs, puis à côté,  un olivier millénaire, arbre torturé au large tronc.  Ce lieu pourrait tout aussi bien être celui d’un écrivain, des  livres sur la table : Moby Dick, Yasmin Khadra. Un carnet de notes.

Jacques saisit au vol tout ce qui est bon à prendre, il transforme, adapte, s’adapte. Les SMS lui font aimer les haïkus, cette poésie japonaise, courte et fulgurante, qui nous rappelle l’évanescence des choses, cet instant sans ego qui est saisi sur le vif comme une photo volée et qui suggère l’instantanéité du moment, l‘éphémère immortalisé, arraché en plein vol.  L’image est infime en rapport aux mots, l’image est descriptive tandis que le mot révèle l’âme  en profondeur. Alors,  oubliez les cartes postales ! En guise de  lettres, ce sera un haïku que vous recevrez sur votre portable et qui dira :
“Entre les effluves de menthe
Et le vacarme des cigales
un  colosse”

Ce colosse est assurément un  olivier centenaire ou millénaire. Sur les traces des oliviers depuis  trois ans,  à parcourir tout le pourtour de la Méditerranée, la Grèce, l’Espagne, l’Italie. Jacques est amoureux de ces arbres qui lui offrent soit un spectacle de  flamenco, soit le conciliabule des sages. L’anthropomorphisme de ces arbres l’ont véritablement subjugué. On croirait des personnages de contes, pour le photographe,  ils sont métaphysiques.

Les voyages de Jacques s’organisent autour d’un thème, les herbes dans les pays du Nord dans ces landes sauvages balayées par le vent. Parce que dans ses photos, le vent est tout aussi présent que la lumière, le vent  ploie les herbes, on croirait l’entendre siffler, il interfère dans la prise d’images, parfois ami, parfois ennemi.  Jacques partira en Thaïlande, à Bangok, pour une exposition de photos sur le végétal et l’architecture.
Mais il se passionne tout autant pour ces migrants qu’il a photographiés aux Pâquis. On les voit sourire à l’attention du photographe, enfin ils existent à travers son objectif. Jacques raconte la joie de ce  Kurde irakien, de cette Equatorienne,  de ce Pakistanais, de cette Erythréenne dont il me montre les portraits. Sans statut légal, requérants, commerçants. Dans leurs plus beaux atours, ils se présentent fiers,  ces tranches de vie merveilleuses qui se racontent au détour d’une photo. Certains les ont agrandies et affichées dans leur magasin .

Oui, c’est vrai ! Ils sont très beaux !  On sent la relation de confiance qu’a réussi à établir Jacques avec ses sujets. Il aimerait tant continuer ce travail de ceux et celles qui font les Pâquis, de ceux et celles qui font Genève. Selon lui, ils ont apporté non seulemement le brassage multiculturel, ce qui implique qu’ils apportent  au-delà de  leur culture,aussi leur nourriture, leurs épices, leur langue.  Nous sommes tout imprégnés de ce qu’ils nous offrent. Cette exposition, selon Jacques,  mériterait d’être achevée en collaboration avec d’autres artistes, photographes, poètes. On ne se lassera jamais de raconter les autres.


Les Pâquis, Jacques y vit depuis 25 ans, il a vu et vécu les changements, tout au long de ces années, il est vrai que  selon lui, le quartier  a bien changé, on s’y sent assurément moins en sécurité.  Il quitte souvent le  quartier pour ses voyages et surtout pour des marches. Ces longues marches dans le désert entre Tamanrasset et Janet, à marcher des jours entiers sur du plat ou escalader les montagnes de l’Atlas. Vivre avec les Berbères, dormir à la belle étoile, se frotter aux joies de la vie frugale. Marcher, c’est aussi vivre un  voyage intérieur, en solitaire, se ressourcer , en quête de spiritualité.

Il est là assis dans son fauteuil à balayer le monde d’un geste ample  son regard est celui des grands voyageurs, on y voit des contrées, des paysages, des oliviers. Et le haïku qu’il a choisi pour  la première page de son site lui convient à merveille : “ Rien qui ne m’appartienne – sinon la paix du coeur et la fraîcheur de l’air.”

Vous pouvez voir l’exposition de Jacques Berthet à la pinacothèque des Eaux-vives et ce jusqu’au 5 avril ( 7 rue de Montchoisy)ouverture mercredi et vendredi de 16h à 19h- jeudi de 16h à 20h et samedi de 11h à18h- Brunch de clôture- dimanche 5 avril dès 11h.

 

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son site http://www.jacques-berthet.net/

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25/03/2009

Ni baston, ni Couchepin aux Bastions !

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En ma qualité de patiente soutenant la manifestation des médecins, j'y étais. Tiens surprise ! je croise le pédiatre qui me demande des nouvelles des enfants. Et puis imaginez, en plein coeur des Bastions,  au milieu de l'allée d'arbres, je tombe sur  mon allergologue.  Je lui tends la main et lui demande vu qu'il a analysé et constaté que j'étais allergique au frêne s'il y en a. Il observe longuement les arbres - il doit se dire purée la colle- une sacrée envie de rire me chatouille le ventre, évidemment meilleur médecin que botaniste, il hausse les épaules, il n'en sait rien.

 

Une ambiance bonne enfant, malgré la colère perceptible, les slogans sont drôles dont un que j'ai retenu "Le médecin chez moi, le Valais pour toi !"

Espérons que Couchepin ait entendu la rumeur s'élever de la base, il propose un table ronde, osons croire qu'il en sortira quelque chose hormis faire tourner les tables et que ce n'est pas juste une façon de gagner du temps.

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16/03/2009

Le professeur de français de Lénine

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Alexandre Lambert m’attend dans son  bureau baigné de lumière, sis au 6 ème étage de la rue de Monthoux. Un historien qui s’est découvert une passion pour l’histoire très tôt, comme dans les romans, il farfouillait dans le grenier de ses parents à Winthertur et dans la malle imposante, un carnet bleu attire son attention. D'une écriture régulière et serrée,  ce sont les mémoires de l’arrière-grand-père Jacques Alexis Lambert, il y consignait ses souvenirs de professeur de français de Lénine et de sa période russe.

Alexandre de langue maternelle suisse-allemande, l'arrière-petit-fils, déchiffrera peu à peu ce trésor de souvenirs, en fera son thème de mémoire puis il faudra encore vingt ans pour qu’un ouvrage soit publié.

A travers cet opuscule, qui sera très probablement aussi publié en russe par l’édition des Suisses dans le Monde, c’est la saga des Suisses à l’étranger qui rappelle les grands mouvements migratoires des Suisses en quête de subsistance. Précepteurs, enseignants, gouvernantes, cuisiniers, ils partaient conquérir le monde. La Russie tsariste attirait notamment les Suisses. En 1884, Jacques Alexis, Neuchâtelois,  s’embarque pour la ville de Simbirsk pour y enseigner le français au lycée où le jeune Lénine (Vladimir Oulianov de son vrai nom) suivra ses cours en 1889.
Il se souvient d’un jeune élève brillant décrit comme :”talentueux, il avait fondé un groupe de lecture marxiste avec quelques-uns de ses camarades”.


On y décrit avec force détails, le jeune élève Oulianov surnommé le “tsar-communiste” par son enseignant sur qui pourtant il lui faudra compter pour quitter le pays après l’instauration du régime révolutionnaire  par son ex-élève et qui depuis le Kremlin, à Moscou,  dirige le pays. La guerre fait rage, sur les conseils de Lénine, l’enseignant contacte le ministre des affaires étrangères, Tchitchérine, qui lui suggère de quitter le pays par le nord-ouest, mais le front polonais le contraint d’opter pour une autre solution, il quittera le pays par la Mer Noire, transitera par Marseille pour enfin regagner Genève.






Alexandre Lambert_Fils de Victor Lambert_2004_IUHEI.jpgAlexandre Lambert  pourrait durant des heures raconter cette saga magnifique. Intarissable, il mentionne les relations privilégiées que la Suisse entretenait avec la Russie et rappelle que la Russie et les Russes sont à 90% dans l’Europe et que nous devrions reconstruire et créer de nouveaux ponts avec ce pays, maintenant que le rideau de fer est tombé.

Alexandre, après des études d’histoire à l’Université de Zürich, obtiendra un doctorat en relations internationales à HEI. Il est directeur académique et professeur à la School for International Training, institut universitaire américain sis à la rue de Monthoux. Il enseigne aussi les relations internationales à la Geneva School of Diplomacy and International Relations, un autre institut universitaire privé basé au Château de Penthes.

Etonnamment, Alexandre qui se trouve donc enseignant aux Pâquis fait référence au fils du célèbre arrière-grand-père de Russie, Nicolas Lambert qui après des études de théologie à Genève oeuvrera comme pasteur protestant aux Pâquis.

Décidément, se pourrait-il aussi qu’on hérite dans nos gènes de la mémoire des lieux ? 

Pour rencontrer l’auteur rendez-vous au Domaine de Penthes, Musée, dimanche 17 mai 2009, à 14h30 avec en sus dégustation de thé russe et programme-cadre débutant vers 11:30 - 18, chemin de l’Impératrice, 1292 Pregny.

08/03/2009

Médecin généraliste aux Pâquis : une blouse blanche bien discrète

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13h 45 Café des Trois Rois , mon stamm de prédilection pour mes entretiens. Enfin, ma blouse blanche qui porte  pour  nom  Dr Fleury a accepté le rendez-vous. Dans le quartier, on me l’a dit et répété, un personnage incontournable et qui ne se  laisse que difficilement contourner.

J’ai un quart d’heure d’avance, je peux me le représenter, à loisir,  à quoi peut-il bien ressembler ? Ce qui est intéressant lorsqu’on doit rencontrer un inconnu, c’est  l’imaginer.  Il est certain qu’à défaut de blouse blanche, il portera une chemise blanche et peut-être un pantalon bleu marine.

Raté ! Il entre dans le bistrot d’un pas léger et décontracté, de taille moyenne,  un air d’ado qui traîne malgré la plus que cinquantaine, une chemise rose sous un pull en laine bleu marine légèrement usé aux coudes, sans doute à force de les poser sur son bureau et écouter longuement les patients,  un jeans délavé.  Ses petites lunettes rondes à fines montures sont posées sur des cheveux légèrement bouclés, comme perdues au milieu des vagues.  Il a des yeux d’un bleu intense, au-dessus desquels trônent des sourcils en broussaille.  Une barbe naissante. Il porte une montre swatch avec sur le bracelet des motifs de  chiens bleus et roses et sur lequel on peut lire “waouf !waouf!” qui vient achever le portrait d’un médecin qui correspondrait plutôt à celui d’un marin du  Grand Nord avec du bleu des mers au fond des yeux.

Il se demande encore hésitant, ce que je peux bien lui vouloir.  “Vous savez un médecin ressemble à un autre médecin et quant à l’homme, il n y a  peut-être pas grand-chose à dire, c’est de l’ordre de la sphère privée.” Il tente gentiment dans un dernier effort timide de me couper  l’herbe sous les pieds. Je l’observe quelques minutes,  je me  sens comme devant  une paroi rocheuse qu’on étudie et  évalue et qu’il  va falloir attaquer, en cherchant les meilleures prises auxquelles se raccrocher.

Aux Pâquis, il y a installé son cabinet presque par hasard,  23 ans déjà. Avec son logement, la régie lui proposa dans la foulée, un cabinet. Depuis il a  gardé son cabinet dans ce quartier et a changé de domicile pour un autre endroit de la ville. Pour lui les Pâquis, c’est la diversité, la multiculturalité, une tolérance qui y  règne bien pâquisarde. Un vrai quartier dans une vraie ville.

Il peut comparer avec d’autres villes, après des études de médecine à l’Université de Genève, il a travaillé à l’hôpital de Sierre et à l’hôpital de  St-Denis à Paris pour sa formation postgraduée qui a duré neuf ans. Chirurgie, neurologie, psychiatrie, gériatrie, médecine interne. Il  a fait le tour des différents services pour sa formation.

Il aime son métier de médecin généraliste qui exige une vraie connaissance de soi aussi, il apprécie soigner des gens dans leur globalité même si parfois c’est très complexe. Mais il sait ce qu’il sait et surtout ce qu’il ne sait pas, il faut être modeste, en empathie avec les autres. L’important c’est de connaître les limites de sa connaissance. Etre accessible, se déplacer pour une consultation évite parfois une hospitalisation, même le dimanche il se déplace auprès de ses patients, parfois très âgés.
Et surtout le métier exige d’écouter les personnes et toujours les croire. Quelqu’un qui vous dit souffrir vous le croyez, vous ne mettez pas en doute ce qu’il dit. Il dit cela en plaçant ses mains l’une contre l’autre  pour bien insister, donner un poids aux mots,  laisser la place aux maux peu importe de la manière dont ils sont exprimés, ils sont là et il faut les entendre.

Ses  passions:  le foot et le vélo, la peinture, le théâtre, la bonne chère.  Il adore cuisiner, il a découvert ses premières recettes de cuisine dans un bouquin de Girardet. Une fois par an, il se rend à vélo à Avignon pour son  Festival, 100 km par jour et qui  lui autorisent quelques arrêts gastronomiques bien mérités. Son  peintre préféré Vermeer : le  jeu subtil d’ombre et de lumière ( l’astronome, le collier de perles, mes tableaux préférés). Vermeer est le peintre qui dépeint méticuleusement les objets les plus insignifiants, tout est transcendé par ces halos lumineux venus d' on ne  sait où, de quel univers, du génie probablement. Pour lui, la peinture permet d’appréhender  les gens différemment. Elle offre d’autres clés de lecture, une autre compréhension des êtres . L’art a le mérite d’inviter à regarder la vie sous un angle nouveau.

La grèves des médecins le 24 mars ? C’est sûr, il fera aussi grève pour soutenir ses confrères parce que la santé , ce n’est pas juste la réduction des coûts et de la comptabilité qui n’est qu’une vision à court terme. On traite les médecins avec bien peu de considération. Une santé de qualité, ça coûte et la santé est un choix de société.

Pour terminer je lui  demande l'autorisation de le  photographier. Mais pourquoi faire ? s’étonne-t-il.  Ben, c’est pour qu’on s'exclame tout content : “Eh ! j’ai vu la tête de mon médecin sur un blog “ et de s’en réjouir .


Dr Fleury en quelques mots :  un indépendant seul maître à bord, un hédoniste fin gourmet et surtout beaucoup d’empathie et comme il le dit si bien  avec une pointe d'humour : “Un homme qui aime Girardet  et le vélo ne peut pas  être complètement mauvais!”

 

19:13 Publié dans Genève | Tags : médecin, pâquis | Lien permanent | Commentaires (7)

02/03/2009

Melting Pot - De l’Ethiopie à la Bretagne

 

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Carrefour des goûts et des cultures,  creuset des populations, aux Pâquis, la tentation était grande d’appeler son restaurant  Melting Pot. Helena, la voyageuse, ne s'en est pas privée. Elle a repris un restaurant à la rue de la Navigation, l’a décoré de  petites lumières scintillantes un peu partout, de plantes vertes, de miroirs,  de bougies, un  sofa qui invite le voyageur au repos. Doux mélange de saveurs et de couleurs. Le regard  navigue surpris, étonné, interpellé, il s'accroche à une multitude d'objets empreints de poésie et de nostalgie. L’ambiance y est chaleureuse, la patronne dynamique et sympathique, elle a un  mot gentil pour tout le monde.

Helena , c’est un petit bout de femme qui vous ébouriffe la tête  en quelques minutes. Elle est pétillante, son resto, c’est elle tout entière, il est à son image, elle le couve du regard, le surveille. C’est son bébé et elle me propose cette  jolie métaphore, “comme une mère qui allaite, tu ne quittes pas ton enfant, jusqu’à ce qu’il ait suffisamment grandi.” Genevoise d’adoption, elle est née à Addis-Abeba en Ethiopie, a été élevée,  dès l’âge de huit, par sa grand-mère à Asmara en Erythrée. Puis, c’est la guerre, il faut s'enfuir, elle est emmenée au  Soudan, accueillie comme  réfugiée de guerre en Suisse. D’autres séjours après coup, à Milan puis à Chicago la forment et la transforment.

Touche à tout, elle a essayé assistante dentaire, assistante en pharmacie, infirmière, esthéticienne, vendeuse, décoratrice, interprète pour les réfugiés, son baluchon, à chaque nouvelle expérience, s'enrichit.  Enfin, la cuisine l’attire et la happe entièrement. Sa patente de cafetière-restauratrice en poche, Jean-François Schlemmer des Bastions “son idole, son mentor, celui qui lui a donné sa chance “  - note, note, insiste-t-elle - lui tend la perche. Il lui confie la responsabilité du kiosque des Bastions et c’est lui aussi qui lui offrira  la cuisinière pour son restaurant.  Contacts avec les fournisseurs,  gestions des équipes, elle apprend son métier sans perdre de vue qu’elle vise avant tout son indépendance  et espère se mettre à son compte.

Elle travaille chez des crêpiers à Genève, pas très satisfaite, qu'à cela ne tienne, elle part aussitôt en Bretagne apprendre le métier et en reviendra, très fière,  avec un certificat de crêpière. Elle avait d’abord pensé appeler son restaurant “passer composer” parce que chacun crée et imagine sa crêpe ou sa galette ingera, galette en farine de sarrasin qui se mange en Ethiopie et en Erythrée et que l’on garnit de viande et de légume à choix.

Pendant notre entretien, des personnes entrent, Helena les salue, leur sert un café torréfié maison, elle discute, offre généreusement le café, le thé à la citronnelle.  Elle revient s’asseoir en face de moi , toute souriante et je la regarde, reine au milieu de son restaurant ou princesse-nomade qui s’est arrêtée un moment  aux Pâquis, oasis où il fait bon se reposer, avant un autre grand départ pour de nouvelles aventures ?
Helena se résume en trois mots – Déterminée, va jusqu’au bout de ses rêves et adore les gens.

Pour en savoir plus
Melting pot
8, rue de la Navigation
Pâquis

http://www.resto-rang.ch/view_comment.cfm?restono=1552&canton=ge

21/02/2009

Coeur piétonnier aux Pâquis

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18/02/2009

DISCRETE BLOUSE BLANCHE AUX PAQUIS !

 



42-20136923.JPGOn m’a dit quelqu’un à ne pas manquer dans tes portraits, c’est le Dr. XXX, je ne peux pas encore vous donner son nom, je crois qu’il est trop modeste. Un incontournable, et l’ennui,  c’est qu’il ne veut pas  être contourné.

Sa secrétaire me répond très gentille sur un ton affectueux en me parlant de son patron: “ lorsque je lui ai parlé de votre interview, il a éclaté de rire “ comme si c’était la chose la plus improbable que celle d’être interviewé.

Et pourtant dans son quartier, on le cite, on le vante.  Celui qui se déplace, qui va à domicile, qui écoute. Le cabinet ne désemplit pas tout le monde veut s'y rendre. Si quelque chose s’organise dans le quartier, une manifestation, un évènement, il se propose volontiers comme volontaire bénévole.

Ah ! Lorsque je pense que les caisses détruisent le plus beau métier du monde, celui de médecin généraliste, pure folie. A mon avis, tout le quartier des Pâquis va défiler avec les médecins en grève pour soutenir “Leur médecin“ de quartier.


Bref, je réfléchis. … Le nez qui coule, je renifle très fort, en collant bien le thermomètre sur le radiateur, la température monte, monte, il affiche presque 40 °C et en me concentrant un tout petit peu, j’aurai même presque    des frissons…………………………………….........................

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16/02/2009

La Walkyrie de la rue de Berne

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Devant une grande porte imposante en bois massif au deuxième étage d'un immeuble des Pâquis,  on peut lire sur la porte en lettres italiques,   élégantes, le mot  "Elle",  en guise de nom de famille.
J'appuie sur la sonnette, un chien à la voix féroce aboie, ma bouteille du Vin des Filles dans la main gauche - production  artisanale d'humagne  valaisan - je sursaute.  La porte s'ouvre, Myriam me reçoit à bras ouverts, d'une haute stature, des cheveux longs,  plutôt forte, beauté sculpturale.
Entre donc  ma Chérie !  N'aie pas peur du chien,  tandis que le fameux chien, un molosse à la mâchoire puissante n'a qu'une envie, celle  de me bouffer le mollet.

Si tu veux, on va dans ma chambre ! J'ignorai que le métier de journaliste pouvait être si dangereux. Un lieu plutôt cosy, intimiste. Elle m'assied dans un fauteuil en osier joliment peint par elle. Elle s'installe confortablement sur son lit à deux places, face à un miroir. Deux angelots grassouillets en bois,  au dessus du montant du lit,  surveillent attentivement ce qui se déroule sous leurs yeux innocents. Petit coup d'œil circulaire :  peintures et  énormes papillons en tissu très coloré aux murs, des Bouddha, la cage en verre où dorment tranquillement deux pythons vivants, quelques objets annonciateurs;  au bout de la souffrance, le plaisir.

Doucement, je sors mon carnet de notes, puis mon enregistreur, finalement l’appareil photo. Myriam est très à l'aise, moi un petit peu moins. Sur ma droite, une table de massage blanche, des bombes à oxygène, vraisemblablement pour éviter que le client ne meure d'asphyxie en pleine jouissance, surtout si le cœur est fragile, de surcroît.
Hormis splendeurs  et misères des courtisanes de Balzac, je ne connais pas grand-chose sur le sujet et c'est  mieux ainsi . Pas de préjugés, pas de stéréotypes, un regard affranchi de tout jugement.

Née aux Pâquis de père grossiste en vin et liqueur  et d'une mère "faiseuse de chaussures",  Myriam, enfant,  aidait son père à coller les étiquettes sur les bouteilles. Parcours de mannequin, puis de figurantes dans des films, elle a beaucoup aimé le cinéma. Puis les riches amants qui se succèdent tout en l'entretenant, mais ils sont exigeants, jaloux, il faut être en perpétuelle représentation, elle en a marre de cette dépendance, elle préfère la rue et redevenir libre tout en  continuant à mener le train de vie qu'elle aime avec une passion particulière pour les belle voitures. La rue c’est les passants, moi-même je passe, voyageuse, un peu mercenaire car la peur je ne connais pas et dans ce métier, elle n'est pas de mise.

Et le trottoir ça lui plaît, être dehors, regarder la vie, le mouvement, elle parcourt au moins 10 km par jour, par tous les temps et elle n'est jamais tombée malade. Effectivement, elle a l'air sacrément en forme.  Elle met un point d'honneur à être bien vêtue, bien présentable, propre sur elle, évidemment, il y a toujours de mauvaises langues  pour faire  des remarques sur ces seins qu'elle montre. Ben quoi ! me lance-t-elle, tu veux que je les mette où,  derrière mon dos pour les cacher ? En plus, ce sont des vrais.
- Tout le monde me connaît ! se réjouit-elle,  les papis et les mamies qui m'appellent par mon prénom et me saluent, les gens de l'hôtel devant lequel je me trouve,  m'offrent des croissants. Et ça me rend heureuse.
Des enfants elle en a eu, elle lâche très naturellement, on peut être "mère et pute", c'est pas incompatible. Ecrivaine à ses heures, elle estime que les femmes sont dans  les gaufreries nulles de la TV,  soit avocates,  soit dans un pieu et pense qu’elles méritent de  meilleurs rôles, pour ce faire, elle écrit "Les aventurières du Zimbabwe", cinq femmes PDG de multinationale qui se partagent le même homme. Elle avait aussi un quart de page sous la rubrique gastronomie dans  Minuit Plaisir, elle donnait ses recettes de foie gras et signait sous pseudo La Grosse, parce qu'elle l'était et ça l'a fait encore rire.

Tu vois ma chérie !  J'aime mon métier parce que c'est un vrai métier, il faut avoir des compétences sociales : écouter, être patiente, s'intéresser aux autres. Celles qui entrent dans ce métier devraient prendre des cours de maintien, de tenue vestimentaire, de massage, de respect de soi-même, s’imposer une discipline rigoureuse.  On devrait avoir un titre d'assistante sociale avec brevet de sexologie.  On ne fait pas ça à la petite semaine quand j’en vois certaines qui osent sur le banc devant l’église du Temple, je les chasse, comme les dealers et des toxico qui laissent leurs  seringues dans la cour du préau de l’école et que je ramasse pour éviter que les enfants ne jouent avec. Les Pâquis,  c’est mon petit pays et je le défends.

Moi,  j'aime tous mes clients, ils sont tous beaux, je ne fais aucune discrimination, même les handicapés ont droit à l'amour. La seule exception, ce sont les hommes ivres.   Je ne bois pas, je ne me drogue pas, je suis très saine. Et que pourrait-on nous reprocher ? On fait l’amour, pas la guerre.

On nous a affublées d'un nouveau titre "artisanes indépendantes" - je les imagine entrain de bricoler - et rectifie gentiment qu'il s'agirait plutôt d'artistes indépendantes. Et c'est une  artiste, avec son corps comme lieu de  théâtralité et de mise en scène. Elle peint aussi et présente fièrement son œuvre, une magnifique fresque murale qui représente un paysage de bord de mer, une île, un palmier et un seul oiseau. Pourquoi pas deux ? Juste parce qu'il a envie d'être peinard, tout seul,  répond-elle.

Les hommes sont adorables, elle les décrits  avec beaucoup de tendresse.
"Tu sais, ils viennent chercher de l'écoute, de l'attention, se faire câliner. Certaines femmes après avoir mis au monde leurs  enfants ne s'intéressent plus à leur mari, juste des pondeuses qui oublient de rester encore des maîtresses, certaines vont jusqu'à  les maltraiter, les ridiculiser. Alors, ils viennent se consoler. Moi, j'aime tous mes clients, ils me permettent de vivre comme je l'entends et je leur en suis reconnaissante.

Et Grisélidis au Cimetière des Rois ? - C'était une pute sociale au grand cœur, je dis pute parce qu'elle revendiquait  ce titre, c'était une vraie militante, elle mériterait un monument au cimetière des Rois.


Walkyrie ou Victoire de Samothrace des Pâquis, c'est égal. Myriam est une joyeuse qui aime rire, fait rire ses clients avec qui parfois elle pique-nique, elle trouve que c'est un beau métier, elle n'a pas de mac, elle l'a choisi, elle l'assume, le revendique.

Libre, elle voyage , se remarie pour la onzième fois avec un homme jeune et amoureux. Vive la vie !

22:16 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0)

15/02/2009

"Les Pâquis, c’est pas une réserve d’Indiens !"

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Une petite litanie trotte dans ma tête  durant le parcours  qui me mène au rendez-vous pris avec Pierre Losio : “Ma p’tite, t’interviewe l’homme et pas le politicien, l’homme et pas le vert, l’homme, l’homme, l’homme.”

Il entre dans le bistrot décontracté : jeans, gabardine bleue, col roulé anthracite, il me salue en me regardant par dessus ses lunettes tenues en équilibre au bout du nez. Je me sens un peu l’insecte observée par un entomologiste concentré, à chacune de mes questions,  de ses yeux marrons foncés,  il vous fixe par dessus ses lunettes pour s’assurer d’avoir bien saisi la question, et purée à vous regarder comme cela, vous vous confortez , ça donne à vos questions l’air d’être presque très intelligentes.

Sans que je m’y attende le moins du moins, dès les premières minutes, ce n'est ni le politicien, ni l’homme qui se présentent. Il  pose sur la table une enveloppe,  en extrait une photo de lui instituteur de  classe primaire aux Pâquis. Inattendu !! j’étais pas prête à ça, j’avale la surprise d’une traite, l’air de rien.

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Il tient entre ses mains une  photo en noir et blanc et passe en revue toute sa classe, sa première volée de 1982  à l’Ecole Centre des Pâquis, il se souvient de  chaque prénom, cite le  métier des parents : Tiens celui-là, il est devenu prof de math à Bogota. Lui, Cédric, il travaille dans le quartier. Les deux jumeaux, aïe, je les confonds toujours.

Oui, c’était un choc, raconte-t-il, instit à l’école des Pervenches de Carouge, il se retrouve aux Pâquis. Il avait l’impression d’avoir débarqué sur la planète Mars, impressionné par le brassage de population, par les flux migratoires :  après les Italiens et les Espagnols il y a longtemps, les Kurdes,les Tamouls, les Balkaniques. Il se souvient des Kurdes qui le jour de la rentrée sont arrivés avec une petite ardoise mais ne sont pas revenus l’après-midi car ils n’étaient pas au courant de l’horaire scolaire ; de la chorale des enfants italophones qu’il animait et qui avait chanté le dimanche matin à la fête des promotions sous le regard embué de larmes des mamans transalpines, si touchées, si reconnaissantes.
Mais, Pierre n’oublie surtout pas de citer ses maîtres de  pédagogie, Célestin Freinet, Jean-Pierre Guignet et Muriel Beer avec qui il a travaillé plusieurs années en duo.Pour clore le chapitre de l’école, il cite François Mauriac, j’ai adoré ce métier parce que “ l’instituteur est celui qui institue l’humanité dans l’homme en devenir »

carnet.jpgEt dans la foulée, il me montre son propre bulletin scolaire de 6 ème, les remarques font sourire et c’est resté tellement lui, du reste, il en a fait une carrière de tout ce qu’on lui reprochait très gentiment :  Babille ! Bavard impénitent ! Pas de questions intempestives ! Pas de football en classe !


L’enseignement, puis la musique qui est là, omniprésente qui le suit pas à pas, en parallèle de ses activités d’instit. Cofondateur du Beau lac de Bâle, de l’AMR, du Festival du Bois de la Bâtie, Pierre comme joueur de  guitare basse. On le voit cheveux longs sur les photos, une casquette vissée sur la tête, un t-shirt sur lequel est inscrit Twist et Patrie.  Puis avec Patrice Mugny, il lance l’association Post Tenebras Rock qui s’est donné pour but de créer un lieu permanent de concerts et de promotion de la musique rock.  Mais finalement, le guitariste avoue préférer par dessus tout le jazz, il joue pour le plaisir dans un quartet de jazz à l’AMR.

L’enfance ?   Un père italien engagé , communiste et qui  se prénommait superbement Germinal ; son oncle Avanti, ça ne s’invente pas. Pierre a grandi pratiquement élevé que par son père seulement. Ils vivaient près du Pont des Acacias dans  l’unique immeuble du quai des Vernets ; derrière l’immeuble un infini terrain vague et d’aventures qui s’étendait jusqu’à la Praille et où vivaient des forains dans leurs roulottes. A l’école on nous traite parfois de bohémiens.
Germinal fut aussi un grand footballeur et grâce à  cela il fut facilement naturalisé suisse, ce qui lui permit de jouer dans l’équipe suisse où il se distingua notamment avec son corner  : mais oui ! Souvenez-vous “Le corner à la Losio.” Il fut champion suisse dans le club Servette.

Mais le fils, rebelle, ne suivra pas les traces de son père qui du reste était très exigeant : Allez, plus de pied gauche, moins de pied droit. Lui, son truc c’est le rugby. Il serait capable d’aller au bout du monde  voir un match de rugby.

Finalement à la politique on y arrive tout doucement, parce que ce n’est pas juste siéger à des commissions, c’est vivre ce que l’on pense au quotidien et c’est bien ce que fait Pierre. Actif aux Pâquis, où il y vit depuis environ quinze ans,  il écoute, il interroge, il boit le café à la boulangerie des Pâquis, chez Graziella et discute avec les clients, les personnes âgées qu’il accompagne parfois dans leurs démarches administratives. Un Vert actif, il contribue à l’augmentation des rues piétonnes dans le quartier en bloquant avec des militants de SURVAP la rue si nécessaire ; tables, chaises, ballons et sirop pour tous.
Quant aux Pâquis, il maintient que ce n’est pas une réserve d’Indiens bien qu’on pourrait vivre en parfaite autarcie, on a tout aux Pâquis, c’est vrai. Mais, il  faut s’ouvrir, sortir de son village, parce que  oui !  les Pâquis, c’est un village où tout le monde se connaît.

Oui, conclut-il, je suis un Vert convaincu, je l’imagine quelques secondes en marronnier, platane, chêne solide au coeur des Pâquis, poumon vert du quartier et  un Vert bien décidé à se représenter au Grand Conseil.

Tu comprends, il faut bien défendre  l’aquarium dans lequel nous nageons tous et à l’allure ou ça va, la qualité de l’eau de l’aquarium,aïo aïo !!!

Pierre n’est pas marié ; il partage sa vie avec sa compagne chinoise, Jacqueline, dont la culture de la vie empreinte de fortes valeurs lui apportent l’équilibre et la sérénité qui lui manquaient, dit-il.


Finalement, j’aurai eu l’instit, le musicien, l’homme et le politicien et surtout par dessus tout  quelqu’un qui continue à distiller beaucoup d’humanité ! Merci l’instit ! C’est vrai, il l’admet , on reste toujours instituteur, toute sa vie  et on s’efforce de continuer à  transmettre de  l’humanité à l’homme .

23:16 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0)

26/01/2009

Faut pas couper les cheveux en quatre !

 

 

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Salon José à la rue de Fribourg, Monsieur José Gilarranz m’attend patiemment en faisant des mots croisés, le journal posé bien ouvert devant lui. Il ôte ses lunettes et me salue. Deux chaises de coiffeur en cuir, un salon lumineux qui donne sur la rue.

Originaire d’Espagne, de Segovia dans la région de Castilla y Leon, il décida de quitter l’Espagne de Franco,  trop dictatorial à son goût, bien qu’il n’ait eu aucun problème particulier.  Lui, s’estimait un homme libre qui n’avait aucune raison de subir ce régime qui ne lui convenait pas.

Donc direction Suisse- Arrivé à Genève, il a des amis au bar Don Quichote à la rue de Berne, après une semaine, ils  lui trouvent un emploi de coiffeur déjà expérimenté à la rue du Stand.
Des fourreurs tenant boutique à côté du salon de coiffure décident de s’étendre et l’achètent. Il perd son emploi.

José , toujours aussi libre opte,  cette fois-ci,  pour se mettre à son compte. Il devient son propre patron à la rue de Fribourg et appose sa belle enseigne blanche ronde, au-dessus de la vitrine et sur laquelle on peut lire : Salon José - c’était en 1965.

Le Français, il l’a appris aux cours du soir de l’Ecole Club Migros. Les Pâquis, c’est son quartier, il y a sa clientèle fidèle depuis plus de 40 ans, composée à 60% d’Espagnols.

Des problèmes dans le quartier ? Pas tant que ça, une fois le personnel du restaurant El Ruedo l’a appelé le soir pour lui annoncer que sa vitrine venait d’être fracassée. Il arrive en courant, une bagarre qui s’est mal terminée et un des deux protagonistes finit sa course, projeté dans la vitrine. Ce n’était pas intentionnel,  insiste-t-il, que voulez-vous voler chez moi ? Des chaises de coiffeur, des peignes  ? – Il hausse les épaules.

Genève c’est ma ville, j’y resterai même après ma retraite, c’est mon pays, un pays cinq étoiles. Lorsque vous êtes au sommet du Salève et que vous voyez la rade scintiller de milliers de lumières , ah ! c’est la plus belle ville du monde. Vous êtes pas d’accord ? C’est unique !

Un client rentre et s’installe dans la chaise de coiffeur. Je demande à prendre une photo tandis que le coiffeur de ses mains expertes fait courir  ciseaux et peigne à toute vitesse. Je m’adresse au client :
- Monsieur, ça ne vous dérange que je photographie Monsieur José entrain de vous coiffer. Sur la photo, on y verra que votre nuque.
- Allez-y, faites seulement, c’est ce qu’il y a de plus beau chez moi. Eclat de rire.

- Monsieur José, quand vous disiez être un homme libre vous entendiez quoi par là, au juste ?

-Faut pas couper les cheveux en quatre, hein  ! Le mot, il faut le prendre comme il vient tout entier.
Un homme libre, c’est un homme qui fait ce qu’il veut dans sa vie et de sa vie, sans pression de nulle part.

Quelqu’un de libre quoi, quelqu’un comme moi !

20:01 Publié dans Genève | Tags : coiffeur, espagnol, pâquis | Lien permanent | Commentaires (3)

23/01/2009

Libre circulation - Dessine moi un Rrom !

 

 

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Mais qui sont donc ces Rroms qui hantent Genève et qui font couler tant d’encre ? Les représentants de Mesemrom sous l’autorité de Dina Bazarbachi (photo) et Doris Leuenberger étaient là, hier, réunis dans la salle du Temple des Pâquis ,  pour décrire ces mendiants et musiciens venus pour la plupart de Aïud, préfecture d’Alba Iulia en Roumanie. Ils viennent d’être renvoyés de Genève, il y a quelques jours seulement, 27 d’entre eux dont 15 hommes, 7 femmes et quatre enfants avec une interdiction d’entrer en Suisse pour  deux ans .

Contrairement aux discours xénophobes, il n’y a pas eu d’augmentation massive d’arrivée de mendiants depuis 2004 selon les dernière statistiques de la police et comparées aux précédentes. Malgré la crainte de l’appel d’air, plus on les aide plus ils viendront est fausse, il y a auto-régulation de cette communauté.

Contrairement à ce qu’on tente de vous faire coire, il n’y a pas de réseau mafieux. S'ils étaient voleurs, ils ne mendieraient pas. Ce sont des mendiants qui tendent le gobelet en espérant une vie meilleure chez eux, une vie digne et décente. Leur objectif est de s’offrir ces conditions de vie. Actuellement, à Aïud, ils dorment tous dans une seule pièce, tirent l’eau du puits, évoluent  dans des conditions de précarité extrêmes. Avec  l’argent récolté, ils espèrent se construire peu à peu une maison digne de porter ce nom et de pouvoir nourrir leurs enfants décemment.

Il est intéressant de constater qu’ils nous étonnent, qu’ils nous surprennent mais nous autant qu’eux. Ils ont même parfois peur de notre attitude hargneuse, chargée de rancoeur, de rage, ils ne comprennent pas forcément notre  haine . Pourquoi eux tous sont renvoyés et pas les autres mendiants, eux tous paient une amende et pas les autres ? On les déclare sans adresse sur le procès-verbal des amendes , alors qu’ils en ont une à Aïud clairement écrite  et identifiable sur leur document d’identité.

Et puis toutes les prestations qui leur sont refusées en plein coeur de l’hiver, ils n’ont pas droit aux abris et sont chassés de sous les ponts au milieu de la nuit , du coup ils vont se réfugier,  éparpillés,  dans les parcs genevois, au nom de la fameuse crainte d'appel d'air.   Par là-même le canton déroge à toute les lois d’aide d’urgence en faveur des plus démunis. Deux poids, deux mesures. Une discrimination bien réelle alors  que la Ville a  ratifié la " Charte Européenne des droits de l’homme dans la Ville".

Autre projet commun et qui mérite notre attention est celui de la construction de bains publics à Aïud pour les Rroms et pour les Roumains qui vivent aussi dans des conditions précaires. Un projet qui coûte 100’000 francs et pour lequel l’association Mesemrom cherche des fonds.
Pour plus de détails sur ce projet

http://www.mesemrom.org/projets.html


Il est important de souligner aussi que la Roumanie s'est engagée dans des programmes d'aide importants et qui s'étaleront sur des années. Etonnamment, aucun de ceux qui poussent des cris  d’effraie n’étaient présents à cette rencontre de découverte des autres, enfin savoir qui  sont ces Rroms et pourquoi ils nous font tant peur, s'offrir enfin l'occasion de casser des clichés bien ancrés.

On leur en veut surtout de nous montrer la misère là sous nos yeux, nous qui sommes si riches, si pleins, si tant de tout !!

 

09:35 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0)

20/01/2009

Rue de Berne - Parfum de scandale

 

 

12h30.  Le petit resto est plein à craquer, le patron s'agite, il invective, donne des ordres, reçoit le client, lui offre  une boule de falafel !  Il soigne sa réputation de meilleur Kebab de Genève et c'est pas surfait.

Sur les murs des photos vieillies de Beyrouth à la grande époque, celle où on la surnommait la Suisse du Moyen-Orient, quelques articles du patron mis dans des cadres sous verre et qui sont la fierté du snack libanais.

 

Les clients sont quasi collés les uns aux autres, je me faufile, me glisse derrière une table à quatre, quelques minutes après deux hommes s'installent à côté de moi. Et évidemment, il faut bien laisser traîner l'oreille tandis que je mange tranquillement mon chawarma en buvant mon ayran épais et onctueux,  fabrication maison.

 

Les deux hommes portent beau malgré la post cinquantaine bien frappée, des manteaux  bleus en laine épaisse, des chaussures Weston, quelques bijoux en or et des montres lourdes au poignet. Ils sont parfumés abondamment, ils annoncent leur arrivée ainsi de manière triomphale à ma petite table. Ils demandent s'ils peuvent s'asseoir et commencent leur conversation en parlant doucement :

 

-         Alors les affaires ?

-         Tiens prends une Kofta, elles sont bonnes !

-         Bof ! Avec la crise

-         C'est surtout les nanas qui emmerdent, t'as beau leur offrir des cadeaux, c'est jamais assez. Elles veulent  toujours davantage.Tiens !   Je lui ai proposé un voyage à Nice, elle a haussé les épaules.

-          Trempe-la bien dans la tahina

-         Sale temps !

-         Et alors ton avocat ?

-         Tu partages une saucisse avec moi ?

-         Il est bien, très fort. Il m'a fait sortir rapidement,  mais ça a coûté bonbon

-         Tu la veux forte ou pas ?

-         Forte, très forte !

-         Et le fric ?

-         Bof, ça va. Ça vient.

-         On commande encore un taboulé et on le partagera ?

-       Comme dans les affaires mon vieux, fifty-fifty. Ok pour  le taboulé .

 

J'adore, ce petit parfum de scandale qui plane sur les meilleurs chawarmas de Genève. Je me lève . Ils  s'excusent :

 

-         Au revoir, on ne vous a pas dérangée ?

-         Pas du tout, pas du tout, bien au contraire.

 

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16/01/2009

Une sexagénaire poignardée sur le Quai du Mont-blanc

 

 

Luigi_Lucheni_02.jpgLuigi Lucheni alors âgée de 26 ans voulait à tout prix tuer, achever les grands qui faisaient son malheur, ceux qui étaient la cause de sa misère. L’anarchiste par ce samedi 10 septembre 1898, assassine en lieu et place du Prince d’Orléans qui reporta à la dernière minute son voyage, l’impératrice d’Autriche et reine de Hongrie, épouse de François-Joseph 1 er de Habsbourg, la joliment  dénommée Sissi, cousine du roi de Bavière Louis II de Wittelsbach.
Souvenez-vous du Crépuscule des Dieux, où Visconti nous montre un roi fou, mégalo et qui finira par se suicider.

L’anarchiste se poste donc près de l’Hôtel Beau-Rivage où résidait l’impératrice.  A 15 h,  elle prévoit une promenade en bateau qui devait la mener à Territet pour sa résidence. Alors âgée de 61 ans la dame qui soignait sa neurasthénie meurt  sous la lame effilée et tranchante de Luigi. Après le coup fatal qu’elle prit pour un coup de poing, elle entre toutefois dans le bateau et y perd connaissance. Elle succombera à sa blessure trois heures plus tard. C’est le concierge de la rue des Alpes qui retrouvera l’arme du crime, un couteau au manche en bois fabriqué par Luigi lui-même.
François –Joseph son époux inconsolable , quelques années plus tard,  perdra son neveu assassiné,  à Sarajevo,  d’une manière plus ou moins analogue par un nationaliste serbe, membre de la Main Noire, organisation extrêmiste.

Luigi Lucheni, l’ouvrier italien révolutionnaire sera immédiatement arrêté et emmené et soumis à un interrogatoire au poste de police, situé  à la rue des Entrepôts. Il est fier de son crime, il lui paraît avoir par ce geste contribué à la lutte contre les grands, il se pavane et crie à la cantonnade : » Un Lucheni tue une impératrice, jamais une blanchisseuse ! », il réclame l’échafaud, à la lecture de la sentence, il crie à l'adresse du public « Vive l’anarchie ! Mort à l’aristocratie ! » De là, il sera transféré à la prison genevoise de l’Evêché. Dans sa cellule, il y affichera la photo de Sissi qu’il avait tuée. Les deux avaient en commun une révolte contre l’injustice, tout autant que lui, Sissi ne supportait pas l’oppression. lI entrera dans l’histoire aux côtés des plus grands, son nom est lié dorénavant à celui de Sissi.
Détenu jusqu’en 1909, il apprendra le français en prison et entreprendra d’écrire ses Mémoires sous le titre : »Histoire d’un enfant abandonné à la fin du XIX ème siècle «  - abandonné par sa mère à Paris, simple journalière du village d’Albareto de 18 ans qui le mettra au monde après avoir caché son ventre et sa honte. Recueilli par une institution religieuse St-Antoine, il fut confié à des parents nourriciers à Parme, puis il passera d’une famille d’accueil à une autre , carence affective, privé de repères et d’affection, Luigi découvre à travers les discours propagandistes anarchistes une raison d’être et de se battre. Il sera employé aux chemins de fer italiens, puis on le voit à Trieste sans emploi, finalement maçon à Lausanne.

Un gardien de prison, le gardien-chef Depierraz lui volera ses cahiers, ce qui devait entraîner le suicide de Luigi en 1910, trouvé  pendu par la ceinture dans sa cellule.  Dépossédé de ses cahiers qui donnaient un sens à sa vie,

Luigi lisait beaucoup et la phrase qu’il préférait était celle de Schopenhauer :


« S’il y a un Dieu, je ne voudrais pas être celui-là. »

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