10/09/2012
De la gare Cornavin à Culoz – Le cimetière des trains
Dorénavant, seul le vent traverse ces wagons laissés à l’abandon; dans un cimetière de trains ou un mouroir. Une locomotive a tiré ce qui est devenu depuis un tas de ferraille. Traînés hors de l’arène, pareils à ces taureaux de corrida, achevés, que l’on sort emportés par des charrettes poussées par des chevaux, sous les hourras passionnés des aficionados qui se sont repus du spectacle de la mort, au son d’un paso doble. Mais là, ni musica, ni fanfare. La masse lourde est reléguée aux oubliettes, sur des rails entre lesquelles poussent la chienlit. Dans un silence effrayant.
Adieu, le cri des enfants joyeux qui partaient leurs sacs à dos remplis de friandises pour la colonie de vacances. Les hommes et les femmes pressés de se rendre au travail tapant fébrilement sur les touches de leurs ordinateurs, emplis de rêves de promotion et de succès. Adieu, les couples serrés, l’un contre l’autre, dans les petits matins froids, d’une aube naissante. Les bidasses qui riaient aux éclats après de lourdes plaisanteries. Un étudiant qui, chaque matin, potassait ses cours, murmurant entre ses lèvres des chapitres qu’il ingurgitait d’une traite. Et ces petites vieilles dames si élégantes avec leur chapeau, à qui il fallait toujours porter les valises, si lourdes; les secrets d'une vie finissent toujours par peser.
Et le sifflet du chef de gare qui arborait dignement sa casquette à visière noire et insigne dorée et qui donnait le signal du départ ; un son strident qui emplissait la gare et faisait frémir d’impatience les voyageurs. Puis, doucement d'abord, la lente machine démarrait péniblement et finissait par filer, légère, droit devant elle, imposante et fière. La belle agitation n’est plus qu’un souvenir.
Ah ! Comme pour les hommes, il est dur de vieillir, on vous poste dans un coin et on vous laisse livré à vos souvenirs, ceux du temps où vous étiez encore si vaillant et si entouré. Et les machines, c'est comme les hommes, et les hommes comme les machines; il faut rouler de plus en plus vite, sinon, gare à la casse !
Seul le vent fredonne sa chanson entre les sièges si vides, la chanson du temps qui passe .
Un grand merci pour ces photos à Bruno Toffano, la suite des photos sur son site récemment lancé sous les blogs de la Tribune de Genève
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