25/08/2012

Le nombre de dealers est proportionnel à nos addictions

872965195.JPGUn sujet qui fâche, les dealers qui envahissent les préaux d’écoles aux Pâquis, qui se battent aux couteaux entre eux pour le millimètre de trottoir , des commerçants excédés qui montent au front.

On pointe du doigt les vendeurs de « rêves et d’extase » et qu’en est-il du consommateur ?

Celui qui vient ranger sa BMW aux plaques genevoises,  le long d’un trottoir pour acheter sa dose et celle de ses potes. Le portier d'un hôtel qui répond sur-le-champ à la demande de ses clients. La responsable des ressources humaines d’une compagnie qui vient acheter de quoi amuser les employés en fin de soirée de fin d’année pour les consoler de la prime non versée et leur faire plutôt voir blanc que rouge.   Avocats, traders, étudiants, travailleurs acharnés qui ont besoin d’un stimulant pour résister à la pression et continuer à être rentables comme des citrons qu’on pressent,  jusqu’à rendre l’âme.  Gars en uniforme . Qu’en est-il de tout ceux qui ont pignon sur rue, sniffeurs occasionnels ou  schnouffeurs accoutumés ?

Et puis tant qu’on y est la liste des addictions est bien longue; drogue, alcool, télé, internet,  beaucoup de sexe et peu de rock’n' roll, jeux vidéos, jeux de hasard qui ne sont que du bonneteau officialisé dans le fond et j’en passe.

Alors oui, on peut continuer à ergoter;  jouer les redresseurs de torts accuser quelques NEM (non entrée en matière de requérants d’asile) jetés dans la rue,  à l'âge de 15 ans,  et qui dealent. En faire tout un fromage ou tout un joint; continuer à peindre la girafe sur les trottoirs pâquisards, gueuler jusqu’à la Saint-Glinglin;   jeter de l’huile sur le feu, braire comme des ânes qu’on castrerait.

Force de conclure que c’est notre tempérance qui contribuera à diminuer le trafic de drogue. Ce sont  nos propres addictions qui permettent à des dealers vendeurs de shit et autres d’envahir les préaux d’école, parce que, eux,   savent,   que compte tenu de la qualité de leurs clients, de leur dépendance  et de leurs propres réseaux d’influence, qu'ils sont tranquilles pour l’éternité.  Notre  manque d'abstinence participe largement à leur business et nos vices nous rendent complices de la mise  en danger d'enfants dans le  préau d'école.

La question serait aussi  de savoir s'il y a un lien direct entre l'offre et la demande, et  si le nombre de consommateurs augmente proportionnellement au nombre de dealers  et vice versa ? La poule, ou l'oeuf d'abord? 

Ce qui est certain, pour réduire les nuisances liées à la  drogue, commençons par devenir moins addictifs, voire plus sages, - miroir aux alouettes -  en attendant de voir diminuer le nombre de consommateurs qui viennent se fournir aux Pâquis , on peut encore essayer de mettre le jet d’eau sous une cloche de verre, ou en bouteille.   

Pour mémoire et lu dans la presse récemment : "les statistiques des villes suisses  montrent  un bien triste record: elles arrivent en tête du hit-parade européen de la consommation de cocaïne, en partageant ce rang peu enviable avec de grands centres urbains des Pays-Bas ou de Belgique. C’est le résultat d’une comparaison à l’échelon européen publiée et mise en relation avec les données suisses recueillies par l’Université de Berne et l’Institut de recherche sur l’eau (Eawag) à Dübendorf."


La tempérance , frontière contre les addictions,  est bien un art de vivre qui exige une grande discipline intérieure, l'art du contentement et du renoncement.  Je propose d'ouvrir des ateliers de réflexion philosophique aux Pâquis, destinés aux dealers, aux prostitué-ées et aux clients des deux groupes. 

Ma note à ce sujet - La tempérance, source d'indépendance et de liberté


Commentaires

Tout à fait juste.
Sans clients, les dealers partiraient en courant !

Écrit par : Victor Winteregg | 25/08/2012

Votre post-scriptum, écrit en italiques, est intéressant et courageux.

Pour en venir au corps principal de votre billet :
Lorsque j'ai lu que la rixe de l'autre nuit a eu lieu parce que les dealers ont voulu forcer un achat, j'ai trouvé qu'on était passé à un degré supérieur du deal.
Pensez-vous qu'on nous ait menti ? L'Achat Forcé serait une légende urbaine ?
Pour moi, c'est une question importante.

Personnellement, je suis addict du café, du chocolat, d'internet et puis, je me ronge les ongles, malgré mon grand âge.
Je gère et n'embête personne avec ça et je ne suis pas d'accord de me battre la coulpe parce que des gens ont besoin de se fournir en choses illicites.
Je refuse de relativiser le problème du deal et de la violence que ça amène.
Et je réclame de pouvoir me rendre aux Pâquis sans devoir payer un droit de passage en achetant je-ne-sais-quoi.
La poule et l'oeuf, bien sûr. Mais l'objectif n'est-il pas de revenir à un fonctionnement hors-poulailler ?
Si les prix sont attractifs, la clientèle potentielle augmente, comme pour tout. En Suisse, on a l'argent et on a une belle offre, voilà pourquoi, chez nous, on consomme.
Si de plus, en tant que commerçant ou habitant d'un quartier, on est obligé d'acheter ...
(Il y a des gens pour dire que les dealers auraient des complicités haut-placées. Comment savoir ?)
Oui, votre idée d'atelier de dialogue philosophique est une bonne piste, mais elle ne sera pas suffisante pour sortir de ce poulailler.

Écrit par : Calendula | 25/08/2012

Il faut prendre très au sérieux l'augmentation des addictions aussi. Se sent-on si mal en Suisse pour se doper ? Le trop d'argent rend-il triste à mourir au point de devoir l'oublier ?

Écrit par : cécile | 25/08/2012

La cocaïne, outre qu'elle est plus voluptogène que le tabac, ne produit ni odeur ni fumée. Idéal pour chasser le spleen avant d'aller en boîte de nuit. Mais hélas très addictive, elle coûte cher à la société et remplit les poches des "addictologues" sans rapporter un sou à l'Etat.

Plus facile de pourchasser et de persécuter les "fumeurs récalcitrants" que les dealers...

Notre commentaire raisonnable et raisonné ici:

http://lesdissidentsdegeneve.ch/index.php?option=com_content&view=article&id=2841:interdiction-de-fu

Écrit par : jaw | 25/08/2012

Que de clichés... c'est drôle je les vois tous les jours depuis la fenêtre de mon bureau et malgré tous mes efforts je n'arrive pas a détecter plus de 5% de clients qui seraient éventuellement avocat ou banquier... le 95% on plutôt l’air de branleurs et de marginaux. On ne doit pas parler de la même ville.

Quand a la DRH qui va acheter de la dope pour ses collaborateurs... mais pitié. Vous connaissez vraiment une boite qui fait ça, ou vous vous dites que ça doit logiquement exister ? Comme les crocodiles dans les égouts ?

Ceci dit vous avez tout a fait raison sur ce point: Si on veut tuer un marché il faut éliminer aussi bien les producteurs, que les intermédiaires et les consommateurs. Mais vous savez aussi bien que moi qui hurle au fachisme quand on prétend réprimer les camés...

Écrit par : Eastwood | 25/08/2012

Il est vrai que la coke est devenue recreative et qu'a nombreuses soirees, celles d'entreprises ou pas, elle circule librement comme si c'était du champagne, on la regarde avec complaisance parce qu'elle rend hyperactif et que les gens bossent avec ça. Quant aux marginaux et branleurs selon Eastwood ont -ils les moyens de s'en payer ? ou eux c'est plutôt de l'herbe qui ne les font pas bosser, bien au contraire, garder les yeux mi-clos dans le vague et qu'on deteste ca et puis pour bosser où ? ils sont sûrement au chômage ou à l'assistance publique.

Écrit par : cecile | 25/08/2012

Que dire des cartels de la drogue tout puissants ? Ils sont alliés avec les membres des gouvernements tout le comme sont les cartels des groupes pharmaceutiques et militaires. Ils n'ont que faire des lois puisque ce sont eux qui les font et ils se réjouissent de notre consommation devenue une réalité dans une vie où l'on a presque plus le temps de respirer... Alors oui, notre responsabilité est de prendre soin de nous et de nous guérir de nos addictions au prix personnel que cela entraîne. Mais combien peuvent-ils se le permettre ? La survie de la famille, la nécessité de gagner sa vie pour nourrir sa famille passe avant tout quand on a des enfants. Et c'est là que les choses deviennent difficiles.

Écrit par : Charlotte | 25/08/2012

Djemâa,

Votre point de vue est très intéressant. Il pose une clé dans la bonne serrure. Les vendeurs d'addictions n'existent que parce que nous sommes des acheteurs d'addictions.

La notion de tempérance appelle au gouvernement de soi-même. Ce qui me paraît être une réelle voie libératrice. Mais une voie difficile! Il faudrait commencer à la travailler très tôt chez les enfants, en faisant reconnaître un vrai besoin d'un faux par exemple. Il serait bien de la rendre attractive, en montrer les éléments positifs, l'expliquer non comme un interdit mais comme une distance intérieure par rapport au saisissement de la dépendance.

Il y a un beau travail à faire sur ce thème.

Par contre je suis moins à l'aise avec certains passages. J'ai un peu l'impression que tout le monde est victime: le dealer, l'employé qui n'a pas eu sa prime, celui qui ressemble à un personne de Zola tellement il est victime.

Je crains - je pense même - que la culture de la victime maintient dépendant et ne peut pas aider à la tempérance. Dans la tempérance telle que je la comprends on doit travailler à garder le pouvoir émotionnel sur soi, autant que possible. Or se présenter en victime est donner le pouvoir émotionnel et intellectuel à d'autres. Ce qui risque d'augmenter l'addiction.

Bien à vous.

Écrit par : hommelibre | 27/08/2012

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