21/08/2012

"Mon empire pour un sandwich"

120817-HNB141853N.jpgMon cher Louis, très cher cousin. Ah ! Si vous saviez combien les  Genevois m'ont gâtée. Me voici érigée en statue de bronze, à la taille si fine;  vivante, j'en rougirais de plaisir. Moi Impératrice d'Autriche et reine de Hongrie, loin de la matriarche Sophie et de l'ennuyeux époux,  François-Joseph, enfin je parade, libre et heureuse.  Si loin de la cour. Adieu protocole et baisemains ! Quel soulagement.

Dans le quartier où je pose pour la postérité, le  « Morgengabe » est monnaie courante.  Vous souvenez- vous,  cet  affront que j'ai subi le lendemain de mes nuits de noces, en recevant une cassette de pièces d'or, comme une vulgaire fille de joie. Heureusement, que je suis, selon les rumeurs dans un quartier où , les pauvres dames ne recoivent que de misérables billets qui circulent de main en main. Je me console en me disant que je valais bien quelques écus d'or bien que la bagatelle, vous savez ce que j'en pense, avec ou sans écus.

 

Cher  Louis, vous, mon très tendre cousin,  si  féru de Beauté, vous seriez aux anges, à mes côtés et ce serait fort à propos que vous pourriez comme vous aimez tant le faire me surnommer :  « La Mouette ,  d'aucun pays », maintenant que je réside définitivement si proche du bleu de ce lac Léman magnifique. Je le survole en pensées.   J'imagine, déployer mes   ailes majestueuses et virevolter en regardant le Mont-Blanc, tournoyer inlassablement autour de ce qu'ils appelent le « Jet d'eau ». Vous pourriez, quant à vous,  vous laissez aller à votre douce rêverie en admirant le lac, tandis que pour ma part, je tourne le dos à ces merveilles, certainement pour me faire oublier le lieu de mon assassinat , le Quai du Mont- Blanc et me distraire de ma propre tragédie. De  Là, je ne vois que ma chambre, de l'Hôtel Beau-Rivage, celle où je m'y suis si souvent et tant  languie. J'aurais préféré admiré le lac et ses dégradés de bleu.

Cher  Louis, associez vos prières aux miennes et rejoignez-moi, sans plus tarder.  Nous mêlerons nos deux mélancolies pour construire des châteaux en Espagne. Cher" Aigle des montagnes de Bavière", sur ces quais amusants où tout n'est que fureur et mouvement, nous pourrions disserter sur la beauté du monde en contemplant les monts enneigés.

Loin de l'ennui du  « Château de  Schönbrunn » de ses bals insipides, on s'amuse follement ici, croyez- moi. Fêtes et feux d'artifices, vous raviront les yeux, et votre musique bien-aimée ne saurait manquer à ce paysage féerique.

L'autre jour, un homme relativement fort, s'est assis à mes pieds et il  réclamait,  à cor et à cri : « mon  sandwich à la  mayonnaise », son épouse ne cessait de maugréer en farfouillant dans un sac.  Moi, qui craignais tant de ressembler à un tonneau, ces rondeurs à  mes pieds m'ont réconciliée avec la joie de vivre.  Aujourd'hui, je donnerais mon empire pour son sandwich et renoncerais,  à mes 50 centimètres de taille, sans hésiter.   Oh ! Que les gens sont drôles, ici.

 

Votre chère et tendre cousine,  Sissi

 

Elisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach Duchesse en Bavière,  devenue impératrice d'Autriche et reine de Hongrie, surnommée "Sissi"  décrivait  Genève en ces termes : "C'est mon lieu de séjour favori parce que je puis y marcher à ma guise parmi des gens cosmopolites : cela me donne l'illusion d'être vraiment telle que chacun devrait être".

 

 

 

 Photos Bruno Toffano pour tout contact toffano.bruno@gmail.com

 

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