23/10/2010

« APRÈS MINUIT À GENÈVE »

 

En octobre 1922, Albert Cohen nous offre un texte iconoclaste qui paraît dans la Nouvelle Revue Française. Une soirée  « déjantée » à Genève serait le terme moderne  pour décrire un lieu interlope fréquenté par des personnages loufoques ; excentriques, décalés.  On pourrait aisément imaginer un night-club aux Pâquis,  le lendemain de la création de la Société des Nations, délégués internationaux , entraîneuses , noctambules  se rencontrent . Allemands, Japonais, Russes, Italienne, les prémices de la Genève internationale sont présentes dans ce night-club si bien décrit qu'on croirait entendre la musique de l'orchestre surchauffé.

Une Genève qui sous la plume du narrateur vibre de vie,  orchestre soufflant sur les danseurs qui houlent, le violon à voix aigüe honteuse, l'enrouement du banjo qui s'ennuie et crachote des dents de nègre .

Pauline,  la fille du jardinier est devenue putain, Prospero le blond tuberculeux relève sa mèche,  il porte un costume de cow-boy. Le Camarade  Secrétaire Altovsky, de la Section Propagande Ouest danse en smoking exact avec la fille de Lord B, le bolchevik aux frisons bleus finira dans  une baignoire de verre y délasser sa nudité  violette en lisant l'Action Française. Une ex-prêtresse du feu, la Brahmina Apollonia Grete Danilowa. Une femme très bien . Directrice de l'Institut Psychanalytique de Plastique Eurythmique à Lucerne vante les mérites de ses élèves, jeunes filles de la bonne société, Eurythmiciennes à la chaste et solide croupe germanique.

Le narrateur lui-même sera ramené à son Hôtel Beau Rivage , ivre,  emmené par l'auto sur ses seins bleus qui  s'essouffle en pulsations feutrées.

En 1922 s'amusait-on davantage  à Genève ou est-ce l'auteur qui par son talent  l'anime d'une vie intense et si présente ? En 2010 sommes-nous capables d'un tel brassage que celui décrit par Cohen ? Dans son tableau décoiffant, même une salutiste parviendra à se joindre à eux,  en milieu de soirée, pour  sauver ses frères en perdition, tandis qu'un chambellan du tsar devenu plongeur à l'hôtel Beau Rivage se mêle aux noceurs.

A l'heure où à Genève, on demande des lieux de fête, ce texte offre un intérêt marquant, un écho tout particulier. Et  si Genève manquait simplement d'imagination et de talent pour transformer les moindres lieux en magnifiques bacchanales où les genres se mêlent pour mieux s'enrichir ?

 

 

Albert Cohen

Mort de Charlot

Suivi de PROJECTIONS OU APRÈS-MINUIT A GENÈVE ET CHER ORIENT

Edition Les Belles Lettres 2003

 

 

 

20/10/2010

Des cygnes et des cygnes (3)

Il est Algérien d'Annaba, il est tous les jours aux Pâquis, il en donne sur demande, il les tend, les cache dans sa poche ou derrière son dos. Ils le surveillent, le cherchent, le fouillent, le lui piquent en douce.  A votre avis il fait quoi  aux Pâquis ?

 

P1030333.JPG


P1030332.JPG

 

P1030331.JPG

P1030330.JPG

 

P1030329.JPG

 

L'HOMME QUI MURMURAIT A L'OREILLE DES CYGNES ! IL LES NOURRIT, PARFOIS MET LE PAIN DANS SA BOUCHE ET LES CYGNES VIENNENT LE LUI PIQUER SANS CRAINTE .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

17/10/2010

BONNETEAU- UNE ARNAQUE VIEILLE COMME LE MONDE

 

LeBonneteur.gifSamedi 15h15, angle rue du Mont-Blanc, François-Bonivard, proche de la gare Dorcière, ils sont environ 8, probablement originaires des Balkans.  Je me poste au feu rouge, de l'autre côté de la rue et les observe. Ils sont trois  qui surveillent et alertent si la police se pointe, un homme  qui joue et 4 qui font semblant de jouer avec lui dont deux sont des femmes. L'argent circule vite des uns aux autres et revient à la case départ pour être rejoué et faire croire qu'on gagne.  Un autre alpague les passants de façon presqu'un peu brutale pour les inciter à s'intéresser à leur jeu, en l'occurrence, un gars tire le manteau d'une femme accompagnée d'une enfant, toutes deux prennent peur et s'éloignent précipitamment.  On retrouve la composition classique du teneur et de quatre barons qui constitue cette équipe, 5 au maximum à jouer.

 

En 1875, en France, on se lamentait de ne pouvoir mettre fin à ces jeux de bonneteurs  dans la Gazette des Tribunes

(bonneteurs - se dit des filous qui à  force de civilités, tâchaient d'attirer les gens pour leur gagner leur argent ) bonniments, bonneteau ça tourne autour du mensonge et de la tricherie.  Bref, ça sent le roussi déjà au Moyen-Âge.

 

 

 

 

Bonneteau2.jpg

 

Une arnaque vieille comme le monde, on la voit apparaîtredéjà au début du XIV ième siècle et telle qu'elle nous estcontée en vieux français et appelée "Jeu de Banque" qui évoluera et deviendra jeu du Bonneteau ou Jeu des trois brèmes.  En conclusion, tant qu'il y aura des gens âpres aux gains, il y aura des jeux de Bonneteau, les premiers  nourrissant les seconds :  Pour ceux qui n'ont pas le courage de lire le texte jusqu'au bout sachez qu'on punissait aussi autrefois, torture pour obtenir les confessions des coupables,  condamnés au pilori   et bannissement  du royaume, s'il en restait du moins quelque chose à bannir après tortures.

 

"Charles VI par la grâce de Dieu Roy de France, savoir faisons à tous présens et à venir : nous avons receu humble supplication de Colin Charles, de Montdobleau en l'Eveschié de Chartres, povre jeune varlet non marié, aide de maçon, agié de XXIIII ans ou environ, contenant que, comme lui accompaignié de VI autres compaignons en allant esbatant par-dessus le Pont-Neuf à Paris, un an a ou environ, eust encontré deux marchands du pays de Bretaigne. A l'un desquels l'un des copaignons fist entendre qu'il avoit frans à cheval et gros tournois d'argent qu'il vouloit vendre et lui demanda s'il les vouloit acheter, disant qu'il les veneroit et qu'ilz alassent en la taverne Bonne, et il les monstreroit et donroit la pièce d'iceulx francs pour XVI solz parisis. Et se lesdit marchand se repartoit, il seroit quitte pour paier ; et telement il et ses compaignons ennorterent ledit marchand qu'il ala avec eulx et quant ilz furent en la taverne et orent bleu, tantost l'un desdits compaignons attaigny unes quantitées de papier pour jouer et firent ledit suppliant et ses compaignons jouer ledit marchant, lequel par la séduction d'iceulx joua à deviner quelle carte l'en toucheroit. Combien que, quant il jouoit pour néant, il gaignast pour ce que on lui avoit monstré à quel saing celle qu'il devoit prendre estoit pardehors signée. Maiz ilz ne lui avoient pas monstré qu'il en y avoit deux, signées à un saing, et à un seul cop par enviz et renviz à chacune carte tirée comme ordonné l'avoient, et d'un chacun consentement perdit ledit marchant vint-deux éscuz pour ce qu'il ne print pas celle que monstré lui avoit esté à l'endroit signée de painture à façon de roses, maiz la pareille au doz signée comme dit est. Pour lequel fait ledit Colin et autre de sa compaignie furent tantost aprés prinz et emprisonnez en nostre Chastelet de Paris. Et pour ce qu'il se trouve que c'estoit fait par manière de abusements et déception, ledit suppliant fu trés durement questionnez et, enfin sa confession oye, fu condemné à estre miz au pillory et y fu miz, et banni de nostre Rayaume à tousjours, et n'y oseroit jamais converser sanz nostre grace [...].

 

 

Source : http://www.arcane-magazine.com/Archives/LeBonneteau/LeBon...