28/07/2010

Le voleur d'ombres (suite)

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Une voix hésitante au bout du fil, lasse et fatiguée : "Madame, c'est moi, vous savez, j'étais à l'hôpital, tout seul, sans personne!" - Qu'espères-tu mon ami, cela fait un an que tu dors sous les ponts par tous les temps, qu'en un an tu n'as pas réussi à gagner un franc pour te nourrir !  Rentre chez toi, c'est ce que tu as de mieux à faire ! insisté-je.

 Long soupir....... "Je n'ai même pas remboursé le passeur qui m'a fait venir en Europe et je n'ai plus d'argent pour rentrer"  me répond-il.

Le rêve européen d'un Burkinabe qui se transforme en cauchemar !  Je revois son visage souriant, sa bonté naturelle, il est si bon et si sage que ce sont les dealers qui le nourrissent, il leur fait office de père à ces gamins paumés.  Collés les uns aux autres dans les caves glacées en hiver, ils se partagent le pain de la misère. Au-dessus de leur tête, c'est la richesse, les plats trop riches au point qu'il faut finir par s'imposer des régimes amaigrissants. Cette nourriture abondante  qu'on mange trop souvent en solitaire, de façon mécanique,  devant un écran de TV, à se goinfrer pour oublier la solitude. Si  Dieu existe, il doit avoir  honte d'avoir crée un monde si injuste.

Ce n'est pas faute d'avoir essayé, il s'était trouvé un job à l'essai :  s'occuper de chevaux. Pendant une journée, il devait en prendre soin. Il traînait les seaux, d'un rythme lent et tranquille, si tranquille que les chevaux piaffaient dangereusement d'impatience au point d'exploser leur box. Il a été congédié après quelques heures. Il me dit tout ceci sans bien réaliser ce qu'on attend au juste de lui. Je le lui ai dit et décrit : Vitesse et Performance. Ces mots ne veulent rien dire pour lui, ils sonnent creux comme une calebasse vide.

Mon ami rentre chez toi ! Vous n'aurez qu'un pain à partager, mais  vous le romprez en famille, ta femme et enfants te regarderont en souriant, au moins tu existeras pour eux.  Ici, tu n'es qu'une ombre qui marche dans  l'ombre des autres dans cette ville si riche où on ne partage pas grand-chose, où on s'empiffre à s'éclater la panse, où on consomme à outrance par ennui.

Une voix qui n'est plus qu'un filet ténu au bout du fil :"C'est vrai, vous avez raison, mieux vaut rentrer que de mourir seul, gelé,   sur un trottoir  sous les regards indifférents des passants  !"

 

Commentaires

touché par votre post je vous salue ..

Écrit par : geg | 02/08/2010

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