17/07/2010

GRANDEUR ET DECADENCE DES PÂQUIS

 

limousine.jpgDevant l'enseigne d'un grand hôtel 5 étoiles, je converse avec un portier tandis que les longues limousines noires aux vitres teintées freinent silencieusement. Des femmes du Golfe avec leurs enfants en descendent chargées de paquets livrés par les plus  grandes marques, l'une d'entre elles sans même me regarder et tout en me confondant avec une de ses nombreuses domestiques philippinos me les tend. Sans broncher, je la suis,  chargée comme un mulet,  j'adresse un clin d'oeil discret et entendu au portier. La femme m'ordonne de les lui déposer à la réception, je m'exécute et disparais aussitôt.

Ces femmes ne doivent pas  avoir la vie rose, elles sont confinées dans leur chambre d'hôtel tandis que les hommes ont déjà fait venir et installé maîtresses et courtisanes dans les hôtels à proximité. Les plus belles filles ont voyagé tous frais payés en première classe  et viennent des pays de l'Est ou du Maroc. Les autres, moins jolies,  se déplacent à leurs frais et viennent tenter leur chance en s'entassant dans des hôtels bon marché.  Il est vrai  qu'une nuit payée à 5'000 francs ça n'arrive pas tous les jours. La journée, les moins chanceuses, se reposent côté femmes, aux Bains des Pâquis et montrent leur épilation totale en rigolant et toraillant tant et plus , la voix déjà éraillée par le trop de whisky,    tandis que les courtisanes font du shopping, se déplacent dans les grandes bijouteries pour se faire payer  bijoux, habits de grande marque  et salons de beauté aux frais du prince.

Les Pâquis sont devenus un lit géant;   un quartier  dorénavant transformé en cour des miracles des mille  et une nuit version décadente. Entremetteurs, chauffeurs, portiers, gogo girls,  la cour des borgnes, des bouffons, des fous du roi,  où tout ce petit monde s'agite et s'agglutine autour des portefeuilles généreux. Un service par-ci, un tuyau par-là, des billets qui passent rapidement d'une main à l'autre. Parmi les services exigés, les portiers sont obligés de répéter qu'on ne trouve pas d'enfants à louer pour une nuit , pour cela il faut aller ailleurs,   au Maroc peut-être.  Quelques chèques seront,  sans doute dans la prodigalité déferlante,  libellés à l'attention de quelque  organisme religieux pour remercier Allah d'avoir rendu la terre si généreuse en nymphes et éphèbes.

La nuit venue, une fois les femmes casées avec leurs enfants et accompagnées de leurs esclaves, les hommes disparaissent jusqu'à l'aube. Madame, allongée paresseusement sur son lit exige un massage  de la fluette philippino.   En sentant avec volupté les menues petites mains,  aller et venir,  sur son corps trop généreux, par petits coups de langue délicats, elle entame le sucre fin d'un loukhoum  au parfum de rose. Un goût de rose flétrie ô combien amer. La femme se souvient avec délice des oeillades langoureuses jetées dans le rétroviseur au nouveau chauffeur, Jean-Louis,  qui a les yeux bleus comme la mer. Elle frissonne à l'idée de rajouter un trait de khôl sous ses yeux pour lancer son regard de braise,  incandescent, demain, et farfouiller dans le petit miroir de la limousine pour engloutir encore une fois ce bleu intense qui rappelle les grands larges.

Elle ordonne à sa domestique en soupirant  : "masse plus haut, entre les cuisses, je sens une certaine tension, là,  justement !"

 

 

 

Commentaires

Bonsoir Djemâa, excellent ton texte!

Écrit par : Haykel | 17/07/2010

Merci Haykel, je n'ai plus intérêt à me balader aux Pâquis pendant quelque temps sous crainte d'être lapidée !!!

Écrit par : djemâa | 17/07/2010

T'inquiète, je peux te servir de garde du corps!

Écrit par : Haykel | 17/07/2010

"Elle ordonne à sa domestique en soupirant : "masse plus haut, entre les cuisses, je sens une certaine tension, là, justement !"

LOL ? C'est romancé ou vous y étiez?

Écrit par : Patoucha | 17/07/2010

Djemâa, Patoucha veut un dessin...ou peut être une photo!!!!

Écrit par : Haykel | 17/07/2010

@ djemâa

Je vois que le rituel est inchangé :-)

Ah! Si les murs des ex-Bergues ou de l'Inter, surtout ses fenêtres, pouvaient causer.

Écrit par : Giona | 18/07/2010

Si les fenêtres de l'hôtel Inter pouvaient parler ? Elles nous raconteraient comment, il y a quelques années, une prostituée a été étouffée par un Saoudien avec les rideaux et comment l'affaire a été passée discrètement sous silence. L'argent achète même le silence.

Écrit par : question | 18/07/2010

Les Paquis à 100 km de Beyrouth, là où les forces de l'ordre se font tirer comme des lapins, point commun entre les "zones à risques" et les Paquis, les femmes voilées, signes de la même décadence, dans un coin les islamistes se marient avec plusieurs femmes, les engrosses comme du bétail violé et comptent les billets des allocs, dans l'autre coin, c'est pareil, mais là ils comptes les billets des aides humanitaires !

Écrit par : Corto | 18/07/2010

Peut-être une petite modification à l'intention de Genève Tourisme.
Genève - un monde en soie de porc 5 étoiles.

Écrit par : Benoît Marquis | 18/07/2010

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