23/06/2010

Le voleur d'ombres

ombre+chinoise.jpgCela fait des mois qu'il dort dans la rue, se cache, cherche du travail. Du matin au soir, il cherche un boulot, n'importe quoi pour enfin parvenir à se mettre quelque chose sous la dent. Le ciel africain n'est plus qu'un vieux souvenir, la terre rouge remplacée par l'asphalte noire glissante sous un ciel gris qui lâche ses larmes à grosses gouttes et qui donne envie de pleurer.  Il a grelotté, par un hiver impitoyable, dans les caves humides de vieux immeubles, parfois planqué,  sous un pont,  emmitouflé dans un vieux manteau miteux.  Même pas dealer. Au rêve européen,  il y croit dur comme fer.  Il a certainement payé cher pour arriver jusqu'à Genève et finir aux Pâquis.

Il est costaud comme un roc, un large sourire lui fend le visage, un rien le fait éclater de rire. On se demande où il va pêcher sa bonne humeur. Sa recette ? Un espoir têtu et tenace, l'espoir fou de se faire une place au soleil, lui aussi.

C'est vrai, quelle injustice, se lamenteront certains,   le sacré gars, quel culot, il respire notre air sans avoir payé un sous d'impôt, il s'en met plein les poumons et à l'oeil. Ombre fugitive, dans l'ombre de notre quotidien, il rase les murs.  Je  lui explique longuement que son air désinvolte, sa lenteur débonnaire lui jouera des tours. Style baobab avec cette langueur qui lui coule dans les veines, planté dans le décor hyperactif genevois,  je le préviens, ça le fera pas ici , même pas pour la plonge à 2 francs  de l'heure  dans un resto. Tout en mimant, je lui explique : "tu comprends, si tu laves des assiettes et des casseroles, faut pas faire semblant, il faut t'imaginer être comme une machine et travailler le plus vite possible, tac! tac! tac! Oui, mon vieux comme un malade, on verra la sueur couler de ton front, tu seras essouflé, tu auras des palpitations cardiaques dans une chaleur épouvantable d'une cuisine surchauffée et on pensera combien tu es  efficace et rapide  !"

Finalement, je lui conseille de retourner en Afrique, c'est plus sûr pour son avenir , il ne tiendra pas, à son rythme à lui.  Il rit et termine par un joyeux : "Madame, grosssse bizzze, grosssse bizzzzzze! Vous êtes vraiment trop gentille !!!

 

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