15/05/2010

Un banquier sans boa

boa-plumes-rose-vif-2-metres-[1].jpgIl tournoie inlassablement en se tenant à la barre centrale en acier de la petite estrade d'une boîte de nuit à la rue de Berne, scène sur laquelle ces demoiselles habituellement s'effeuillent, mais ce coup-ci c'est un banquier qui tourne, tourne comme pour oublier la crise, les boni incriminés, pour oublier qu'on le traite maintenant de voleur et de menteur. Il karaoke en faisant semblant de chanter et en se trémoussant.

Son visage cachet d'aspirine est rond et blanc, petit et trapu, ni angle, ni pointe, tout n'est que  rondeur chez lui, pour le résumer : une pièce de 5 francs !  Un crâne légèrement chauve et sur lequel les filles passent et repassent leurs mains, elles se souviennent alors pour certaines du doux crâne de leur  propre enfant avant la pousse des cheveux. Sa chemise à moitié hors du pantalon laisse apparaître un ventre généreux, la cravate défaite, il la brandit pareille à un boa rose. Il n'y a encore que des femmes dans le bar, il est trop tôt, les filles rigolent, je tiens mon carnet de notes et inscris ce que me raconte une Ukrainienne, finalement, il s'affale à côté de moi, salement éméché, bebelotant, légèrement en sueur, des auréoles  immenses sous les bras de sa chemise.   La musique est très forte, il m'hurle quelque chose dans les oreilles, je suis affolée, très rapidement deux filles l'entraînent derrière un paravent d'où ne proviennent plus que gloussements et soupirs, une bouteille de champagne est débouchonnée, le volume musical baisse.

On l'imagine à son tour  être vidé de  ses poches, se laisser piller, emberlificoter, tromper, mener en bourrique, trainer par le bout du nez. Sans le savoir, il est passé de l'autre côté, celui de ceux qui raquent quoiqu'il advienne. Il découvre allongé sur un sofa velours rouge, lle goût des comptes vidés de ses clients, les subprimés, les supprimés de la liste noire, pour la liste rouge ad aeternam.

Et lundi, net et propre derrière son bureau, tiré à quatre épingles; la cravate droite comme un i, lorsqu'on lui mentionnera la crise, il aura un hochement de tête sincère, il sait ce que signifie lui, partager avec les plus pauvres et avec les pauvresses surtout. La chemise profondément rentrée dans le pantalon sur un ventre proéminent avec une légère gueule de bois et quelques Alka Seltzer dans la poche, il hochera de la tête compatissant, il précise ne pas soutenir une ONG à but humanitaire mais disons presque, une fois par semaine, il participe à la redistribution des richesses Nord-Sud. La dame avec qui il parlera acquiescera du chef en soulignant : " c'est bon de connaître des banquiers encore généreux et qui font du bien autour d'eux !"

 

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