23/12/2009

MAX KÜN LE POETE ET SON CHANT DE NOËL

 

CHANT DE NOEL

 Vole! - mon chant de Noël!

Allume tous les coeurs!

Visite les malades -

Apporte le bonheur!
Va vers les gens dans les huttes!
Là - où la misère règne!
Disperse leurs souffrances -
Soulage leurs peines!
Entre dans toutes les maisons!
Traverse les routes, les quais,
Et dit à chacun;
Il n'y a pas Noël -
Sans la paix !

18/12/2009

Deale qui peut - Du gourbis aux Pâquis

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22h – Les températures hivernales frisent – 2 degrés. J’ai hésité entre les baskets pour prendre mes jambes à mon cou ou les chaussures de ville, j’opte pour des bottes à talons plats. J ’entre en saluant très fort:  “Que la paix soit sur vous !” , ils répondent d’une seule voix. Ils sont une dizaine entassés dans le resto burek-kebab, ils sont âgés pour la plupart de 25 à 32 ans maximum, et semblent issus de milieux très pauvres. J’imagine les gourbis d’Algérie, tous entassés dans une même pièce avec 25% de chômage chez les jeunes, lorsqu’on pense à la richesse du pays, entre le pétrole et le gaz, mais cette richesse selon l’adage populaire n’est pas destinée au peuple.

Les pupilles de certains en disent long, sombres et agrandies sur des mirages. Un long échalas à moitié assis sur un tabouret haut, n'a plus que deux ou trois dents, longues et brunes, rescapées d'un probable carnage,  elles bougent à chaque fois qu'il ouvre la bouche.  Les deux employés du resto s’activent à enfourner les lamelles de viande dans la pita ronde. A l’intérieur, il fait chaud, la promiscuité aidant.

Je me présente  brièvement, auteure, ils demandent à voir aussitôt ce que j’écris , je m'y attendais, du coup, j’extrais de mon sac une affichette qui présente mon premier roman “Les clandestins de ma grand-mère”- résultat d’un an d’enquête sur les travailleurs de l’ombre clandestins colombiens à Genève. Ils sont rassurés. Non pas de camera cachée, non pas de photos sans votre accord  ! J’insiste là-dessus.

Curieux, un des jeunes Algérien s’enquiert de savoir ce qu’ils ont à y gagner. J’hésite et réponds à être connu,  peut-être. Il hausse les épaules, l’air de dire que ça ne le nourrira pas.

Ils se mettent à parler tous en même temps, le ton monte très vite. Certains veulent parler,  d'autres pas, les seconds empêchent les premiers de s'exprimer.  L’employé devient très nerveux, il insiste en disant que le gérant n’est pas là, qu'il est préférable de remettre cette rencontre à une autre fois.  L’ambiance est électrique.

En sortant, un homme à l'écharpe motif "Burberry" lâche en désignant de la tête mon carnet de notes : "écris que l’Algérie a été volée, mise à sac par les colons !  On est venu nous chercher et bien nous voici."  Je précise qu’il s’agissait de Français et pas de Suisses, pour lui c’est tout du pareil au même . Les pauvres exploités d’un côté, les riches qui exploitent de l’autre.

Un jeune plaisante, il cherche à se marier, je lui dis ne pas être une agente matrimoniale. Les Zizous ce sont les Marocains, eux ce sont les Algériens, à ne pas confondre. Ils disent cela d’un ton méprisant.

L’employé suffoque, il est stressé, il m’invite à revenir en présence du gérant. “Laissez-nous travailler !”. Il a peur que ça tourne mal, personnellement, je trouve les conditions difficiles. Ils entrent et sortent rapidement, je parle en ayant l'oeil rivé vers la porte. Deux autres m'invitent à m'asseoir à leur table pour discuter, les plus âgés les dissuadent.

Je promets de revenir “Inch’Allah” selon l’expression usuelle.

 

 

 

 

 

 

 

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13/12/2009

Deale qui peut - Ne me tranchez pas la carotide, s’il vous plaît !


P1010370_1.JPG16h – Avenue des Alpes- En face du restaurant, sur le trottoir opposé, je les observe un moment . Les Zizous algériens boivent leur thé devant le pas de la porte, en tenant leur verre chaud bien serré entre leurs mains. Une bise légère et glaciale les oblige à relever le col de leur manteau bleu marine. Celui qui paraît  être le gérant du burek-kebab est avec eux et un employé du resto à l'intérieur s’active à débarrasser les tables . Ils ne sont que quatre,  c’est le moment de me jeter dans la gueule du loup, sûre de ne pas me faire déchiqueter d'un seul coup de dent.

En m’adressant directement au gérant et en parlant assez fort pour que les deux Zizous m’entendent bien :

- Bonjour ! Je mène une enquête dans le quartier sur les dealers et je m’intéresse aux Zizous. Je pose la question  en ouvrant de grands yeux  innocents : y en a-t-il  en dans le quartier ?

Un des Zizous sourit : Ah bon ! Et pourquoi les Zizous ?

- Parce que j’ai déjà parlé aux Africains de la rue de Zürich .

Le gérant me dit qu’ils se réunissent le soir assez tard dans le quartier, environ une dizaine d’hommes.

Je souhaiterai les rencontrer pour leur parler, je suis plutôt romancière et les témoignages de vie m’intéressent. Mais je vous préviens que cette rencontre se fera sous votre responsabilité . Assurez-vous qu’on ne me tranchera pas la carotide. Vous imaginez, lui dis-je, en désignant ses bureks, le sang d’une pauvre scribe de quartier qui viendrait napper vos jolis bureks au délicat fromage blanc ! Quel scandale ! On vous bouclerait immédiatement votre resto .

Non, non ! je vous rassure vous serez reçue comme une reine, comptez sur moi ! Est-ce que vous êtes de gauche ? Sa question me surprend.  Je ne me suis jamais posée la question, intéressée aux problématiques sociales, sans doute. Pas d'appartenance politique, ni religieuse. Libre-penseuse.

En m’adressant à nouveau aux Zizous :

- Entendre des témoignages de vie, décrire le ciel bleu d’Algérie, les maisons blanches aux volets bleux turquoise, les bougainvilliers flamboyants qui grimpent le long du mur. La traversée, la clandestinité, laisser derrière la famille, les enfants, les parents et atterrir aux Pâquis pour dealer. Voilà ce que je veux entendre !  Savoir qui vous êtes et d’où vous venez ! Un des zizous,  visiblement ému, cligne des yeux.  Il ne s’imaginait pas qu’on remonterait si loin, qu’on irait jusque chez lui dans sa propre maison.

- Oui ! C’est vrai, nous sommes tous des clandestins. Lache-t-il . La drogue tout le monde en consomme ici, les gens sont si misérables, si seuls et avec la crise, ça n'arrange rien, ils ont besoin d'oublier.  Pas besoin de les chercher, ils viennent en demander sans même qu’on leur en propose. Tout le monde carbure à quelque chose.

- Et que se passerait-il si on arrêtait d’écouler de la drogue du jour au lendemain ?

Les deux Zizous rient :

-  La révolution ! Oui, les gens feraient la révolution parce qu'ils seraient en manque et les politiciens n’aiment pas la révolution, alors tout le monde laisse filer.

 

P1010429.JPGA ce moment précis, un ami artiste-peintre s’arrête à notre hauteur et me salue, il s’apprêtait à acheter le journal Hara Kiri au kiosque à journaux d’à côté. Je le présente, il leur serre la main. Il me montre son nouveau pantalon Diesel à 15 poches avec leur zip, acheté sous gare et soldé. “Tu comprends avec toutes les cartes qu’on trimballe, on ne sait plus où les mettre” alors, il les répartit selon : les cartes bancaires,  poches de droite, les cartes de magasin,  poches de gauche. Je souris.

Le gérant me demande mon numéro de portable pour fixer un rendez-vous , il préviendra les Zizous qu’une femme souhaite les rencontrer.

Je refuse :

- Pas nécessaire, prévenez-les, faites courir le bruit, je passerai à l’occasion sans avertir.

Nous repartons avec l’ami artiste, passionné  des épousailles du ciel et du lac qui ne forment plus qu’un sur cette ligne d’horizon effacée par les embruns hivernaux. Au loin, des nuages elliptiques vaporeux entourent le Mont-Blanc : des marshmallows qui tètent le sommet  des montagnes !  Tout est dans la lumière,  me dit-il  : “ c’est le pain et le vin de l’artiste, c’est sa bénédiction !”

01:46 Publié dans Genève | Tags : dealers, zizous, pâquis | Lien permanent | Commentaires (14)

11/12/2009

LES CONTEMPLATIVES DE KATHARINE

 

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Katharine Dominice pose sur vous un regard tranquille, si profond. Cette belle jeune femme qui paraît fragile et dont le visage s’empourpre superbement au fil de la conversation: une phrase, un mot qui la touche, tandis qu’en arrière-fond, on pressent  cette résistance qui se devine à peine et qui lui confère une force magnifique;  celle d’aller jusqu’au bout de ses rêves.

Cette ancienne Pâquisarde,  suisse d’origine américaine, s’est intéressée au cinéma dès l’âge de 15 ans, attirée d’abord par l’écriture, elle trouve l’exercice trop solitaire. La magie du film "les Ailes du Désir" puis la relation entre réalisateur et ingénieur du son dans "Lisbon Story", deux films de Wim Wenders qui la passionnent. Elle se rend compte qu'on peut raconter une histoire en images et de manière très personnelle. Aussitôt, elle achète  une caméra et filme ses camarades d’école. Plus tard, elle peaufine son art avec un stage à New York où elle apprendra à tourner,  en noir et blanc,  au moyen d’une caméra 16 mm et  se parfait avec une formation de quatre ans en Belgique, à l’Institut des Arts de Diffusion (IAD), option réalisation cinéma. De retour en Suisse, elle travaille comme assistante de production et découvre le métier sous un autre angle.

 

 

Un mois de vacances au Japon à loger, entre autres,  dans les monastères et observer les moines bouddhistes aller et venir dans un silence sépulcral persuade la réalisatrice que dans les monastères,  en Suisse, il doit aussi y avoir quelque chose à découvrir.

Chercher le sens de cette vie monacale, la découvrir et nous la présenter à travers un film documentaire qu’il fallait avoir le courage de réaliser. Inviter le spectateur à entrer dans cet univers feutré si loin du monde, se demander comment vit-on, aujourd'hui, la vie monastique, tel est le défi relevé par Katharine. Bel exercice, courageux dans cette ère du zapping et de la vitesse et qu’elle a réussi avec talent.

FrontalNonnes équipe.jpgUne lettre du projet en poche, elle se rend en personne au Monastère de la Visitation à Fribourg, au parloir, elle explique son intention. La mère supérieure contrairement à toute attente, très simplement l’invite à partager, durant trois jours, leur vie de moniales. Une expérience forte, à se retrouver seule en face de soi-même, dans un décor épuré. De culture protestante, elle découvre un catholicisme qui la confronte à ses propres valeurs. Convaincue, elle mènera son projet jusqu’à la réalisation du documentaire tourné dans trois monastères différents.

Une caméra discrète, non intrusive, à l’image de la réalisatrice, qui nous ouvre les portes du renoncement, de la prière et du silence. Une vie ponctuée par des rituels précis, des prières, des moments de vie en communauté. Une communauté qui connaît aussi parfois ses tensions, ses instants de solidarité. Les témoignages des soeurs nous émeuvent par leur sincérité et leur engagement sur toute une vie, un choix véritable avec ses moments de doute. On découvre l’organisation d’une vie qui pour elles est empreinte de liberté même recluses entre quatre murs, car le chemin intérieur, la quête d’absolu offrent des horizons infinis.

A l’issue de la projection, on ne peut que s’interroger sur ses propres choix de sens à la vie , ou ses non-choix, sur sa propre quête existentielle. Comment se manifeste-t-elle dans cette frénésie, dans cette fureur et ce bruit dans lesquels nous évoluons?

La réalisatrice suggère une réponse par les biais d’ images longuement arrêtées sur des paysages vallonnés , des ciels chamarrés, des jardins aux couleurs éclatantes, des rais de lumière magiques. Une petite voix intérieure timide mais persistante, nous souffle  : "la beauté est sans doute aussi une réponse à la quête d’asbolu, elle donne un sens à la vie,  elle est une expérience aussi intime que la foi."

 

Depuis le 9 décembre au cinéma Bio à Carouge et aux Galeries à Lausanne.

Séance spéciale du documentaire "Soeurs" de Katharine Dominice en présence de l'équipe le lundi 14 décembre à 18h45 au cinéma Bio
Dès le 16 décembre à Delémont
Depuis le 2 décembre à Fribourg (Rex)

Janvier en Valais


 

http://www.soeurs-lefilm.ch/la_realisatrice_biofilmographie.php?page=3

07/12/2009

Yves Patrick Delachaux : un flic des Pâquis qui nous veut du bien

P1010415.JPG17h30- Café des Trois Rois- 1m80, épaules larges, une boucle à l’oreille gauche, cheveux courts, yeux bleus, une barbe de quelques jours, un foulard indien jaune-orange safran,un jeans délavé, un sweat  shirt American Eagle, avec son  aigle. Il n’a franchement pas l’air d’un flic, ni même d’un ancien flic.  A un détail près, c’est lui qui commence par me poser une série de questions, vieux réflexe sans doute.  Je sens que ça va être compliqué d’inverser les rôles.

Baroudeur,  féru d'aventure, écrivain avec plusieurs titres à son actif : “Flic de quartier” , “Flic à Bangkok” ,”  Présumé non coupable, des flics contre le racisme” ,  “ Grave Panique” (à paraître). Son premier  ouvrages fait acte de résistance, Présumé non coupable proposera  des solutions.

Il parle de son ancien métier avec toute la passion d’un homme qui s’y est engagé à fond. Non seulement il l’a vécu mais encore pensé, réfléchi, sondé, analysé et  proposé des pistes de réflexion.

1993- Sa première affectation était le feu poste de Pécolat aux Pâquis, pour Yves Patrick Delachaux c’était travailler dans ce quartier ou rien.  Il se souvient comme hier de cette année qui amènera son lot de Kosovars, d’Africains, de Maghrébins. Très vite dans ce melting-pot des nouveaux migrants qu’il apprend à connaître, il optera pour l’approche communautaire.

Avec son chef Alain  Devegney avec qui il apparaîtra dans un documentaire en 2001 “Pas les flics, pas les Noirs, pas les Blancs” ils dénonceront  les pratiques discriminatoires, l’état-major commence à grincer des dents sérieux. Il décryptera les mécanismes de la xénophobie, selon lui la cause en  est souvent la méconnaissance et son corollaire,  la haine.  Mais il va plus loin, sous pression de ses supérieurs, gentiment écarté du terrain, décision-sanction,  il s’inscrira à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, il proposera ensuite des formations interculturelles comme pilote des  programmes d’éthique et droits de l’homme au sein de la police. En 2008, il finira par quitter définitivement la profession. Aujourd’hui, il voyage, écrit, dispense ses formations en Europe.

En parlant il ne mâche pas ses mots, un franc-parler qui n’est pas pour déplaire, il constate que l’approche communautaire n’intéresse pas les politiciens et encore moins la police, on préfère l’approche sécuritaire, marquer une nette distance entre la police et le  terrain, mécaniser, robotiser le métier. Les policiers sont transformés en Robocops :  Rangers, veste skinhead, casquette de base-ball, moto noire, gilet pare-balle toute l’année. On enlève à la police sa fonction primordiale basée aussi sur l’échange et le dialogue, la distance est telle qu’on crée plutôt du désordre que de l’ordre. A quel dessein ?  la sécurité c’est un sacré business, caméras de surveillance, outiller de façon sécuritaire assure des levées de budget surdimensionné. Le fossé entre la population et la police se creuse davantage et finit par mettre tout le monde en danger et sans résultat probant.  Même la police genevoise est entrée dans l’ère Nicolas Sarkozy depuis 2002, la politique sécuritaire à tout prix, à n’importe quel prix et sans résultat spectaculaire qui engendre des dysfonctionnements organisationnels catastrophiques pour tous.
Pour preuve,   aux Pâquis seulement en 2009, on dénombre 7 actions coups de poing, rafles ciblées, parfois jusqu'à 120 personnes interpellées de préférence d’origine africaine pour un seul coupable . Coût de l’opération ?

La police genevoise a tous les signes d'une institution autiste, repliée sur elle-même, même en terme de formation, elle n’a pas voulu joindre les formations romandes. Elle préfère avancer en solo, si seule, si sclérosée, si auto-suffisante, si suffisante…..
Yves Patrick Delachaux pourrait parler des heures durant de cette police qu’il a tant aimée et de vous à moi qu’il continue à adorer, la preuve son prochain livre sortira  le 9 décembre et devinez  le titre  ?

Police, état de crise ? Une réforme nécessaire

Editeur Revue économique et Sociale, signé Yves Patrick Delachaux et Frédéric Maillard, préfacé par David Hiler.

La rencontre d’un flic et d’un manager. Essai politique et scientifique qui  pose un constat et offre des résolutions pragmatiques. Pour eux le principal requis est pluridisciplinaire, la police doit s’ouvrir, la police n’ appartient pas à la police, elle appartient à la cité égalitaire de l’Etat de droit.

Pour en savoir plus

http://www.flicdequartier.ch/

03/12/2009

ALAN HUMEROSE- LE PHOTOGRAPHE-ARTISTE- PISSENLIT

 

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Si on devait vous associer à une fleur ? Il me regarde étonné, derrière ses lunettes rondes, assis en face de moi, il réfléchit quelques secondes croise et décroise ses doigts si vivants qui accompagnent le discours et lâche avec un grand sourire : un pissenlit.

 

Ce pissenlit qui lui fait penser à un œil. Fleur si métaphorique dont le nom latin taraxacum signifie en grec  «celui qui soigne les yeux» . La solarité, la tige de la plante coupée en deux qui devient sifflet tout en laissant un goût étrange dans la bouche, les étamines qui sèment à tous vents et reprises par le Larousse. Et c’est bien lui, l’artiste qui remue, qui sème, qui “solarise”.

 

Après une série d’expositions de travaux menés sur une dizaine d’années, en noir et blanc, une fatigue soudaine, un besoin d’inspiration, Alan Humerose se baladant dans les champs se demande comment les fleurs voient le monde. L’Herbier est sa réponse, le monde vu d’en bas, de dessous une plante. Puis il lui a fallu agrandir un maximum ses prises de vue. Une exposition magnifique composée de 24 images pavoisera le Pont du Mont Blanc, ce fut la première fois que le pont était octroyé à un artiste. Une année plus tard ses drapeaux partaient pavoiser le port de Buenos Aires.

 

 

Né à Courroux dans le Jura, à quelques kilomètres de Delémont, sa maturité en poche, il déménagera à Genève y poursuivre ses études : histoire de l’art, linguistique, photographie de théâtre, dessin. Il se souvient de ses années de cohabitation avec Nicolas Bouvier dans leur atelier des Tours de Carouge, où il se sentait privilégié , avec l’écrivain, d’avoir une chance splendide : celle de prendre le temps de regarder défiler les nuages depuis la terrasse en sachant que c'est ainsi que les élans se prennent.

 

La photo c’est quoi pour vous ? ” Je photographie mon rapport aux choses, c’est un travail poétique. C’est une attention au monde. Ces photos qui nous interpellent et nous obligent à regarder autrement, nous forcent à voir entre les lignes.”

Pour Alan Humerose, la photo n’est pas une histoire de souvenirs, elle ne parle que d’elle-même. La photographie pour lui tient de sa participation au monde, mais il ne faut pas se leurrer «le moment de la prise de vue est aveugle, tout se joue, entre ce que je vois, ce que je crois voir et ce que je saisis. Souvent nous sommes déçus devant nos photos, parce que la photo est toujours décontextualisée, c’est notre rapport affectif qui se joue entre l’instant vécu et l’instant immortalisé. Et avant tout la photo, c’est la lumière, le sujet n’est qu’un prétexte.»

 

Ce rapport au temps est repris différemment à travers l’exposition qui s’est déroulée cette année au Mamco «Les grands centièmes». On a toujours la tête ailleurs. Pour l’artiste, les expressions sont friandes de ces absences : “J’ai la tête ailleurs”- “Je n’en reviens pas “ effectivement il y a des lieux dont on ne revient pas, pour Alan, c’est la Patagonie. « On est quelque part sur la planète et on pense à son amour qu'on a laissé, qui attend, ou peut-être déjà plus. Ou, tout au contraire, on est avec un amour mais l'esprit rêve d'espaces à l'autre bout du monde, qui appellent, ou qui retiennent encore. Alors, tout à coup, on se met à voir le monde, on remarque des choses qu'on ne voyait plus et qui soudain étonnent. On en revient pas! Une scène fugace, un regard tendu ou qui se perd, un décor à contre-jour dans lequel éclatent une sirène, deux bateaux. Une attente dans un carrefour inconnu... »

 

Et «Les Grands Centièmes» soulignent aussi le temps qui en un éclair vous fait basculer, le temps d’un coup de foudre , ou celui de l’accident. Ces centièmes qui nous font vivre le pire ou le meilleur, passer de je suis à j’étais.

Amoureux de musique, Alan Humerose a joué de la guitare , puis toujours fidèle à cette ancienne passion, il ne peut guère travailler sans musique, ses préférées : jazz-rock ou chansons françaises, musiques sud américaines. Le voyage pour lui doit tenir du caprice, comme prendre un scooter pour se rendre en Grèce à une de ses expositions, ainsi le voyage transforme et au fur et à mesure que vous avancez le but du voyage se perd, devient secondaire, «il n’y a plus de destination, mais qu’une direction»

 

Alan Humerose vit depuis 23 aux Pâquis avec sa femme Fabienne et leurs quatre enfants. Selon lui beaucoup de commerces ont disparu au profit des bars. Il ne sent pas d’attaches particulières à ce quartier, mais parfois les bagarres au petit matin entre prostituées attirent son oreille et il retient des perles échangées. Un matin, lors d’une altercation entre prostituées, une petite prostituée latino hurlait à trois grandes nanas apparemment transexuelles «Yo soy una mujer original», des paroles étranges bues par l’aube naissante .

 

 

 

Alan Humerose résumé en quatre mots : Musique, Ecouter (voir c’est écouter, assister au monde) - Lire- Ouvrir les choses (s’ouvrir à elle) .

 

En disant cela, il ouvre large les mains comme pour essaimer les étamines à tous vents du pissenlit…………………………………

 

 

 

 

Photo : auto-portrait Alan Humerose

 

Ses sites

 

http://humerose.com

http://rezo.ch

http://www.uneparjour.org/