28/11/2009

Deale qui peut - Les balafrés


jack_error_1074880153_balafre_003.jpg19h - Rue des Alpes – Premier repérage dans  un petit resto à burek-kebab, une petite salle longiligne, trois tables, au fond du bouiboui un groupe d’hommes. Trapus et costauds, pour sûr ce sont des Algériens, les Marocains sont plus fins, plus longilignes, plus maigres et assurément plus jeunes.  Un homme  se tient debout devant les autres en grande conversation avec sa casquette faux Vuitton sur la tête,  un sac en bandoulière tout aussi faux Vuitton, certainement achetés dans un marché italien comme celui de Ventimiglia en Italie, transformé en passoire à clandestins pour la France, le vendredi, jour du marché.

Leurs visages montrent de longues balafres, traces de bagarres au couteau. Non, il ne connaissent pas la petite castagne après une nuit agitée,  c’est leur vie qu’ils jouent à chaque bagarre, pour un centimètre de trotttoir gagné. Rivée devant la vitrine des tapis Avakian, j’observe les motifs des tapis en soie persans tout en gardant un oeil fixé sur les entrées et sorties du bistrot.

Nom d’un chien ! A voir tous ces balafrés assis autour de la table, je comprends que nous n’avons plus affaire aux petits dealers africains revendeurs de camelote mais qu’on a passé le cran supérieur , celui du grand banditisme, filière lyonnaise, marseillaise, italienne?  Ils ne ressemblent pas à des Harragas fraîchement débarqués. Un de leur  gars, le plus jeune, fait les cent pas devant le Café Vaudois, quelques minutes,  puis il repart. Ils bougent tous très vite et ne restent jamais au même endroit plus de cinq minutes.

La chose donc se corse, la stratégie est à revoir.  Approcher le gérant prochainement durant la journée pour lui faire savoir que je souhaiterai parler à ces gaillards, voir comment il réagit, distiller par son biais l’information, les prévenir qu’un de ces quatre sans crier gare, je me pointerai avec pour  seules armes mon stylo et mon carnet de notes, arborant mes lunettes de maîtresse d’école, un de mes bouquins sous le bras, une romancière intrigue plus qu’une journaliste qui peut faire  franchement peur.
Tout le monde rêve d’entrer dans un bouquin et goûter à la postérité, surtout lorsqu’on a des vies si écourtées, hâchées menues au bout d'une lame,  de bandits de grand chemin, ces pirates des temps modernes qui font la traversée de l’Europe en passant d'une prison à l'autre.

22:06 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

"...c’est leur vie qu’ils jouent à chaque bagarre, pour un centimètre de trotttoir gagné."

Vous avez remarqué ? eux, ils sont près à se battre jusqu'à la mort pour un centimètre de territoire tandis que nos autorités se lamentent dès lors qu'elles doivent prendre la décision douloureuse de reconduire à la frontière une personne déboutée ...

Au fait, pour poser une question, comment comprennent-ils le droit de séjour suisse ?

Écrit par : Vraiment ? | 29/11/2009

Vous nous démontrer que selon vous - pour faire du journalisme (?),

vous pouvez vous targuer n'avoir ni foi ni foi,
ni aucune frontière entre le "bien" et le "mal",
car seul compte votre récit.

Ah au fait, en tant que journaliste, n'êtes-vous pas supposée (ou é) connaître quelques rudiments du sujet sur lequel vous journalistissez ?
Par exemple, un dealer est un délinquant - OK vous n'avez que faire de la loi.
Un dealer est un tueur - OK vous n'avez que faire des conséquences des actes des dealers qui vous servent de sujet de papier.

OK pour vous, un dealer est un travailleur qui se fait son fric.

Au fait, vous attendez quoi de la TdG et de ses lecteurs ?

Écrit par : Lara Lebol | 29/11/2009

La demande serait-elle plus élevée que l'offre ? si ce business marche c'est parce qu'il y des consommateurs tous horizons sociaux confondus, aux dernières nouvelles les banquiers et la cocaïne, des médecins qui se font des tisanes à l'herbe, des avocats, des étudiants, des usagers courants et dont certains parfois qui tombent dans la dépendance extrême. Pourquoi ne se pose-t-on pas des questions de savoir qui consomme ? La question devient purement politique en terme de prévention, d'information, de protection des jeunes. C'est tellement plus simple de juger la situation via les dealers mais qui sont ceux qui les nourrissent et justifient leur présence par leur besoin de se doper à petite ou forte dose ?

Écrit par : pourquoi | 29/11/2009

Et si on jugeait aussi les consommateurs qui favorisent le deal ?

Écrit par : duda | 29/11/2009

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