27/11/2009

Deale qui peut - Yallah Zizou !

P1010370.JPGDans le fond, chers internautes,  malgré nos questions et une première approche interactive, nous n’avons même pas débuté notre enquête. Il nous reste les Harragas,  des Zizous en provenance pour la plupart de l'Algérie et du Maroc et c’est pas le plus simple. Ils naviguent entre la rue des Alpes et Place de la Navigation. Décrits par la plupart comme des voyous sans foi ni loi. Spécialistes du vol  à l’arraché, ils n’ont peur de rien, n’attendent rien contrairement aux Africains qui espéraient un titre de séjour, un statut.

On m’a prévenue, les Zizous marocains ? Même les Algériens n’osent pas les approcher ? Tu vas t’y prendre comment ? A la première question, ils te sortent le couteau. Mon point faible, je suis une femme.

Je réfléchis et pense à la stratégie déjà utilisée pour les Rroms à l’époque où je me trouvai en Italie pour les approcher : identifier clairement leur territoire, comprendre la répartition entre les uns et les autres. Les retrouver en territoire neutre, de préférence un bistrot où ils se retrouvent, c’est sûr tout se discute dans les bistrots autour d’un café.  Leur tourner autour pareil à  un phalène en évitant de se brûler les ailes.


Je les ai déjà longuement observés du côté des Eaux-Vives cet été, pour un roman, je les ai observés durant des heures, comment ils traficotent entre Baby-Plage et le Jardin Anglais, où ils boivent leur café. Où ils vendent précisément. Donc, patientons, préparez vos questions, elles doivent être forcément différentes, l’interview prendra effectivement du temps. Ne désespérons pas, nous ferons ensemble un beau reportage. La semaine prochaine, je continue vos mêmes questions auprès de plusieurs autres dealers toujours originaires de Guinée Bissau et Conakry, hauteur rue de Berne et rue de Zürich. Ensuite déplacement vers les Zizous, je sortirai mon grigri de protection.



Voilà le rendu des observations de cet été dans le roman en cours  :

“Serge,  flic à la Brigade des stup en avait déjà assez de cette enquête qui n’offrait rien passionnant ou de singulier. Il les connaissait bien ces filières qui sévissaient en provenance du Maroc et  d’Algérie. Ces “Harragas” quittaient le Maroc, d’où ils fuyaient leur banlieue pourrie de Rabat ou Casablanca au moyen de barques rudimentaires, ils débarquaient en Sardaigne, en Espagne, en Italie, pour la plupart mineurs, ils défiaient la justice, remplissaient les taules européennes sans que l’on sache ce qu’il fallait en faire. Pour eux, ne s’offrait aucune autre issue partir ou crever, alors mieux valait crever après avoir tenté le tout pour le tout.
Et on les sentait prêts à tout, vol à l’arraché, bagarre au couteau, vol de voiture, ils se brûlaient en entier, têtes-brûlées, leur destin se jouait dans l’immédiateté, la vie qui s’annonçait très courte pour eux, se vivait à l’instant, à la seconde et pour le reste : “Inch’allah!” avaient-ils pour habitude de répondre. ............................

Il les voyait régulièrement traîner leurs baskets au bord du lac certains à peine âgés de seize ans. Maillot de foot, basket, portable, ils ressemblaient plutôt à des chats faméliques qu’à des caïds, maigres comme des cure-dents. Ils dealaient dans les toilettes publiques. Les clients, monsieur- et- madame-tout-le-monde, toute catégorie sociale confondue. Les clients ? Quelques junks de bonne famille pour certains avec leur chien tout aussi dopé, le bandana autour du cou à tirer sur une laisse faite de corde banale. Le chien qui tire son maître derrière et qui connaît le lieu exact du rendez-vous. La nuit, les Harragas se faufilent dans les caves des immeubles avoisinants pour y dormir entassés comme des rats sur des matelas de fortune, entortillés dans leur manteau, ou dans des abris publics pour sans domicile fixe, toutes les nuits ils changent de lieu pour ne pas être repérés.

Les flics hésitaient même à les interpeller, parce qu’il aurait fallu tous les arrêter et que les prisons sont surchargées. Et toujours la même rengaine, on les juge, ils disent ne pas avoir de papiers d’identité, les avoir déchirés, racontent être palestiniens ou irakiens, vendent du haschisch et de la marijuana. Ils ramassent soixante jours de prison ferme, se lavent enfin, se reposent, se retapent et sortent libérés bons pour continuer leur business.

Le gars, un Marocain de Casablanca fixait le flic d'un  regard de plomb, ils firent venir un interprète marocain qui avait même peine à le comprendre. Son parler tenait plus du dialecte de la banlieue marocaine que de l’arabe appris à l’école. Il se révélait être incapable de lire un texte dans sa langue, les années d’études obligatoires n’avaient pas été achevées. Analphabète, pauvre, arraché à sa terre par la misère. Serge se disait que lui, le flic n’avait pas à gérer toute la misère du monde...........................(.....)

Mais comme un condamné, Serge  allait jusqu’au bout de son interrogatoire chevillé au désespoir et à la misère de celui qui se tenait en face de lui, presqu’un frère, deux paumés .
Serge buvait  en cachette directement à la bouteille quelques rasades de whisky comme pour se griser immédiatement et engloutir le poids du monde qui lui pesait lourdement sur les épaules. "

22:26 Publié dans Genève | Tags : pâquis | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

J'avoue qu'avec votre style épuré et enjoué, on se prend à lire ces lignes mais derrière il y a des drames humains que les zizous enclenchent et entretiennent. Facile de dire qu'il y a de la misère sur le territoire et que les dealers sont là pour aider ces pauvres diables (comme le ferait le bistrotier du coin avec son vin) mais se présenter comme des anges-gardiens pour soulager l'humanité, c'est un peu raide car ils se présentent eux-mêmes comme de vulgaires consommateurs très superficiels de marque Burberry, Lacoste, Diesel... payés par un travail illégal et sont des des pions dangereux pour notre société qu'il faut faire sauter.

Écrit par : demain | 20/12/2009

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