10/05/2009

Mieux vaut le narguilé qu'être nargué !

 

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Après  les mille et une nuits vinrent  les  “mille et un Pâquis." Dans ce quartier animé, la nuit,  vous y découvrez les saveurs enchanteresses d’un narguilé  au parfum de vanille, de fraise ou de  pomme. Le gargouillis de l’air traversant l’eau  lorsqu’on aspire profondément sur le Agizlik (tuyau) vous  plonge dans un ravissement aux allures d’aillleurs. Flaubert l’écrivait si bien  “une vie de fainéantise et de rêvasserie à fumer des chibouks et des narguilés vautrés sur notre tapis à regarder l’eau du fleuve”.
Vous y êtes presque avec un gros effort d'imagination; affalés sur un divan ou des fauteuils accueillants et en place du fleuve, vous observez le flux de voitures et les passants.


Dans ce décor de rêverie orientale, Yilmaz Enver est assis devant son café, à discuter, recevoir des amis. Assis dehors sur la terrasse, il observe du coin de l’oeil en bon patron qu’il est tout ce qui se passe autour de lui. Des jeunes d’écoles internationales, des habitués du quartier, des fonctionnaires internationaux, des touristes du Proche-Orient, des Azerbaïdjanais, des Russes, tout ce monde se croise autour d’une chicha. Et Yilmaz est toujours prêt selon la tradition à vous offrir la causette et l’hospitalité, il vous désigne le siège et vous demande si vous avez du temps.  Il faut naturellement répondre  Oui !
Il me fait apporter un café turc et me prévient aussitôt :”On parle de tout sauf de politique”. Lorsqu’il me dit être Kurde, je comprends immédiatement ses réticences.
Arrivé en Suisse en 1981 comme réfugié politique, il recoit son permis humanitaire en 1987.  Très vite, il s’est mis à travailler même sans savoir le Français, en qualité de carrossier de formation, son métier d'origine,  il travaillera à Meyrin dans une carrosserie.  Puis il se retrouve à piloter  des machines CNC, une grande maison horlogère l’engage durant plusieurs années. Le temps lui a donné raison, la chicha est plus sûre que le chablon, il a préféré se mettre à son compte, il a d’abord ouvert un Kebab, puis ensuite en face le bistrot  “Chez Leyla”  à la Place de la Navigation.

Selon lui, les Pâquis est  un quartier formidable pour les commerçants, ils travaillent presque tous les jours de l’année jusqu’à 2h du matin, c’est animé, vivant.  Evidemment il y en a toujours qui embêtent, la police devrait être fréquemment là, pas seulement de temps en temps.

Et bien tiens ! Pas plus tard que hier, un gars arrive, jette ses déchets sur la table du restaurant, Enver lui propose de reprendre ses  détritus  et de les jeter à la poubelle. Le gars l’insulte “Ouais, vous les Turcs à un mariage vous venez de tuer 44 personnes !” –Enver lui répond, si tu ne veux pas être la 45 ème personne, déguerpis. Le gars lui fait un bras d’honneur et s’en va le narguer un peu plus loin “Prends Turkish Airlines et rentre chez toi !”
Mais son copain thaïlandais du resto d'à côté a aussi eu des problèmes en sortant de son Kebab; un homme pas très fort, ni très musclé, pas bien gros, voire même un peu petit, toujours selon Enver, qui a été délesté de son portemonnaie après avoir été menacé par des malfrats.

P1000259.JPGSuisse Enver ? Non, il est le seul étranger de la famille, ses cinq enfants sont suisses. C’est comme ça !  Fataliste, il rit en haussant les épaules. Un jour, peut-être…….

La réponse est sans aucun doute  au fond du marc de café turc..................................

22:03 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0)

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