01/04/2009

UN INFILTRE AUX PÂQUIS

 

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12h30- rendez-vous à la rue de Berne. Il me repère d'un coup d'oeil, avant même que je ne l'aie vu. A l'issue du film, Dirty Money, je lui avais demandé de pouvoir le rencontrer aux Pâquis, parce qu'il le connaît, ô combien, ce quartier,  avec ses hôtels cinq étoiles. Les enquêtes sous couverture à réserver une chambre sous un faux-nom, une fausse identité, la filature idéale qui pouvait durer des jours, voire des semaines et qui lui permettait d'infiltrer les réseaux mafieux.

A l'issue de la projection, je l'ai vu se lever de son fauteuil de ciné, les yeux pleins de larmes. Il ne s’en cache pas, ce film, cette histoire, son histoire l’a beaucoup touché.

Fausto Cattaneo dit “Tato” pour les intimes revoit son histoire dans "Dirty Money - L’infiltré"  inspiré de son livre “Comment j’ai infiltré les cartels de la drogue”. Dans la réalité, l’ex-commissaire de la police tessinoise et de la police fédérale suite à une enquête sous couverture s’est retrouvé lâché de tous, contraint de se retirer.

Son livre autobiographique est fort, l’ex-infiltré est devant le lac de Lugano prêt à se tirer une balle dans la tête, dépressif, seul, isolé, il veut s’arracher la vie comme on s’arracherait une dent qui vous fait horriblement souffrir. Et une rage salutaire le secoue, l’attrape à la gorge, la colère monte et il renonce pour se battre. De cette lutte salutaire,  d’un homme décidé à dire la vérité, il renaîtra de ses cendres.

Il n’y a pas de crime organisé sans institutions qui le soutiennent et le protègent. Spécialiste de la drogue, il a  frayé  non seulement avec  la drogue, mais les armes, le terrorisme, côtoyé les agents secrets de la CIA, du Mossad, des agents hors contrôle, et au sommet de tout cela,  qui tirent les ficelles ? De riches industriels, des politiciens qui manoeuvrent à l’envi.

Il en connaît un bout sur les manipulations, il a vu “Mâadâame !” à l’oeuvre, à savoir Carla del Ponte, celle dont le manteau de dalmatien représente pour chaque tâche, un flic écrasé, un piédestal de plus pour sa carrière, procureure au Tessin puis parachutée à Berne, pour les services rendus.  Elle protège les filières mafieuses, couvre Gianfranco Cotti, patron de la Fimo qui reçoit des fonds de la drogue. Elle cache, fausse l’information, le commissaire découvre le pot aux roses, elle le traite de “fou” , l’écarte, l’isole. Le juge Giovanni Falcone, pire ennemi de la Cosa Nostra, arrivera aux mêmes constatations que lui, le nez sur la même piste, ils se retrouvent,  face à face,  avec des  conclusions  identiques : blanchiment d’argent sale, l’argent de la drogue qui part de la Sicile, du navire Big John, 600 kg de cocaïne, et dont l'argent de la vente sera acheminé jusqu'en Suisse par des mules qui passent par la montagne, et le déposent sur des comptes suisses, ceux de la Fimo.
Même ses meilleurs amis le lâcheront. Quelques journalistes le soutiennent, il écrit 2’000 pages d’une traite, d’un soufflle pour décrire les mécanismes, l'infiltration avec la peur aux tripes, cette peur qui ne vous lâche jamais et qu'il faut maîtriser, des histoires moins sensationnelles plus personnelles et finalement, une maison d’édition et pas des moindres,  Albin Michel,  publiera son histoire.
Assis en face de moi au bistrot, il ne me lâche plus des yeux pour raconter la vie d’infiltré. Jusque dans les moindres détails tout doit être crédible. Du travail d’équipe, certes, mais savoir être seul avec peu de moyens dans le fond. La Suisse, ce n’est pas comme les Etats-Unis où tout le bénéfice de la drogue saisie retourne dans la lutte contre la drogue. Hôtels, bureaux de changes, autant de couvertures parfaites pour les policiers qui travaillent dans des conditions optimales avec un maximum de moyens.

Tato après sa mise en retraite forcée entamera son master en criminologie sur “Emploi légal des agents undercover” puis il fera un peu de bénévolat ce qui lui vaudra le surnom affectueux de Padre Pio par Izabel, son épouse.

Il prépare une deuxième publication sur une enquête qui part du Mato Grosso et qui aboutit à Genève, l’argent posé inévitablement sur les comptes suisses, des réseaux qui le mèneront aussi, jusqu'aux Pâquis. Le titre prometteur “Jusqu’où nous pouvons arriver” fait la démonstration du réseau influent du crime organisé qui touche les sphères les plus influentes, des personnages de haut niveau : Tous mouillés !
Homme de justice, il a aimé son métier et puis dans le fond, un flic reste toujours un flic, un curieux qui aime comprendre ce qu'il voit.  Si c’était à refaire, il recommencerait sans hésiter . Et il est fier de pouvoir se promener la tête haute, il n’a rien à se reprocher. Il ne regrette rien !

Et allez ! Il  ne peut pas s'en empêcher, c'est un homme d'équipe, un petit mot pour la Sûreté genevoise.  Selon lui. ils  font un sacré bon boulot. Les gars, ils sont géniaux.  Les collègues de Genève ? Excellents professionnels !

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