28/03/2009

JACQUES BERTHET - PHOTOGRAPHE-POETE

 

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10 h – Place de la Navigation, le marché attire acheteurs et badauds, un petit air printanier réjouit enfin les  coeurs. Je grimpe les deux étages d’un immeuble ancien, la porte en bois s’ouvre large comme des bras ouverts. Jacques m’invite dans son bureau, je m’affale dans un sofa profond. Le regard est affolé, il se promène et  tente de saisir toutes les richesses accumulées du voyageur, du photographe et du  poète. Des livres sur le désert, des ouvrages sur la nature, des photos de deux Tibétains. Encore d’autres  grandes  photos contre le mur :  les entrailles du Cern , un enchevêtrement de fils électriques de toutes les couleurs, puis à côté,  un olivier millénaire, arbre torturé au large tronc.  Ce lieu pourrait tout aussi bien être celui d’un écrivain, des  livres sur la table : Moby Dick, Yasmin Khadra. Un carnet de notes.

Jacques saisit au vol tout ce qui est bon à prendre, il transforme, adapte, s’adapte. Les SMS lui font aimer les haïkus, cette poésie japonaise, courte et fulgurante, qui nous rappelle l’évanescence des choses, cet instant sans ego qui est saisi sur le vif comme une photo volée et qui suggère l’instantanéité du moment, l‘éphémère immortalisé, arraché en plein vol.  L’image est infime en rapport aux mots, l’image est descriptive tandis que le mot révèle l’âme  en profondeur. Alors,  oubliez les cartes postales ! En guise de  lettres, ce sera un haïku que vous recevrez sur votre portable et qui dira :
“Entre les effluves de menthe
Et le vacarme des cigales
un  colosse”

Ce colosse est assurément un  olivier centenaire ou millénaire. Sur les traces des oliviers depuis  trois ans,  à parcourir tout le pourtour de la Méditerranée, la Grèce, l’Espagne, l’Italie. Jacques est amoureux de ces arbres qui lui offrent soit un spectacle de  flamenco, soit le conciliabule des sages. L’anthropomorphisme de ces arbres l’ont véritablement subjugué. On croirait des personnages de contes, pour le photographe,  ils sont métaphysiques.

Les voyages de Jacques s’organisent autour d’un thème, les herbes dans les pays du Nord dans ces landes sauvages balayées par le vent. Parce que dans ses photos, le vent est tout aussi présent que la lumière, le vent  ploie les herbes, on croirait l’entendre siffler, il interfère dans la prise d’images, parfois ami, parfois ennemi.  Jacques partira en Thaïlande, à Bangok, pour une exposition de photos sur le végétal et l’architecture.
Mais il se passionne tout autant pour ces migrants qu’il a photographiés aux Pâquis. On les voit sourire à l’attention du photographe, enfin ils existent à travers son objectif. Jacques raconte la joie de ce  Kurde irakien, de cette Equatorienne,  de ce Pakistanais, de cette Erythréenne dont il me montre les portraits. Sans statut légal, requérants, commerçants. Dans leurs plus beaux atours, ils se présentent fiers,  ces tranches de vie merveilleuses qui se racontent au détour d’une photo. Certains les ont agrandies et affichées dans leur magasin .

Oui, c’est vrai ! Ils sont très beaux !  On sent la relation de confiance qu’a réussi à établir Jacques avec ses sujets. Il aimerait tant continuer ce travail de ceux et celles qui font les Pâquis, de ceux et celles qui font Genève. Selon lui, ils ont apporté non seulemement le brassage multiculturel, ce qui implique qu’ils apportent  au-delà de  leur culture,aussi leur nourriture, leurs épices, leur langue.  Nous sommes tout imprégnés de ce qu’ils nous offrent. Cette exposition, selon Jacques,  mériterait d’être achevée en collaboration avec d’autres artistes, photographes, poètes. On ne se lassera jamais de raconter les autres.


Les Pâquis, Jacques y vit depuis 25 ans, il a vu et vécu les changements, tout au long de ces années, il est vrai que  selon lui, le quartier  a bien changé, on s’y sent assurément moins en sécurité.  Il quitte souvent le  quartier pour ses voyages et surtout pour des marches. Ces longues marches dans le désert entre Tamanrasset et Janet, à marcher des jours entiers sur du plat ou escalader les montagnes de l’Atlas. Vivre avec les Berbères, dormir à la belle étoile, se frotter aux joies de la vie frugale. Marcher, c’est aussi vivre un  voyage intérieur, en solitaire, se ressourcer , en quête de spiritualité.

Il est là assis dans son fauteuil à balayer le monde d’un geste ample  son regard est celui des grands voyageurs, on y voit des contrées, des paysages, des oliviers. Et le haïku qu’il a choisi pour  la première page de son site lui convient à merveille : “ Rien qui ne m’appartienne – sinon la paix du coeur et la fraîcheur de l’air.”

Vous pouvez voir l’exposition de Jacques Berthet à la pinacothèque des Eaux-vives et ce jusqu’au 5 avril ( 7 rue de Montchoisy)ouverture mercredi et vendredi de 16h à 19h- jeudi de 16h à 20h et samedi de 11h à18h- Brunch de clôture- dimanche 5 avril dès 11h.

 

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son site http://www.jacques-berthet.net/

09:51 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Une des plus belles de ses expositions....il y a hmmmm...je ne sais plus : sur les marais salants.
p.l.

Écrit par : pierre losio | 02/04/2009

Bon jour berthet Je suis tres impressionner par ton liver et je suis tres flater de voir les oliviers de mon village Achallam figure sur Le livre bravo pour Le travail on est a votre cote pour faire autre chose

Écrit par : Hadj said Mourad | 06/11/2011

Bon jour berthet Je suis tres impressionner par ton liver et je suis tres flater de voir les oliviers de mon village Achallam figure sur Le livre bravo pour Le travail on est a votre cote pour faire autre chose

Écrit par : Hadj said Mourad | 06/11/2011

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