23/03/2009

Presque tous sauvés !

 

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(suite du billet précédent)


8h ce matin, me voilà devant  la maison  La Croisette sur la route de  Vernier, l'ancienne demeure a été  récemment incendiée, elle accueillait des requérants d'asile pris en charge par l'Agora . Un malheur ne vient jamais seul, d'abord l'expulsion pour laisser Ikéa s'implanter suivie d'un sinistre causé par une main criminelle, sans doute.

Tout est calme, le soleil brille, le jardin est baigné de lumière, des pâquerettes fleurissent, les oiseaux chantent. Les volets sont entrouverts, j’entre en marchant prudemment, une odeur âcre de fumée empuante l’air ,  des sans-abris ont dû passer la nuit dans les pièces nues, ça sent l’urine, une chaussure de femme, un bas qui traîne. Pas un bruit. L’atmosphère est lugubre, tout est si sombre, si noir à 'intérieur.
Je visite les pièces du rez-de-chaussée presque entièrement dévastées par le feu, spectacle de désolation. Un geste criminel, sans aucun doute, une vitre a été cassée puis quelqu’un de mal intentionné a bouté le feu. Le piano est calciné, les murs sont noircis par la fumée, les tapisseries sous l’effet de la chaleur se sont décollées, elle penchent tristement comme les prises  le long du mur. Heureusement que les pompiers sont vite intervenus, le feu a été rapidement maîtrisé, sauvant du coup la bibliothèque.

Nous montons avec les deux aumôniers, Pierre Dürrenmatt et Véronique Egger,  au premier étage de l’ancienne maison. Les livres “enfumés” sont alignés; sages, imperturbables, immuables, endeuillés par cette légère suie noir qu'ils arborent comme un costume de deuil. Nous les  ramassons, un par un, les fourrons dans  nos cabas dont un d’Ikéa, le grand cabas bleu en plastique , ce serait presque amusant dans d’autres circonstances. Mais, c’est bien la maison suédoise qui viendra s’implanter à cet endroit. Les doigts noircissent. Il faut choisir ceux qui sont en bon état, voire récupérables. Certains ne méritent pas trop d’attention, par exemple trois volumes  sur “sorcellerie et occultisme”, je les jette par terre, ils resteront à  cet endroit à ensorceler les suivants, adorateurs du veau d’or.  J’en ramasse une trentaine, des bénévoles, dans le courant de la matinée,  viendront en chercher d’autres, à ramener chez elles pour les dépoussiérer, les désenfumer et les nettoyer.


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Avec notre chargement, lourd, encombrant, il faut redescendre l’escalier étroit et raide,  inutile de s’accrocher à la rampe, elle est à moitié détruite, totalement calcinée.

Avant de repartir, je prends une photo des deux aumôniers et leur pose la question suivante : “ça doit vous paraître étrange de quitter cet endroit après tant d’années pour laisser place à un magasin de meubles ?”

 

 

P1000071.JPGIls répondent par un sourire, ils ont encore tant à faire, les requérants sont là, ils faut s’en occuper. Alors,  les états d’âme, ce sera pour une autre fois.

Les livres sauvés et nettoyés  offerts par l'Agora rejoindront l’Espace solidaire du Temple des Pâquis pour de nouvelles aventures. Sur les 1’000, nous en avons récupéré une bonne partie.

Ainsi va la vie …………………………………………….........................................................................................................

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