16/03/2009

Le professeur de français de Lénine

Jaques Alexis Lambert_1909.jpg

Alexandre Lambert m’attend dans son  bureau baigné de lumière, sis au 6 ème étage de la rue de Monthoux. Un historien qui s’est découvert une passion pour l’histoire très tôt, comme dans les romans, il farfouillait dans le grenier de ses parents à Winthertur et dans la malle imposante, un carnet bleu attire son attention. D'une écriture régulière et serrée,  ce sont les mémoires de l’arrière-grand-père Jacques Alexis Lambert, il y consignait ses souvenirs de professeur de français de Lénine et de sa période russe.

Alexandre de langue maternelle suisse-allemande, l'arrière-petit-fils, déchiffrera peu à peu ce trésor de souvenirs, en fera son thème de mémoire puis il faudra encore vingt ans pour qu’un ouvrage soit publié.

A travers cet opuscule, qui sera très probablement aussi publié en russe par l’édition des Suisses dans le Monde, c’est la saga des Suisses à l’étranger qui rappelle les grands mouvements migratoires des Suisses en quête de subsistance. Précepteurs, enseignants, gouvernantes, cuisiniers, ils partaient conquérir le monde. La Russie tsariste attirait notamment les Suisses. En 1884, Jacques Alexis, Neuchâtelois,  s’embarque pour la ville de Simbirsk pour y enseigner le français au lycée où le jeune Lénine (Vladimir Oulianov de son vrai nom) suivra ses cours en 1889.
Il se souvient d’un jeune élève brillant décrit comme :”talentueux, il avait fondé un groupe de lecture marxiste avec quelques-uns de ses camarades”.


On y décrit avec force détails, le jeune élève Oulianov surnommé le “tsar-communiste” par son enseignant sur qui pourtant il lui faudra compter pour quitter le pays après l’instauration du régime révolutionnaire  par son ex-élève et qui depuis le Kremlin, à Moscou,  dirige le pays. La guerre fait rage, sur les conseils de Lénine, l’enseignant contacte le ministre des affaires étrangères, Tchitchérine, qui lui suggère de quitter le pays par le nord-ouest, mais le front polonais le contraint d’opter pour une autre solution, il quittera le pays par la Mer Noire, transitera par Marseille pour enfin regagner Genève.






Alexandre Lambert_Fils de Victor Lambert_2004_IUHEI.jpgAlexandre Lambert  pourrait durant des heures raconter cette saga magnifique. Intarissable, il mentionne les relations privilégiées que la Suisse entretenait avec la Russie et rappelle que la Russie et les Russes sont à 90% dans l’Europe et que nous devrions reconstruire et créer de nouveaux ponts avec ce pays, maintenant que le rideau de fer est tombé.

Alexandre, après des études d’histoire à l’Université de Zürich, obtiendra un doctorat en relations internationales à HEI. Il est directeur académique et professeur à la School for International Training, institut universitaire américain sis à la rue de Monthoux. Il enseigne aussi les relations internationales à la Geneva School of Diplomacy and International Relations, un autre institut universitaire privé basé au Château de Penthes.

Etonnamment, Alexandre qui se trouve donc enseignant aux Pâquis fait référence au fils du célèbre arrière-grand-père de Russie, Nicolas Lambert qui après des études de théologie à Genève oeuvrera comme pasteur protestant aux Pâquis.

Décidément, se pourrait-il aussi qu’on hérite dans nos gènes de la mémoire des lieux ? 

Pour rencontrer l’auteur rendez-vous au Domaine de Penthes, Musée, dimanche 17 mai 2009, à 14h30 avec en sus dégustation de thé russe et programme-cadre débutant vers 11:30 - 18, chemin de l’Impératrice, 1292 Pregny.

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