21/02/2009

Coeur piétonnier aux Pâquis

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18/02/2009

DISCRETE BLOUSE BLANCHE AUX PAQUIS !

 



42-20136923.JPGOn m’a dit quelqu’un à ne pas manquer dans tes portraits, c’est le Dr. XXX, je ne peux pas encore vous donner son nom, je crois qu’il est trop modeste. Un incontournable, et l’ennui,  c’est qu’il ne veut pas  être contourné.

Sa secrétaire me répond très gentille sur un ton affectueux en me parlant de son patron: “ lorsque je lui ai parlé de votre interview, il a éclaté de rire “ comme si c’était la chose la plus improbable que celle d’être interviewé.

Et pourtant dans son quartier, on le cite, on le vante.  Celui qui se déplace, qui va à domicile, qui écoute. Le cabinet ne désemplit pas tout le monde veut s'y rendre. Si quelque chose s’organise dans le quartier, une manifestation, un évènement, il se propose volontiers comme volontaire bénévole.

Ah ! Lorsque je pense que les caisses détruisent le plus beau métier du monde, celui de médecin généraliste, pure folie. A mon avis, tout le quartier des Pâquis va défiler avec les médecins en grève pour soutenir “Leur médecin“ de quartier.


Bref, je réfléchis. … Le nez qui coule, je renifle très fort, en collant bien le thermomètre sur le radiateur, la température monte, monte, il affiche presque 40 °C et en me concentrant un tout petit peu, j’aurai même presque    des frissons…………………………………….........................

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16/02/2009

La Walkyrie de la rue de Berne

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Devant une grande porte imposante en bois massif au deuxième étage d'un immeuble des Pâquis,  on peut lire sur la porte en lettres italiques,   élégantes, le mot  "Elle",  en guise de nom de famille.
J'appuie sur la sonnette, un chien à la voix féroce aboie, ma bouteille du Vin des Filles dans la main gauche - production  artisanale d'humagne  valaisan - je sursaute.  La porte s'ouvre, Myriam me reçoit à bras ouverts, d'une haute stature, des cheveux longs,  plutôt forte, beauté sculpturale.
Entre donc  ma Chérie !  N'aie pas peur du chien,  tandis que le fameux chien, un molosse à la mâchoire puissante n'a qu'une envie, celle  de me bouffer le mollet.

Si tu veux, on va dans ma chambre ! J'ignorai que le métier de journaliste pouvait être si dangereux. Un lieu plutôt cosy, intimiste. Elle m'assied dans un fauteuil en osier joliment peint par elle. Elle s'installe confortablement sur son lit à deux places, face à un miroir. Deux angelots grassouillets en bois,  au dessus du montant du lit,  surveillent attentivement ce qui se déroule sous leurs yeux innocents. Petit coup d'œil circulaire :  peintures et  énormes papillons en tissu très coloré aux murs, des Bouddha, la cage en verre où dorment tranquillement deux pythons vivants, quelques objets annonciateurs;  au bout de la souffrance, le plaisir.

Doucement, je sors mon carnet de notes, puis mon enregistreur, finalement l’appareil photo. Myriam est très à l'aise, moi un petit peu moins. Sur ma droite, une table de massage blanche, des bombes à oxygène, vraisemblablement pour éviter que le client ne meure d'asphyxie en pleine jouissance, surtout si le cœur est fragile, de surcroît.
Hormis splendeurs  et misères des courtisanes de Balzac, je ne connais pas grand-chose sur le sujet et c'est  mieux ainsi . Pas de préjugés, pas de stéréotypes, un regard affranchi de tout jugement.

Née aux Pâquis de père grossiste en vin et liqueur  et d'une mère "faiseuse de chaussures",  Myriam, enfant,  aidait son père à coller les étiquettes sur les bouteilles. Parcours de mannequin, puis de figurantes dans des films, elle a beaucoup aimé le cinéma. Puis les riches amants qui se succèdent tout en l'entretenant, mais ils sont exigeants, jaloux, il faut être en perpétuelle représentation, elle en a marre de cette dépendance, elle préfère la rue et redevenir libre tout en  continuant à mener le train de vie qu'elle aime avec une passion particulière pour les belle voitures. La rue c’est les passants, moi-même je passe, voyageuse, un peu mercenaire car la peur je ne connais pas et dans ce métier, elle n'est pas de mise.

Et le trottoir ça lui plaît, être dehors, regarder la vie, le mouvement, elle parcourt au moins 10 km par jour, par tous les temps et elle n'est jamais tombée malade. Effectivement, elle a l'air sacrément en forme.  Elle met un point d'honneur à être bien vêtue, bien présentable, propre sur elle, évidemment, il y a toujours de mauvaises langues  pour faire  des remarques sur ces seins qu'elle montre. Ben quoi ! me lance-t-elle, tu veux que je les mette où,  derrière mon dos pour les cacher ? En plus, ce sont des vrais.
- Tout le monde me connaît ! se réjouit-elle,  les papis et les mamies qui m'appellent par mon prénom et me saluent, les gens de l'hôtel devant lequel je me trouve,  m'offrent des croissants. Et ça me rend heureuse.
Des enfants elle en a eu, elle lâche très naturellement, on peut être "mère et pute", c'est pas incompatible. Ecrivaine à ses heures, elle estime que les femmes sont dans  les gaufreries nulles de la TV,  soit avocates,  soit dans un pieu et pense qu’elles méritent de  meilleurs rôles, pour ce faire, elle écrit "Les aventurières du Zimbabwe", cinq femmes PDG de multinationale qui se partagent le même homme. Elle avait aussi un quart de page sous la rubrique gastronomie dans  Minuit Plaisir, elle donnait ses recettes de foie gras et signait sous pseudo La Grosse, parce qu'elle l'était et ça l'a fait encore rire.

Tu vois ma chérie !  J'aime mon métier parce que c'est un vrai métier, il faut avoir des compétences sociales : écouter, être patiente, s'intéresser aux autres. Celles qui entrent dans ce métier devraient prendre des cours de maintien, de tenue vestimentaire, de massage, de respect de soi-même, s’imposer une discipline rigoureuse.  On devrait avoir un titre d'assistante sociale avec brevet de sexologie.  On ne fait pas ça à la petite semaine quand j’en vois certaines qui osent sur le banc devant l’église du Temple, je les chasse, comme les dealers et des toxico qui laissent leurs  seringues dans la cour du préau de l’école et que je ramasse pour éviter que les enfants ne jouent avec. Les Pâquis,  c’est mon petit pays et je le défends.

Moi,  j'aime tous mes clients, ils sont tous beaux, je ne fais aucune discrimination, même les handicapés ont droit à l'amour. La seule exception, ce sont les hommes ivres.   Je ne bois pas, je ne me drogue pas, je suis très saine. Et que pourrait-on nous reprocher ? On fait l’amour, pas la guerre.

On nous a affublées d'un nouveau titre "artisanes indépendantes" - je les imagine entrain de bricoler - et rectifie gentiment qu'il s'agirait plutôt d'artistes indépendantes. Et c'est une  artiste, avec son corps comme lieu de  théâtralité et de mise en scène. Elle peint aussi et présente fièrement son œuvre, une magnifique fresque murale qui représente un paysage de bord de mer, une île, un palmier et un seul oiseau. Pourquoi pas deux ? Juste parce qu'il a envie d'être peinard, tout seul,  répond-elle.

Les hommes sont adorables, elle les décrits  avec beaucoup de tendresse.
"Tu sais, ils viennent chercher de l'écoute, de l'attention, se faire câliner. Certaines femmes après avoir mis au monde leurs  enfants ne s'intéressent plus à leur mari, juste des pondeuses qui oublient de rester encore des maîtresses, certaines vont jusqu'à  les maltraiter, les ridiculiser. Alors, ils viennent se consoler. Moi, j'aime tous mes clients, ils me permettent de vivre comme je l'entends et je leur en suis reconnaissante.

Et Grisélidis au Cimetière des Rois ? - C'était une pute sociale au grand cœur, je dis pute parce qu'elle revendiquait  ce titre, c'était une vraie militante, elle mériterait un monument au cimetière des Rois.


Walkyrie ou Victoire de Samothrace des Pâquis, c'est égal. Myriam est une joyeuse qui aime rire, fait rire ses clients avec qui parfois elle pique-nique, elle trouve que c'est un beau métier, elle n'a pas de mac, elle l'a choisi, elle l'assume, le revendique.

Libre, elle voyage , se remarie pour la onzième fois avec un homme jeune et amoureux. Vive la vie !

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15/02/2009

"Les Pâquis, c’est pas une réserve d’Indiens !"

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Une petite litanie trotte dans ma tête  durant le parcours  qui me mène au rendez-vous pris avec Pierre Losio : “Ma p’tite, t’interviewe l’homme et pas le politicien, l’homme et pas le vert, l’homme, l’homme, l’homme.”

Il entre dans le bistrot décontracté : jeans, gabardine bleue, col roulé anthracite, il me salue en me regardant par dessus ses lunettes tenues en équilibre au bout du nez. Je me sens un peu l’insecte observée par un entomologiste concentré, à chacune de mes questions,  de ses yeux marrons foncés,  il vous fixe par dessus ses lunettes pour s’assurer d’avoir bien saisi la question, et purée à vous regarder comme cela, vous vous confortez , ça donne à vos questions l’air d’être presque très intelligentes.

Sans que je m’y attende le moins du moins, dès les premières minutes, ce n'est ni le politicien, ni l’homme qui se présentent. Il  pose sur la table une enveloppe,  en extrait une photo de lui instituteur de  classe primaire aux Pâquis. Inattendu !! j’étais pas prête à ça, j’avale la surprise d’une traite, l’air de rien.

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Il tient entre ses mains une  photo en noir et blanc et passe en revue toute sa classe, sa première volée de 1982  à l’Ecole Centre des Pâquis, il se souvient de  chaque prénom, cite le  métier des parents : Tiens celui-là, il est devenu prof de math à Bogota. Lui, Cédric, il travaille dans le quartier. Les deux jumeaux, aïe, je les confonds toujours.

Oui, c’était un choc, raconte-t-il, instit à l’école des Pervenches de Carouge, il se retrouve aux Pâquis. Il avait l’impression d’avoir débarqué sur la planète Mars, impressionné par le brassage de population, par les flux migratoires :  après les Italiens et les Espagnols il y a longtemps, les Kurdes,les Tamouls, les Balkaniques. Il se souvient des Kurdes qui le jour de la rentrée sont arrivés avec une petite ardoise mais ne sont pas revenus l’après-midi car ils n’étaient pas au courant de l’horaire scolaire ; de la chorale des enfants italophones qu’il animait et qui avait chanté le dimanche matin à la fête des promotions sous le regard embué de larmes des mamans transalpines, si touchées, si reconnaissantes.
Mais, Pierre n’oublie surtout pas de citer ses maîtres de  pédagogie, Célestin Freinet, Jean-Pierre Guignet et Muriel Beer avec qui il a travaillé plusieurs années en duo.Pour clore le chapitre de l’école, il cite François Mauriac, j’ai adoré ce métier parce que “ l’instituteur est celui qui institue l’humanité dans l’homme en devenir »

carnet.jpgEt dans la foulée, il me montre son propre bulletin scolaire de 6 ème, les remarques font sourire et c’est resté tellement lui, du reste, il en a fait une carrière de tout ce qu’on lui reprochait très gentiment :  Babille ! Bavard impénitent ! Pas de questions intempestives ! Pas de football en classe !


L’enseignement, puis la musique qui est là, omniprésente qui le suit pas à pas, en parallèle de ses activités d’instit. Cofondateur du Beau lac de Bâle, de l’AMR, du Festival du Bois de la Bâtie, Pierre comme joueur de  guitare basse. On le voit cheveux longs sur les photos, une casquette vissée sur la tête, un t-shirt sur lequel est inscrit Twist et Patrie.  Puis avec Patrice Mugny, il lance l’association Post Tenebras Rock qui s’est donné pour but de créer un lieu permanent de concerts et de promotion de la musique rock.  Mais finalement, le guitariste avoue préférer par dessus tout le jazz, il joue pour le plaisir dans un quartet de jazz à l’AMR.

L’enfance ?   Un père italien engagé , communiste et qui  se prénommait superbement Germinal ; son oncle Avanti, ça ne s’invente pas. Pierre a grandi pratiquement élevé que par son père seulement. Ils vivaient près du Pont des Acacias dans  l’unique immeuble du quai des Vernets ; derrière l’immeuble un infini terrain vague et d’aventures qui s’étendait jusqu’à la Praille et où vivaient des forains dans leurs roulottes. A l’école on nous traite parfois de bohémiens.
Germinal fut aussi un grand footballeur et grâce à  cela il fut facilement naturalisé suisse, ce qui lui permit de jouer dans l’équipe suisse où il se distingua notamment avec son corner  : mais oui ! Souvenez-vous “Le corner à la Losio.” Il fut champion suisse dans le club Servette.

Mais le fils, rebelle, ne suivra pas les traces de son père qui du reste était très exigeant : Allez, plus de pied gauche, moins de pied droit. Lui, son truc c’est le rugby. Il serait capable d’aller au bout du monde  voir un match de rugby.

Finalement à la politique on y arrive tout doucement, parce que ce n’est pas juste siéger à des commissions, c’est vivre ce que l’on pense au quotidien et c’est bien ce que fait Pierre. Actif aux Pâquis, où il y vit depuis environ quinze ans,  il écoute, il interroge, il boit le café à la boulangerie des Pâquis, chez Graziella et discute avec les clients, les personnes âgées qu’il accompagne parfois dans leurs démarches administratives. Un Vert actif, il contribue à l’augmentation des rues piétonnes dans le quartier en bloquant avec des militants de SURVAP la rue si nécessaire ; tables, chaises, ballons et sirop pour tous.
Quant aux Pâquis, il maintient que ce n’est pas une réserve d’Indiens bien qu’on pourrait vivre en parfaite autarcie, on a tout aux Pâquis, c’est vrai. Mais, il  faut s’ouvrir, sortir de son village, parce que  oui !  les Pâquis, c’est un village où tout le monde se connaît.

Oui, conclut-il, je suis un Vert convaincu, je l’imagine quelques secondes en marronnier, platane, chêne solide au coeur des Pâquis, poumon vert du quartier et  un Vert bien décidé à se représenter au Grand Conseil.

Tu comprends, il faut bien défendre  l’aquarium dans lequel nous nageons tous et à l’allure ou ça va, la qualité de l’eau de l’aquarium,aïo aïo !!!

Pierre n’est pas marié ; il partage sa vie avec sa compagne chinoise, Jacqueline, dont la culture de la vie empreinte de fortes valeurs lui apportent l’équilibre et la sérénité qui lui manquaient, dit-il.


Finalement, j’aurai eu l’instit, le musicien, l’homme et le politicien et surtout par dessus tout  quelqu’un qui continue à distiller beaucoup d’humanité ! Merci l’instit ! C’est vrai, il l’admet , on reste toujours instituteur, toute sa vie  et on s’efforce de continuer à  transmettre de  l’humanité à l’homme .

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