30/01/2009

GASHI, VIE GÂCHEE !

gashi.JPG

 

Un grand rouquin d'une quarantaine d'années avec ses béquilles accompagné d'un jeune Africain qui le soutient et qui l'aide à marcher, ils avancent tranquillement dans la rue de Berne en quête d'un bistrot.

 

A les regarder de bien près, image assez touchante, de ce jeune qui soutient l'autre plus âgé ceci m'incite très spontanément à les suivre, discrètement. J'entre au bistrot en même temps qu'eux et m'assieds à la table juste à côté de la leur, avec l'objectif d'en savoir plus sur qui ils sont et d'où ils viennent.

 

Gashi est originaire du Kosovo, cela fait plus de vingt ans qu'il est en Suisse. Arrivé comme saisonnier avec un Permis A, il a travaillé comme maçon sur un chantier. Accident fatal, il tombe de l'échafaudage et se retrouve en partie handicapé. De recours en recours, la guerre entre temps arrive, il reste dans sa ville d'accueil, se retrouve finalement avec un document du Service de la population délivré chaque trois mois et renouvelé ainsi depuis plus de 20 ans Le document précise bien qu'il ne peut pas travailler, ni stage, ni apprentissage.  Il se marie, devient le père de trois enfants, tous nés en Suisse, scolarisés et sans statut puisque le père n'en a pas et que la mère possède celui de requérante depuis plus de dix ans. Comme il a largement participé au renouvellement de la jeunesse d'un pays vieillissant, je lui demande si ce ne serait pas une raison suffisante d' obtenir un vrai permis, peut-être qu'il pourrait poser la question au Service de la population, il sourit.

 

 

Gashi aurait tout donné pour travailler ne serait-ce que deux jours par semaine, rester à l'assistance lui pèse, travailler même un peu pour faire du bien à la tête, comme il dit. Ses mains ne sont pas touchées, il était un bon maçon, l'électricité n'a aucun mystère pour lui.

Bref, il se retourne vers Abdul, et toi Abdul raconte ton histoire, lui lance-t-il.

 

Abdul a 23 ans, il me sourit, il a un visage un peu poupon,  il est originaire du Togo. Il est requérant d'asile depuis 1 an demi. Chaque semaine, plus précisément chaque mercredi,  il doit passer au poste de police pour un relevé d'empreintes digitales, le document attestant de son passage est envoyé à Berne, les fonctionnaires fédéraux renvoient un formulaire qui autorisera le jeune Abdul a prélever 10 francs par jour. Un jour férié, des vacances, un fonctionnaire malade, soit le moindre grain de sable dans la machine administrative infernale et il n'a plus ses 10 francs pour vivre. Donc, ni autorisé à travailler, ni à étudier, il a l'obligation de quitter son foyer de requérants de 7h30 du matin à 17h. Pour tuer le temps, il zone toute la journée, s'engouffre dans  la gare pour se réchauffer.

Son espoir est d'acquérir une formation, un petit boulot au minimum et jouer au foot, il est excellent footballeur, mais aucun club ne peut le recruter en raison de son statut précaire.

 

Tous deux ont quitté leur canton pour la journée, pour se promener et espérant ainsi s'aérer la tête, sortir de la prison administrative qui les faits tourner en rond, en bourriques. Echapper à cette violence administrative, institutionnalisée.

 

Abdul est très déprimé, très fragilisé, on oserait pas le secouer tant il est rempli de larmes. Son  rêve était d'assister à un match de foot ! Gashi, en bon père de famille, aurait tellement voulu le consoler en l'emmenant voir ce match, un vrai. Ils repartent vers la gare, prendre le train qui les ramènera dans ce tunnel sans fin ………………….........................................................

Ah ! J'aurai pas dû le dire, Abdul n'était pas autorisé à quitter le canton, c'est sa cellule. Chut !

 

 

26/01/2009

Faut pas couper les cheveux en quatre !

 

 

P1000016.JPG

 

 

 

Salon José à la rue de Fribourg, Monsieur José Gilarranz m’attend patiemment en faisant des mots croisés, le journal posé bien ouvert devant lui. Il ôte ses lunettes et me salue. Deux chaises de coiffeur en cuir, un salon lumineux qui donne sur la rue.

Originaire d’Espagne, de Segovia dans la région de Castilla y Leon, il décida de quitter l’Espagne de Franco,  trop dictatorial à son goût, bien qu’il n’ait eu aucun problème particulier.  Lui, s’estimait un homme libre qui n’avait aucune raison de subir ce régime qui ne lui convenait pas.

Donc direction Suisse- Arrivé à Genève, il a des amis au bar Don Quichote à la rue de Berne, après une semaine, ils  lui trouvent un emploi de coiffeur déjà expérimenté à la rue du Stand.
Des fourreurs tenant boutique à côté du salon de coiffure décident de s’étendre et l’achètent. Il perd son emploi.

José , toujours aussi libre opte,  cette fois-ci,  pour se mettre à son compte. Il devient son propre patron à la rue de Fribourg et appose sa belle enseigne blanche ronde, au-dessus de la vitrine et sur laquelle on peut lire : Salon José - c’était en 1965.

Le Français, il l’a appris aux cours du soir de l’Ecole Club Migros. Les Pâquis, c’est son quartier, il y a sa clientèle fidèle depuis plus de 40 ans, composée à 60% d’Espagnols.

Des problèmes dans le quartier ? Pas tant que ça, une fois le personnel du restaurant El Ruedo l’a appelé le soir pour lui annoncer que sa vitrine venait d’être fracassée. Il arrive en courant, une bagarre qui s’est mal terminée et un des deux protagonistes finit sa course, projeté dans la vitrine. Ce n’était pas intentionnel,  insiste-t-il, que voulez-vous voler chez moi ? Des chaises de coiffeur, des peignes  ? – Il hausse les épaules.

Genève c’est ma ville, j’y resterai même après ma retraite, c’est mon pays, un pays cinq étoiles. Lorsque vous êtes au sommet du Salève et que vous voyez la rade scintiller de milliers de lumières , ah ! c’est la plus belle ville du monde. Vous êtes pas d’accord ? C’est unique !

Un client rentre et s’installe dans la chaise de coiffeur. Je demande à prendre une photo tandis que le coiffeur de ses mains expertes fait courir  ciseaux et peigne à toute vitesse. Je m’adresse au client :
- Monsieur, ça ne vous dérange que je photographie Monsieur José entrain de vous coiffer. Sur la photo, on y verra que votre nuque.
- Allez-y, faites seulement, c’est ce qu’il y a de plus beau chez moi. Eclat de rire.

- Monsieur José, quand vous disiez être un homme libre vous entendiez quoi par là, au juste ?

-Faut pas couper les cheveux en quatre, hein  ! Le mot, il faut le prendre comme il vient tout entier.
Un homme libre, c’est un homme qui fait ce qu’il veut dans sa vie et de sa vie, sans pression de nulle part.

Quelqu’un de libre quoi, quelqu’un comme moi !

20:01 Publié dans Genève | Tags : coiffeur, espagnol, pâquis | Lien permanent | Commentaires (3)

EN FAVEUR DES VICTIMES CIVILES A GAZA

fus.jpg

24/01/2009

La classe de “rebelles” de Jean-françois Mabut !




Jolie façon de nous résumer , nous tous les blogueurs qui formons la classe de Jean-François Mabut.

10h – Nous avons fixé rendez-vous au Café des 3 Rois aux Pâquis. Manque de pot, je suis en retard, je l’appelle. Excusez-moi, j’ai écrit ma dernière note sur “Dessine-moi un Rrom”, pas vu le temps passé, j’arrive à peu près vers 10h15- 10h30. Il s'agit juste de faire connaissance.

Je fonce à vive allure, les cheveux en bataille, une jupe enfilée en catastrophe, un collant filé.
Flûte ! Pour une première rencontre, pas de bol. Pendant le trajet, je passe en revue mes interventions, deux trois coups de pied aux camarades par-ci par-là rien de bien méchant. Une note coquine chez Buchs, un clin d’oeil malicieux chez Blondensen pour Victorinox. Le professeur Mabut n’a aucune raison de me coller des mauvais points.

Il est assis au bistrot, je le reconnais immédiatement, un sympathique visage rond, une moustache, mais vraiment comme sur la photo du blog-  un petit carnet bleu devant lui – adorable, minuscule petit carnet ! Nous faisons connaissance, je me présente un peu intimidée. Nous évoquons le succès du blog de la Tribune de Genève. Il me demande quels sont mes autres projets, je lui mentionne rapidement mon essai “trou dans le CV” bientôt publié à Paris et déclare que si Jésus devait aujourd’hui se présenter pour un job, avec ses trous dans le CV, il serait juste bon pour le chômage ou l’assistance publique, et que dire des poètes, des artistes et tous les autres troueurs de CV. Il me regarde un peu surpris et consigne cela dans son petit carnet à rayures fines.

Avec une envie féroce de rire, je lui demande s’il est content de sa classe de “rebelles”, les amoureux de l’écrit, qui se jettent sur le blog juste parce qu’ils ont plein de choses à dire. Ceux qui ont dit trop haut et trop fort ! Les Victor qui se font tirer  l’oreille, les Comité Alerte qui sont formidables et qui ont fait des progrès. Mais dans l’ensemble Mabut est très content de sa classe, il la trouve fantastique, il a presque l’air ému. Evidemment, les premiers de classe, je les citerai pas…….

Je prends mon air de petit pinson égaré sur la branche, fragile volatile et lui dis que les femmes ont de la peine à résister aux méchants coups donnés par les camarades. Quelques femmes  ont tenté de poindre leur nez et ont vite disparu. Il est d’accord, mais dans l’ensemble, il est très satisfait des progrès faits par les uns et les autres .

Mince, j’ai mon interview chez un coiffeur. Monsieur Mabut, vous voulez pas qu’on continue la discussion pendant qu’on vous coupe les cheveux ? – Non merci, ça ira très bien comme ça.

Ouf ! le passage dans le bureau du prof s’est pas trop mal passé. Il range son petit carnet bleu.

Eh ! Les copains, je vous le dis on s’en sort pas trop mal……..




.

20:12 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (8)

ODE AUX MENDIANTS

 

Les souvenirs les plus forts de mon enfance sont étroitement liés aux mendiants, aux pauvres, aux colporteurs, aux diseuses de bonne aventure, aux âmes égarées en quête de nulle part.

A Tunis, à l’âge de 6 ans,  accrochée aux barreaux du portail de ma maison qui donnait sur une avenue importante, j’observai attentivement  et avec passion le mouvement chamarré et bruyant de la rue. Au-delà de ma jolie maison blanche aux volets bleus,  du jardin au jasmin grimpant et aux roses embaumantes, commençait le bidonville qui déversait chaque matin son lot de gueux, de miséreux qui déferlaient vers la ville chasser l’aumône, ramasser un bout de pain , quémander.  Le soir,  ils revenaient épuisés, ils se traînaient telle une armée en défaite,  avec un baluchon sur l’épaule plus gros ; les mille et un trésors accumulés tout au long du jour.

Pour certains, ils avaient pris l’habitude de déposer leurs barda devant mon portail, ils s’accroupissaient, sortaient leur mouchoir s’épongeaient le front en soufflant bruyamment, on taillait la bavette et je courai avec joie leur chercher un verre d’eau. Pendant de longues minutes, ils me remerciaient, me bénissaient, me promettaient le meilleur avenir du monde. Ainsi défilaient la marchande d’oeufs, la diseuse de bonne aventure, la journalière qui travaillait chez les Fransaoui, le vendeur de charbon, le vendeur d’oranges avec sa balance et ses deux plateaux dorés sur lesquels il jetait ses poids; magnifique, rutilante au soleil.    Et ce petit monde m’occupait délicieusement toute la matinée.
Un jour, le vendeur de blocs de glace passa avec son chariot surchargé de blocs immenses roulés dans la  sciure pour éviter qu’ils ne fondent trop vite. Il livrait ces blocs que les gens achetaient puis s’empressaient de glisser dans des frigos. Malgré une matinée peu engagée, le soleil tapait déjà très fort, les mulets avançaient péniblement, puis la roue du char sortit  de son essieu dans un fracas épouvantable.  Les blocs de glace glissèrent lentement, inexorablement, et se déversèrent sur l’asphalte brûlant. L’homme s’acharnait sur la roue, criait de l’aide aux passants, pendant ce temps chaque bloc laissait sous lui  une trace d’eau de plus en plus grande. Sous mes yeux d’enfant, je compris qu’un drame se jouait, là,  devant moi. L’homme s’affolait, gesticulait, implorait au ciel sa clémence,  tandis que sa marchandise, toute sa fortune,  disparaissait peu à peu, fondait, jusqu’à ne former plus qu’une immense flaque d’eau.

A la vue de ce spectacle de désolation, il s’assit, prit sa tête dans ses mains et se mit à pleurer. Mon coeur d’enfant souffrait avec lui, je réalisai que la vie d’un pauvre se jouait sur très peu de choses.

Aujourd’hui, adulte, je note  à quel point les mendiants ont contribué à éveiller en moi une humanité généreuse et solaire et c’est le plus beau cadeau qu’ils m’aient offert dans mon existence. Et je chéris cette reconnaissance éternelle et me réjouis de faire l’aumône chaque fois que l’occasion se présente et continue comme je le faisais enfant à bavarder quelques minutes.

Tiens !  La dernière fois,  j’étais assise dans un bistrot des Pâquis, un gars s’approche de moi avec 2 francs 20 dans la main, il me demande un franc de plus pour se commander à boire et aller aux toilettes, c’est urgent,  mais s’ il ne consomme pas, le gérant refusera de le laisser entrer.  Je le taquine : “ Eh ! Mon vieux avec ce système , tu vas aux toilettes combien de fois par jour ? Il rit, vingt fois par jour, c’est la somme qu’il réussit à récolter pour survivre et à le voir chat famélique, on le croit sur parole.

 

“ Le monde souffre de ne pas avoir assez de mendiants pour rappeler aux hommes la douceur d'un geste fraternel.”
Marcel Aymé

23/01/2009

Libre circulation - Dessine moi un Rrom !

 

 

P1000014.JPG

Mais qui sont donc ces Rroms qui hantent Genève et qui font couler tant d’encre ? Les représentants de Mesemrom sous l’autorité de Dina Bazarbachi (photo) et Doris Leuenberger étaient là, hier, réunis dans la salle du Temple des Pâquis ,  pour décrire ces mendiants et musiciens venus pour la plupart de Aïud, préfecture d’Alba Iulia en Roumanie. Ils viennent d’être renvoyés de Genève, il y a quelques jours seulement, 27 d’entre eux dont 15 hommes, 7 femmes et quatre enfants avec une interdiction d’entrer en Suisse pour  deux ans .

Contrairement aux discours xénophobes, il n’y a pas eu d’augmentation massive d’arrivée de mendiants depuis 2004 selon les dernière statistiques de la police et comparées aux précédentes. Malgré la crainte de l’appel d’air, plus on les aide plus ils viendront est fausse, il y a auto-régulation de cette communauté.

Contrairement à ce qu’on tente de vous faire coire, il n’y a pas de réseau mafieux. S'ils étaient voleurs, ils ne mendieraient pas. Ce sont des mendiants qui tendent le gobelet en espérant une vie meilleure chez eux, une vie digne et décente. Leur objectif est de s’offrir ces conditions de vie. Actuellement, à Aïud, ils dorment tous dans une seule pièce, tirent l’eau du puits, évoluent  dans des conditions de précarité extrêmes. Avec  l’argent récolté, ils espèrent se construire peu à peu une maison digne de porter ce nom et de pouvoir nourrir leurs enfants décemment.

Il est intéressant de constater qu’ils nous étonnent, qu’ils nous surprennent mais nous autant qu’eux. Ils ont même parfois peur de notre attitude hargneuse, chargée de rancoeur, de rage, ils ne comprennent pas forcément notre  haine . Pourquoi eux tous sont renvoyés et pas les autres mendiants, eux tous paient une amende et pas les autres ? On les déclare sans adresse sur le procès-verbal des amendes , alors qu’ils en ont une à Aïud clairement écrite  et identifiable sur leur document d’identité.

Et puis toutes les prestations qui leur sont refusées en plein coeur de l’hiver, ils n’ont pas droit aux abris et sont chassés de sous les ponts au milieu de la nuit , du coup ils vont se réfugier,  éparpillés,  dans les parcs genevois, au nom de la fameuse crainte d'appel d'air.   Par là-même le canton déroge à toute les lois d’aide d’urgence en faveur des plus démunis. Deux poids, deux mesures. Une discrimination bien réelle alors  que la Ville a  ratifié la " Charte Européenne des droits de l’homme dans la Ville".

Autre projet commun et qui mérite notre attention est celui de la construction de bains publics à Aïud pour les Rroms et pour les Roumains qui vivent aussi dans des conditions précaires. Un projet qui coûte 100’000 francs et pour lequel l’association Mesemrom cherche des fonds.
Pour plus de détails sur ce projet

http://www.mesemrom.org/projets.html


Il est important de souligner aussi que la Roumanie s'est engagée dans des programmes d'aide importants et qui s'étaleront sur des années. Etonnamment, aucun de ceux qui poussent des cris  d’effraie n’étaient présents à cette rencontre de découverte des autres, enfin savoir qui  sont ces Rroms et pourquoi ils nous font tant peur, s'offrir enfin l'occasion de casser des clichés bien ancrés.

On leur en veut surtout de nous montrer la misère là sous nos yeux, nous qui sommes si riches, si pleins, si tant de tout !!

 

09:35 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0)

20/01/2009

Rue de Berne - Parfum de scandale

 

 

12h30.  Le petit resto est plein à craquer, le patron s'agite, il invective, donne des ordres, reçoit le client, lui offre  une boule de falafel !  Il soigne sa réputation de meilleur Kebab de Genève et c'est pas surfait.

Sur les murs des photos vieillies de Beyrouth à la grande époque, celle où on la surnommait la Suisse du Moyen-Orient, quelques articles du patron mis dans des cadres sous verre et qui sont la fierté du snack libanais.

 

Les clients sont quasi collés les uns aux autres, je me faufile, me glisse derrière une table à quatre, quelques minutes après deux hommes s'installent à côté de moi. Et évidemment, il faut bien laisser traîner l'oreille tandis que je mange tranquillement mon chawarma en buvant mon ayran épais et onctueux,  fabrication maison.

 

Les deux hommes portent beau malgré la post cinquantaine bien frappée, des manteaux  bleus en laine épaisse, des chaussures Weston, quelques bijoux en or et des montres lourdes au poignet. Ils sont parfumés abondamment, ils annoncent leur arrivée ainsi de manière triomphale à ma petite table. Ils demandent s'ils peuvent s'asseoir et commencent leur conversation en parlant doucement :

 

-         Alors les affaires ?

-         Tiens prends une Kofta, elles sont bonnes !

-         Bof ! Avec la crise

-         C'est surtout les nanas qui emmerdent, t'as beau leur offrir des cadeaux, c'est jamais assez. Elles veulent  toujours davantage.Tiens !   Je lui ai proposé un voyage à Nice, elle a haussé les épaules.

-          Trempe-la bien dans la tahina

-         Sale temps !

-         Et alors ton avocat ?

-         Tu partages une saucisse avec moi ?

-         Il est bien, très fort. Il m'a fait sortir rapidement,  mais ça a coûté bonbon

-         Tu la veux forte ou pas ?

-         Forte, très forte !

-         Et le fric ?

-         Bof, ça va. Ça vient.

-         On commande encore un taboulé et on le partagera ?

-       Comme dans les affaires mon vieux, fifty-fifty. Ok pour  le taboulé .

 

J'adore, ce petit parfum de scandale qui plane sur les meilleurs chawarmas de Genève. Je me lève . Ils  s'excusent :

 

-         Au revoir, on ne vous a pas dérangée ?

-         Pas du tout, pas du tout, bien au contraire.

 

11:17 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (1)

16/01/2009

Une sexagénaire poignardée sur le Quai du Mont-blanc

 

 

Luigi_Lucheni_02.jpgLuigi Lucheni alors âgée de 26 ans voulait à tout prix tuer, achever les grands qui faisaient son malheur, ceux qui étaient la cause de sa misère. L’anarchiste par ce samedi 10 septembre 1898, assassine en lieu et place du Prince d’Orléans qui reporta à la dernière minute son voyage, l’impératrice d’Autriche et reine de Hongrie, épouse de François-Joseph 1 er de Habsbourg, la joliment  dénommée Sissi, cousine du roi de Bavière Louis II de Wittelsbach.
Souvenez-vous du Crépuscule des Dieux, où Visconti nous montre un roi fou, mégalo et qui finira par se suicider.

L’anarchiste se poste donc près de l’Hôtel Beau-Rivage où résidait l’impératrice.  A 15 h,  elle prévoit une promenade en bateau qui devait la mener à Territet pour sa résidence. Alors âgée de 61 ans la dame qui soignait sa neurasthénie meurt  sous la lame effilée et tranchante de Luigi. Après le coup fatal qu’elle prit pour un coup de poing, elle entre toutefois dans le bateau et y perd connaissance. Elle succombera à sa blessure trois heures plus tard. C’est le concierge de la rue des Alpes qui retrouvera l’arme du crime, un couteau au manche en bois fabriqué par Luigi lui-même.
François –Joseph son époux inconsolable , quelques années plus tard,  perdra son neveu assassiné,  à Sarajevo,  d’une manière plus ou moins analogue par un nationaliste serbe, membre de la Main Noire, organisation extrêmiste.

Luigi Lucheni, l’ouvrier italien révolutionnaire sera immédiatement arrêté et emmené et soumis à un interrogatoire au poste de police, situé  à la rue des Entrepôts. Il est fier de son crime, il lui paraît avoir par ce geste contribué à la lutte contre les grands, il se pavane et crie à la cantonnade : » Un Lucheni tue une impératrice, jamais une blanchisseuse ! », il réclame l’échafaud, à la lecture de la sentence, il crie à l'adresse du public « Vive l’anarchie ! Mort à l’aristocratie ! » De là, il sera transféré à la prison genevoise de l’Evêché. Dans sa cellule, il y affichera la photo de Sissi qu’il avait tuée. Les deux avaient en commun une révolte contre l’injustice, tout autant que lui, Sissi ne supportait pas l’oppression. lI entrera dans l’histoire aux côtés des plus grands, son nom est lié dorénavant à celui de Sissi.
Détenu jusqu’en 1909, il apprendra le français en prison et entreprendra d’écrire ses Mémoires sous le titre : »Histoire d’un enfant abandonné à la fin du XIX ème siècle «  - abandonné par sa mère à Paris, simple journalière du village d’Albareto de 18 ans qui le mettra au monde après avoir caché son ventre et sa honte. Recueilli par une institution religieuse St-Antoine, il fut confié à des parents nourriciers à Parme, puis il passera d’une famille d’accueil à une autre , carence affective, privé de repères et d’affection, Luigi découvre à travers les discours propagandistes anarchistes une raison d’être et de se battre. Il sera employé aux chemins de fer italiens, puis on le voit à Trieste sans emploi, finalement maçon à Lausanne.

Un gardien de prison, le gardien-chef Depierraz lui volera ses cahiers, ce qui devait entraîner le suicide de Luigi en 1910, trouvé  pendu par la ceinture dans sa cellule.  Dépossédé de ses cahiers qui donnaient un sens à sa vie,

Luigi lisait beaucoup et la phrase qu’il préférait était celle de Schopenhauer :


« S’il y a un Dieu, je ne voudrais pas être celui-là. »

11:52 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0)

15/01/2009

LIBRE CIRCULATION - LA PEUR MAUVAISE CONSEILLERE!

Soirée22-1-09A4.jpg

22:49 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0)

12/01/2009

Les Pâquis, le plus beau quartier de la République !

Michel.jpgIl a une verve impressionnante, l’art de raconter des histoires, de faire parler les pierres avec toute l’imagination d’un conteur né. Michel Lanfranchi, est né un 24 avril 1928, il a vécu à la Servette puis ensuite a déménagé aux Eaux-Vives et aux Pâquis, quatre ans après son mariage.

On pourrait dire de lui qu'il n'habite pas tout à fait les Pâquis, ce sont les Pâquis qui l’habitent tout entier.

Il vous brosse un tableau vivant sur trois générations qui ont vécu dans ce quartier. Les grands-parents,  cordonnier pour le grand-père et domestique pour la grand-mère, tous deux originaires du Piémont. La tante, élève à l’école ménagère de la rue Zürich et qui reçoit le prix de la meilleure couturière.

Lire la suite

15:55 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0)