20/01/2009

Rue de Berne - Parfum de scandale

 

 

12h30.  Le petit resto est plein à craquer, le patron s'agite, il invective, donne des ordres, reçoit le client, lui offre  une boule de falafel !  Il soigne sa réputation de meilleur Kebab de Genève et c'est pas surfait.

Sur les murs des photos vieillies de Beyrouth à la grande époque, celle où on la surnommait la Suisse du Moyen-Orient, quelques articles du patron mis dans des cadres sous verre et qui sont la fierté du snack libanais.

 

Les clients sont quasi collés les uns aux autres, je me faufile, me glisse derrière une table à quatre, quelques minutes après deux hommes s'installent à côté de moi. Et évidemment, il faut bien laisser traîner l'oreille tandis que je mange tranquillement mon chawarma en buvant mon ayran épais et onctueux,  fabrication maison.

 

Les deux hommes portent beau malgré la post cinquantaine bien frappée, des manteaux  bleus en laine épaisse, des chaussures Weston, quelques bijoux en or et des montres lourdes au poignet. Ils sont parfumés abondamment, ils annoncent leur arrivée ainsi de manière triomphale à ma petite table. Ils demandent s'ils peuvent s'asseoir et commencent leur conversation en parlant doucement :

 

-         Alors les affaires ?

-         Tiens prends une Kofta, elles sont bonnes !

-         Bof ! Avec la crise

-         C'est surtout les nanas qui emmerdent, t'as beau leur offrir des cadeaux, c'est jamais assez. Elles veulent  toujours davantage.Tiens !   Je lui ai proposé un voyage à Nice, elle a haussé les épaules.

-          Trempe-la bien dans la tahina

-         Sale temps !

-         Et alors ton avocat ?

-         Tu partages une saucisse avec moi ?

-         Il est bien, très fort. Il m'a fait sortir rapidement,  mais ça a coûté bonbon

-         Tu la veux forte ou pas ?

-         Forte, très forte !

-         Et le fric ?

-         Bof, ça va. Ça vient.

-         On commande encore un taboulé et on le partagera ?

-       Comme dans les affaires mon vieux, fifty-fifty. Ok pour  le taboulé .

 

J'adore, ce petit parfum de scandale qui plane sur les meilleurs chawarmas de Genève. Je me lève . Ils  s'excusent :

 

-         Au revoir, on ne vous a pas dérangée ?

-         Pas du tout, pas du tout, bien au contraire.

 

11:17 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Moi aussi! Continuez, vous êtes parfaitement dans l'esprit blog! Au plaisir de vous lire. JFM

Écrit par : JF Mabut | 20/01/2009

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