16/01/2009

Une sexagénaire poignardée sur le Quai du Mont-blanc

 

 

Luigi_Lucheni_02.jpgLuigi Lucheni alors âgée de 26 ans voulait à tout prix tuer, achever les grands qui faisaient son malheur, ceux qui étaient la cause de sa misère. L’anarchiste par ce samedi 10 septembre 1898, assassine en lieu et place du Prince d’Orléans qui reporta à la dernière minute son voyage, l’impératrice d’Autriche et reine de Hongrie, épouse de François-Joseph 1 er de Habsbourg, la joliment  dénommée Sissi, cousine du roi de Bavière Louis II de Wittelsbach.
Souvenez-vous du Crépuscule des Dieux, où Visconti nous montre un roi fou, mégalo et qui finira par se suicider.

L’anarchiste se poste donc près de l’Hôtel Beau-Rivage où résidait l’impératrice.  A 15 h,  elle prévoit une promenade en bateau qui devait la mener à Territet pour sa résidence. Alors âgée de 61 ans la dame qui soignait sa neurasthénie meurt  sous la lame effilée et tranchante de Luigi. Après le coup fatal qu’elle prit pour un coup de poing, elle entre toutefois dans le bateau et y perd connaissance. Elle succombera à sa blessure trois heures plus tard. C’est le concierge de la rue des Alpes qui retrouvera l’arme du crime, un couteau au manche en bois fabriqué par Luigi lui-même.
François –Joseph son époux inconsolable , quelques années plus tard,  perdra son neveu assassiné,  à Sarajevo,  d’une manière plus ou moins analogue par un nationaliste serbe, membre de la Main Noire, organisation extrêmiste.

Luigi Lucheni, l’ouvrier italien révolutionnaire sera immédiatement arrêté et emmené et soumis à un interrogatoire au poste de police, situé  à la rue des Entrepôts. Il est fier de son crime, il lui paraît avoir par ce geste contribué à la lutte contre les grands, il se pavane et crie à la cantonnade : » Un Lucheni tue une impératrice, jamais une blanchisseuse ! », il réclame l’échafaud, à la lecture de la sentence, il crie à l'adresse du public « Vive l’anarchie ! Mort à l’aristocratie ! » De là, il sera transféré à la prison genevoise de l’Evêché. Dans sa cellule, il y affichera la photo de Sissi qu’il avait tuée. Les deux avaient en commun une révolte contre l’injustice, tout autant que lui, Sissi ne supportait pas l’oppression. lI entrera dans l’histoire aux côtés des plus grands, son nom est lié dorénavant à celui de Sissi.
Détenu jusqu’en 1909, il apprendra le français en prison et entreprendra d’écrire ses Mémoires sous le titre : »Histoire d’un enfant abandonné à la fin du XIX ème siècle «  - abandonné par sa mère à Paris, simple journalière du village d’Albareto de 18 ans qui le mettra au monde après avoir caché son ventre et sa honte. Recueilli par une institution religieuse St-Antoine, il fut confié à des parents nourriciers à Parme, puis il passera d’une famille d’accueil à une autre , carence affective, privé de repères et d’affection, Luigi découvre à travers les discours propagandistes anarchistes une raison d’être et de se battre. Il sera employé aux chemins de fer italiens, puis on le voit à Trieste sans emploi, finalement maçon à Lausanne.

Un gardien de prison, le gardien-chef Depierraz lui volera ses cahiers, ce qui devait entraîner le suicide de Luigi en 1910, trouvé  pendu par la ceinture dans sa cellule.  Dépossédé de ses cahiers qui donnaient un sens à sa vie,

Luigi lisait beaucoup et la phrase qu’il préférait était celle de Schopenhauer :


« S’il y a un Dieu, je ne voudrais pas être celui-là. »

11:52 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0)

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