12/01/2009

Les Pâquis, le plus beau quartier de la République !

Michel.jpgIl a une verve impressionnante, l’art de raconter des histoires, de faire parler les pierres avec toute l’imagination d’un conteur né. Michel Lanfranchi, est né un 24 avril 1928, il a vécu à la Servette puis ensuite a déménagé aux Eaux-Vives et aux Pâquis, quatre ans après son mariage.

On pourrait dire de lui qu'il n'habite pas tout à fait les Pâquis, ce sont les Pâquis qui l’habitent tout entier.

Il vous brosse un tableau vivant sur trois générations qui ont vécu dans ce quartier. Les grands-parents,  cordonnier pour le grand-père et domestique pour la grand-mère, tous deux originaires du Piémont. La tante, élève à l’école ménagère de la rue Zürich et qui reçoit le prix de la meilleure couturière.


Il a une verve impressionnante, l’art de raconter des histoires, de faire parler les pierres avec toute l’imagination d’un conteur né. Michel Lanfranchi, est né un 24 avril 1928, il a vécu à la Servette puis ensuite a déménagé aux Eaux-Vives et aux Pâquis, quatre ans après son mariage.

On pourrait dire de lui qu'il n'habite pas tout à fait les Pâquis, ce sont les Pâquis qui l’habitent tout entier.

Il vous brosse un tableau vivant sur trois générations qui ont vécu dans ce quartier. Les grands-parents,  cordonnier pour le grand-père et domestique pour la grand-mère, tous deux originaires du Piémont. La tante, élève à l’école ménagère de la rue Zürich et qui reçoit le prix de la meilleure couturière.
Les Pâquis racontées et transmises de génération en génération. La rue de Berne autrefois nommée rue des Entrepôts jusqu’en 1902, en raison de sa fabrique de syphons pour les bouteilles de Pastis.  La rue de Zürich qui s’appelait la rue des Ecoles. Les commerçants qui vendaient leurs marchandises dans la rue, légumes, fruits  à même le trottoir,  telle un marchand d’oeufs qui installait son étal dehors.   Les repasseuses professionnelles; et les usagers des bains publics  sis à la rue de Berne et dont un café voisin arborait son magnifique ours. Les habitants, eux s’y rendaient une fois par semaine pour le grand bain hebdomadaire. Les hommes, leur bain achevé filaient aussitôt chez le barbier se raser. Pour les femmes c'était une belle occasion de papauter, échanger sur les nouvelles du quartier, les derniers arrivants, la varicelle, la fièvre du petit.  Les appartements n’étaient pas équipés de salle de bains et d’eau chaude, alors tous les autre jours on se lavait devant l’évier avec le gant de toilette, debout. A Genève, on comptait de nombreux bains publics.

Les maréchaux-ferrants qui dans leur forge ferraient les chevaux, leur enclume résonnait à longueur de journée tandis que l’odeur de corne brûlée du sabot,  au contact du fer chaud,  se répandait dans l’air. Les portes cochères comme celle qu'on voit encore en-haut de la rue de Zürich et qui  rappelaient que des  commerçants avaient leurs propres chevaux qui tiraient les charrois emplis de marchandises, les écuries étaient placées sous les maisons au sous-sol. On entendait les coups de fouet du cocher fendre l'air pour faire avancer les bêtes  surchargées et qui peinaient à la montée, on souffrait avec elles.  On prenait les transports publics, c’est-à-dire des tramways hippomobiles sur des rails tirés par des chevaux, l’ancêtre du tram à vapeur puis  électrique. Et il y avait déjà des garnements qui bloquaient les rails avec des cailloux, il fallait dételer les chevaux, les faire tirer la voiture en sens inverse pour la débloquer et les réatteler, les voyageurs relevaient les manches et prêtaient main forte tout en pestant contre les mauvais plaisantins.


Et puis quelques goîtreux qui faisaient si peur, on les regardait, enfants avec méfiance, on pensait que le diable leur avait jeté un sort, qui pouvait, à ce moment-là deviner qu’il suffisait de sel iodé pour éradiquer les goîtres. Et les dames de “petite vertu” qui appartenaient toutefois au quartier, on les connaissait toutes, leurs enfants se mêlaient à ceux des autres, chacun avait sa place. Après la deuxième guerre mondiale, ce sont des femmes de bonne condition qui se retrouvaient sur le trottoir; il fallait bien se nourrir en ces temps difficiles. Aujourd’hui, elle sont anonymes, elles viennent, elles repartent, on ne les connaît plus vraiment.

Ah ! oui , les Pâquis c’est vraiment le joyau de la République. D’un côté il y avait la Jonction, quartier ouvrier et de l’autre les Pâquis, plutôt considéré quartier de petits commerçants, il y a avait des bistrots et alors évidemment le Palais Mascotte. Le quartier a été construit en partie avec les pierres de Vauban des anciennes fortifications genevoises, ce qui explique les beaux immeubles anciens de même facture. Juste dit en passant, les fortifications genevoises étaient parmi les plus importantes d’Europe occidentale. Quant au quartier des Eaux-Vives, il viendra bien plus tard, autrefois sources, rus, nants bruissaient dans ce secteur d’où son nom.

Et le père Lanfranchi, d’origine italienne, chasseur alpin à Udine premier employé engagé au Crédit Suisse en 1906 où il y fera toute sa carrière. Petite anecdote amusante, Lanfranchi père doit se rendre à Udine durant la guerre 14-18, il annonce à son patron qu’il doit partir servir sous le drapeau mais il ne connaît pas précisément la durée de son engagement, son patron lui rédige une lettre pour lui garantir qu’il le réengagera. Deux ans plus tard, les pieds gelés, il doit rentrer à Genève plus tôt que prévu et retourne au Crédit Suisse annoncer son retour. Le patron lui lance tonique :”Au boulot, lundi matin et que ça traîne pas !” – Autre temps, autres moeurs !

Lisbonne a son port, Genève ses Pâquis, destination des voyageurs fatigués par un long voyage en quête d'ailleurs.  Avant la première-guerre, ce ne sont pas moins de 45% de Français à Genève,  puis après 1914-1918, ce sont les Italiens. Deuxième guerre mondiale, les Espagnols débarquent suivis par les Portugais et des gens venus du Sud de la Méditerrannée.

Avec leurs baluchons, puis les valises en carton, la gare déversait son lot de nouveaux arrivants qui s’installaient aux Pâquis dans les hôtels à proximité pour chercher du travail. Alors ce qui est formidable c’est le brassage de population , quartier anti-raciste et pour cause, il n’y a pas une communauté plus importante qu’une autre, nous sommes tous minoritaires même les Genevois  et puis le quartier grâce aux nouveaux a beaucoup rajeuni donc il a fallu construire des écoles ! se réjouit Michel Lanfranchi.

Après les arrière-grands-parents, les grands-parents, les parents, les nouvelles générations continuent à vivre aux Pâquis. Tout tourne autour du 46 rue de Berne qui a vu défiler toutes ces générations, du cordonnier au juge. Michel après avoir fréquenté le Collège Calvin, un des rares catholiques parmi les camarades de classe; les professeurs étaient calvinistes, voire  francs-maçons porteurs de tablier, des sommités.   Ils  étaient trois ou quatre élèves catholiques par classe à l’époque, à bénéficier d’une éducation réservée à l’élite, mais attention pas élitiste,  insiste-t-il  et il poursuivit ses études pour devenir juge.

Sur le sujet de l’insécurité, il hausse les épaules. Il y a déjà cinquante ans, on entendait parler d’une prostituée qui s’était fait assassiner, on a jamais trouvé l’assassin. Il est vrai que  certains ilôts  sont à éviter, d’aucuns auraient tendance à sortir un peu trop facilement le couteau. Mais le vrai danger , l'insécurité majeure c'est plutôt  la circulation.

Ah ! les Pâquis, le plus beau quartier de la République.

 

 

15:55 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.