21/12/2008

De Cuba libre à Pâquis libres !

Hier soir aux Pâquis, le nez plongé dans ma tequila, je sens le sel crisser sous mes dents, l'acidité du citron agace délicieusement la bouche tandis que je me laisse bercer par la musique Son Cubano qui rappelle les plages cubaines. Mon voisin de table insiste pour engager la conversation, je le fixe quelques secondes et l'invite à me déranger uniquement si l'histoire qui me racontera mérite d'interrompre ma douce rêverie de soleil et de sable chaud.

Relevant avec élégance le défi, lui-même revenant tout juste d'un voyage à Cuba, Baracoa précisément, il me pose la question tout de go : Connaissez-vous Henriette Faber ? je secoue la tête - Non, ça ne me dit rien !

Son récit m'embarquera dans l'aventure d'une des plus grandes pionnères suisses du mouvement féministe.

Cette magnifique aventurière suisse travestie à Cuba, Henriette Faber, chirurgienne lausannoise née au XVIII ème siècle (1791) et qui passionne, artistes, écrivains, réalisateurs cubains. Quasiment inconnue en Suisse et pourtant considérée comme pionnère du mouvement suisse.

Qui était vraiment Henriette Faber devenue Favez ! Jouant à cache-cache avec ses différentes identités, elle étudia à la faculté de médecine de Paris déguisée en homme sous l'identité de Henry Faber, puisque les femmes étaient exclues des études universitaires. Après avoir fini ses études, elle se retrouve toujours déguisée en homme rattachée à la Grande Armée napoléonienne. Faite prisonnière en Espagne, elle y apprendra la langue du pays.

On la voit répparaître à Cuba en 1819, sous le nom de Enrique Favez, nommée capitaine général au poste de médecin légiste à Baracoa. Un autre Suisse, médecin, jaloux de son succès enquêtera sournoisement sur elle. Notre Enrique qui sauve une jeune fille de la mort et qui en sera non seulement profondément reconnaissante, mais s'en entichera aussi et dès lors la harcèlera, jour et nuit. Vaincue par les assiduités de la jeune fille, Enrique finit par renoncer à toute résistance et cédera en épousant Juana, l'orpheline qu'elle a sauvée d'une mort certaine. L'amoureuse transie, enfin devenue épouse de Enrique dénoncera la supercherie vite aperçue dès leur première nuit de noces.
S'ensuivra un procès retentissant comme on en aura peu vu à Cuba et qui défrayera la chronique.


Henriette sera conduite à la prison de Santiago de Cuba, elle nie son sexe féminin, il faudra un examen médico-légal pour la faire avouer.

Devinez ce qu'il advint de notre Henriette ! brisée ? Nenni. Après trois mois d'emprisonnement durant lesquels, elle soumit à rude épreuve ses gardiens en se tailladant les veines et en poussant des cris hystériques, elle fut expulsée de Cuba et de tous les territoires espagnols.

Reprenant ses habits d'hommes, on la retrouvera aux Etats-Unis en Floride, puis à Veracruz sous un autre costume, cette fois-ci, celui de religieuse de St-Vincent-de-Paul, sous le nom de Soeur Marie-Madeleine.

Ravie par cette magnifique épopée racontée avec brio par mon voisin de table, je lui offre un Morito et me commande un Cuba libre en saluant la libération et l'expulsion de Cuba de notre Enrique-Henriette parti-e pour de nouvelles aventures !








11:08 Publié dans Genève | Tags : aventure, cuba, récit | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Si cette histoire vous intéresse, vous devriez lire "Femme en costume de bataille" de Antonio Benitez-Rojo (paru chez Le Cherche Midi)...

Cordialement.

Écrit par : Vasken | 11/01/2009

@Vasken- Merci beaucoup, toute référence à Henriette Faber - Enrique Favez m'intéresse, ceci pourrait faire l'objet d'un roman.
duda@infomaniak.ch

Écrit par : duda | 11/01/2009

Et quand je pense que cette femme chirurgien travestie était vaudoise, la Suisse ne parle quasiment pas de cette femme qui a fait rêver tant d'artistes, de poètes et de cinéastes cubains ! La difficulté d'assumer des personnages hors normes et surtout lorsque ce sont des femmes ?

Le roman de Antonio Benitez-Rojo est palpitant et bien documenté historiquement dresse le portrait d'une
femme qui, toute sa vie, a défié conventions et interdits dans un monde
dominé par les hommes. Tiré de faits réels, nous y suivons l'itinéraire de
la seule femme chirurgien de la Grande Armée de Napoléon, depuis son enfance
choyée dans le sud-est de la France jusqu'à la Havane où l'attendra un
destin surprenant.
Femme en costume de bataille / Antonio Benitez-Rojo ; traduit de l'espagnol

Cuba) par Anne Proenza.- Paris : le Cherche Midi, 2005.- 507 p. ; 24 cm.-
(Ailleurs ).
ISBN 2-7491-0352-5

Écrit par : duda | 12/01/2009

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