21/11/2008

UN P'TIT AIR VALAISAN AUX PÂQUIS !

IMG_0001.jpg Arrivé à la rue de Fribourg en 1960, il est la mémoire de la rue. Il vous regarde du haut de ses 76 ans, le regard pétillant, des souvenirs pleins la tête. En une heure, il vous brosse un tableau de sa vie de Valaisan débarqué à Genève, le sourire aux lèvres. Chaque minute de vie vécue avec toute l’intensité d’un joyeux accordéoniste. Son accent valaisan se balade dans ses phrases comme par nostalgie des montagnes, des pâturages où il se plaisait à jouer de l’instrument à bouche parmi les vaches, les vignes, les prés. Son père tapissier-décorateur à Dugny, mais vous savez bien le village en-bas d’Ovronnaz insiste-t-il , ben il faudrait bien le connaître puisqu’il y est né ! Evidemment, j’opine de la tête, Dugny en bas de la montagne, c’est évident !

Moi, j’suis un Valaisan qui ai travaillé au barrage de Mauvoisin pour Swissboring, ah bon ! boring en anglais signifie ennuyeux. Il me répond aussitôt :
- En tous les cas, je ne me suis pas ennuyé, j’travaillais en-bas à projeter du ciment, 1 km en-dessous. Mais d’abord, j’étais boulanger-pâtissier, j’ai eu mon CFC à Sion, puis j’ai travaillé à Martigny, Monthey, Vouvry, Moutier. Je dessinais des oiseaux en chocolat sur les tourtes, des oiseaux magnifiques. Puis je suis venu à Genève, avec mon père, on travaillait à Dutruy, pépiniériste à Founex, dans les vignes au greffage sur les ceps de vigne, à préparer les barbus, et là vous oubliiez l’accordéon, les mains, elles tiennent plus rien, trop abîmées ! Il me montre ses pognes pour faire voir comment il n’arrivait plus à replier ses doigts sur les touches en nacre de son instrument.

Lorsque je travaillais chez Zschokke, pendant trois ans, sur les chantiers comme machiniste à conduire le rouleau compresseur, je jouais de l’accordéon pour les ouvriers pendant la pause. Grâce à Azzola Marcel que je rencontrais une fois par mois, pendant dix ans à Paris, j’ai bien appris à jouer, puis il me recomposait ma musique. La musique, je l’ai jouée pour des personnes âgées au Fort-Barreau à Genève, à la Colline aux Oiseaux et même au Palais Mascotte, j'ai fait danser tout le monde, les jeunes, les vieux.

Un petit sourire ! je me souviens lorsque je jouais de l’accordéon au Palais Mascotte. Parfois, je voyais ces dames qui faisaient les poches de ces Messieurs, un peu ivres, les billets de cent francs passaient rapidement de main à main. Devenus soudain aériens, les billet se volatilisaient comme par enchantement dans une poche secrète. Aussitôt chapardés, ils étaient enfouis dans un soutien-gorge à balconnet et évidemment sans que le client s’en aperçoive. Allégé de quelques billets, parfois il beuglait dehors qu'on lui avait fait les poches.
Chut ! Moins de bruit, un peu de respect pour la musique, s’il vous plaît ! criait-on dans la rue.


Mes six enfants sont comme moi, tous musiciens : batteurs, pianistes et les petits-enfants suivent, ils jouent aussi d’un instrument !

48 ans déjà que je suis dans ce quartier. Il a bien changé ! Avant il y a avait un cordonnier puis il est mort. Moi je tenais un magasin de musique à la réception de l’Hôtel Athom, je bouclais en fin de journée et ensuite je filais à Chêne-Bourg, à la rue Peillonnex, m’occuper de ma salle de gym. Vous appelez ça du body-building ! Parfois le même soir, je jouais de l’accordéon à quelque part. Sur ma camionnette, on pouvait voir dessiner mon accordéon et je me promenais un peu partout.

Il me chante une chanson de son répertoire, Impression Tyrolienne, dont voici quelques extraits :

En suivant ce petit chemin de bon matin
si on marche bien
On arrive aussitôt là-haut et de loin
on entend l’écho-o-o-o du pays
C’est le paradis qu’on a choisi avec mon amie
Pour y vivre à deux était heureux
Et le soir en marchant la main dans la main
Parlant de tout et de rien
En chantant un tout p’tit refrain tyrolien..
………………………………………….

Ah oui ! Le quartier a drôlement changé. Maintenant la nuit, il y a des dealers en bas des immeubles qui braillent au-milieu de la nuit, mais attention, on va leur faire des crasses. Ils vont se ramasser des oeufs sur la tête !
Effectivement, sur la porte, on peut y lire un avertissement en caractères gras, rouge :”Il est fortement conseillé à TOUTE PERSONNE n’habitant pas l’immeuble et qui stationne sans motifs devant cette entrée, de se munir de protection (casque, imperméable, parapluie ou autre) afin de se protéger d’éventuelles chutes de projectiles liquides ou solides pouvant provenir d’étages supérieurs !
Ma foi ! On dirait que les Pâquis, c’est un peu le Texas ! me suis-je dit.


Ah ! Non ! je ne quitterai jamais les Pâquis ou seulement les pieds en avant ! En guise de conclusion, il vous regarde avec un sourire généreux, des yeux pleins de malice.


Si vous voulez un petit air d’accordéon :
André Reuse
022 732 27 30

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