22.03.2012

- Mihai Eminescu réinventé aux Pâquis

418092_369392246425530_100000642747050_1164144_213489683_n.jpgL'Association universitaire Eminescu avec à sa présidence,  Chiril Tiscic,  a  eu l'excellente initiative  de réunir,  le samedi 17 mars,  à l'atelier d'art de la rue du Môle, un panel d'intervenants pour nous présenter un grand poète roumain, né dans la principauté de  Moldavie,  sous le titre de « Eminescu Réinventé « .

Sorina Sandu a présente un essai intitulé  »A la recherche d'Eminescu »,  elle nous invite à  méditer  une autre manière d'aborder l'œuvre  du poète national roumain.  Ainsi, elle nous propose de sortir de l'espace des poésies et de faire un effort afin de découvrir le poète dans la partie de son œuvre qui reste encore dans l' ombre : le journalisme, la correspondance, les essais.

Sorina Sandu dit que, en lisant « Les écritures essentielles » elle a découvert un autre Eminescu, la révélation du texte lui offrant l'enthousiasme nécessaire pour approfondir l'œuvre du poète. Elle tente de déconstruire l'image d'Eminescu, poète amoureux, la tête dans les nuages, dont les critiques ne cessent pas d'en parler.

S'approcher d'Eminescu, c'est oublier un peu ses créations trop connues et découvrir les plus profondes. Il faut descendre Eminescu de son piédestal imposé. S'approcher de ce créateur c'est aussi avoir la conscience que lui, le génie roumain, est notre contemporain

 

Le romancier Oleg Garaz , né le 5 janvier 1964  à Soroca, en Moldavie, a parlé de son roman d'aventure   « Territoria ».  Egalement enseignant, il a suivi ses études de musicologie  au Conservatoire de Chisinau et ensuite au Conservatoire National de Cluj, en Roumanie, où il est devenu enseignant en musicologie. Il prépare sa thèse de doctorat à Genève, ville  qu'il a spécialement choisie pour sa dimension humaine.

(sur la photo Sorina Sandu et Oleg Garaz, à droite)

 

556596_343521455699759_1348.jpgChantal Doupeux a présenté le projet de son guide.  Chantal Doupeux est une  journaliste,  humaniste  qui s'est mis en tête de nous introduire la République de Moldavie,  à travers la création  d'un guide sur cette région encore méconnue  et intitulée :  « Guide sur le Patrimoine Historique et Culturel de la République de Moldavie ». Chantal n'hésite pas à souligner les similitudes entre l'Auvergne;  la région de son enfance et la Moldavie qui ont des traits communs en tant que  régions rurales qui rencontrent les mêmes difficultés;  des ressemblances entre  ces gens qui les habitent. Un projet ambitieux, avec  encore peu de financement,  voire  pas du tout . Des documents rares et pas traduits. Qu'importe, elle ne renonce pas .  Elle souhaite nous faire partager  une passion toute particulière et qui la motive pour la  culture des Cucuténi-Tripylie, société matriarcale et pacifiste qui pendant 4 millénaires, sur un territoire qui s'étendait de la Roumanie à l'Ukraine, soit 35 000 km² a laissé de nombreux vestiges. Elle court les donateurs et ne désespère pas de les trouver.

L'Europe s'ouvre et on connaît encore si mal ces pays européens.  Des confusions immenses continuent à être entretenues  entre Rroms et Roumains. Les Rroms issus de l'Inde se sont disséminés d'abord dans toute l'Europe dès le XV ème siècle et dans le reste du monde par la suite  , ce qui signifie que l'on trouve des Rroms en Colombie et qui n'ont rien à voir avec la Roumanie. Rrom signifie "Homme libre, être humain" et désigne l'ensemble de la population issue de cette veine indienne et qui constituera des sous-groupes variés avec pour langue commune le Rromani et non pas le Roumain . http://roms.blog.tdg.ch/archive/2008/09/24/le-rromani-soe...

 

Ce fut une belle occasion de créer des ponts entre les cultures. Souligner l'universalité et l'intemporalité de la poésie.

Votre servante est intervenue avec un poème dédié au grand poète.  A la lecture des poèmes de Mihai Eminescu que j'ai découverts grâce à cette  soirée,  organisée par l'Association et  à laquelle Chantal Doupeux m'a invitée, j'ai été aussitôt subjuguée par le chant universel du poète. A mon tour, j'ai voulu montrer qu'on peut répondre à ce langage solaire par un doux murmure  d'étoiles. Que la poésie construit un pont entre les êtres qui peuvent communiquer par cette construction stellaire qui unit les âmes sensibles et forme un arc-en-ciel au-dessus des humains à qui il suffira de relever la tête pour écouter le chant astral et se plonger dans l'exquise beauté  des coeurs ardents.

 

Rediffusion du cénacle littéraire sur la chaîne moldave

 

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18.03.2012

Sorina Sandu - Une poétesse roumaine aux Pâquis

07072011517.jpgSorina Sandu, jeune poétesse roumaine vivant et étudiant à Genève la littérature française,  a succombé sous le charme du  63,  rue de Berne.

Sorina Sandu est née le 14 février 1980 à Craiova, une ville au Sud de la Roumanie.

Elle a fait ses études en Théologie et Littérature à l'Université de Craiova. En Roumanie, elle travaille au début à la radio et à la télévision. Plus tard elle devient professeur de théologie et roumain. Depuis cinq ans, elle fait des études et travaille à Genève. Sorina Sandu a créé ses premières poésies très tôt, avant même d'apprendre à lire et à écrire. Vers l'âge de 15 ans elle a commencé à  publier dans les revues de sa ville natale. Son premier volume de poésies, « Le temps des rêves », a été publie en 1998, aux Editions de la Fondation « Dor » de Craiova.  Sorina Sandu a aussi publié ses poèmes dans la revue "L'Echo Magazine"  ainsi que des  d'aphorismes dans la revue "Itinéraires" à Lausanne . Elle compte à son actif d'autres publications de recueils de poèmes  en Roumanie et  des poèmes traduits en Anglais et publiés  en Australie.

Sorina Sandu s'est toujours  intéressée a la littérature. La lecture est sa passion principale.  Parmi les écrivains qui l'inspirent,  on compte : Rainer Maria Rilke, Emil Cioran, Antoine de Saint-Exupéry, Hermann Hesse, Paul Celan.

 

 

RUE DE BERNE 63

 

Je me promène sur la rue de Berne

Près des arbres, près du lac

Qui s'offre aux passants

Comme un pain quotidien

***

Au numéro 63

J'ai rencontré le maître des brochures colorées

Il se taisait beaucoup

Pour attirer les regards des oiseaux

De temps en temps il fermait les volets

Pour oublier la lumière de la rue,

La lumière comme une belle de nuit

Déchirant la tendresse du silence.

***

Il m'a regardée les yeux mi-clos

Et pour un instant j'ai cru

Que j'étais seule dans cette ville,

Et que cet homme n'était que l'ombre du lac,

Ou le cri d'une mouette.

« Monsieur, vos brochures

Sont-elles remplies de poèmes,

Ou d'oiseaux en colère ?

Pourquoi tenez-vous autant de poupées aveugles

Sur votre bureau ?

 

Et pourquoi fermer les volets en pleine journée !?

 

Il n'y a pas assez de lumière sur cette rue, Monsieur,

Il n'y a ni tables, ni chats

Il ne reste que votre fenêtre

(On dit que les autres ont quitté le pays)

Il n'y a que la  longue rue de Berne qui demeure dans cette ville

Où les yeux de poisson

Lisent les visages des passants

Comme on lit de vieux journaux,

Où les algues tombent amoureuses au crépuscule.

 

Je ne reste pas longtemps ici,

Rien qu'une minute

Le temps de dire bonjour à cette fenêtre

Et de ramasser

Quelques lettres égarées

***

Restez au bord de la fenêtre, Monsieur,

Regardez tous ces mots, pèlerins sans bagages,

Qui battent comme le cœur d'un enfant,

Tous ces arbres qui passent en chantant...

On peut marcher très loin, Monsieur !

 

La joie est ailleurs

 

 

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22.02.2012

Pour la défense du caniche

 

P1040818.JPG Pour contrer sarcasmes et ricanements sur les  caniches à « mémères », voici Mlle Fidji Girl du Haut Pacquis rencontrée cet après-midi en promenade sur les quais aux Pâquis - c'est fou,  comme les chiens et les chevaux de race peuvent avoir des titres aristocratiques ou alors sont-ce les aristocrates qui ont des titres d'animaux racés tels les chevaux et les chiens de salon -  ? Ce Pacquis n'a rien à voir avec nos Pâquis à nous bien genevois. Mlle Fidji est née à la Rochelle, il y a deux ans et ce week-end, elle vient de remporter le titre ô combien estimable, de Championne de France. Dorénavant, grâce au casting qu'elle a remporté haut la patte, elle apparaîtra sur les Toutous Minous des billets à gratter de la Loterie Romande, vous gagnerez soit un minou soit la léchouille consolatrice du caniche  pour les perdants.

 

 

 

P1040814.JPGMalou Gustave défend dorénavant les caniches à qui on a collé une réputation terrible de bons à rien, juste bons à pantouflarder dans les charentaises de « mémé » habillés couleur dragée rose.

Secrétaire du Caniche Club Romand, Malou Gustave maîtresse de la championne la familiarise avec l'agility et  la recherche de personnes en décombres. On a beau croire ce que l'on veut, un caniche malgré les apparences trompeuses et auxquelles il ne faut pas se fier est d'abord un chien de chasse avec tous les attributs et les mérites que cela implique et qu'il aurait même l'âme d'un loup.

 

 

 

 

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20.02.2012

Eros malmené

P1040730 2.JPGEros ou Cupidon chez les Romains, la pauvre divinité de l'Amour a mal résisté au temps. Considéré comme Dieu créateur de toute chose, puisque nous sommes quoiqu'on en dise et quoiqu'en disent  les bégueules tous issus d'un acte érotique, dit acte d'amour. Sans lui, nous ne serions pas là à disserter sur l'Eros, l'Amour, la Passion, la Beauté, puisqu'Eros est présumé dans la mythologie être fils d'Aphrodite ou de Vénus.

* Cette filiation n'est pas inutile à rappeler, elle est même essentielle, la passion et le désir  débouchent sur la Beauté, (Αφροδιτη), Aphrodite est bien déesse du désir, de la beauté, de la procréation, mais encore, elle couvre tous les  champs qui s'étendent de l'amour céleste (Ourania), au vulgaire (Pandémos), du mariage (Nymphidia), ou des courtisanes (Hétaïra), la déesse marine (Pontia), ou la déesse victorieuse (Nikêphoros). Bref, elle est multiple comme devrait l'être l'amour.

 

P1040732.JPGDepuis l'ère grecque et sa tradition mythologique, la religion est passée par là et Dieu seul  connaît l'étendue des dégâts sans vouloir en rajouter sur les déviations de toutes sortes. Les religions à force de contraindre Eros aboutissent  à créer des monstres sournois et hideux, à force de réduire Eros a quelque chose de sale, de vil, l'associant à tout prix à un péché vénal. Bref, Eros aux mille figures  doit être  réduit à sa plus simple expression, celle de la reproduction.  Les déesses de l'Amour, les prêtresses et prêtres du désir  sont devenus des « sales putains » que l'on fustige, méprise, maltraite tout en les taxant sans sourciller.  L'Eros enseveli sous la couche de la pudibonderie et de la bondieuserie malsaine a crée un monstre : l 'hypocrisie, hydre monstrueux qui a permis de créer une industrie du sexe monstrueuse où courtisans et courtisanes, fils et filles d'Eros ne sont plus que du papier hygiénique, vite consommés bons à jeter.

 

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Voilà à quoi la pudibonderie a réduit le plus ancien métier du monde, celui qui dans certains pays était associé à un art sublime.

J'ai croisé des Geishas à Kyoto qui déambulaient pareilles à des reines sublimes.  Elles faisaient tournoyer leur ombrelle en marchant à petits pas menus, fardées de poudre de riz blanc, la lèvre inférieure rouge carmin, la séduction portée à l'art sublime où tous les talents sont réunis pour séduire et sans pour autant consommer l'acte d'amour.  Les Geishas ne sont pas des prostituées, mais ceci pour rappeler que la séduction est un art en soi.

 

 

P1040733.JPGFaudra-t-il rendre à la prostitution ses lettres de noblesses, ce métier cité dans tous les ouvrages religieux et qui marque sa présence dans les textes sacrés ? L'accepter comme un vrai métier évitera toutes les dérives, les formes d'esclavage à  Genève même où on prostitue des jeunes filles sur la banquette arrière de la voiture pour 50 francs et cela sans protection. On a réduit Eros à la chose la plus vulgaire qui soit en laissant les vulgaires reprendre un marché qui autrefois appartenaient aux Dieux de l'Amour et de la Beauté, marché prolifique où la pornographie a largement empiété sur l'érotisme et à ne pas confondre. Les professionnels de l'Amour devraient être traités avec le plus grand respect et s'ils continuent à pratiquer leur métier c'est bien parce qu'il y a de la demande  issue de toute classe sociale confondue.

Une exposition aux Bains des Pâquis qui a eu lieu entre le 1 er et 25 décembre, toutes cabines ouvertes et  organisée par l'ASPASIE, un effeuillage érotique  qui donne à réfléchir.

http://www.aspasie.ch/

 

 

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*source http://mythologica.fr/grec/aphrodite.htm

 

repris sur mon blog http://tangalle.hautetfort.com/

 

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13.02.2012

La Perle du Lac ou le "Titanic" qui a évité l'iceberg

 

P1040743.JPGLe nom du capitaine  Lamarche Gérard qui en l'occurrence, lui, contrairement à celui que je nommerai pas, n'a pas quitté le navire devant l'obstacle. Certains diront même « Têtu comme un Auvergnat » pour celui qui  vient du Cantal. D'ailleurs, le capitaine Lamarche a pris les commandes avec son équipe qui pour la plupart ont  gardé leur  poste malgré vents et marée.

 

Pour mémoire,  la fin du bail de l'ancien gérant se terminait en août 2011, celui-ci s'en va.  Le bâtiment appartient à la Ville de Genève qui envisageait des travaux importants. L'équipe qui reste se dit qu'il ne faut pas courber l'échine devant cette décision et entame des négociations, âpres parfois,  pour éviter de tous se retrouver chômeurs.  Les 15 personnes qui restent décident de continuer malgré tout à travailler et se constituent en Association des anciens employés de la Perle du Lac, à sa  tête un comptable et le directeur actuel qui  gèlent plusieurs  postes comme le garçon de buffet à l'année, d'autres partent à la retraite, le voiturier, lui, le plus ancien reste et  devient multitâche. Appuyés par la Ville de Genève qui les a écoutés et entendus et avec l'appui du  Syndicat Unia, tous ensemble ils trouvent une solution à travers  la création de l'Association.

Ainsi, ils décident de garder ouvert La Perle du Lac pendant les fêtes de Noël et réouvrent dès novembre. L'équipe s'organise, la hiérarchie est maintenue, ils  investissent  de leur  propre argent pour payer les fournisseurs, certains, du reste,  parmi  eux se montrent généreux et donnent un coup de pouce. Entre membres de l'équipe, ils décident de qui doit être payé en priorité ; les  pères et mères de famille avec charge d'enfant. Les autres patientent. Heureusement, il y aura des clients.

Certains ont 20 ans de maison, la nouvelle direction recomposée  continue à collaborer avec l'Association Actifs qui soutient l'intégration de personnes déficientes.

P1040776.JPGMais au-delà de l'intégration de ces personnes, c'est une équipe diverse composée de femmes, d'hommes, de jeunes, de plus âgés, multiculturelle. Plusieurs nationalités plusieurs profils qui tirent  tous à la même corde. Voilà un cas d'école, ces histoires qui nous bouleversent et nous démontrent comment un groupe d'hommes et de femmes n'ont pas laissé le sort s'acharner sur eux.

Ils réussissent à garder le même standard, la même qualité de service, une carte plus accessible avec des menus de midi  à 23 francs. Un repreneur, selon mes sources personnelles ont mentionné un nom,  Monsieur Henrion de l'Alsacienne d'Annemasse,  il est prévu qu'il reprenne la direction de  l'établissement après les travaux et a promis  de tous les engager.

 

Le prochain gros iceberg à l'horizon et qu'il faudra encore éviter, des travaux qui risquent fort de tous les mettre au chômage durant une période relativement longue. Mais bon ! Monsieur Lamarche, se dit que l'équipe au complet pourrait durant ce temps s'activer ailleurs. Du reste, il souligne la polyvalence qui est nécessaire dans ces circonstances, parfois au buffet, parfois à la plonge, lui-même, n'hésite pas à mettre la main à la pâte. Dans le fond du regard, une sérénité à toute épreuve pour lui c'est une belle aventure humaine et professionnelle, une façon de remettre l'humain au centre !

 

P1040750.JPGJe les observe, durant un moment,  s'activer et  préparer l'arrivée des clients, à l'heure du  déjeûner  ;  ils marchent fièrement, préparent les tables, il y a en eux une assurance superbe qui souligne qu'on peut aussi faire un sort au destin et que c'est pas toujours le sort qui s'acharne sur nous.

Oui ! sans conteste, on a envie de les suivre dans cette belle aventure humaine qui nous offre un exemple exceptionnel dont on a besoin pour remonter le moral des troupes de travailleurs démoralisés. Ces hommes et ces femmes méritent toute notre admiration et notre respect

 

BRAVO A L'EQUIPE DE LA PERLE DU LAC, GENEVE EST FIERE DE VOUS  !


 

 

 

 

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01.10.2011

LE POLY DES PÂQUIS

 

Activités denses aujourd'hui aux Pâquis sur la Place de la Navigation , la journée de tous les engagements, sur le front du logement avec les "automnales  de l'immobilier"la SURVAP a sorti les grands moyens, musique, stand, panneaux, coupures de presse. Une association des habitants des Pâquis qui existe depuis 1990 et qui a pour but de permettre des rencontres et des échanges sur des questions qui les concernent au quotidien. Celles du logement tiennent le haut le pavé.

 

 

Pour illustrer un monopoly du logement !

 

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CÔTES BAINS DES PÂQUIS LES FEMMES SOCIALISTES S'ACTIVENT

AVEC MARIA ROTH-BERNASCONI ET FRANCOISE JOLIAT

 

IL VA FALLOIR QUE LES FEMMES PORTENT  LA MOUSTACHE POUR AVOIR LE MÊME SALAIRE QUE LES HOMMES ?

 

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L'INEGALITE, UN MYTHE ?!

 

 

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29.09.2011

LA VIE AU FOND D'UN VERRE

avxbejj8.jpgElle est régulièrement assise derrière une table, la tête dodelinante au-dessus d'un verre, peu importe dans quels  bistrots des Pâquis, elle est partout la même, elle affiche cette image douloureuse d'une lente descente aux enfers.  Un compagnon d'infortune parfois l'accompagne. L'homme porte un chapeau très bas sur les yeux qui lui cache presque tout le visage.   Ils ne se disent rien, muets l'un en face de l'autre, happés par leur breuvage tout entiers. Ils partagent un même destin à coups de lampées.  Ils boivent leur silence en hochant la tête, les mots ont fui, engloutis dans l'alcool, un profond mutisme à peine dérangé par la succion du liquide qui est leur seul langage réduit à un bruit d'aspiration qui tisse un lien entre eux deux.

Aujourd'hui, il fait beau, elle porte une belle jupe orange, en passant je lui souris, elle m'autorise à la photographier, par pudeur, je ne mettrai pas la photo. Mais je l'ai vue, tenter de bomber légèrement le torse, d'esquisser avec ses dernières forces un sourire si lent à venir. Elle fixe l'objectif à travers ses yeux embrumés, de grands yeux voilés par la déchéance. Elle n'a plus d'âge, l'alcool a même effacé le temps sur ce visage boursouflé aux lourdes valises sous les yeux, son seul bagage qu'elle porte comme un fardeau. Un visage qui paraissait beau et lumineux avant, il y a si longtemps.

Sa tête retombe comme si cela lui avait coûté un effort énorme, ses lèvres si proches du verre de vin blanc, semblent converser avec lui , dernier témoin d'un vie à la dérive qui  s'est échouée  au bord de ce rivage, une vie enlisée au fond d'un verre.

La voilà bue son existence, noyée dans ces ballons de blanc qui s'accumulent du matin jusqu'au soir, un restaurateur généreux lui rajoute d'emblée sans qu'elle le demande une bouteille d'eau. Mais la bouteille reste pleine, elle ne l'a même pas remarquée.

Elle tend l'oreille, presque collée contre le verre,  elle écoute le clapotis de ces rivage à elle, ceux  d'un autre temps, celui où elle admirait le vert des palmiers penchés sur l'eau bleue cristalline de son île lointaine, arbres majestueux doucement balayés par la brise marine, elle rêvait alors d'une vie ailleurs. Ses yeux neufs encore attirés par ces horizons   chargés de promesse. Elle continue au fond de son verre à regarder le temps qui a passé depuis ces espoirs d'antan. Elle sombre au fond d'un Océan de solitude, aspirée par les abysses éthyliques, ivresse des profondeurs.

L'alcool l'a bue tout entière, d'un seul trait,  il ne lui reste plus que cette fébrilité dans un  dernier espoir d'en boire encore un autre, un ultime avant le prochain. Un dernier pour la route si longue, si chahotique d'une vie qui a touché le fond de l'abîme, un long chemin où tout a été abandonné au bord de la route.

 

 

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26.09.2011

La chronique d'un quartier

peinture-pot-2.jpgPour ceux qui souhaiteraient se lancer, je ne sais pas si ma chronique des Pâquis peut être prise en exemple, mais je vais partager avec ceux qui le souhaiteraient quelques réflexions sur la façon de s'y prendre.

On aborde un quartier avec la même curiosité que si l'on se trouvait au bout du monde, l'effet de nouveauté, un regard neuf à chaque fois renouvelé. Un regard fatigué ou d'habitué use l'étonnement devant un fait anodin ou non. Et finalement tout parle, même la devanture d'un magasin, à rue de Monthoux j'observai des Indiens qui vendent des produits alimentaires russes avec un poster de Noël et le tout écrit en cyrillique. Rien que ça raconte déjà une histoire.

Puis, chaque fois que je me rends aux Pâquis c'est comme aller à la pêche, je ne sais jamais si j'en tirerais quelque chose. Il y a de la patience à avoir, traîner son oreille, appareil photo et carnet de notes cachés au fond du sac. Il faut arriver dans un endroit public de façon quasi inaperçue, plus légère que la bise, un souffle. Ou traîner sur un banc, boire un café dans un  bistrot et prendre son temps à observer, à s'approprier les lieux.

Quand les gens vous accostent, vous discutez tranquillement avec eux, vous ne savez jamais ce qu'ils vont vous raconter, une anecdote, un fait divers, un souvenir. Il se pourrait que vous tombiez sur un sujet intéressant. Petits figures comme personnages en vue, il est important de les écouter avec la même attention. La mémoire des anciens même si elle est parfois défaillante offre un bon aperçu historique du quartier, de ses changements.  Et dès que vous sentez que ça tire sur la ligne, ce n'est pas le moment de partir.  Vous hameçonnez avec  les comment, pourquoi, quand, mais encore, dites-en plus. Un maximum de détails permettra de bien retranscrire la note, en temps voulu.

 

Et quand par hasard ce que vous entendez mérite d'être noté, vous demandez si vous pouvez transcrire les propos entendus, puis éventuellement à la fin vous sortez l'appareil photo. Ce sont des choses qui font peur, car ceux qui sont en face savent  que l'on va immortaliser leurs propos ou leurs images. Donc, gestes lents, pas de précipitation.

 

Maintenant, il ne reste plus qu'à noter. Dans le fond, il est toujours important de se souvenir que le lecteur ne connaît pas les lieux, ni le visage de l'interlocuteur, ni le temps qui fait au moment ou vous écrivez. . Alors ne soyez pas avare de détails, Il faut planter, le décor, poser les personnages, décrire une ambiance et ne pas trop s'éloigner du ton sur lequel les gens parlent, avec leurs mots à eux.  Bref, peindre un tableau et dessiner les personnages avec précision et rendre de façon la plus juste possible l'âme d'un quartier.  Chaque quartier a aussi une architecture particulière, un peu de description ne mange pas de pain.

Voilà un peu les ingrédients, rien de bien original j'imagine, il suffit ensuite de bien touiller ! Un brin d'humour et d'impertinence rehausse  un peu la sauce et l'assaisonne avec délicatesse.

Et surtout avoir très très envie de raconter une histoire !

A vos plumes-pinceaux ! Si j'avais dû m'intéresser à d'autres quartiers, assurément ce sont les quartiers de St-Jean, Eaux-Vives, Thônex proche de la France plutôt côté douane  Moillesulaz qui auraient retenu mon attention. Il y a une activité particulière qui se prête bien au coup d'oeil.  Le flot des gens, les valises, les contrôles.......... L'aspect quartier-frontière avec cette dynamique du passage d'un point à l'autre.  

 

 

 

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25.09.2011

Les Pâquis sont dans la rue (1)

 

Dimanche 25, comme hier, le soleil est toujours au rendez-vous avec ce beau sourire en ouverture !

 

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LES JEUNES DE LA BOÎTE A BOULOT AIDENT AU TRI DES DECHETS
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LA POLICE MUNICIPALE RECRUTE. IL FAUT UN BON SENS DE LA COMMUNICATION, DE LA PATIENCE, GARDER SON SANG-FROID DEVANT LE SANG CHAUD !

 

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Les Pâquis sont dans la rue

 


P1040130.JPGLes rues des Pâquis étaient transformées aujourd'hui en immenses vide-greniers, étalages d'habits, de chaussures de livres. On chine, farfouille, négocie, papote  sous un soleil encore estival, dans une ambiance bon enfant, on pouvait déambuler tranquillement en admirant des objets hétéroclites.

 

 

 

 

 

P1040138.JPGJ'ai rencontré Myriam Lonfat, éminente représentante de la gauche combative, ancienne députée au Grand Conseil, candidate au Conseil National sur la liste 20. Elle vend du cake au fenouil pour boucler ses fins de mois. Ancienne aide-soignante son diplôme de la Croix-Rouge de 1977 n'est plus reconnu, impossible à son âge de trouver un job et quand on paie un loyer de 1'840 francs et qu'on en reçoit que 1'647 francs  de l'Hospice, il faut bien trouver un moyen pour s'en sortir pour tenir encore quatre  longues années avant la retraite. Consciente de partager le même sort que de nombreux autres seniors, elle défendra naturellement leur droit au  travail  et celui des jeunes. Et juste se demander ce dont les citoyens ont besoin. La politique c'est beaucoup de pragmatisme. Etre élue aussi au moins pour recevoir un peu de reconnaissance.

Elle songe à écrire sous le titre  "Devenir sans avenir", le titre d'un futur blog à la Tribune de Genève aussi ? Son surnom Shoshana en hébreu, qui signifie Rose. Pourquoi ce nom pour celle qui est d'origine valaisanne, c'est une autre longue histoire.

 

P1040139.JPG Son  cake au fenouil et au bâton de cannelle est excellent. Elle est la seule à Genève à préparer des cakes au légume sucrés, à l'exception des poireaux. Un Colombien, ancien maire à Bogota, lui en commande une tranche. Il raconte comment grâce à l'aide de l'Ambassade suisse de Bogota il a réussi à quitter le pays où il était menacé de mort par les cartels de la drogue, lorsqu'il a voulu faire le ménage.

 

 

 

 

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20.08.2011

« Quand la concierge pète un câble, elle fait sauter les plombs ! »

174886_217411464945882_1773528_n.jpgRendez-vous à Charles Cusin, cet après-midi pour la  visite d'un studio. Devant l'immeuble d'à-côté, des filles attendent sur des chaises hautes, leurs jambes girafesques sont impressionnantes. Les cheveux longs et blonds ajoutent une touche finale à ce tableau longiligne. Un autre monsieur attend avec moi de visiter l'appartement. Il travaillait anciennement au César Ritz de Paris. Notre spécialiste en restauration sans le savoir travaillait déjà un peu en Suisse,  César Ritz était un Haut-Valaisan à l'origine, né en 1850, dans une famille de bergers.  L'homme à la délicatesse exquise  vient de  trouver  un travail à Genève dans un hôtel de luxe. Son air déférent et ses bonnes manières tachent dans ce décor un tant soit peu déglingué. Nous sommes accueillis par une charmante dame qui quitte pour plus grand ailleurs.

Les voisins naturellement sont bruyants nous explique-t-elle . Effectivement, une musique à plein tube dans la cour intérieure coule à flot dans les oreilles.  Ce sont des Brésiliens, elle doit appeller fréquemment la police. Des prostituées dans l'immeuble ? Juste une au deuxième qui est très calme et travaille discrètement.  Un quartier dangereux ? Non , pas spécialement, elle porte soit un sac à dos, sois un sac en bandoulière. Elle n'a jamais eu personnellement de problèmes, ni n'a jamais été volée en deux ans. Une autre femme me le confirmera, en 27 ans, elle n'a jamais eu de difficultés particulières en terme de sécurité.

Et puis si  vraiment la musique est infernale au milieu de la nuit, c'est simple parfois la concierge pète un câble et fait sauter les plombs, l'affaire est réglée ! Tout le monde au dodo. Devant la fenêtre, les murs d'un immeuble imposants.  Bon si j'avais prévu d'écrire un livre sur le goulag de Soljenitsyne, ça passerait encore. Les conditions seraient réunies en terme d'enfermement.

Le Français me lâche finalement devant l'immeuble après notre visite :  « Vous savez, moi, je n'ai pas quitté la banlieue française, pour un Barbès, ou un Pigalle version genevoise. Et vous savez les ennuis arrivent rapidement. Imaginez que quelqu'un vous glisse de la drogue dans la boîte aux lettres et vous dénonce à la police. Allez prouver que ce n'est pas vous ! "  J'en reste muette, bouche bée, quelle imagination débordante !

Tiens,  c'est qui ce Charles Cusin ? me demande-t-il. Un poète, un artiste  ? Je lui remets les pendules à l'heure. Non! Ni l'un, ni l'autre, c'est  un horloger arrivé en 1574 à Genève. Accusé de vol dans son pays. Il travaillera à Genève pour la réparation de l'horloge du Molard, sans terminer son travail,  il prendra la poudre  d'escampette vers l'Italie. Les autorités genevoises se rabattront sur son mobilier pour se rembourser de l'avance faite pour la commande inachevée.

Notre spécialiste en restauration hoche la tête d'un air pensif, il tient un plan de Genève : « Barbès made in Genève ce n'est  pas  pour moi !" conclut-il.  Il pointe son doigt sur l'avenue de France. Pur hasard ou acte manqué. Comme une envie de repartir ?

 

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17.08.2011

EN FLÂNANT AUX PÂQUIS

CONTENU-Les-Paquis-se-mettent-au-Vert-1.jpgPromenade toute pâquisarde et bon enfant. L'ambiance est verte et estivale. Place de la Navigation, assis sur les bancs on mange précautionneusement  sa glace en évitant d'en mettre partout,  tandis que les enfants jouent.  Devant l'Hôtel Edelweiss, les cuisiniers prennent un peu le soleil appuyés contre une voiture en fumant une cigarette. Ils se préparent au menu Suississime pour les touristes de ce soir. Raclette et fondue sur fond de yodle. Heureusement qu'il y a de l'air conditionné dans le chalet montagnard du sous-sol !

A la boulangerie portugaise rue de Zürich, on boit de la bière en mangeant des lupins "Os tremoços" très appréciés à l'apéro.   Une expo devant l'Espace solidaire donne la parole aux habitants pour Nathan, les Pâquis c'est l'endroit où on retrouve toujours ses copains pour jouer. Le jardin du Temple s'est mis au vert dans le cadre du programme d'animations estivales proposé aux habitants et invite à profiter des tables et chaises longues.

Les dealers de  la rue de Zürich sont fidèles au poste. Pas de bonneteau vers la gare Dorcière, quelques hommes, fatigués de jouer au chat et à la souris avec la police,   sont allongés sous les arbres de la Place des Alpes  à bonnimenter en attendant le bus  pour repartir  Dieu sait où !

De nombreux baigneurs ont terminé leur journée plage, ils remontent les rues avec serviette  de plage et chaise pliante, quelques coups de soleil sur le bout du nez.

Des Africains se donnent rendez-vous à la rue de Berne devant le Salon de coiffure qui propose "Tresses africaines"- on destresse en palabrant et en riant.

Côté belles de jour,  tenue estivale de rigueur, short, et éventail pour se rafraîchir en attendant le client que la canicule semble refroidir.

Je m'atttendais à un déploiement de "petits bleus", mais je n'ai vu que deux voitures de police  qui passent et repassent lentement.

 

RAS (rien à signaler !)

 

 

 

 

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05.08.2011

Bonnie and Clyde bis - "Comment j'ai buggé"

images.jpegY a des jours où ça démarre mal, où on ferait mieux de rester au pieu sans bouger, même pas lever le petit doigt, carrément faire le mort. Mon chat Caillou avec ses beaux yeux pers méritait de jouer, alors j'ai décidé de lui acheter un pistolet à billes. Il s'amusait comme un fou à essayer de les attraper au vol. On riait comme des tordues avec ma copine.

Un soir, j'invite une amie à manger de la tartiflette qu'il fallait arroser généreusement de blanc. Pour finir, la tartiflette, elle l'a jamais vu le blanc, c'est nous qui l'avons bu , direct, d'une seule lampée . Un peu gaie, je prends le pistolet factice, je fonce dans la rue, j'emprunte  la parallèle, puis c'est arrivé comme ça, aussi bien que dans les films.   Je l'ai pointé sur le postier en lui criant de me refiler  500 balles et des timbres. Il m'a remis le tout sans broncher, j'ai senti un plaisir immense, une joie indescriptible. Dare-dare, je suis repartie en courant, me suis allongée dans mon lit pour une ronflette encore un peu pompette.

L'épicière Aïcha, qui a l'épicerie juste en bas de l'immeuble,  m'appelle en hurlant dans la cage d'escaliers , "Eh ! ma petite,  la rue est quadrillée par la  BGB - la Brigade du Grand Banditisme - , ils sont nombreux,  ils ont bouclé tout le quartier ! ".  Il manquait plus que les tanks et les hélicoptères. - Merde !  Je regarde le chat qui est peinard dans son coin, lui,  il l'attend le pistolet pour s'amuser avec ses billes qui vont partout. Le jouet va me coûter cher. Oh là, là !  Je le sens et ce mal de crâne qui me fend la tête.

Un monstre boum, un bruit de fracas. Les flics défoncent la porte, me menottent et embarquent le jouet et le sac de billes. Caillou,  tout félin, se met debout sur ses pattes.  Chic ! Il y a un tas de monde qui vient jouer avec lui. Il les voit repartir avec ses billes et son  flingue en plastique, il en a les yeux tout ronds.  Caillou, penaud, reste pétrifié; Sphinx de pierre face à ces bipèdes déconcertants.

La juge en repassant le film me demande si c'est bien moi,  je hausse les épaules en répondant d'un ton laconique  :"On dirait bien que c'est moi, y a comme un pt'it  air de ressemblance !"- Elle n'aime pas les plaisantines, elle signe ma sentence, intraitable  : au clou ! Trois mois à glander, heureusement qu'il y a la plume, je la sors à tout va;  j'écris pour les unes, pour les autres. .......

Putain ! La tartiflette elle aurait eu meilleur goût,  si j'y avais mis du vin blanc.

C'est Sarah installée à la table ronde du bistrot des Trois Rois qui me raconte cette histoire, avec ses cheveux courts, son air de garçon un tantinet voyou, elle a la voix  rauque, les clopes pour sûr.

Elle rigole un brin gênée et  ajoute en soupirant  :  la vie,  c'est pas un carrousel géant !

 

 

 

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15.07.2011

LES PÂQUIS DANS D'BEAUX DRAPS !

 

draps_seches_N_B_rouge.jpg Ô ! Si les draps pouvaient parler, c'est comme les murs, ils en auraient des choses à raconter, secrets d'alcôves, cris et chuchotements.  Quand l'entreprise Lavotel récupère chaque jour sa tonne et demie de draps sales recueillis auprès des hôtels pâquisards, ce ne sont que   draps roulés en boule, pliés, entortillés,  fripés, froissés comme de vieux visages ridés d'avoir trop vécus. D'autres semblent revenir d'un champ de bataille, lamentables et épuisés par  tant de vains combats. D'autres s'enorgueillissent de leur blancheur virginale encore innocents.  Traces érotiques, traces d'oubli, larges taches sphériques, en continents, en piqueté, moucheté, traînées zigzagantes, zébrant cette blancheur immaculée.  Ces draps qui racontent des vies, suaires de solitude, témoins discrets de tous les crimes et châtiments, de grands vices et de petites vertus.

Mais encore, ce drap mouillé de larmes de Saoudien, ces draps de l'Hôtel Nashville qui ont bu toute la honte amère, celle infinie de s'être fait attraper la main dans le corset de la femme de chambre. A l'étage au-dessus ce sont les mères et soeurs qui versent, elles aussi des larmes d'humiliation et de se plaindre. Pourquoi tant d'histoires pour une femme de ménage camerounaise de 36 ans ?  Vous vous imaginez si en Arabie Saoudite  toutes les femmes de ménage devaient porter plainte, où irait-on ?  On serait obligée de toutes les flageller pour  s'être laissées violées et  puis ensuite parfois, il faudrait encore les condamner à mort. Il ne resterait plus aucune femme de chambre en Arabie Saoudite, elles finiraient toutes à se balancer au bout d'une corde ou lapidées. Mais qui ferait le ménage pour finir  ?

Quartier maudit, ces Pâquis ! C'est bien ce que tente d'expliquer notre étudiant Saoudien de 22 ans. Toute cette chair étalée, ces débordements de tentation,  à chaque coin de rue, un appel irrésistible,  ces poitrines pigeonnantes enserrées dans des corsets en dentelles. Ces mini-jupes si courtes, ces hauts talons si pointus qui résonnent toute la nuit sur le trottoir et qui semblent vous inviter à un autre paradis que celui d'Allah. Un Paradis à portée de main, il suffisait de la tendre cette main pécheresse pour accéder au fruit défendu.

Notre étudiant a succombé en confondant femme de chambre et femme de joie,  belle de jour et belle de nuit. Une confusion qui montre le peu de cas que l'on fait des femmes surtout.

Après les viols de femmes de ménage, l'homme battu au ceinturon par un émirati et surnommé le "Cheikh fouettard", la prostituée tuée par étouffement  avec des draps de rideau à l'Hôtel Intercontinental, meurtre passé sous silence à coups de millions, il y a quelques années seulement. Voilà encore des  draps pourpre, les draps qui portent les couleurs de la honte derrière lesquels il ne reste plus qu'à se cacher    !

 

 

 

 

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05.02.2011

Les fontaines aux mille bouches

P1030541.JPGElles gargouillent, glougloutent, clapotent, ruissellent, bruissent, froufroutent, pétillent, crachouillent, crachotent, babillent délicieusement, autant de verbes  pour ces doux sons que nous procurent les fontaines.  A force de pédaler par ce soleil quasi printanier, j'ai fini par en dénicher quelques unes aux Pâquis. Place de la Navigation, cloîtrée dans sa guérite en bois,  sanglée, camisolée en attendant la fin de l'hiver, elle aurait presque l'air misérable devant une autre belle fontaine imposante et trônante sur la place, elle se console,  elle au moins se trouve être  à hauteur d'homme, si près, si généreuse, à offrir à tout va et à tout venant son eau cristalline.

 

 

 

 

 

 

P1030545.JPGRue de Monthoux, en voilà une autre, jetée sur le trottoir, réduite  au silence, pas une goutte,  mais une longue biographie.  Elle se trouve devant le restaurant "la Peniche" avec son bar en forme de bateau et ses fresques murales qui montrent le port de Peniche au Portugal, premier port de pêche,  et en face, un autre  bistrot "In Vino Veritas"  et la fontaine de répondre "In Aqua  sanitas".  Elle peine à se faire sa place depuis le départ des deux poissonniers italiens qui se trouvaient être là depuis quarante deux ans, elle en a certainement vu défiler des poissons qu'on rafraîchissait à l'eau de sa fontaine par les grandes chaleurs.   Joao Luis Mariano, (Non ! me rassure-t-il,  je ne sais pa chanter !) se plaint que les services de la Ville ont changé la fontaine de disposition, autrefois, tournée du côté de la rue, au moins il y avait  le caniveau pour réceptionner l'eau,  maintenant elle a été disposée, côté trottoir et parfois lorsque les premiers gels hivernaux arrivent , avant la coupure  d'eau, ça se transforme en patinoire et avec un verre dans le nez "Boum ! Badamoum, les quatre fers en l'air fait mal au derrière  !"

La coupure d'eau, en hiver  ? Pour Jean, habitué des lieux c'est un désastre, Il ne peut plus rajouter de l'eau dans son petit pichet jaune pour le Pastis :"parce vous savez l'eau de la fontaine, il n'y a rien de tel pour rallonger le pastis", je dévisage le gérant qui d'un regard indulgent  lui lance en riant  :   "mon eau est tout aussi bonne, c'est p'têtre bien la même, mais bon c'est comme ça, à chacun ses petites manies !"

 

P1030551.JPGLes moineaux aussi y trouvent leur compte, par ordre de préséance,  les moineaux d'abord , puis un merle et finalement un pigeon qui après avoir fait le vide autour de lui  s'abreuve, tout à son aise, les moineaux l'observent à distance raisonnable et attendent patiemment de pouvoir s'approcher du point d'eau. Puis un chien,  pataud à souhait, écarte tous les volatiles et boit goulûment par grandes et rapides lappées bruyantes.

 

Imaginer ces bornes-fontaines en fonte avec leur lion qui crache de l'eau, tout ce qu'elles voient au quotidien, elles-mêmes aux Pâquis semblent lancer des oeillades aux passants et invitent  toutes ces bouches assoiffées à venir  se désaltérer : la bouche vermeille de Carmen,  la bouche édentée de Mario,  les soiffards du petit matin qui,  tous bistrots fermés,  se rabattent tristement sur  l'eau en se penchant dangereusement, voilà pas que la fontaine tangue, clandestins désargentés, voyageurs égarés,  dealers postés au coin de la rue, toutes ces bouches avides de fraîcheur pour apaiser la soif,  jouissance furtive, plaisir si éphémère et d'autant plus  délicieux. Fontaine de jouvence ?  Au-delà du mythe, il y a quelque chose de juvénile à  boire à l'eau de la fontaine, geste ancestral,  tandis que les enfants s'amusent à gicler les petits copains au retour de l'école.

Ecoutez donc  le doux froufrou de ces fontaines, gardiennes de la mémoire, elles chuchotent discrètes, les histoires d'un quartier depuis plus d'un siècle.

 

 

 

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